Césars, Oscars, hasta la vista et Elles : des clichés au cinéma

En ce moment, le cinéma -qui m’accompagne depuis presque 30 ans, m’énerve.

J’ai vu, adoré, revu des centaines de films, certains, comportant certainement des clichés machistes et véhiculant tous les stéréotypes. Ils m’ont certainement formatée. Mais pourtant, j’y trouvais souvent des personnages de femmes qui m’ont marquée à jamais. Allez, je l’avoue, j’ai un (gros) faible pour Lauren Bacall. Vous vous souvenez, sa réplique dans « le port de l’angoisse » ?   « anybody got a light » ? pfou, Humphrey Bogart apparaît alors encore plus petit que nature…ou encore, quand elle lui dit « you know how to whistle steve ? You just put your lips together…and blow ». Difficile de ne pas rêver alors d’être dans la peau de…Bogart 😉

Bon, cela dit, il est fort probable que même ce film adoré ne passe pas le Bechdel test...mais on pourrait se dire…que c’était il y a 70 ans, bien avant ma naissance !

Eh bien pourtant, les choses n’ont guère changé. Il y a certes, beaucoup plus de films « avec des femmes héroïnes ». De là à ce qu’elles puissent se parler d’autre chose que d’hommes…

Et puis, de là à être nominés aux César ou aux Oscars… bien sûr, il y a « la couleur des sentiments ». Tout le propos du film est autour des relations entre femmes. Donc, on ne parle guère des hommes. Mais quand aux films récompensés : The Artist, on l’a déjà dit, ne passe pas le Bechdel test…Intouchables, malgré de nombreux personnes de femmes, non plus.

Quand à donner un César ou un Oscar à un film réalisé par une femme… »la guerre est déclarée » (qui est celui que personnellement, j’ai trouvé le plus intéressant de tous les nominés que j’ai pu voir), n’a rien eu. Et Polisse est considéré comme « le grand perdant » de la cérémonie.

Bon, sinon, je voulais aussi vous parler de Elles, le film avec Binoche qui fait un article sur la prostitution étudiante et rencontre des escorts. Je ne l’ai pas vu en entier, mais je voulais me faire une idée. J’ai eu un peu l’impression d’être devant un argumentaire de pro-prostitution. C’est-à-dire devant une avalanche de clichés sur la prostitution. Avec une caractéristique : le désir des femmes est absent. Mais ce ne sont pas les hommes qui sont responsables, mais la société et « leurs femmes ».

Ainsi, quelques exemples de clichés que j’ai eu le temps de voir.

-Une étudiante étrangère des pays de l’est n’a pas d’autre choix que de faire l’escort pour faire ses études. Toutes les personnes sur son chemin qui sont « méchantes » sont des femmes : sa mère, qui ne la comprend pas, les employées de l’administration qui la baladent, la journaliste bourgeoise qui l’interroge.

-Les clients, en revanche, sont juste de pauvres maris frustrés par ce qu’ils ne peuvent pas faire avec leur femme (si ça se trouve, en plus, des femmes qui veulent être indépendantes et exprimer leurs désirs ?).. Une « golden shower », par exemple…

-La prostitution estudantine, c’est pour échapper au terrible sort traumatisant de travailler quelques heures au Mac Do. Parce que c’est bien connu, les troubles post-traumatiques du travailleur de fast food sont  très dangereux.

-Enfin, et c’est après ça que je suis partie, la jeune femme en gros plan qui décrit le dégoût ressenti, à chaque fois que ? Et la réalisation nous montre la « prude bourgeoise » Binoche qui croit que c’est l’obligation de faire des pipes à n’importe qui qui lui donne envie de vomir ? Mais pas du tout, quelle sottes nous sommes de l’avoir cru. Elle parle bien sûr du travail « insoutenable » qu’elle faisait…avant de servir de d’objet sexuel à des hommes.

Le tout, sans qu’à aucun moment ne nous soit montré ce dont il s’agit vraiment : des femmes dont le désir n’a aucune importance, je dirais même plus, existence. Puisqu’il n’est jamais mentionné. Jamais questionné. Dans ce film qui pourtant est censé s’intéresser à elles.

Bon, mais je vais finir par ma plus grosse inquiétude. Un film, qui sort le 7 mars, jour de la soirée des « Féministes en mouvements » qui interpellent les candidat-e-s à la présidentielle à La Cigale.
Le film s’appelle « Hasta La Vista » : « Trois jeunes d’une vingtaine d’années aiment le vin et les femmes, mais ils sont encore vierges. Sous prétexte d’une route des vins, ils embarquent pour un voyage en Espagne dans l’espoir d’avoir leur première expérience sexuelle. Rien ne les arrêtera… Pas même leurs handicaps : l’un est aveugle, l’autre est confiné sur une chaise roulante et le troisième est complètement paralysé.  »

« aiment le vin et les femmes »…ah bon, comment ils aiment les femmes ? En clair, une tournée en Espagne pour pouvoir y acheter des femmes. Je ne l’ai pas encore vu, bien sûr, et j’espère me tromper….mais au vu de la bande-annonce je doute que le film traite en finesse de la sexualité des personnes en situation de handicap. D’ailleurs, « curieusement », ce sont trois hommes qui « partent en virée ». Il semble que la sexualité des femmes, sans parler de celles qui sont en situation de handicap, soit, là encore, inexistante…puisque déjà, les femmes n’y sont qu’un objet.

La preuve ? L’affiche !  Vous y voyez une femme, vous  ? Certains s’empresseront de dire, c’est une femme forte, en situation de cowboy, qui domine, une sorte d’Infidèles à l’envers…non, il n’y a pas de femme. Juste des jambes, des talons aiguilles. Pour avoir une tête, encore une fois, il nous faudra repasser…

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17 réflexions sur « Césars, Oscars, hasta la vista et Elles : des clichés au cinéma »

  1. J’aime beaucoup votre blog et la plupart de vos commentaires…. J’adhère absolument à ce que vous dites sur le cinéma….. Mais il parait que je (nous) vois le mal (mâle?) partout! Merci pour la réflexion que vos articles inspirent!

  2. Hier soir j’ai regardé A la poursuite du diamant vert que j’avais complètement oublié et je me suis dit dans les dix premières minutes  » il passe le Bechdel test -que je connais depuis trois mois- » !
    Cette auteure de romans célibataire parle en effet avec son éditrice et sa soeur de livre ou de courrier à apporter en monnaie d’échange… mais quand elle rencontre son aventurier en Colombie, c’est fini !
    Aussi, je suis d’accord avec la bloggeuse américaine -qui présente le test et dont le nom m’échappe – qui propose d’ ajouter un quatrième critère : Celui de dépasser la minute symbolique de discussion entre deux personnages féminins qui parlent d’autre chose que les hommes.
    Cela permettrait d’affiner davantage l’analyse…

    1. Une minute dans un film, c’est peut être beaucoup. Mais c’est vrai, que parfois, c’est un peu court. Néanmoins, que cela puisse exister, même quelques secondes, meme si c’est pour parler de la pluie et du beau temps, c’est déjà un signe, je trouve, qu’un film conçoit l’existence des femmes en tant que sujettes de leur vie

  3. J’aimais bien les films avec Katherine Hepburn que je trouvais géniale dans ses rôles de personnage fort de caractère … mais il est clair que de recycler ce cinéma ne permet pas de sortir d’une représentation figée trente, quarante, cinquante ans(et plus) en arrière sur les représentations des rapports de sexe…
    J’avais déjà eu cette impression avec les Petit Nicolas, Guerre-s de boutons très « androcentrés » aussi … qui n’est pas sans me rappeler « Les gosses de Tokyo » (années 1920), programmé il y a deux ou trois ans à « Ecole et cinéma », dispositif qui permet donc à des milliers d’enfants du cycle 2 de voir trois films classiques par an …
    A aucune étape des pistes pédagogiques proposées, on ne donne comme sujet de discussion entre élèves le questionnement sur l’absence des femmes/filles du film -seule la mère soumise et au foyer est là au milieu d’une pléiade de garçons et d’hommes dans le film- …

  4. Pour avoir un avis pertinent sur sexe et handicap et surtout un point de vue féminin, il serait peut-être intéressant d’interroger la dynamique association FDFA

    1. ha, alors tu ne l’avais pas vu à cineffable et tu ne m’avais pas entendu crier (vers la fin) « il faut sortir les couteaux ». 😉 ai vu ce soir une bouteille à la mer, joli film sur une amitié israélo-palestinienne via internet

  5. super article ! et j’ai lu aussi que Tomboy (un beau film pourtant) était absent…
    j’ai super regretté pour Polisse que j’ai trouvé un bon film.
    La Couleur des sentiments : j’ai adoré ;o)

  6. Ah!!!
    Je n’en reviens pas du film iranien, il a entachée sur ma nuit.

    Il me donne l’occasion de vous apprendre un mot hispanique pour ce genre de choses, un bodrio.
    SVP si vous détectez des bodrios, alertez les copines, créez une chaîne de solidarité!

  7. The descendants, à voir, personnages nuancés et touchants dans la simplicité.

    Cette fois-ci, jambes écartées à l’endroit plantées en terre (à l’inverse de l’affiche d’Infidèles) : Dans un cas, maïtresse aux ordres et l’autre quasi-dominatrice fière du job et qui les attend d’aiguille ferme ?

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