Attaque contre les centres IVG, attentat contre l’Ancic, agressions et menaces : vigilance et solidarité !!

Cela fait un moment qu’on sent la réaction s’organiser. D’un côté, le backlash médiatique, où certains qui confondent tout provoquent l’hilarité (mais font de la diffamation) en affirmant -entre autres- que vouloir l’abolition de la prostitution -le plus vieux métier du monde, nous chante-t-on sans cesse-, ce serait réactionnaire.

Le problème, c’est que certains y croient.
Mais il y a pire. Il y a un phénomène mondialement réactionnaire de menace sur la liberté des femmes à disposer de leur corps. Avec une nouvelle vague d’attaque anti-IVG.

A lire ici sur les nouvelles news : http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/civilisation/1764-etats-unis-pas-de-treve-dans-la-guerre-a-la-contraception

http://www.lesnouvellesnews.fr/index.php/civilisation-articles-section/elections-2012/1757-ivg-les-mots-et-les-non-dits-de-la-campagne

Les faits convergents sont inquiétants : samedi, les CRS semblent favoriser -c’est ce que rapportent les militantes- les menaces des anti-IVG sur le centre de Tenon.

Alors que par sa réforme de l’hôpital public, l’Etat censément pour l’IVG favorise la fermeture des centres. Et renvoie de nombreuses femmes à la difficulté d’avoir le droit de choisir si elles veulent ou non mettre au monde ce qui n’est qu’un embryon et pas encore un être humain,

on apprend mercredi que le siège de l’Ancic a été l’objet d’un attentat dans la nuit du 10 au 11 février dernier. Une explosion a provoqué un début d’incendie. Heureusement, l’occupante de l’appartement, ancienne militante de l’Ancic, n’a été que légèrement intoxiquée par les fumées. Le lieu était toujours le siège social de l’association, c’est pour cela qu’il a été visé. C’était dans la nuit précédent une manifestation anti IVG devant l’hôpital Tenon.
Il n’y a eu aucune revendication pour l’instant; Mais si l’association n’a pas communiqué les faits plus tôt, c’est parce qu’elle n’en a pas été informée tout de suite. Et parce que l’enquête n’avance pas

Alors, il y a lieu de s’inquiéter. Pour le droit à l’avortement, acquis de haute lutte féministe il y a 40 ans.
Et pour celles et ceux qui militent en sa faveur. Il nous faut être vigilant-e-s, exiger de l’Etat qu’il prenne ses responsabilités, et exprimer notre solidarité envers l’Ancic et toutes les personnes attaquées actuellement dans le milieu féministe.

 La Cadac publie un communiqué de soutien (voir ci-dessous).
L’unité et la soidarité dans les milieux féministes sont plus que jamais nécessaires !
Communiqué de presse Coordination des Associations pour le Droit à l’Avortement et à la Contraception,  15 mars 2012

 La Cadac dénonce l’attaque contre le siège social de l’Association Nationale des Centres d’Interruption de Grossesse et de Contraception (ANCIC). Il s’agit d’une agression contre le droit à l’avortement, contre les droits des femmes, c’est inadmissible.

La Cadac apporte tout son soutien à l’ANCIC et restera vigilante  sur l’enquête et les suites judiciaires concernant une affaire très grave pour notre démocratie.

Les femmes dans la création contemporaine

Ce week-end, je serai à Marseille, pour la clôture d’une semaine artistique consacrée à la création contemporaine des femmes, avec chaque jour une artiste à l’honneur.

Cette manifestation a été organisée, dans le cadre de la journée internationale de lutte pour les droits des femmes :  « sur le territoire du 3ème arrondissement de Marseille, un des principaux poumons culturels de  la ville », par La Collective, association fondée par  les artistes Françoise Sémiramoth et Gilles Benistri, et propose une programmation d’arts visuels contemporains visant à mettre en évidence la place des femmes dans la création contemporaine.

J’ai été invitée à y parler donc de ce sujet lors d’une table-ronde samedi à 17h…à quel titre? En tant qu’organisatrice du festival féministe de documentaires Femmes en résistance, je n’ai guère d’avis sur l’art contemporain…mais je peux parler de la place et des rôles des femmes dans la création cinématographique. Pas de façon universitaire ou scientifique, mais par le fruit d’une décennie d’observation du cinéma, avec en tête la question du genre. C’est un sujet qui me tien à coeur, et je pense l’aborder par deux biais complémentaires : celui de l’argent, de l’organisation professionnelle du secteur et celui de la représentation des femmes au cinéma – où comment l’esthétique véhicule un modèle de société progressiste ou rétrograde.

D’abord, pour comprendre l’aspect économique, il faut s’interroger sur la place des femmes dans le cinéma. Quels métiers occupent-elles ? Ont-elles accès, et plus qu’avant, à la réalisation, l’écriture ? Participent-elles à l’équipe technique ? Au montage ? Aux processus de décisions financiers ?

Les femmes, traditionnellement, ont surtout été scriptes et monteuses. Aujourd’hui, elles sont, en France, plus souvent réalisatrices (11%) ce qui est presque le double des autres pays occidentaux, et fait qu’on crie souvent cocorico. Elles sont encore peu nombreuses dans les équipes techniques (chef op’, son, lumière), alors même qu’elles sont parfaitement capables physiquement de porter le matériel. Enfin, si elles sont de plus en plus nombreuses en écoles de cinéma -environ la parité- elles ne reçoivent qu’une infime minorité des financements.

En effet, dans un monde du cinéma où l’argent conditionne souvent la production -et surtout aujourd’hui la distribution des films, la situation est-elle égalitaire entre femmes et hommes ? Peut-on se satisfaire, en tant que programmateur ou programmatrice, de répondre -ce que j’ai entendu souvent : je suis égalitaire, je ne regarde pas le sexe du réalisateur avant de sélectionner un film, mais uniquement sa qualité ? Dans un pays où l’esthétique cinématographique est souvent le critère absolu de la critique, qu’en est-il ?

La place des femmes dans la production et la réalisation

Dans les faits, de nombreuses réalisatrices, n’ont pas accès à de gros financements de fiction, à part quelques exceptions. Elles se tournent, grâce à la légèreté du matériel, qui n’est plus si cher à acquérir, vers l’auto-production. et vers la diffusion en festivals. Elles montent des films de bric et de broc, et souvent, faute de réseaux, leurs films n’ont pas accès aux grands festivals ou aux salles. Le revers de la médaille, c’est que si cela n’empêche pas de créer, cela ne rend pas plus visible. Car quelques films excellents, comme Stella de Sylvie Verheyde, sont reconnus comme tels à leur sortie, puis disparaissent des palmarès de l’année. Et on en entend plus parler. Le succès n’est donc pas garant d’une facillité pour un deuxième film…

Même de grandes réalisatrices, comme Pascale Ferrand, ont parfois eu du mal à obtenir le financement de leurs films. Or, ou parce que, les films qui obtiennent les financements, sont extrêmement formatés sur « ce qui marche ». Et ce qui marche, dans l’histoire du cinéma, c’est « des films d’action », « des films sentimentaux bleuettes… », etc… Ainsi, les stéréotypes véhiculés par le contenu sont des critères du financement. Les décideurs et les réalisateurs étant majoritairement des hommes, les critères esthétiques du cinéma ayant été déterminés par des hommes, quelle place reste à une autre création ? A une vraie création ?

En résumé, la question économique et de pouvoir au sein du secteur a-t-elle une influence sur le type de films réalisés par des femmes ? Entre fiction et documentaire ? Entre fiction grand public ou d’auteur-e-s ? Et à leur accès au « marché » du cinéma ?
Ce qui mène à la seconde partie d’une réflexion qui me tient particulièrement à coeur : en conséquence de ce contexte, que filment les femmes ? Quelle place les femmes occupent-elles dans le contenu de la création cinématographique contemporaine ? Comment les femmes sont-elles représentées à l’écran ? L’image des femmes au cinéma ne véhicule-t-elle pas une politique réactionnaire et contraire au principe d’égalité entre les femmes et les hommes ?

Hollywood et le cinéma, l’invention de la femme-objet ?

Pour comprendre les images du cinéma, il faut revenir sur son histoire : éclos au début du XXe siècle -donc aussi au moment où émerge fortement la revendication suffragiste, il pourrait être un outil formidable pour une représentation égalitaire de la société. Une femme, Alice Guy, a été la première réalisatrice de fiction, d’ailleurs. Elle a été totalement écartée de l’histoire du cinéma, alors qu’on se souvient de Georges Méliès jusque dans les grandes productions hollywoodiennes.

Ainsi, ce qui aurait pu être un outil de progrès féministe, s’est transformé en outil conservateur. Le cinéma qui devient dominant, la fiction hollywoodienne, est très stéréotypé et marqué par un code de censure puissant. En termes de genre, de classe et de race, il est un outil ultra-conservateur pour ne pas dire réactionnaire. Ainsi, pour parler des femmes, elles sont devenues des objets au cinéma, et de plus en plus au fur et à mesure que la publicité a pris le pouvoir sur la culture.

Un premier curseur – le nombre de femmes réalisatrices mentionné tout à l’heure, est important. A l’époque où Delphine Seyrig tourne « Sois belle et tais-toi » interrogeant des actrices américaines sur leurs rôles, quasiment seulement des hommes écrivent et réalisent des films. On ne s’étonne donc qu’à moitié que les femmes n’y soient que des faire-valoir de grands héros masculins. Qu’elles soient moins payé-e-s. Qu’on retienne essentiellement le glamour, l’attirance de leur corps et pas leur personnalité ou leur action dans le film. Elles n’ont jamais de grands rôles centraux.

Aujourd’hui, qu’en est-il ? Il y a plus souvent des premiers rôles pour des femmes, certes. Il faut bien renouveler les histoires. Mais même dans des films avec plusieurs femmes au centre, si l’on analyse en détail, il y a peu d’évolution. Même dans de nombreux films réalisés par des femmes, le sujet principal de préoccupation reste l’homme. Bien sûr, il y a des exceptions, je pense à Stella, ou Louise Wimmer, ou aux films de Jane Campion.

Alors pour montrer que ceci n’est pas une simple impression de féministe, il y a l’insuffisamment célèbre « Bechdel Test ».  Un film passe le bechdel test si :

-il y a plus d’une femme dans un film

-il y au moins deux femmes qui se parlent

-elles se parlent d’autre chose que d’hommes (leurs mari, père, fils, frère, ami…)

Et aujourd’hui comme il y a quelques décennies, le constat est accablant. Un chiffre : sur les 9 films nominés aux Oscars, seuls deux le passaient. Lesquels ? un film qui parlent essentiellement des femmes, La couleur des sentiments, et « The descendants », le film avec George Clooney. Tous les autres, y compris The Artist, ne le passent pas.

Je n’ai pas fait le test avec les César, puisque je n’ai pas vu suffisamment des films nominés. Mais si l’on prend le film qui a eu le plus de succès en France l’an dernier, Intouchables, malgré la présence de personnages féminins qui se parlent entre elles, elles ne se parlent que des deux héros, des hommes.

Une culture gangrenée par la publicité et la pornographie

Le plus terrible, pour moi, est comment la publicité et la pornographie qui l’inspire influent sur la culture. Ainsi, malgré plus d’un siècle de représentation des femmes en images animées ou fixes au travers de la publicité et des magazines, il y a une représentation dominante, et une gangrénisation par la « culture » pornographique, qui vient multiplier la règle millénaire de mise à disposition du corps des femmes au service de la sexualité des hommes. Si vous faites attention aux affiches, vous vous rendrez compte non seulement que le corps des femmes est transformé, corrigé, donc violenté : par la chirurgie esthétique (vous avez peut-être entendu le témoignage d’Emmanuelle Béart à ce sujet, qui explique comment les femmes sont aiguillées à trouver une solution à leur manque de confiance en elles ou d’estime de soi par la chirurgie esthétique, et cela à un niveau sans équivalent dans le show biz), le maquillage, et photoshop. Le corps des femmes est en outre morcelé : Infidèles, Hasta La Vista, sont des exemples récents flagrants de sexisme :  les femmes sont des jambes, pour le plaisir des hommes . Dans le film porno il y a en outre ce qu’on appelle le cadrage porno du nombril au haut des cuisses avec au centre le sexe. Il y a sinon des dos, des corps entiers parfois…mais très très souvent, il manque juste un petit détail…la tête !!
Les femmes n’ont pas de corps entier -leur corps est découpé comme de la viande. Et elles n’ont pas de tête. Jusque dans des représentations accompagnant des manifestations féministes. Pour dire à quel point l’imaginaire de toutes et tous est pollué par cette invasion d’images (en outre véhiculée en masse par les magazines féminins).

Or, je l’ai déjà dit ici. Qu’est-ce qu’une femme sans tête ? C’est une morte. Qu’est-ce qu’une morte en survie ? C’est un objet. Qu’est-ce qu’un objet ? C’est une chose qu’on peut acheter, tordre dans tous les sens, avoir à disposition.
Alors tout est-il si catastrophique dans la représentation et la création contemporaine ?
Existe-t-il des voies vers la liberté et une autre représentation ? Que faire face à cela ?

Peut-on représenter les femmes ?
Oui, je pense qu’il y a des autres représentations possibles. Qu’il nous faut y travailler, parce qu’on est très loin de savoir faire. J’explorerai demain dans la troisième partie de ce papier, quelles sont celles qui me viennent à l’esprit : la parole, le documentaire, l’action collective. D’où l’importance de manifestations comme celles-ci.

S.G

La Collective a invité SAFFIR, galerie nomade et la Galerie Paradis à participer à cette programmation nommée « Contemporaines ».

programmation vidéo réalisée avec La  Collective au Studio de la Friche de la Belle de Mai 41 rue Jobin 13003 Marseille du lundi 12 au samedi 17 mars de 16 à 19h30

8 jours, 8 artistes, 1 ou 2 artistes par jour.

Artistes :

Claire Dantzer,

Gasc Démolition,

Emmanuelle Sarrouy-Noguès,

Françoise Sémiramoth,

Javiera Tejerina-Risso,

Mélanie Terrier

Megalo