La conspiration des oreilles bouchées

Hélène Fleckinger lors de l'hommage à Carole Roussopoulos au théatre Sylvia Monfort, le 22 janvier 2010

Bouchées, en effet, les oreilles. Carole Roussopoulos avait oh! combien raison. Les oreilles de la société qui refuse de mettre les mots justes sur les « faits divers » qu’elle s’empresse de raconter partout. Comme l’accouchement de cette fille de 10 ans en Colombie. Elle a failli mourir, et on lit : « on ne connaît pas l’identité du père ». Du père ? Est-ce vraiment le mot par lequel il mérite d’être désigné ? Non, c’est plutôt par le terme de « violeur ». Parce qu’un homme qui « met enceinte » une fille de 10 ans, c’est un violeur. Et la société, qui ne s’en soucie que parce que ce qui indigne la Colombie, c’est qu' »à une époque où les filles devraient jouer à la poupée, elle doivent prendre soin d’un bébé. C’est choquant », s’indigne un médecin de l’hôpital ».

Oui c’est choquant, mais ce qui est d’abord choquant, c’est qu’elle soit condamnée par la société dans laquelle elle vit, à être violée, à répétition.

Bon, ce coup de gueule fait, je vous parle donc de notre videaste préférée, Carole Roussopoulos, dont vous pourrez voir le portrait en documentaire cet après-midi au festival de films de femmes de Créteil aujourd’hui à 17h. Sera en effet diffusé le documentaire Carole Roussopoulos, une femme à la caméra de Emmanuelle De Riedmatten, en partenariat avec le Centre audiovisuel Simone de Beauvoir (et Nicole Fernandez Ferrer) et en présence de notre docteure en cinéma féministe préférée, Hélène Fleckinger.

Pour celles qui comme moi ne pourront le voir, il repassera au Nouveau Latina dans quelques semaines.

Enfin pour finir ce billet de week-end prolongé par une méditation sur les femmes en résistance, si nombreuses et oubliées à la fois, un salut particulier à Fanny RAOUL, qui en 1801, s’adressait aux femmes de cette façon :

« L’homme, cet être égoïste et vaniteux  qui rapporte tout à lui seul, au lieu de voir dans la femme sa compagne, son égale, s’obstine à n’y trouver qu’un être uniquement créé pour lui, qu’un hochet agréable qu’il brise, comme un enfant capricieux et mutin, lorsqu’il en est las, ou qu’il rejette, quand il y trouve une résistance qu’il n’attendait pas; et cette résistance, qu’on appelle caractère dans les hommes, est traitée d’opiniâtreté, de désobéissance, dans les femmes« .

La pertinence et l’actualité de cet texte, que Geneviève Fraisse (1)nous permet aujourd’hui de découvrir, fait peur, quand on se dit qu’on est 210 ans après, que pas tant que ça a changé, et qu’il a fallu deux siècles pour qu’on se souvienne d’elle, je gage qu’on va tout faire pour reparler d’elle, et en particulier au prochain festival Femmes en résistance, les 29 et 30 septembre prochains !

S.G

(1) « Geneviève Fraisse présente : « Opinion d’une femme sur les femmes », Fanny RAOUL, éditions le passager clandestin.