Le Pen 18%, Hollande en tête : le pire est-il avenir ?

Une fois n’est pas coutume, je vais vous donner mon avis sur le premier tour de la présidentielle…je pense que le pire n’est pas forcément à venir, à condition qu’il perde le 6 mai (le pire). Et que les 18% de Le Pen n’en sont que l’expression. Avec la politique du pire, c’est un avenir sombre que le pouvoir sortant nous promet, et c’est des millions d’électeurs qu’il jette dans les bras de l’extrême droite.

Le score de Marine Le Pen  à 18%, ça ne m’étonne pas. Je ne crois pas que 18% des Français-e-s soient racistes. Je pense que la société l’est, mais pas d’une façon frontale et consciente.
En revanche, je ne crois pas que ce soit pour ses fondements nauséabonds de l’extrême droite la plus violente que la candidate a eu un tel score.
Je pense que c’est tout simplement un vote protestataire qui se porte sur une des seules candidates à parler d’un avenir pour le pays face à des gens désespérés par le nihilisme cynique du pouvoir sortant.

Et le problème, c’est que ce désespoir mène certain-e-s à ne plus avoir aucune confiance en la République dans sa composante ouverte et généreuse, et à se tourner vers un avenir qui est celui du repli sur soi, de la haine et de la France réservée à certain-e-s, en focalisant toutes les rancunes sur les autres.
Le problème, c’est que l’avenir de la France, cela doit être exactement le contraire de ça : pour que « les 30 glorieuses soient devant nous », comme le disent Karine Berger et Valérie Rabault dans leur ouvrage paru récemment, il faut une France ouverte, généreuse, qui sache investir et prendre des risques. Pour cela, il faut cesser d’entendre un discours sur : « nous sommes en crise, rentrez chez vous, détestez votre voisin et dîtes que c’est la faute au reste du monde qui agit contre nous ». Ce discours-là, c’est en premier celui du président sortant. C’est lui, sa politique, son discours et celui de ses sbires gouvernementaux qui l’ont créée (mais ils ne sont pas les seuls). LEUR politique est la première responsable du fait que beaucoup de gens soient prêts à voter pour le pire.

En ne cessant d’affirmer que le modèle français est dépassé, qu’on est en crise, il n’a fait qu’enfoncer le clou dans la tête du désespoir. Ce ne sont pas tant les faits objectifs de la crise qui comptent ici. C’est le modèle d’une société en mutation qui a du mal à prendre des décisions courageuses et ne propose aucun projet de cohésion sociale et d’amélioration de la vie quotidienne pour celles et ceux qu’on ne voit pas à la télévision gagner des concours idiots, ou obtenir beaucoup d’argent en ne faisant pas grand chose (je parle bien sûr de certain-e-s sporti-v-es, stars +/- fictives, des actrices qui gagnent des millions pour être l’égérie d’une marque). Ca pendant que la majorité essaie au prix de chômage de longue durée, boulots de plus en plus précaires, de joindre les deux bouts, avec des salaires qui ne sont décents qu’au regard de l’indécence absolue de nos mimina sociaux (je ne comprends pas personnellement pour quoi le RSA n’est pas au niveau du seuil de pauvreté…)

Ce n’est pas parce qu’il y a 18% de fascistes en France que Le Pen a eu 18%. La France a certainement une très forte part de racisme, d’antisémitisme et de sexisme en elle. Ca, c’est clair. Mais ce n’est pas ça qui se traduit dans le vote Le Pen. C’est parce qu’il y a des millions de gens qui ne savent plus où rêver leur vie, pas la vie vide de sens que nous montrent les médias, mais une vie où chacun, Français-e, étranger-e immigré-e, femme, homme,  a l’impression qu’il y a un sens à participer à l’effort collectif.

Alors je n’ai pas changé d’avis depuis que Hollande est candidat. Je pense qu’il n’est peut-être pas bien charismatique ni révolutionnaire, qu’il ne propose pas le grand soir…et qu’il faudra lui mettre la pression. Mais je pense que si la France des 5 prochaines années a cet homme, pas tout seul, et la gauche aux manettes (parce qu’il faut penser aux législatives !), il y a une toute petite chance qu’on entre sur une voie où les choses progresseront, au mieux de cesser de ne faire que se dégrader.

Ce sera dur, parce que dans les 10-15 dernières années, la confiance collective a été très fortement entamée. On ne sait pas encore, si le candidat en tête au premier tour, François Hollande est élu au second, s’il aura le courage nécessaire pour prendre, face aux partenaires internationaux, la voie annoncée. Mais ce qui est sûr, c’est que cela ne sera possible que si c’est lui qui est élu.

S.G

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13 réflexions sur « Le Pen 18%, Hollande en tête : le pire est-il avenir ? »

  1. Je suis bien d’accord avec ton analyse. Mais, en plus, je trouve les médias très responsables de ce qui se passe … car ils jouent le jeu du misérabilisme, de la terreur, de la catastrophe annoncée et du pessimisme ambiant en France. La France est un pays trés pessimiste. On s’en rend encore plus compte lorsqu’on a habité à l’étranger. depuis que je suis rentrée en France, je n’ai qu’une envie, c’est de m’en aller à nouveau … pas parce que trouve que la France n’a rien à offrir, mais parce que je m’y sens étouffée et que tout mon esprit d’entreprise est tiré vers le bas! Ce pessimisme commence d’ailleurs à l’école. Au lieu d’encourager les enfants, on les brime dès le plus jeune âge. Pour mon fils qui a 5 ans, la maitresse se plaint déjà qu’il n’est pas assez bon (il y a un an il allait dans une école étrangère donc c’est déjà un miracle qu’il arrive bien à tout suivre à l’école) car le jour de ses évaluations, il a paniqué. Nous sommes deux bilingues à avoir aidé le fils d’une amie en anglais et nous avons récolté un 12 alors que franchement, cela méritait bien plus … mais non, tout est tiré vers le bas … sans encouragements … d’une manière bêtement élitiste car être une élite, n’a jamais rimé avec être premier de la classe.

  2. Je ne partage pas ton point de vu, Sandrine, car nous n’avons pas les mêmes opinions en politique, ni la même vision du monde.

    Le pire pour moi c’est de pas voir la crise économique, ne pas comprendre les enjeux fondamentaux de l’Europe et de ses changements, c’est faire alliance systématiquement avec les pays arabes et leurs extrèmes, c’est sous pretexte d’égalité sociale admettre l’intolérable incivilité dans nos écoles dans nos villes etc…
    Force est de constater que tu n’as absolument pas pris en compte mon alerte sur le FN d’octobre dernier. Je le savais car je vis avec les gens sur le terrain et je les entends. Ouvre-les yeux, le génocide Rwandais c’est mitterand, le FN c’est Mitterand,l’effrondrement de l’enseignement c’est Mitterand (tirant le niveau vers le bas), la T2A c’est Jospin pour les hopitaux…. Triste bilan

    1. que tu penses que tous les maux du pays viennent de mitterrand comme tu veux…ok pour ne pas avoir les mêmes opinions c’est bien ça la démocratie…sans avoir de leçons à recevoir (« ouvre les yeux »).
      Quant à : « je n’aurais pas pris en compte ton alerte sur le FN ». Tu me disais que Marine Le Pen serait première avec 31% suite à mon message disant que je craignais le vote le pen…
      donc je ne vois pas…

      1. C’est bien ton problème de ne rien voir des problèmes internationaux. On a évité le vote 31% grace à une mobilisation implacable…Je n’ai pas de leçon à recevoir de toi non plus ton billet est ridiculement partisan et « le pire » est pour moi le bien.
        S’il te plait quand tu fais une citation, mets tes sources je n’ai pas retrouvé les paroles que tu mets dans la bouche de Sarkozy.
        Il s’agit du peuple en furie comme dans les années 30. Le vote FN est un vote d’adhésion c’est pour cela que je te disait d’ouvrir les yeux…ça te vexe tant pis pour toi, libre à toi de te confiner dans des analyses qui restent partisanes comme tout « bon journaliste ».
        Quand à mes références et mes sources sur Mitterand je peux sans hésiter te les citer. Pour le Pov’ Jospin aussi…

      2. Ca fait du bien de se défouler sur qqun ? maisl’agression c’est pas mon truc…et n’a rien à faire sur ce blog…

      3. trop facile de dire que je suis agressive quand on est une redresseuse de tord!…relis toi stp
        Mes sources puisque tu ne veux pas les citer les tiennes!
        « Dans ces pays-là, un génocide n’est pas trop important » Miterrand Mai 1994 Courrier international de 2004 article signé Boris boobacar diop Très chère Sandrine veux tu les autres sources? La T2A dans les hopitaux par Jospin? Non?
        Gros bisous

  3. hello.
    super ton article !
    Ce qui s est passé hier soir est effrayant.
    ton analyse est très intéressante. je la partage également. On ne peut aussi s empêcher que les thèses lepenistes ont fait leur chemins dans la tête des français grâce à Sarko. ce qui est dramatique

    Au second tour, il faut tout faire pour battre Sarkozy pour que les droits des femmes cessent de régresser et avec hollande (espérons le) que les revendications des féministes soient entendues et portées par la gauche au pouvoir !
    Bises

  4. Je suis de ceux qui ne se sont pas déplacés hier, qui ne se déplaceront pas dans quinze jours, et qui ne pensent pas qu’expression politique et élection soient compatibles.
    Malgré des désaccords certains, je vous lis avec intérêt depuis quelques temps.
    Ce billet étant l’un de ceux avec lequel je me sens le plus profondément en désaccord, il me semble éventuellement intéressant de tenter d’expliciter en quoi, au moins quant à un de vos présupposés – pour ce qui est des conclusions éventuelles, l’espace d’un commentaire me paraît bien trop réduit.
    Je ne pense pas que le vote marine Le Pen soit un « vote contestataire » ; Parce qu’il n’est pas non plus un « vote populaire ». Si l’on prend en compte les non-inscrits comme moi, les abstentions, les votes blancs, qui sont bien plus importants chez les ouvriers, employés, précaires, etc., on se rend compte que ce sont les artisans-commerçants et professions libérales qui votent à plus forte proportion FN. Or ce sont justement les catégories sociales chez qui l’idéologie la plus réactionnaire est la plus fortement implantée. Ces catégories ne sont pas les plus en souffrance, loin de là (même si leurs difficultés sont réelles), elles n’expriment pas une colère sociale – leur rudimentaire conscience politique les tient massivement en-deça – elles ne « protestent » pas, elles expriment un réel fond de racisme, appuyé sur une autosatisfaction, une ignorance et une mesquinerie réelles.
    (j’ai moi même été artisan un temps, après avoir été longtemps chômeur et précaire. Je le suis à nouveau. Un jour peut-être connaîtrai-je l’aisance financière du « seuil de pauvreté » ! Si mon jugement ne s’appuie pas sur ma seule expérience des deux milieux, passer de l’un à l’autre s’avère à mes yeux instructif.)
    on peut discuter le poids des artisans commerçants face aux employés et ouvriers, bien sûr. Néanmoins le crédit de « vote de protestation » accordé au FN me paraît des plus excessif, et propre à minimiser l’ampleur de la régression politique de ces 30 dernières années. Bien sûr, faire ce constat n’est ni rassurant ni glorieux. Mais cela me paraît indispensable si l’on veut essayer de regarder notre situation en face – et par exemple, de juger des vertus effectives de nos démocraties -, et avoir la moindre chance de peser sur son devenir.
    Par ailleurs, envisager pour l’avenir des « 30 glorieuses », même métaphoriquement, me paraît lourdement anti-historique – les « glorieuses » années en question n’ayant été possibles que parce que la France était encore un empire, par exemple, elles ont avant tout été sordides et ignobles pour bien plus d’êtres humains.
    Par ailleurs, le capitalisme mondialisé n’en est plus aux empires coloniaux, même s’il s’appuie sur leurs vestiges et leurs ravages.
    Bref, penser en pareils termes aujourd’hui me paraît surtout propice à se dissimuler la réalité de la soi-disant « prospérité » passée, et éviter d’envisager que la réalisation d’une société humaine puisse réclamer tout autre chose que de la politique, des partis et des électeurs, qu’ils protestent mal ou pas.

    Pour autant, je ne pense pas que madame Le Pen et son parti représentent une menace particulière: ce qui me paraît plus révélateur, c’est la manière dont depuis trente ans les autres partis se positionnent vis à vis de lui et incorporent progressivement ses thèmes aux leurs. Autrement dit, c’est la curieuse impuissance démontrée par la démocratie depuis des décennies à contredire et combattre la propagande la plus grossièrement haineuse et obscurantiste.

  5. je ne me résoudrai jamais à la politique du pire, c’est à dire de l’entretien de l’impuissance. Je sais, par l’action, qu’on peut déplacer des montagnes même dans ce monde ultra-hétérosexiste, même sous Sarkozy. Je crois que chaque individu-e, libéré-e de la violence, ET consciente de la pourriture du monde, a les moyens d’agir. Je ne vois pas l’intérêt de vivre sans suivre cette lumière là. Oui, la démocratie est impuissante, surtout dès lors qu’on la décrète telle. Je préfère y exercer mon pouvoir…de penser, agir, avancer…

    1. Ne vous méprenez pas sur mon propos. ça n’est pas parce que je ne joue pas le jeu que je me sens impuissant ou que je le suis ou que je m’y complais.

      Par contre, je pense que le jeu démocratique consiste essentiellement à entretenir une illusion de puissance chez ceux qui y participent.
      Je préfère pour ma part exercer mon pouvoir: en mes termes, lorsque je le juge pertinent, là où je me trouve et lorsque j’ai quelque chose à dire, plutôt que de le dévoyer.
      C’est pour cela que je refuse radicalement de m’ « exprimer » en d’autres termes que ceux que je peux élaborer – dans l’échange, la discussion, la confrontation. Et que je pense que ce qui nous est vendu comme notre expression en démocratie est tout sauf notre expression, justement. Comme je m’efforce d’être conséquent, je refuse de m’exprimer à la demande du Pouvoir, ainsi que selon ses termes et ses modalités. Il me semble que c’est la seule façon de courir le risque de toucher du doigt quelque chose qui mérite le nom de liberté ou de pouvoir.

      Par ailleurs, je ne « décrète » pas la démocratie impuissante – mais je m’autorise, malgré tous les discours idéalistes sur la démocratie, à faire le constat de ce qu’il s’y passe, et à regarder par exemple comment non seulement la pauvreté mais surtout la misère y est … prospère…, comment les injustices, les désastres et les inégalités s’y trouvent à leur aise, ou la façon dont une idéologie ouvertement anti-humaniste s’y est propagée depuis 30 ans.
      Bref, la façon dont cette démocratie s’avère systématiquement plus efficace pour dresser des tréteaux pour les plus grossiers des bateleurs que pour créer des lieux, des espaces où l’intelligence du présent soit possible et élaborée par tous.

      Mais l’espace d’un commentaire est bien réduit pour exposer avec un pminimum de profondeur des arguments contre ce qui constitue l’idéologie dominante.

  6. (de vacances…) perso ce que je ne peux plus supporter c’est de se battre la coulpe : la France est sexiste, raciste, grincheuse, individualiste, etc. pffff pourquoi dire, écrire ça ? Pourquoi être si généraliste ? Je ne crois pas que notre pays soit ceci ou cela. Je me dis simplement : si les gens réagissent de telle manière et en masse : pourquoi ? quelle est la raison ? Parce qu’au fond, tous les êtres humains se ressemblent, ont les mêmes réflexes, partout dans le monde, on est faits d’ouvertures et de replis, d’ouverture et de quête de « notre identité ». Nous ne sommes ni meilleurs ni pires que les autres. En tous cas, perso je refuse complètement de me battre la coulpe « en tant que française ». Voilà parfois on fait des trucs biens, d’autres moins… et en tant que féministe, j’éprouve une forme de « fierté » (non ce n’est pas le mot approprié » mais de sentiment de faire quelque chose, remplir une part de mission. Nous vivons en tous cas dans un pays superbe (géographiquement), de très riche culture, et nous ne sommes pas mauvais. Surtout :nous sommes en paix ! Il y a un grand sens de la solidarité familiale, pourtant ce n’est pas facile, les gens vivent âgés, les familles comprennent des enfants aussi, les grands enfants ne prennent pas leur envol très vite (chômage et prix des loyers oblige…) Et ce n’est pas les patrons (qui avec la crise peuvent se permettent d’être très exigeants) et les sces sociaux en déclin… qui contribuent au bien être de la population. Pour te dire que je trouve ton tableau trop sombre, et même pessimiste. Il y a tant d’endroits au monde où l’intolérance règne vraiment, est inscrite dans la loi, tant de pays en guerre où les choses se font par les armes, et peu importe qu’il s’agisse d’enfants, la plupart des gens ici n’ont pas idée. La France reste un pays de droits humains où malgré tout, on peut parler, écrire, agir assez librement. Il y a certes du sexisme, des violences et de la misogynie mais je crois qu’avec des actions, avec ce qu’on fait, ce que d’autres font (plein de gens font de l’associatif en France), on est sur la bonne voie… et heureusement pour les générations futures que nous contribuons à mettre au monde, à informer…

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