Plan de table, les femmes sans tête s’invitent au cinéma

Hier, je suis allée voir un film que je n’avais aucune raison d’aller voir : ..Plan de table, qui pouvait s’apparenter à une comédie romantique version femme, autour -évidemment- des péripéties d’un mariage. Je ne sais pas ce qui m’a poussée à y aller…mais je ne l’ai pas regretté  ! Non pour la réalisation du film…mais pour le propos, qui fait explicitement allusion à ce thème qui m’obsède…les femmes que le « complexe mode-beauté » dont parle Mona Chollet étête pour mieux vendre. Explication.

C’est un de ces films qui regarde comment un hasard (ici le plan de table à un mariage) pourrait changer les relations entre les 6 convives concernés. et nous donne 4 versions de la même histoire, de la plus imparfaite -le héros meurt d’un accident- à la plus « happy ending » : c’est le méchant (Dubosc) qui s’écrase en voiture -sans blessure. Un happy ending mérité parce que le bon choix d’un des personnages, a mis fin à la tyrannie du hasard et de la soi-disant impuissance de l’individu.

A la table, un galeriste, un photographe en quête de reconnaissance, une femme en quête d’amour. Les deux derniers se rencontrent et le premier par son regard photographique sur elle, lui rend un regard confiant sur elle-même…jusqu’à ce que le galeriste expose le photographe avec des photos de la dame qu’il a fait recadrer…sans tête ! On voit la jeune femme se découvrir déshumanisée, elle qui pour une fois se sentait une personne avec cet homme. Mais lui, n’ayant pu résister au diktat sociétal, la renvoie à l’objet qu’elle n’a jamais cessé d’être.

Alors, et le fait qu’une femme ait réalisé le film n’est peut-être pas hasard, dans une dernière version de l’histoire, celle qui autorise le happy ending, il est enjoint au photographe qui a cédé à la société, de faire un choix. Il refuse le recadrage des photos, et l’histoire peut finir en conte de fées. Car cette fois-ci ce n’est pas la mort qui triomphe, la jeune femme a désormais une tête…

La réalisatrice a-t-elle choisi consciemment cette façon de donner du sens à son histoire ? Est-ce -ici- un hasard ? A-t-elle voulu mettre un peu de politique féministe dans un film autrement très « mainstream », hétéronormé et classique ? Il y a peu de chances, d’autant que le scénario a été écrit par un homme (même si elle a semble-t-il été très impliquée et l’a fait réécrire pour que ce soit une comédie)… Est-ce que, malgré le formatage des imaginaires, des pensées et des films, la réalité de notre oppression, dès lors que c’est une femme qui réalise le film, transparaît – nécessairement- ? Ce film ferait-il du féminisme sans le savoir comme d’autres faisaient de la prose ?

« Plan de table » instillant au moins l’idée que tout n’est pas hasard et que l’individu est responsable de ses choix, je vais essayer de le demander à Christelle Raynal,  la réalisatrice, qui, et ce n’est pas sûrement un hasard, vient de la publicité…

Sandrine GOLDSCHMIDT

La fiche du film sur Allocine : http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=193908.html