Abrogation de la loi sur le harcèlement sexuel : une plainte historique

L’AVFT (Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail) a porté plainte contre le Conseil constitutionnel au nom de quatre autres associations pour trouble à l’ordre public, mise en danger délibéré des victimes de harcèlement sexuel privées de recours, à  la fin du rassemblement auquel nous avons participé ce matin.

Une plainte que nous vous encourageons toutes et tous à déposer à votre tour : elle a été jugé recevable par le parquet. Vous trouverez une plainte type sur le site de l’AVFT.

Cette plainte contre le Conseil constitutionnel en la personne de Jean-Louis Debré son Président, a été déposée au lendemain de l’abrogration de la loi sur le harcèlement sexuel. La colère était en effet de taille, car même si les deux candidats avaient affirmé qu’ils feraient très vite voter une loi en cas de victoire, ce sont des dizaines de victimes qui avaient une plainte en cours de procédure et qui voient tous leurs efforts s’effondrer. Le vide juridique instauré est en plus bien une mise en danger des victimes, actuelles et futures, une sorte de passeport d’impunité pour les agresseurs.
Voici quelques photos de ce moment historique.

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13 réflexions sur « Abrogation de la loi sur le harcèlement sexuel : une plainte historique »

  1. Maître Eolas a fait un billet sur la décision du conseil constitutionnel aujourd’hui. J’y ai mis ton article en lien.
    Hier, sur tweeter, il évoquait un possible conflits d’intérêts car M.Ducray connaît politiquement 4 Sages. Si cela est avéré, ce conflit d’intérêt pourrait avoir une incidence dans la plainte, non? (Voir la fin de l’article d’Eolas: l’affaire dans l’affaire).

    http://www.maitre-eolas.fr/post/2012/05/05/L-abrogation-du-d%C3%A9lit-de-harc%C3%A8lement-sexuel?pub=1#pr

    1. On peut également considérer comme « conflit potentiel d’intérêt », ou du moins comme biais très fort, le fait que parmi tous ces nombreux sages, une seule soit une femme. Le Monde affichait en haut de tout article à ce sujet une photo du conseil où ceci apparaissait clairement…

      Cette décision a été prise (peut-être à la majorité moins une voix 🙂 par de vieux messieurs, blancs, cravatés et socialement bien établis, et dont on peut supposer qu’ils ont été élevés dans des familles, puis éduqués dans des écoles, assez traditionnelles…

      1. Tiens du sexisme et de la gérontophobie utilisés pour défendre les femmes. Des hommes « vieux » seraient incapables de sortir des déterminations qu’on leur impute. Le combat pour l’émancipation des femmes passe donc par la stigmatisation de personnes forcément prédéterminées ? Aucune de ces personnes ne pourrait avoir aussi connu des formes de contrainte ou de harcèlement, par exemple en raison de leurs croyances ou de leur sexualté ?

  2. Je crois que les féministes convaincues et convaincus nous devons parler HAUT ET FORT car il y a urgence à transformer la société et à ébranler les personnes restées dans le conformisme (par exemple d’appeler « traditions culturelles et de civilisations différentes des nôtres » le sexisme sauvage, cruel et inhumain pratiqué dans tous les pays de Notre Monde…)

  3. Il serait honnête de préciser qu’avant de porter plainte, l’AVFT s’était prononcé POUR l’abrogation de cette loi car elle était inefficace…

    Vérifiez, c’est encore sur leur site…

    1. Oui, mais c’est parfaitement cohérent : l’AVFT, comme je le dis dans mes articles précédents, demandait l’abrogation, mais différée de la loi, pour ne pas créer cette mise en danger des victimes par l’absence de loi.

  4. À NImputePasAAutrui…

    Quelle mauvaise foi dans cette réponse…

    Car il est bien connu que les opinions nous tombent dessus, indépendamment des conditions de nos socialisations. C’est ce que les sociologues et psychologues se tuent à démontrer depuis des années : nous sommes de purs esprits, nous mouvant dans la logique et la rationalité transcendantales, et dont les schémas de pensées ne sont influencés ni par notre histoire personnelle, ni par la société qui nous entoure et notre position et représentation en son sein, ni par notre socialisation, etc etc

    Les victimes de harcèlement sexuel au travail sont majoritairement des femmes (et oui, en dépit de toute pure rationalité qui voudrait que ce soit 50% de femmes et autant d’hommes…), et les comportements évoluant (lentement mais tout de même), de vieux messieurs parmi les puissants, socialisés lorsqu’il était courant de penser que les femmes n’étaient pas tout à fait aussi intelligentes que les messieurs, et qu’une secrétaire était taillable et corvéable à merci, y compris hors service de bureau, sont moins susceptibles de comprendre la détresse d’une personne en butte au harcèlement.

    Et ne vous en déplaise, la décision du conseil constitutionnel vient de confirmer qu’il est plus probable de trouver des personnes moins en empathie avec les victimes de harcèlement et plus en accord avec les harceleurs (et harceleuses, bien entendu) parmi les vieux messieurs puissants que parmi les jeunes dames travailleuses précaires…

    Il y en a marre de tous ces réactionnaires qui nous ressortent, pour la cinquante-millième fois, l’argument du sexisme anti-homme lorsqu’on défend la cause des femmes (comme si on vivait dans une société où les femmes et les hommes étaient traités et représentés de la même manière, en butte aux mêmes difficultés…), ou du racisme anti-français, ou du racisme anti-vieux (comme si les jeunes avaient le pouvoir… tiens, à propos de racisme anti-vieux, combien de personnes en dessous de 50 ans au conseil constitutionnel ? combien de ministres, de pdg de moins de 50 ans ? combien de propriétaires de moins de 30 ans ?).

    1. Vous répondez à des choses que je n’ai pas affirmées. Le harcèlement sexuel existe et doit être combattu, et il faut que la loi permette d’en défendre les victimes, et il est évident que les femmes en sont les premières victimes.

      Donc merci de ne pas me faire dire ce que je n’ai pas dit et d’éviter les invectives définitives du genre que je serais réactionnaire, sans passer sur les « glissements » franchement limites, voire indignes (sur le racisme par exemple).

      Mon message s’attachait à faire remarquer un procès d’intention à l’égard du Conseil Constitutionnel sous prétexte qu’il serait composé d’hommes blancs vieux. Il n’y a pas besoin d’avoir vécu les choses qu’ont vécu les victimes pour les défendre, sinon on aurait quand même du mal à faire fonctionner une société. On est forcé de se projeter. Donc je cherchais uniquement à faire remarquer que « l’argument » de l’auteure n’était pas recevable dans une discussion de fond, selon moi en tout cas.

      D’autre part, les travaux de socio ou de psycho dévoilent des déterminants mais certainement pas pour dire que ce sont des règles intangibles. Chacun est une exception à la règle, les déterminants indiquent plutôt des « tendances » prises globalement. Enfin, précisément, les « schémas de pensée » dont vous parlez sont propres à chacun et vous ne les connaissez donc pas, pour quiconque, y compris pour les membres du CC. D’ailleurs il n’y aurait pas de psychothérapies ou psychanalyse si on ne pensait pas qu’il est possible, dans une certaine mesure, d’échapper à ses déterminations.

  5. @ NImputePasAAutrui tes propres idées réactionnaires …

    bah, 20 ans d’analyse freudienne pour retourner au point de départ (« Wo es war, soll ich werden »), ou pour boucler l’indécidable tore du sujet de l’inscient lacanien qui n’existe pas, c’est pas ce qu’on peut appeler des changements massifs et radicaux !! s’il faut multiplier ça par le nombre d’opprimées que nous sommes, le grand Soir va périr dans sa brume matinale avant même que nous n’en ayons eu l’intuition !

    S’il fallait s’appuyer sur les thèses psy et socio pondues par la clique virile pour nous bouger, on serait encore embourbées dans les âges de pierre et de fer où nous poussent, selon eux, nos « tendances » animales ou inconscientes. Lâchez-nous la grappe avec vos Essences sorties de votre chapeau patriarcal, vous n’avez aucune population témoin pour nous énoncer vos lois éternelles !

    Quant à la gérontophobie … qu’est-ce qu’il faut pas entendre. Les essentialistes m’ébourifferont toujours. Dès qu’ont pose une description, un constat, ils y voient une analyse causaliste. On voit que les dominants ne bougent, on révèle notre constat, sans aucune forme d’analyse => les essentialistes nous reprochent d’expliquer pourquoi ils ne bougent pas (leur nature schlérosée). Quand on avance l’analyse (politique : ces vieux, comme les jeunes, appartiennent à une même caste dominante, celle des hommes ; analyse radicale matérialiste) => là les essentialistes en perdent leur latin augustinien, et se mettent à radoter leur bréviaire : « il n’y a de déterminisme que naturel, les inégalités n’existent qu’à la faveur « d’injustices » naturelles, le social n’est qu’un rassemblement incohérent d’individus autonomes en pensée et en actes » … Pour le coup, allez réviser certains virils classiques sociologiques, comme Bourdieu ou Durkheim.

    1. Ça y est, vous avez tout compris ! Je suis à la solde des essentialistes naturalistes virils réactionnaires dominants patriarcaux. C’est beau le gloubi-boulga politique radical matérialiste.

      Évidemment, je n’ai rien écrit de ce que vous m’imputez : vous décontextualisez des mots de mon texte puis vous appliquez votre prêt-à-penser dessus et hop !, vogue la diatribe. Vous ne voulez pas débattre mais combattre.

      Mais voilà, vous projetez sur moi votre propre vision du monde. *Vous* êtes essentialiste à analyser, comme *vous* le faites, *toute* position selon le prisme du genre, et accessoirement de l’âge ou de la couleur de peau. Le plus triste est que ça dénie toute singularité à un homme mais aussi à une femme ! De ce point de vue là, vous êtes comme la caste dominante que vous combattez, à regrouper dans une logique totalitaire (cf. Hannah Arendt) celles que vous êtes censé défendre en un amas de personnes qui se réduiraient de façon univoque à une position sociale, celle de victime du patriarcat. Je gage que toute femme qui ne souscris pas à votre vision est soit une collabo, soit une aveugle, mais certainement pas une femme qui pense de façon autonome. Pour vous, Andrea, le féminisme ne consiste pas à émanciper les femmes mais plutôt à les soumettre à l’impératif de se voir comme simples cellules d’un organisme visant à renverser la patriarcat, autrement dit à remplacer une domination par une autre.

      Incidemment, puisque vous en parlez en début de votre texte, je m’amuse (façon de parler) du contre-sens historique (c’était déjà comme ça dans les bouquins qui circulaient au MLF en 1975) effectué vis-à-vis de la psychanalyse. Contrairement à l’interprétation « féministe » traditionnelle, la psychanalyse est plutôt « du côté » des femmes. Cette interprétation erronée est peut-être un peu en train de bouger grâce notamment à Judith Butler.

      1. contresens historique ? : « la psychanalyse est plutôt du côté des femmes ». C’est du pur masculinisme : nier l’évidence et prêter aux victimes la culpabilité : cela n’a pas de place ici. Je vous remercie donc de bien vouloir aller voir ailleurs si vous souhaiter diffuser ce genre de messages toxiques. Merci.

      2. Je parle sérieusement et n’essaie pas de « troller ». Voici où je pense que se situe le contre-sens : la psychanalyse (sérieuse en tout cas) ne prête de culpabilité à personne, et certainement pas à la victime d’une agression, en particulier sexuelle. La question de la culpabilité est une question morale et juridique. Ce sur quoi la psychanalyse se penche, c’est autre chose, à savoir le *sentiment* de culpabilité partagé par les hommes comme par les femmes. L’analysant(e) est ainsi appelé(e) à s’interroger sur pourquoi il/elle se sent coupable de telle ou telle chose, de sorte à s’en détacher pour s’autoriser à vivre selon ses choix.

        Je sais que le nom de Freud est mal vu dans une bonne partie du mouvement féministe. Mais à une époque où le statut des femmes dans la société était encore pire qu’aujourd’hui, il a -contre les conservatismes du mouvement analytique- soutenu les psychanalystes femmes. Il a aussi essayé de dissuader Marie Bonaparte de céder à l’impératif, masculin pour le coup, de jouissance qui a débouché sur ses multiples chirurgies du clitoris : n’est-ce pas actuel quand on voit le triste essor de la chirurgie esthétique ? Enfin il a défendu l’homosexualité (ex : dans sa correspondance à une mère d’homosexuel qui demandait à Freud de le « normaliser ») à une époque où le « traitement » de cette dernière passait par la prison (Wilde), l’asile ou la castration chimique (Turing). Lacan a quant à lui à de très nombreuses reprises mis en avant la singularité de chaque femme (par opposition aux hommes), ce qu’il résumait avec facétie dans son fameux « La femme n’existe pas ». De nos jours, la majorité des psychanalystes lacaniens sont des femmes.

        Historiquement, me semble-t-il, les féministes américaines ont produit une interprétation erronée de la psychanalyse en général et de Freud en particulier. Cette interprétation s’est transmise ensuite dans une partie du mouvement féministe français. Il n’est pas interdit de relire Freud avec Lacan avec un œil neuf et, éventuellement, de ré-évaluer l’interprétation qu’on peut en faire. Il me semble que ça correspond parfaitement à ce que vous écrivez dans votre présentation de vous-même : « Je crois aux talents, à l’ouverture d’esprit et de regard, je crois à l’engagement et à l’échange entre les êtres. Pour construire ensemble une autre façon de voir le monde, un monde moins monolithique, plus ouvert à la diversité de celles et ceux qui l’occupent…à condition d’accepter de voir…et entendre, que chaque personne est unique, et qu’en même temps elle appartient à un monde qui la place dans des catégories hiérarchisées ».

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