Qui sommes « nous, féministes » ?

Avant-propos : ce texte, signé « Femmes en résistance » (association Résistances de femmes) se livre à une analyse radicale de l’appel intitulé « nous, féministes » paru entre les deux tours de l’élection présidentielle, et revient en fin de texte sur l’autre appel à voter Hollande qui a été publié. Il est également lisible sur le blog de Femmes en résistance.


« Il est temps qu’un autre féminisme prenne la parole », réclament les post-féministes.

Un manifeste a circulé entre les deux tours pour appeler à faire barrage à Nicolas Sarkozy. Ce dernier a été battu. Tant mieux. Maintenant, c’est le temps de l’analyse de ce texte par les féministes. Car il célèbre un « Nous » fédérateur d’une « internationale féministe ». Celles qui ne s’y reconnaissent pas ne seraient donc pas féministes. Seulement, ce texte est loin d’être ce qu’il paraît : un texte féministe, opposé à toute instrumentalisation des féministes par un pouvoir patriarcal qui attise le racisme et la haine.

Le pouvoir patriarcal n’est nullement nommé, mieux, les féministes, avant ce manifeste, semblent avoir été un instrument consentant voire même agissant dans ses actes colonialistes et impérialistes.

Une très bonne réponse qui lui est faite est lisible sur féministes radicalesou je putréfie le patriarcat. Ce texte souligne l’absence de dénonciation des violences sexuelles. Or elles structurent la société patriarcale. De notre côté, pour y répondre, nous voudrions simplement rajouter quelques éléments et nous attacher à l’analyse des mots employés, et des exemples choisis.

1 – Qui est derrière le « Nous, féministes » ? « Nous » sommes tout sauf des femmes.

Récapitulons les catégories qui forment ce « nous » :

« citoyennes et indigènes, immigrées et autochtones, bourgeoises et prolétaires, travailleuses et chômeuses, nationales et naturalisées, européennes et étrangères, militantes et universitaires : filles, mères, ménopausées, avortées ou hormonées, Noires, blanches, tsiganes, arabes, musulmanes, juives ou chrétiennes, croyantes, mécréantes, voilées, dévoilées, revoilées, sexy, grosses, anorexiques, valides ou non, straight, trans, gouines, queer, morales, immorales, amorales, victimes, putes, épargnées ou enragées, …».

Quelle logique organise cette accumulation ?

Que signifie le ET ? Opposition ou addition ? Des deux ? Selon quel critère ? Car on peut être militantes et universitaires, nationales et naturalisées, européennes et étrangères. En revanche on ne peut être immigrées et autochtones, ni bourgeoise et prolétaire. Que signifie le OU ? Il est probablement inclusif puisque avortées et hormonées ne s’opposent pas, tout comme grosse et anorexique. Pourquoi alterne-t-il avec le ET ?

Quelle cohérence politique a cette litanie ? Des catégories de femmes ? Pas toutes, il y a les trans dedans. Des catégories de « stigmatisées » ? Le ton queer et ses réappropriations d’insultes le laisse penser. Mais alors quid du mot « victime » ? En quoi est-ce un stigmate à accoler à « p… », « gouine », « immorale », « mécréante » ? Faut-il y entendre la tentative de dépassement du mépris que seuls les postmodernes et les agresseurs ont pour les « victimes » ? Car de larges groupes soi-disant « féministes » répugnent à constater que les femmes sont victimes de leurs oppresseurs. et assimilent « victime » à une faute morale : celle de « s’être couchée » devant l’ennemi.

Cherche-t-il l’exhaustivité ? – Alors il manque entre autres, les asiatiques et bouddhistes, indiennes et hindouistes, les « pas sexy », les « ni anorexiques ni grosses », etc. Car question analyse, il n’y en a aucune. Pêle-mêle sont citées des « stigmatisées », peu importe que le « stigmate » qui les caractérise soit la conséquence de l’oppression ou une stratégie de résistance ou des actes de langage à prétention subversive.

  • « Anorexique » et « pute » ne sont des étendards politiques que pour certains groupuscules qui mettent en danger les femmes. Les insultes citées et les épithètes « mécréante », « immorale » et « amorale » relèvent du discours de haine des agresseurs.

  • « Victime », « immigrée », « prolétaire », « chômeuse » sont les conséquences d’oppressions. « Anorexique » et « grosse » sont pour grande part les séquelles de violences sociales (politiques patriarcales [violences sexuelles et/ou matraquage médiatique de haine et de mépris pour le corps féminin] et politiques agro-industrielles, pour ne citer que les deux principales).

  • « Noires » avec une majuscule ou « avortées » ont été posés comme des actes forts de contestation de l’ordre raciste et sexiste.

Trois catégories manquent bizarrement.

Dans cet inventaire, il manque la catégorie « lesbienne ». A la place, deux mots bien politiques.

  • « Gouine », une insulte à prétention libératrice qu’une féministe ne peut pas aujourd’hui reprendre à son compte, à moins de se placer entre les mains de ses agresseurs. Car si à l’époque des gouines rouges, oser dire le mot pouvait être subversif, aujourd’hui, le système pornographique se délecte trop de l’emploi de cette insulte pour que le retournement puisse encore faire subversion.

  • « HomosexuelLEs ». Lesbienne, on ne le retrouvera qu’une fois dans le texte, pour présenter, comme elle le faisait elle-même, Audre Lorde – il ne sera de fait pas question de lesbophobie. « HomosexuelLes », ce mot « neutre », où le masculin revient encore parasiter le propos, ment sur la réalité que vivent les lesbiennes. Elles sont ciblées en tant que « femme » échappant pour part à l’hétérosexualité. Le système pertinent qui explique cette persécution n’est pas « la norme » abstraite de « pratiques sexuelles » hétérosexuelles, c’est le sexisme lui-même : l’expérience des gays et des lesbiennes est donc antagoniste. Cette lettre efface des noms aussi importants que Monique Wittiget Michèle Causse.

Un autre manque cruellement car c’est celui qui fonde tout le féminisme. Celui qu’on ne cesse de reprocher aux hommes, politiques, chercheurs, militants, d’ignorer : FEMMES ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, il ne semble pas judicieux aux auteures de mentionner ici, pour faire le lien entre toutes, ce mot qui désigne depuis Simone de Beauvoir celles que nous devenons à défaut d’être nées telles. Que signifie un manifeste féministe qui ne se réclame pas de la catégorie ou classe des femmes ?

Deux mots essentiels manquent encore : hommes et patriarcat. Il nous semble extraordinaire que les agresseurs ne soient jamais cités dans le texte. Mais cela, les deux blogs cités au début de l’article le disent mieux que nous.

2- Quel système de domination dénonce ce « Nous » ?

Une internationale « féministe » sans victime, sans classe de femme et sans oppression.

« Victimes » est une des catégories citées au début du manifeste et ne s’applique pas, semble-t-il, aux autres. Aucune des catégories de femmes citées, sauf une, ne serait victime ? Or puisque la société où nous vivons est sexiste, toute femme est une cible. Nous sommes toutes victimes, c’est ce qui nous fédère en une même lutte.

Alors pourquoi mentionner cette catégorie dans une série et non comme dénominateur commun ? Mais surtout que veut dire « épargnées » dans le manifeste ? Epargnées de quoi ? Quelle femme, ici ou ailleurs, est épargnée par la violence sexuelle masculine ? Nous avons toutes subi le sadisme de l’exhibitionniste, la menace de viol par le racoleur qui nous murmure ses « désirs » à l’oreille, le geste blessant de celui que l’on croyait notre ami … Quelle femme, ici ou ailleurs, est épargnée par la violence économique masculine ? Quelle femme peut échapper à la contrainte à la conjugalité et/ou à la mixité organisée par le monopole des richesses et des moyens de survie par les hommes ?  sont ces « épargnées » ? Nous n’en connaissons aucune.

Il faut attendre le troisième paragraphe pour que le mot « femmes» apparaisse enfin. Dans un contexte particulier :

« Filles de Virginia Woolf, nous dénonçons avec elle la propagande nationaliste qui prend les femmes en otage et prétend les défendre alors qu’on bafoue leurs droits fondamentaux : « En tant que femme, je n’ai pas de pays, en tant que femme, je ne désire pas de pays, mon pays c’est le monde entier… ».

Résumé politique : … je ne suis donc jamais femme en tant que classe opprimée. mais seulement en tant que citoyenne du monde face au système nationaliste.

De fait, la majorité des violences dénoncées par le texte sont les méthodes de pouvoir de l’état nation : ordre policier et douanier, fichage, surveillance, pénalisation des étrangers, persécution des syndicalistes et des citoyenNEs, le vote raciste, la fortification de l’édifice Europe, l’instrumentalisation colonialiste et nationaliste des droits des femmes, l’argument du choc des civilisations. En réponse, le manifeste affirme « que désormais, quiconque tente de nous instrumentaliser en prétendant défendre le droit des femmes sous couvert de progrès, d’identité nationale ou de défense des frontières européennes – rencontrera sur son chemin une internationale féministe que nous appelons de nos vœux. » Mais l’oppression des femmes n’est devenue que récemment nationaliste (deux siècles sur des millénaires d’oppression patriarcale) et le nationalisme n’est pas le tout de l’oppression des femmes : les femmes nationales sont maltraitées même dans les nations impérialistes, et les femmes migrantes sont maltraitées par des méthodes et dans des proportions que ne connaissent pas les hommes.

En dehors de tout concept de classe des femmes, quel sens à « l’internationale » féministe qu’appelle de ses vœux ce manifeste ? Nous disons qu’il n’est pas féministe, car le projet est androcentré (cf. le texte de réponse cité plus haut). Le sexisme ne s’effondrera pas avec la fin des états-nations. Il est antérieur à ce système de pouvoir, et il l’englobe, logiquement et dans les faits.

Le concept de patriarcat est absent de ce texte. Le concept de sexisme apparaît deux fois. Dans « hétérosexisme ». Ceci pour amalgamer touTEs les « hétéro » parmi les dominants face aux « anormaux » : pure négation des violences sexuelles masculines subies par toutes les femmes hétérosexuelles au profit de la classe des hommes. Enfin, le mot « sexisme » apparaît ici :

« Nous […], filles d’Audre Lorde, poétesse, lesbienne, caribéenne, traquant le racisme, le sexisme et l’homophobie jusque dans les rangs des mouvements féministes et des mobilisations anti-racistes… »

Voici le seul moment où le manifeste évoque le pouvoir organisé qui motive l’existence du féminisme : quand il s’agit de le dénoncer dans les rangs minoritaires, en particulier féministes ! Le manifeste focalise sur l’entre-soi féministe pour rechercher les traces de l’oppression des femmes. En parallèle, le manifeste laisse entendre que jusqu’à présent les féministes auraient participé, par consentement tacite ou explicite, aux politiques du patriarcat : néocolonialisme, impérialisme, persécution policières, mesures liberticides … et qu’il vient y mettre fin.

C’est partir du postulat qu’il n’y a pas de réflexion sur le néocolonialisme, le racisme, les classes sociales en France… oubliant encore et pour la enième fois la lutte des femmes et lesbiennes exilées en France.
 Par exemple la coordination des femmes noires d’Awa Thiam  de Maria Kalalobé, Epoupa Mizipo, Béatrice N’Goma, Gerty Dambury a interrogé le mouvement des femmes dans les années 70 sur la colonisation et l’esclavage, mais  l’Histoire n’a guerre pris en compte ces débats.
 Aussi de nombreux groupes ont œuvré  comme les Nanas Beurs dans les années 90. Aujourd’hui les Lesbiennes Of Color, Locs sont issues de cet oubli systématique et luttent contre le racisme jusqu’au sein des mouvements féministes et lesbiens Français.
D’autre part, cet oubli illustre le double thème récurrent des groupuscules queer et sex-positiv. C’est avec cette même rhétorique (série d’insultes et d’épithètes nominatifs pour toute identité politique, oppresseur sexiste jamais nommé, classe des femmes niée, violences sexuelles occultées) que ces groupes multiplient depuis des années les actions directes contre les groupes, associations ou individus féministes. Ils prétendent opposer un féminisme situé dans certaines expériences minoritaires (queer, racisées, prostituées, etc.) au féminisme institutionnel. Alors qu’elles peuvent très bien travailler ensemble, en discutant sur leurs divergences et dans l’exigence d’une écoute réciproque. 
Cette diabolisation légitime d’une part l’agressivité avec laquelle certains individus harcèlent et font des scandales publics à des féministes;  et d’autre part, la révision systématique des acquis féministes, en particulier ceux cités ci-dessus, ainsi que la non-mixité des femmes, le concept de classe de sexe et l’analyse de la prostitution et du sadomasochisme pornographique, comme moteurs majeurs des violences sexuelles masculines.


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Qui sont les références, comment sont-elles traitées ?

D’ailleurs, suit une longue généalogie féministe du « nous, féministes » qui cite bien du monde et oublie justement…SIMONE DE BEAUVOIR. Que signifie un manifeste féministe qui ne se réclame ni de Simone de Beauvoir ni de la catégorie ou classe des femmes ?

Il n’y a pas Beauvoir, en revanche, il y a Olympe de Gouges. Mais ne voilà-t-il pas que celle qu’il a fallu deux siècles pour sortir de l’oubli – et encore- doit désormais être citée tout en étant insultée par celles-là-même qui se réclament de sa filiation ? Olympe de gouges, demi-mondaine ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’insinue-t-on par là ? Définition : Au XIXème siècle, le terme de demi-mondaine désignait les femmes entretenues par de riches Parisiens. Autrement dit, des courtisanes. Peut-on ici faire une référence plus directe à un article  de Thierry Schaffauser (co-fondateur du STRASS)  que vous pouvez lire sur le site minorites ? En voilà une référence en tout cas en matière de généalogie féministe !  Ayant été veuve à 16 ans donc mariée de force et violée, elle se retrouva peut-être prostituée. Mais il nous semblerait nettement plus féministe d’interpréter l’histoire de cette façon plutôt qu’en se contentant de la traiter de « demi-mondaine », ce qui encore une fois est un retournement de l’insulte qui tombe à plat. Ou plutôt attise la haine des femmes. Un peu comme si des femmes juives disaient « nous, youtres » pour revendiquer leur place ? Cela serait-il admissible ?

Louise Michel, se rangea donc aux côtés des Kanaks . Mais elle fut aussi une virulente abolitionniste -un aspect fondamental de notre généalogie féministe qui est ici passé sous silence…Ensuite, la lesbophobie n’apparaît pas.
 Alors que homosexuellEs,  mot censé englober gays et lesbiennes apparaît, homophobie et islamophobie aussi  (un mot contesté), l’oppression faite aux lesbiennes, parce que lesbiennes ET femmes, n’est pas mentionnée.


3- « Il est temps qu’un autre féminisme prenne la parole » : que nous dit-on ici ?

A-t-on attendu que ces auteures interviennent pour dénoncer l’instrumentalisation du féminisme par la droite extrême qui a gouverné ? Qu’ont fait les féministes dans leurs luttes quotidiennes sinon toujours ramener sur le devant de la scène les violences sexuelles et l’oppression dans laquelle toutes les femmes sont maintenues et certaines, fragilisées, encore plus que d’autres ? Sinon réclamer en permanence des places d’hébergement, la régularisation de tous les sans papiers ?
« nous, féministes, refusons avec la plus vive détermination que les « droits des femmes » et des « homosexuelLEs » ou « l’égalité des sexes » servent des idéologies et des pratiques néo coloniales et liberticides. »
Et le patriarcat et le libéralisme n’ont ils donc rien à y voir ? Pourquoi sont-ils absents de l’énonciation ? N’y a-t-il pas, au dessus des pratiques coloniales et liberticides un patriarcat capitaliste qui y a un intérêt ? Ne serait-il pas a minima intéressant, voire nécessaire de le mentionner ?
Tous ces oublis nous semblent très significatifs. En voulant réparer ce qui leur semble être « l’oubli » anti-colonial et anti-fasciste d’autres féministes, les auteures oublieraient le système patriarcal ? Comment cela pourrait-il être un hasard, dès lors qu’on se revendique d’une généalogie féministe ?

Alors, pourquoi ?
Une autre stratégie rhétorique du texte nous en donne une idée : le retournement. Il s’exprime dans le « demi-mondaine », l’insulte soi-disant là pour décrire une réalité, mais aussi dans l’emploi systématique des mots de ceux qui  luttent contre les féministes radicales  et abolitionnistes.

Oui, le patriarcat s’impose avec une violence  accrue sur des personnes étrangères et de façon post-coloniale. Mais il se tourne aussi contre toutes les autres, et dans tous les pays du monde. Oui, nous nous insurgeons contre le fait que TOUJOURS, ce sont les femmes contre qui le patriarcat se retourne, que ce soit dans la prostitution ou sur la question du voile. Mais non il n’y a pas « criminalisation » des femmes musulmanes ni « criminalisation » de la sexualité.

Criminaliser, c’est rendre passible des assises et de peines de 5 ans de prison minimum. Nous ne voulons pas que les femmes soient pénalisées parce qu’elles sont prostituées ou contraintes à porter le voile intégral. Nous ne voulons pas criminaliser les femmes ni même les pénaliser. Nous voulons criminaliser les hommes qui les violent, et pénaliser ceux qui achètent et contrôlent leur corps, et interdire que la société fasse la promotion du viol dans la pornographie. Quelle féministe peut raisonnablement s’opposer à cela ?

Et que veut dire ici le terme liberticide ? La façon dont la liberté des femmes est systématiquement soumise à l’ordre patriarcal ? Non, il s’agit là du refus de toute mesure « liberticide » profitant aux hommes. C’est une façon de nier aux féministes la possibilité de s’opposer aux libertés que se donnent les hommes à nous violer par toutes sortes de moyens presque tous légaux et tous caractérisés par l’impunité presque totale, avec leur arsenal de contrats plus ou moins tacites : pacte prostitutionnel, pacte domestique, pacte filial…

La suite nous montre bien qu’on est dans cette dialectique là :


 »En tant que féministes, comment ne pas exiger l’abrogation des lois qui criminalisent les femmes en raison de leur religion, le développement de modes de garde collectif, la réforme des manuels scolaires et le développement de la place de l’histoire des femmes, des études postcoloniales et de la notion de « genre » dans toutes les disciplines, l’éradication des publicités et des jouets prônant l’hétérosexualité obligatoire, la reconnaissance pleine et entière des droits sociaux des prostituéEs ? « …

Outre le fait qu’il n’y a pas de lien logique ou analytique entre les propositions, il y a confusion et retournement. D’un côté on nous dit qu’on « criminalise les femmes » en leur donnant des amendes pour port de voile intégral, (criminaliser, c’est aussi ce que les pro-prostitution reprochent aux féministes). De l’autre les auteures se contentent de vouloir « éradiquer » des publicités dont on ne dit même pas qu’elles servent la perpétuation d’un crime, celui du viol, qui n’est même pas cité ? Leur seul tort serait l’hétérosexualité obligatoire, sans préciser que l’hétérosexualité obligatoire est la justification du viol.

la reconnaissance des droits sociaux pleins et entiers des personnes prostituées ?

Et pour finir, cette affirmation que certaines trouveront consensuelles parce qu’elle se cache sous des atours généreux mais ne veut rien dire : vouloir la » reconnaissance des droits sociaux pleins et entiers des personnes prostituées ».
Pour elles, il faut beaucoup plus que cela ! Il faut exiger immédiatement une dépénalisation totale du racolage! Et reconnaître que c’est le client qui est responsable et l’achat d’acte sexuel qui doit être interdit. 
La réalité c’est que si on parle ici de droits sociaux,  c’est parce que c’est l’argument de ce courant réglementariste qui ne dit pas son nom mais s’oppose farouchement aux féministes. Elles sont, depuis Louise Michel en passant par Andrea Dworkin ou Marie-Victoire Louis,  Malka Marcovich, Sheila Jeffreys, Donna Hughes, Catharine MacKinnon, massivement abolitionnistes !
Les figures les plus importantes de cette mobilisation sont les cibles de campagnes de diffamations par les réglementaristes et légalistes ; de fait, aucune des Américaines n’est traduite en français, et aucune féministe qui débute dans le mouvement n’échappe aux fantasmes misogynes sur nos pionnières.


Nous posons avec force cette question : de quel « Nous », les auteures du manifeste se réclament-elles pour fédérer les féministes ? Vraisemblablement de ce « post-féminisme » qui ne peut exister que dans un « post-patriarcat ». Alors qu’au moins elles le disent, et nous laissent lutter politiquement, nous, féministes, dans le monde patriarcal qui est le nôtre aujourd’hui.
FEMMES EN RESISTANCE
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Addendum: « On n’aménage pas l’oppression, on ne négocie pas avec l’oppresseur » Sabine Lambert,préfacière de questions féministes

Le manifeste publié sur le blog d’lLeni Varikas répond sûrement pour partie à celui de Caroline de Haas et Martine Storti, sorti quelques jours plus tôt. Ce dernier appelait également à voter Hollande. En esquissant une généalogie féministe, liée certainement au fait que la seule que le texte des soutiens d’Hollande donnait était celle que serait d’après elle la gauche. Et définissait le « nous, féministes par un « nous, progressistes », sans préciser que la gauche ne les applique pas. Il avait toutefois l’avantage de nommer sinon le patriarcat du moins « une organisation sexuée de la société’, et les femmes.

Mais il ne nomme pas plus les hommes comme bénéficiaires du système patriarcal. Comme le manifeste dont il est question ici, il impute quasi-exclusivement la responsabilité de nos malheurs à la droite sarkozyste ou au capitalisme néo-libéral, en incluant la gauche dans une généalogie féministe.
La gauche serait « par nature » l’amie des droits des femmes ? On sait combien ce n’est malheureusement souvent pas le cas…
Même s’il faut parfois, reconnaît le texte, ne pas oublier de rappeler aux hommes qui y détiennent le pouvoir qu’ils restent avant tout des hommes peu enclins à déconstruire le patriarcat qui leur profite. « L’arrivée de la gauche au pouvoir est une condition importante de l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais nous savons aussi que les mécanismes de domination, multimillénaires, d’invisibilité des femmes et de résistance à leur émancipation et à leur libération, sont puissants. »Oui, ils sont puissants, mais pas seulement « malgré eux », mais « avec eux » car « pour eux ». Et nous féministes, nous ne pouvons dédouaner la responsabilité de la gauche dans la perpétuation de ces mécanismes, commme l’affaire DSK l’a malheureusement trop vivement rappelé.
Par ailleurs, dans ce manifeste aussi, la défense de mesures féministes semble devoir à tout prix être incluse dans d’autres luttes, comme si elle ne pouvait être la racine, et prioritaire : « Il est temps de changer de politique, pour les femmes comme pour la société toute entière ». Oui, si les femmes existent enfin dans l’agenda politique, cela bénéficiera à la société entière. A terme. Mais en passant, il faudra bien que certains, les hommes, acceptent ou plus probablement soient contraints d’y perdre un peu…de leurs privilèges….

Enfin, dernier point commun entre les deux textes, ils ne font pas des femmes la première force du changement : ils en appellent tous deux aux féministes hommes et femmes. Comme si les intérêts des deux groupes de sexe n’étaient pas antagonistes en matière de révolution féministe. Demande-t-on aux patrons de signer un manifeste ouvrier, dans un même élan de solidarité magique ? Certains le demandent en effet : ils nomment cela le « dialogue social », scellé par des « accords ». En guise de féminisme, ces deux manifestes ne nous proposent qu’un dialogue social avec les institutions patriarcales (« pacte républicain » ou « contrat sexuel » tels l’hétérosexualité et le système prostitueur) ; en guise d’égalité et de liberté, ils nous vendent des accords collectifs ou individuels avec les profiteurs de ces institutions. Nous refusons ces pièges, ces voies de garages inventées par le système patriarcal.
Nous, femmes, aspirons à la libération, sans condition, sans clauses particulières (« accords » différentialistes) ni cessions de propriété (« accords » réglementaristes ou matrimoniaux). Libération totale pour Nous toutes.
FEMMES EN RESISTANCE

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9 réflexions sur « Qui sommes « nous, féministes » ? »

  1. « Il n’y a pas Beauvoir, en revanche, il y a Olympe de Gouges. Mais ne voilà-t-il pas que celle qu’il a fallu deux siècles pour sortir de l’oubli – et encore- doit désormais être citée tout en étant insultée par celles-là-même qui se réclament de sa filiation ? Olympe de gouges, demi-mondaine ? Mais qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’insinue-t-on par là ? Définition : Au XIXème siècle, le terme de demi-mondaine désignait les femmes entretenues par de riches Parisiens. Autrement dit, des courtisanes. Peut-on ici faire une référence plus directe à un article de Thierry Schaffauser (co-fondateur du STRASS) que vous pouvez lire sur le site minorites ? En voilà une référence en tout cas en matière de généalogie féministe ! Ayant été veuve à 16 ans donc mariée de force et violée, elle se retrouva peut-être prostituée. Mais il nous semblerait nettement plus féministe d’interpréter l’histoire de cette façon plutôt qu’en se contentant de la traiter de “demi-mondaine”, ce qui encore une fois est un retournement de l’insulte qui tombe à plat. Ou plutôt attise la haine des femmes. »

    ça n’attisera que la haine de celles qui haïssent les putes…

  2. Ni les unes, ni les autres ne reconnaissent le terme des féminicides, toutes les violences de masse, systématiques, faites pour nous détruire… Les violences ne peuvent pas en même temps être bien particulières, malpropres, pour soumettre et opprimer toujours les mêmes et ne pas être particulières, ni ne nous être propres…

    Le mot des violences contre les filles et les femmes à prendre pour ce qu’il veut précisément dire, féminicides, surtout aux fins de qualification précise en Code pénal qui ne définit rien. Qui élude tout ! On en voit les beaux effets dominos ! Décembre, mai, à quant la prochaine pitchenette ? Nous avons la possibilité de qualifier et ne plus risquer des abrogations fallacieuses mais non, le barrage d’une omerta bien masculine les garde à la glacière. http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/feminicide-lexique.html

    1. bonjour, cela fait pas mal de temps que vous mettez toujours ou presque le meme commentaire quel que soit le sujet. De mon côté, je m’intéresse à la notion de féminicide mais : je dois avoir le temps de lire plus avant et d’y réfléchir parce que ma réflexion personnelle sur le crime contre l’humanité que subissent les femmes me mène plutôt à vouloir parler avc d’autres termes. En revanche, je ne pense pas qu’il soit indispensable de dire que nous ne voulons pas voir ou que nous l’ignorons. Nous parlons du patriarcat dans ce texte qui utilise les violences sexuelles comme arme criminelle massive. Après, discutons du terme. POur moi, les commentaires de blog ou de facebook ne me permettent pas de le faire. J’ai besoin de prendre beaucoup plus de temps pour cette notion qui me tient à coeur. Alors je pense que nous sommes plutôt plus proches qu’éloignées sur ces questions…

      1. Bonjour, Désolée de presque une année de délai à vous répondre, je ne m’aperçois que maintenant de votre réactions.
        Le lien, ci-dessus, désormais invalide, je vous mets mon article épousseté et lien effectif.
        Je suis à disposition pour discuter du terme sur lequel nous nous trouvons certainement à un fil l’une de l’autre.
        En attendant ce jour, je ne puis donc que communiquer par mes écrits…
        et posts de blog remaniés http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/definitions-feminicides.html

  3. @ Morgane

    « … celles qui haïssent les putes » … révélatrice cette mise au féminin de la haine des prostituées. Pour rappel, ces dernières ainsi que le mépris qui devait leur coller éternellement aux basques ont été inventé.e.s par et pour les hommes (la sociopathie qui consiste à les assassiner sauvagement en est l’expression ultime et elle est exclusivement masculine, Jack l’éventreur etc.). De la même façon, ils ont créé la mégère, la bimbo et la femme vénale. Toujours poser les femmes en objets (sexuels, domestiques, économiques) puis les insulter, les maltraiter voire les tuer.

    Vous vous trompez d’ennemi.e.s: objectivement et selon les faits et chiffres rapportés, ce sont bien les clients et les proxénètes qui haïssent les prostituées pas celles et ceux qui souhaitent l’éradication de ce que les prostituées nomment elles-mêmes, une fois sorties mais pas toujours, violence.

    Mais tout cela vous le savez, n’est-ce pas ? La mauvaise foi resterait-elle votre dernier argument contre une évidence au sujet de laquelle toute tentative d’intellectualisation est vaine et caduque.

  4. nous ne sommes pas dupes de ces « féministes » qui défendent en fait la domination masculine … elles essaient de jouer sur les mots, bah c’est raté… leur grande frustration c’est les femmes qui n’ont pas envie d’intégrer cette domination et de la revendiquer comme une « libération »… c’est vraiment pathétique. Je te trouve courageuse de consacrer du temps à décortiquer leurs mots, etc.perso j’ai aucune patience de ce côté là… merci Sandrine ;o)

  5. comme le dit une copine féministe :

    « La théorie de la récupération, c’est vraiment du flan, c’est pas toi qui récupère le langage, c’est LUI qui te récupère. »

    Que des universitaires, fortes de plus de dix ans d’études, ne sachent toujours pas que les mots ne sont pas plus forts que les choses qu’en disent les dominants, c’est affligeant !

  6. Le féminisme ne peut pas être digéré dans les catégories politiques classiques; il a sa propre histoire, sa logique qui découle de l’oppression concrète des femmes non par une puissance invisible et abstraite mais bien par des hommes bien sexués et bien réels avec un discours construit par eux.
    Il n’y a pas de feminisme sans partir de cette réalité et pour les hommes qui sont favorables au féminisme il y a nécessité de partir de ce constat et d’agir en conséquence en se remettant vraiment en cause dans leurs vies et pas seulement en parole, à vrai dire le moins possible en parole, car notre culture est pleine de la bruyante parole masculine (et involontairement j’y participe même si c’est pour la contester).

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