« La pornographie, c’est la théorie, et le viol, la pratique »

Merci à Euronews de me faire travailler la nuit…du coup, en fin de travail, j’ai enfin eu le temps de lire le texte de cette conférence qu’on me disait magistrale de Rebecca Whisnant. En quelques mots, quelques lignes, me voici totalement réveillée, dans tous les sens du terme : http://sisyphe.org/spip.php?article4191#.T6N-Z_4E7WI.facebook

Des mots donnent corps à mes rêves, à mes réalités, un texte limpide, qui explique tout, qui comprend tout, qui répond à tout. Son  titre c’est :

« Le féminisme contemporain dans la culture porno : ni le playboy de papa, ni le féminisme de maman »

Explication à la fois de pourquoi certaines féministes qui se disent de la troisième vague croient pouvoir être plus fortes que l’oppresseur, pourquoi c’est si difficile de lutter contre toutes ces force qui sont contre nous, mais pourquoi aussi c’est merveilleux, réjouissant, parce que, peut-être pour la première fois de notre vie, il y a pour nous, « classe des femmes » (voir citation ci-dessous), un espoir.  Mais bien sûr, il faut tout lire, pour que tout s’articule.

Plutôt que d’en faire un texte compliqué, j’en ai extrait quelques citations bouleversantes. Qui j’espère vous donneront envie de le lire.

« La pornographie, c’est la théorie, et le viol, la pratique » . Robin Morgan

« Si tu ne peux pas avoir ce que tu désires, alors désire ce que tu as », affirme le proverbe.

Classe des femmes : « le destin de chaque femme – peu importe son appartenance politique, sa personnalité, ses valeurs, ses qualités – est lié au destin de toutes les femmes qu’elle le veuille ou non » .R.W

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« le meilleur moyen, et sans doute le moyen principal, par lequel les systèmes oppressifs se perpétuent, c’est de donner l’illusion à quelques membres du groupe opprimé qu’il y un enjeu/intérêt pour eux à suivre les règles établies ».  R.W

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 » dans la pornographie « alternative » ou féministe, nous voyons occasionnellement des femmes différentes du canon de beauté prescrit par Hollywood. (Le plus souvent, l’apparence « alternative » semble se composer principalement de tatouages et de piercings – mais j’ai remarqué que cela implique rarement d’avoir des poils pubiens »). R. W

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« . Puisque la culture porno devient de plus en plus invasive et destructrice, et que les gens sont de plus en plus conscients qu’elle affecte leur vie, de nombreuses personnes cherchent une échappatoire. Le problème c’est qu’ils ne trouvent pas d’alternative, et ce qu’on leur présente comme différent ne l’est pas vraiment en réalité. » R.W

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« La droite soutient l’appropriation des femmes (épouses ou filles) par les hommes dans la sphère privée, au sein du foyer, tandis que la gauche défend l’appropriation sexuelle des femmes par les hommes au niveau collectif, à l’extérieur du foyer, dans la sphère publique, y compris dans la pornographie et la prostitution » (…) . Les personnes qui se préoccupent de la justice et qui veulent trouver une issue à la culture porno doivent agir et penser de façon à déplaire à toute sorte de groupes qui haïssent les femmes » R.W

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« Mais il est vrai que notre camp ne doit pas être seulement « la part morbide du mouvement des femmes » , comme l’a formulé avec justesse Andrea Dworkin. Il y a quelque chose de cet ordre là, inévitablement : il n’y a pas moyen de mettre à bas les industries de l’exploitation sexuelle sans se confronter à d’horribles réalités. Nous ne devons pas flancher et nous devons trouver les moyens d’aider les autres à faire face à ces réalités sans mourir intérieurement. » R. W

                                                                                                             ///
« Pour créer un espace de réflexion et d’expérimentation, nous devons nous désintoxiquer, nous dégager des messages cyniques, manipulateurs et haineux de la culture porno. Pour commencer à penser par nous-mêmes et rêver nos propres rêves, nous devons d’abord fuir les salauds qui nous hurlent dessus avec des mégaphones. » R.W
                                                                                                             ///
. Deuxièmement, nous devons faire appel à nos propres expériences de l’amour et du sexe en tant que joie et communion (et encourager les autres à faire appel aux leurs)
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Nous avons besoin d’encourager les gens à utiliser ces expériences, ces petits je ne sais quoi, ces faibles lueurs – pour se souvenir de ce qu’ils savent de leurs vies, ce qu’aucun maquereau ou compagnie commerciale ne leur vendront ou ne pourraient même leur vendre, et à en vouloir davantage.
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A quoi ressemble la véritable liberté sexuelle et qu’est-ce qu’elle nous fait ressentir – celle que tout le monde peut avoir, plutôt que ce qui donne la liberté à certains au prix de celle des autres ? Nous devons imaginer et encourager ces autres à imaginer un autre monde : un monde dans lequel aucune femme n’est traitée de « trainée », « prude », « salope », « chatte », ou « gouine » ; où aucun-…e femme, homme, ou enfant n’aurait à craindre le viol ou d’en souffrir les dommages ; dans lequel les hommes ne contrôlent pas leur comportement et celui des autres hommes par peur d’être perçu ou traité comme une femme ; et dans lequel l’amour et les relations lesbien-nes ne se réduisent pas à du fétichisme porno pour homme.
                                                                                                           ///
Nous devons utiliser le pouvoir de notre désir pour ce monde – notre désir de le faire advenir pour nous-mêmes, pour nos enfants, nos petits-enfants – pour nous unir, pour mobiliser notre pensée et des stratégies pour reprendre notre culture aux pornographes.
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11 réflexions sur « « La pornographie, c’est la théorie, et le viol, la pratique » »

  1. “Mais il est vrai que notre camp ne doit pas être seulement « la part morbide du mouvement des femmes » , comme l’a formulé avec justesse Andrea Dworkin. Il y a quelque chose de cet ordre là, inévitablement : il n’y a pas moyen de mettre à bas les industries de l’exploitation sexuelle sans se confronter à d’horribles réalités. Nous ne devons pas flancher et nous devons trouver les moyens d’aider les autres à faire face à ces réalités sans mourir intérieurement.” R. W

    J’aime particulièrement cette citation de R.W.
    Quand j’ai lu Dworkin (pouvoir et violence sexiste) j’ai senti combien c’était vrai et c’est tout à fait ce féminisme-là et ces connaissances-là que j’avais au fond de moi. Ce savoir dont je me disais qu’il était particulièrement sombre et… j’aurais tellement aimé me tromper, avoir tort là dessus. Mais en lisant Dworkin, non seulement tout cela m’était rappelé, mais en plus l’architecture de ceS pouvoirS m’était démontré, rendu évident. Le squelette de la violence sexiste, les fondements du système patriarcal. Et c’est tellement grave, écrasant (puissances financières, politiques, impliquant la Justice comme on le voit avec l’affaire DSK) oui, il y a de quoi sombrer complètement de l’avoir inscrit dans sa conscience.
    Pour pouvoir vivre “normalement” et participer au mouvement féministe, c’est avec les distractions, le sport, le travail et l’humour que j’ai pu garder ça en conscience, au fond, mais aussi avoir autre chose à la surface immédiate. Il faut vraiment aller dans autre chose que “la part morbide” dont parle R.W. car ce n’est pas possible de survivre avec pour seul espoir qu’enfin la mort vienne arrêter cette torture… Non ça c’est vraiment trop triste. C’est pour ça, heureusement que je te lis aussi dans “Femmes en résistance” et le festival de films documentaires de femmes. J’admire ton courage d’évoquer ces sujets sordides, mais aussi et surtout de savoir te mettre/nous mettre dans la lumière – indispensable – de l’espoir, de la création. Montrer “autre chose”, justement, montrer ce que le système machiste s’ingénie à invisibiliser, la part créative, énergique, le ressort humain des femmes. Cela va dans le même sens que la lutte contre les violences physiques puisque cela nous renforce. Pour moi tout ça c’est comme veiller au moral des troupes ou mettre des clowns dans les hôpitaux. vital aussi…

  2. Génial !
    Cela fait du bien de lire ces lignes et puis aussi le commentaire d’Emelire…
    Cela fait tellement du bien…
    Merci pour ce blog. Tout le blog.

  3. Je vais aller lire l’article mais j’avais envie de réagir sur le titre cet article. Je suis jeune – dans la vingtaine -, étudiante dans une prestigieuse école polytechnique européeene et une femme (ça arrive).
    Dans ce milieu très privilégié et principalement masculin, la pornographie est vue comme quelque chose de normal. Notamment, les gens iront voir ce qu’ils veulent et c’est pour cela que ces genres particuliers existent. Demande => Offre.

    Ce type d’images m’intéresse très peu, mais je suis allé jeter un coup d’oeil. Et mon constat est : le principal client est le mâle hétérosexuel, qui a le droit a pleiiiiiins de catégories pour le porno qu’il aime. Dans une petite section, on trouve le porno « woman-friendly », avec un peu moins de viol et d’exhibition de chair féminine… Ce genre est tout aussi représenté que le porno gay (pour les hommes gays) bien que la répartition dans la population varie légèrement.

    J’en arrive à deux conclusions :
    1. Il y a autant de gays que de femmes avec des envies sexuelles.
    2. Je préfère de loin le porno gay (plus d’hommes, moins de femmes en exposition)

    C’est à mon sens un juste reflet de la conception de la sexualité actuellement, plus qu’une déviance morbide.

  4. Bonjour,
    c’est justement à cela que répond le texte de Rebecca Whisnant. Je vous recommande donc vivement de le lire ! En particulier sur la question de la possibilité d’un porno féministe et du besoin de placer la sexualité dans des images plutôt que dans une rencontre réelle…

  5. Vous ne trouvez pas qu’il y a beaucoup de « nous devons » et au moins une contradiction : nous devons penser par nous-même ce que pense l’auteure et imaginer nous-même ce monde qu’elle-même imagine ?
    Vous ne trouvez pas qu’il y a de l’exagération à dire que toute la gauche voudrait l’exploitation sexuelle des femmes à l’extérieur du foyer ?
    Ne faut-il pas prêter attention aux diversités ? dans les kiosques, sur Internet, le porno n’est pas absolument partout, même s’il est là, et en tant que tel efficient (mais partiellement, pas exclusivement).

    1. Une question pour vous : avez-vous le texte de R.Whisnant en entier ? elle parle bien sûr de la gauche « à l’américaine ». Comment pouvez-vous dire que le porno n’est pas partout ?
      Une petite fille de 10 ans qui, contrairement à d’autres, a la possibilité de s’exprimer dans son contexte familial sur ce qu’elle ressent de ce qu’elle voit autour d’elle, exprime très régulièrement au vu des publicités à sa hauteur sur les abribus dans la rue, combien cette façon de montrer les femmes la choque.
      Ensuite, tout est dans cette question de « classe des femme » et la définition qui en est donnée ici. Mais je ne epux que vous encourager à lire les 15 pages qui se lisent facilement, parce qu’elle répond à tout mieux que je ne pourrais le faire..

  6. Les femmes ont une énorme force, bien supérieure mentalement, à celle des hommes, sans m’étendre ici sur la nature de cette force cultivée depuis des millénaires bien que dans la servitude. Notre époque où l’information circule vite permet aux femmes de se connecter rapidement et de réagir à un nombre infini d’évènements auxquels elles ne pouvaient auparavant réagir vraiment dans les temps. Il y a eu de plus en plus de féministes théoriciennes avec une Liberté et une autonomie conquises, qui ont commencé une chaîne de solidarité féminine qui ne s’arrêtera plus. La reconquête a déjà commencé. Il n’y a plus rien d’utopique là-dedans sinon la grandeur de l’effort à fournir. Mais sans utopie il n’y a pas d’idéal et sans idéal, il n’y a pas de projets, pas d’action. Les combats se gagnent un jour après l’autre. AVEC LA FOI EN SOI ET EN SES CAPACITES. La roue a tourné, déjà : on n’arrêtera pas l’élan de cette deuxième vague de féminisme qui s’étend, grâce à l’informatique, à tous les pays de Notre Monde. Cette année, l’Inde vient de passer une loi qui permet d’annuler les mariages d’enfants. A NY, la fondation de la politique Ayaan Hirsi Ali réagit contre les mariages forcés dans tout l’Occident (un verdict très dur est tombé au tribunal de Mons, en Belgique, contre les membres de la famille d’une victime : avant midi, la fondation AYA était déjà au courant). Le Féminisme moderne vaincra dans sa lutte pour l’égalité car les sociétés sont acculées à cette transformation. C’est un foyer de forces qui va nous porter à ce résultat. Les hommes subissent déjà cette transformation en eux, même s’ils réagissent dans tous les sens. Les êtres humains appartiennent à la Vie et pas l’inverse, la Vie impose ses lois.

  7. Au cours de quelques sorties de France, j’avais pris l’habitude de m’intéresser aux divers magazines dédiés aux hommes qui relèvent en général du « soft porn » . Pas besoin de connaître la langue du pays pour les feuilleter et comprendre. Mais, on y apprend un peu comment se forme la mentalité de certains hommes à l’égard des femmes, à travers notamment les images /représentations et le langage . A titre seulement d’exemple cette phrase  » women are beautiful with shapes « ( ce n’était pas  » we like  » ou  » I like » women with shapes » ) venait en commentaire d’une photo de parties d’anatomie rebondies un peu contorsionnées recouvertes de lingerie transparente superposée . La photo de ce corps omettait la tête et ne présentait que ce qui est consommable , du point de vue du magazine et qui devient celui du lecteur/voyeur/futur consommateur . Comme dans certaines publicités, le « soft porn » induit la banalisation de l’utilisation de certaines parties du corps qui semble destinées à une appropriation normale

  8. Sandrine, hello,

    Cela fait déjà qqs semaines que j’ai lu ce texte, qui ne me semble pas si facile à approcher: il présuppose une connaissances des enjeux et débats à l’intérieur du mouvement radical féministe. De ce fait, il répond à des objections que l’on n’a pas forcément en tête si l’on n’est pas en plein dans ce combat ou si l’on ne connaît pas les tenants et aboutissants de cette approche.
    Ce qui est certes très appréciable, rafraîchissant et si différent des habitus français, c’est cette liberté de parole, au sein de l’université états-unienne. Cette liberté de parole et de pensée, sans impostures, sans éruditions.
    Par ailleurs, la conclusion de ce texte m’a laissée songeuse…
    Si j’ai bien compris le message de l’auteure, grosso modo, il faut inventer d’autres modes de sexualité, d’imagination sexuelle pour paraphraser C.W. Mills que ceux qui sont vendus, entretenus par le porno.

    Je suis entièrement d’accord. Je pense d’ailleurs que la fille de 10 ans ou la lectrice Selene S, mais également beaucoup de gens de mon entourage, ont choisi cette stratégie -cela suppose de s’immuniser le plus possible vis-à-vis du porno, le rendre un « point aveugle » ou le remarquer en le mettant à distance. Différentes stratégies donc afin de sSurvivre donc dans un environnement hostile

    Cette solution, pragmatique et que tant de personnes mettent à l’oeuvre, ne saurait cependant être la conclusion d’une conférence qui se veut hautement politique!

    Il me semble qu’il y a un combat à mener, il ne s’agit pas seulement de s’isoler dans des groupes faisant des bonnes pratiques, ni d’entretenir des discussions ad infinitum pour mieux décrire ou mieux nommer le phénomène observé. Il s’agit de combattre une industrie!

    Je crois qu’il faut appliquer toute « l’imagination » à cette cause -l’imagination sociologique, économique, politique, pour revenir à C.W. Mills… et ne pas se contenter d’un nouvel imaginaire sexuel…

    Il me semble que les féministes ont, avons intérêt, pour mener cette bataille, à élargir la vision et à poursuivre des objectifs plus généreux, plus généraux, plus ambitieux.

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