Le football, archétype de la domination et du déni

En règle générale, j’ai à peu près banni le football de mon existence. Sauf l’autre jour, j’ai constaté -incroyable- que la « Une » de l’Equipe était sur les femmes de Lyon victorieuse de la ligue des champions. C’est si rare (non pas qu’elles gagnent, mais qu’elles soient à la une d’un journal), que cela mérite d’être souligné.
Mais si je parle de cela, c’est parce qu’en travaillant parfois dans une chaine d’informations internationales, il y a quelques moments pénibles à passer : ces soirs de finale d’hommes qui tapent dans un ballon, et se mettent à pousser des hurlements dès qu’un des leurs manque ou réussit à mettre le ballon dans un filet.

Des hurlements qui me sont insupportables, me font me faire toute petite, raser les murs…comme quand d’ailleurs ils y jouent, dans les cours de récréation, et que les filles doivent aller se mettre sur les bords, pour ne surtout pas trop occuper d’espace. A ce moment là, je comprends tout le fonctionnement du déni de l’oppression et de la violence subie. Je ne pouvais simplement ignorer le match, parce que ces messieurs sont tellement excités qu’ils ne se préoccupent plus une seconde de savoir si leurs hurlements empêchent leurs voisines de travailler ou de se concentrer sur un article féministe radical, une video d’Andrea Dworkin ou de profiter de la douceur d’une chanson de Barbara ou Rokia Traoré.  Quelle solution face à cela : d’un coup, se mettre à gueuler plus fort en leur disant que vraiment, ils exagèrent et passer pour la rabat-joie de service, surtout si personne ne semble penser pareil ? Ou faire comme la plupart des autres femmes, les regarder d’un air amusé, voire intéressée, et essayer de se « prendre au jeu ». Car dans ce cas là, c’est beaucoup plus facile à supporter que de simplement les subir…

Et si finalement, la domination masculine, le patriarcat, cela n’était que ça ? Je crie plus fort, je tape, je repousse dans les coins ou encore mieux, je rends invisible. N’étant pas éduquées à se défendre, les femmes alors, choisissent, plutôt que de ressentir toute cette violence de front, parce que c’est insupportable (mais elle est bien là, nous ne nous y trompons pas), de se dire que c’est merveilleux, c’est bien normal, cela correspond à leur besoin, et d’accepter, en silence…

Car même  si j’avais crié moi aussi,  comme me le conseillait une soeur, pareil en regardant une video de Rebecca Whisnant, par exemple ou Shella Jeffreys, ils m’auraient pris pour une folle, et n’auraient rien compris. Et pourtant, cela aurait été si drôle…mais rien que l’idée de le faire m’a déjà apaisée…et aussi la lecture d’un article, ultra-radical certes, mais qui remet bien les choses à leur place : le football, c’est un lieu de pouvoir et de violences. J’en avais parlé ici il  y a deux ans, dans un de mes premiers articles remarqués :

https://sandrine70.wordpress.com/2010/04/22/pauvres-bleus/

C’est un milieu donc, où l’on recourt à des prostituées en masse, on fait venir des jeunes filles pour satisfaire les pulsions sadiques des hommes qui veulent libérer leur agressivité après les matches. Car on est dans un milieu de pouvoir, de luxe…et d’impunité.

Mais lorsque le scandale éclate, dans de rares cas, que se passe -t-il ? De qui parle-t-on  ? Des victimes, adolescentes, femmes, prostituées ou non, jeunes ou plus âgées,  de ces crimes ? Non, on parle de « scandale sexuel » pour un crime à répétition. On parle de « carrières détruites », celles des footballers, pour des vies détruites, celles des femmes.

Alors lire des articles qui en parlent vraiment, comme celui-ci, cela fait vraiment du bien : car il parle d’abord des victimes : Don’t give up. There are many, many women out here who believe you, who respect you. You are not nothing. You will never be nothing. They are the ones who are nothing. »

« N’abandonnez pas. Il y a de nombreuses femmes qui vous croient, qui vous respectent. Vous n’êtes pas des filles de rien. Vous ne serez jamais des riens. Ce sont eux, qui ne sont rien ».

Et aussi pour cette phrase, qui apaise, après les cris.

« Football would not exist in a world where women are free and liberated. Nor would the gang rape of teenage girls. Goddess, how I wish, hope, rant, plead and pray for such a world »

« le foot n’existerait pas dans un monde où les femmes seraient libres et libérées. Pas plus que le gang rape d’adolescentes. Combien j’espère, je crois et je prie pour un tel monde ».

Moi aussi

S.G

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6 réflexions sur « Le football, archétype de la domination et du déni »

  1. “le foot n’existerait pas dans un monde où les femmes seraient libres et libérées. »

    J’ai vraiment du mal avec cette conclusion. Je pense que le football un allié du machisme dans la société dans laquelle nous vivons, mais pas forcément (dans sa définition même) un agent inévitable de domination des femmes. Il est possible d’imaginer une pratique, une culture différentes du football. Dans un monde où les femmes seraient libres et libérées, le football pourrait également exister. Avec des équipes mixtes, sans supporters chauvins et violents, sans esprit de compétition mais avec juste le plaisir de jouer. Sans marketing agressif, sans nationalisme, sans « mec qui regarde le match pendant que sa femme s’occupe de la maison ».

    Cela me rappelle une scène du film « Le ballon d’or » dans laquelle des enfants, dans un village africain, jouent au foot. Un d’entre eux, sur le point de marquer un but, fait demi-tour avec la balle et la remet en jeu, parce que pour lui la raison d’être du jeu n’est pas de gagner à tout prix, mais de jouer, de passer un bon moment.

    1. bien sûr. Il faut comprendre : le foot tel qu’il est construit dans une société patriarcale…la classe des hommes non pllus n’existerait pas dans un monde où les femmes seraient libres et libérées. Simplement, être homme ou femme ne serait plus rien d’autre qu’une incidence biologique sans incidence…

  2. * cet article est dans la droite ligne de la pensée de l’elite intello française qui ignore tout du football et qui le méprise profondément. en gros c’est le « sport du beauf ». ces mêmes personnes se retrouvent également lorsqu’il s’agit d’instrumentaliser le foot pour faire passer leur propagande ( inutile de rappeler les propos de lepen pere et fille). manifestement les féministes ne font pas exception a la règle.

    *l’auteure de cet article semble totalement ignorer la dimension social du foot, qui fait qu’on va au stade ou qu’on se groupe devant un ecran.
    l’auteure ne semble pas plus apte a remarquer l’incroyable dramaturgie du foot et a comprendre la passion qu’elle peut susciter. c’est son droit, mais c’est un peu plus douteux d’y voir de la domination masculine. d’ailleurs c’est marrant de penser a ça avant de ce dire que ce sont des manques de courtoisie de passionnés absorbé par l’objet de leur passion.

    *bien evidemment l’homme est réduit a un etre qui crie, qui tape et qui pousse dans les coins. c’est exactement les valeurs qui sont portées par les hommes. en faite nous ne sommes que des singes legerement améliorés.

    *seuls les footballeurs vont aux prostituées ces bien connu
    d’ailleurs qui parle de « carrière detruite? ». a propos de quels joureurs?
    vous etes comme marine le pen qui voit des joueurs de l’equipe de france dans des drapeaux etrangers.

    « le foot n’existerait pas dans un monde où les femmes seraient libres et libérées. Pas plus que le gang rape d’adolescentes. Combien j’espère, je crois et je prie pour un tel monde”. => ça c’est l’apothéose!!! qu’est ce que le foot a a voir avec la liberté des femmes??? ah oui c’est vrai, aux USA le foot est le sport féminin n°1, ça doit etre ça dont il parle.

  3. j’oubliai, a quand une loi courageuse sur l’interdiction du football?

    ps: spéciale dédicace pour grunt => »Il est possible d’imaginer une pratique, une culture différentes du football. Dans un monde où les femmes seraient libres et libérées, le football pourrait également exister. Avec des équipes mixtes, sans supporters chauvins et violents, sans esprit de compétition mais avec juste le plaisir de jouer. Sans marketing agressif, sans nationalisme, sans “mec qui regarde le match pendant que sa femme s’occupe de la maison”.

    ….sans commentaire, les bras m’en tombent

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