Liberté d’expression à deux vitesses…

Ceci se passe outre-manche, mais pourrait aussi bien se passer ici. Il s’agit de la façon dont, d’une part, la liberté d’expression est invoquée pour tout ce qui parle de violences envers les femmes (d’ailleurs, je n’ai même pas commenté la relaxe d’OrelSan, mais c’est du même ordre)…de la liberté de pornographie, de prostitution, de sado-masochisme…

et d’autre part, de la non-liberté -quand on est une femme- d’exprimer une opinion sur le transgenrisme sans être accusée de transphobie.

Ainsi, les féministes radicales britannique ont souhaité organiser une conférence au Conway Hall en juillet prochain. Elles ne l’ont pas vraiment interdite aux trans « M to F » (homme vers femme), mais l’ont plutôt découragée, en annonçant la conférence comme « restreinte aux femmes nées femmes et vivant comme des femmes ». L’idée de cette non-mixité non-ouverte aux trans est la suivante : il n’est pas question de réessentialiser le genre ou de nier le désir individuel ou le choix d’une personne de se transformer pour elle-même et d’adopter un autre genre. Sinon, je ne pourrais pas la défendre. C’est de dire que d’un point de vue féministe radical, l’assignation de genre à la naissance est tellement forte, que si cette transformation transgenre n’est pas accompagnée d’une prise de position politique forte de déconstruction du patriarcat, un trans « M to F » n’appartient pas pour autant à la classe des femmes. Or, l’histoire récente montre que la plupart des militants transgenres (je ne parle pas de toutes les personnes transgenres, qui prennent donc une position politique, ne remettent pas en cause les privilèges de l’appartenance à la classe des hommes. Non pas individuellement, mais dans leur combat politique, qui s’accompagne souvent d’une défense de certaines pratiques les plus violentes du patriarcat : pornographie extrême, sado-masochisme, prostitution…et campagnes de haine et de dénigrement contre les féministes radicales.

Dans l’affaire qui nous occupe, l’intellectuelle féministe radicale Sheila Jeffreys, qui a énormément travaillé sur l’assignation des femmes à la beauté, sur la pornographie et sur le transgenrisme  était invitée à cette conférence. Ce qui a provoqué une campagne twitter et internet d’une rare violence. Une image avec sa photo et celle de l’autre conférencière principale, a été publiée sur un blog, on voit  un insecticde au nom de « Ridfem » (jeu de mots sur radfem, compression de féministe radicales et « get rid of fem » éradiquer ces memes féministes radicales), appel donc à éliminer celles ci comme de la vermine…

Mais ce qui a fait basculer la salle hôtesse de la conférence, qui a décidé de lui en refuser l’accès,  c’est aussi un article du Guardian, contre Sheila Jeffreys, écrit par un-e transactiviste…connu-e pour sa défense de la pornographie extrême.  D’où l’idée d’une liberté d’expression à deux vitesses. Le discours de Sheila Jeffreys est probablement contestable par des arguments, et d’ailleurs dans son article Roz Kaveney en donne, l’article lui-même est très mesuré. Il affirme que les trans s’en prennent à elle parce qu’ils ne sont pas admis à une conférence où des personnes qui estiment que les opérations chirurgicales devraient être internationalement interdites- ont la parole (je ne sais pas si elle dit exactement cela). Ceci peut être contestable, (même si j’imagine que si  appel à interdiction il y a, celui ne ne vaut pas que pour les transsexuel-le-s mais aussi pour toutes les opérations de mutilation de soi par la chirurgie esthétique (labioplasite, chirurgie des seins, etc.) et discutable. Et rien n’empêche cette contestation d’avoir lieu dans des lieux de débat public ou politique sur ces questions. Ce qui serait grave, c’est qu’une commission politique qui doit statuer sur la question, ne reçoive que Sheila Jeffreys, ou majoritairement des personnes qui pensent comme elles (mais ça, il n’y a pas de risque, on imagine plus facilement l’inverse se produire)*.  Mais pas que ce soit le cas dans un conférence organisée par un groupe de féministes radicales.

En outre, elle n’est pas transphobe au sens où elle n’appelle pas à la haine contre les individus transgenre ou transexuels en raison de leur identité. Alors que des discours religieux qui appellent à l’infériorisation des femmes, des masculinistes, qui appellent quotidiennement à la haine des femmes, sont les bienvenus partout, dans les émissions télé, les salles de conférence…

Enfin, dernière remarque avant de vous laisser à la lecture de deux articles mieux documentés que celui-ci : on attend de voir les transactivistes en question, s’attaquer à la transphobie des lieux non-mixtes dominants, comme le fait La Barbe. Mais peut-être, est-ce là plus risqué et à la fois moins productif que d’essayer d’empêcher la non-mixité choisie des femmes ?

A cet article, Sheila Jeffreys (1) a répondu dans le Guardian : l’auteure demande juste à avoir le droit à la critique du transgenrisme.

http://www.guardian.co.uk/commentisfree/2012/may/29/transgenderism-hate-speech?CMP=twt_gu

Par ailleurs, pour mieux comprendre les objectifs réels de ces campagnes systématiques d’interdiction du discours critique à l’égard du transgenrisme, voici un article du blog « féministes radicales » qui déconstruit les discours :

http://www.feministes-radicales.org/solidarites/solidarite-avec-sheila-jeffreys-victime-du-front-activiste-sex-positiv/

*Comme par exemple, récemment en France, à propos de la question des aidants sexuels, ont été auditionnés de nombreuses associations y étant favorables, et une seule y étant défavorable

(1) Elle a écrit notamment « Beauty and Misoginy », ouvrage magistral qui décortique l’abandon par les féministes dites de la « troisième vague » de la lutte contre les assignations du complexe mode-beauté patriarcal, en affirmant que par la réappropriation, elles continuaient la lutte, sur le sempiternel principe du « c’est mon choix individuel », de me maquiller à outrance, par exemple, donc ce n’est plus le patriarcat qui me l’impose, donc je suis libérée…ce qui ne résiste pas à l’analyse politique féministe radicale.

 

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11 réflexions sur « Liberté d’expression à deux vitesses… »

  1. Personnellement, là, pour une fois, je me demande pourquoi je suis abonnée à ce blog.
    Tout d’abord, les thèmes et enjeux listés au cours de l’article sont tellement différents que les mêler relève à mon sens d’une espèce de stupidité, ou de propagande au choix, intellectuelle.

    Ensuite, parce que…. Comment le formuler intelligemment? Toute restreinte d’accès à des manifestations sur des bases identitaires, personnellement, me fout de l’urticaire et provoque en moi des doutes politiques intenses, dune part, et une réaction épidémique de rejet de la dite manifestation. (ainsi de ce festival de films de femmes dont je tairais le nom, qui interdisait l’entrée aux hommes, ce qui fait que lorsque ma soeur est venue avec l’équipe de son film, sélectionné pour e dit festival, hé bien ils n’ont pas pu rentrer. – enfin, si, bien sur, l’équipe féminine pouvait, mais, étrangement, sans doute parce que nous sommes vérolés par la pensée patriarcale, nous avons préféré ne pas rentrer du tout et donc ne pas assister à la projection de notre propre film. Tout est normal à part ça)

    Personnellement, le fait que cette conférence soit « déconseillée » aux trans, et, visiblement, mais ça cela ne semble choquer personne, interdits aux hommes, me donne juste la gerbe, sans compter que pour moi, la féminisme creuse sa tombe aussi bien politiquement qu’épistémologiquement s’il refuse/interdit/ne recherche pas la collaboration de l’autre moitié de l’humanité, en l’occurrence les êtres humains mâles.

    Par ailleurs, même en prenant en considération le dogme politique, ontologique, quasi théologique du féminisme « radical », le fait de considérer les trans MtF comme non bienvenus me met extrêmement, mais vraiment extrêmement mal à l’aise, même en prenant en compte très attentivement en compte la démarche telle qu’explicitée dans cet article pour légitimer ce rejet.

    Le féminisme qui est le mien, en tous cas, n’est pas celui-ci, pas un mouvement dont absolument tout, dans la formulation des faits, les modes de pensée, le rejet de l’autre, relève de mouvements « radicaux » de minorités, que celles-ci soient ethniques, religieuses ou sexuelles.

    D’ailleurs, outre l’aspect « moral » de cette approche, elle est, si je peux me permettre, stupide aussi bien dans ses prémisses intellectuelles que dans ses conséquences politiques:
    les femmes ne SONT PAS une minorité, mais la moitié de l’humanité. Le changement de leur statut dépend de toute l’humanité et concerne toute l’humanité; il le doit.

    Je suis sans doute à l’ouest, et serai à n’en pas douter hors sujet pour toutes ces personnes, mais moi, quand je tente d’œuvrer pour l’avènement de l’égalité entre les sexes, c’est principalement en discutant et me comportant avec les garçons et les hommes pour rendre tangible et désirable ma vision de l’égalité entre les sexes, d’une part, et certainement pas en agressant les hélas si nombreuses filles et femmes qui transmettent, parce que les ayant totalement intériorisées et donc parce que les considérant comme fondamentale dans leur représentation d’elles-mêmes, des représentations des femmes essentialistes.

    1. Cela commence bien en introduction de ce qui se veut un échange d’idées d’arguer de ma stupidité… j’y reviendrai.
      Une seule remarque : toute votre démonstration repose sur ceci : Toute restreinte d’accès à des manifestations sur des bases identitaires, personnellement, me fout de l’urticaire et provoque en moi des doutes politiques intenses.
      Or c’est une interprétation erronée de mon propos et de celui des féministes radicales : il ne s’agit pas de revendication identitaire mais matérialiste, sur le principe de la classe des femmes et de la classe des hommes. Que des individus vus comme « féminins », trangenres, transsexuels ou pas, subissent des agressions, vient justement du fait que c’est la classe des femmes qui est visée. Cela reste du sexisme. Encore une fois, nous ne parlons ici en critique que des militants qui veulent éradiquer des personnes qui pensent, vous avez dû voir l’image.
      Ensuite, et pour boucler la boucle, vous voudrez bien éviter à l’avenir toute phrase du genre : « D’ailleurs, outre l’aspect “moral” de cette approche, elle est, si je peux me permettre, stupide aussi bien dans ses prémisses intellectuelles que dans ses conséquences politiques ».
      NON, VOUS NE POUVEZ PAS VOUS LE PERMETTRE, C’EST UNE INSULTE. L’INSULTE N’A PAS DE PLACE DANS LE DEBAT

      1. Je vous présente mes excuses: dans le milieu de débats d’idées qui est le mien, soit le milieu universitaire en sciences sociales, il ne s’agit pas d’insulte: arguer de la stupidité d’une conclusion est même souvent le préliminaire de la contre-argumentation! Visiblement, étant donné que vous ne réagissez pas aux autres commentaires allant peu ou prou dans le même sens que moi, je réitère donc encore une fois mes excuses les plus plates.

        A celles-ci je rajouterai qu’en effet, je ne connais pas les dynamiques anglaises, et que ce que vous décrivez des mouvements trans anglais m’est totalement inconnu. En effet, ma connaissance personnelle des trans recoupe plutôt celle des commentaires laissés plus bas: celle de personnes en souffrance intense, qui, souvent dès la petite enfance (durant le fameux processus de socialisation), se vivent femme et ressentent leur corps comme une négation d’elle-mêmes.

        Là où je me porte totalement en faux de la démarche du congrès et mais aussi de votre article, c’est qu’une MtF qui a fini le processus de transformation, justement, subit précisément, comme vous le dîtes vous-mêmes, le sexisme EN TANT QUE FEMME. Par conséquent, leur interdire l’accès revient juste à dire qu’elles ne le sont pas, femmes, ce qui est bien un processus d’essentialisation identitaire.

        Vous parlez d’investissement politique contre le patriarcat, et expliquez que c’est précisément cette absence de militantisme parmi les trans MtF qui motive leur interdiction d’accès. Bien, OK. Pour que cela soit en contradiction avec mes reproches, il faudrait que l’entrée au congrès des femmes soit conditionné également à leur militantisme…. Nulle part n’est indiqué que cela soit le cas!

        Enfin, le commentaire laissé par Kappa reprend en effet ce que je pense: vous dîtes qu’il ne s’agit pas d’essentialiser l’identité féminine, mais, et je cite Kappa car il n’y a rien à rajouter: « “Elles ne l’ont pas vraiment interdite aux trans “M to F” (homme vers femme), mais l’ont plutôt découragée, en annonçant la conférence comme “restreinte aux femmes nées femmes et vivant comme des femmes”.
        C’est quoi “vivre comme une femme” ?
        On dirait le débat sur “l’identité nationale” que personne n’est capable de définir mais qu’on est tout.e.s censé partager.

        “C’est de dire que d’un point de vue féministe radical, l’assignation de genre à la naissance est tellement forte, que si cette transformation transgenre n’est pas accompagnée d’une prise de position politique forte de déconstruction du patriarcat, un trans “M to F” n’appartient pas pour autant à la classe des femmes.”

        Mais qu’en savent les organisatrices si elles les excluent de fait ? Il me semble bien que toutes les féministes -même radicales- ne pensent pas toutes pareil, alors pourquoi en serait-il de même pour les transgenres MtF ?
        Refuser une discussion avec une certaine catégorie de personnes selon leur identité, c’est les mettre absolument chacune des personnes appartenant à cette catégorie dans un même sac poubelle à mon avis.

        “En outre, elle n’est pas transphobe au sens où elle n’appelle pas à la haine contre les individus transgenre ou transexuels en raison de leur identité.”

        C’est une blague, non ? Pourquoi la définition de la transphobie serait-elle plus restrictive que celle du racisme et du sexisme ? »

        Pour finir, je remarque que vous n’avez pas rebondi sur l’histoire personnelle que j’avais inséré à mon premier commentaire. Intéressant.
        Exclure (les trans, les hommes, les qui-pensent-pas-dans-la-ligne) est -ce n’est pas un jugement, juste une constatation, une tautologie pour être plus exacte- une auto-getthoïsation.

        On peut la défendre, sans doute, mais pas la nier.

  2. Un-e trans M to F est une femme dans un corps d’homme…
    Pourquoi vouloir s’enfermer dans des cases en fonction de ce que l’on a entre les jambes ?
    Pour ma part, je n’ai jamais vu de trans défendant la pornographie ou ce genre de choses. En général, ils et elles sont plutôt enrôlé-e-s dans des associations LGBT plutôt proches des associations féministes ( telles qu’Osez le féminisme !, qui prône justement l’abolition de la prostitution et de toute forme de violence sexuelle niée de cette sorte aujourd’hui ).
    Un-e trans M to F, en général, va avoir connu des violences ordinairement réservées aux femmes, parce qu’il/elle aura souhaité changer de sexe ( en se défaisant de sa sacro-sainte virilité, donc ) et des discriminations également.
    De plus, je pense que la plupart des transgenres M to F ( comme les F to M ) doivent vouloir assurer un avenir meilleur, que ce soit pour tou-te-s les trans, pour les femmes, ou encore ( et ce n’est pas le sujet, j’en conviens ) les gays/bi/lesbiennes, et pour toutes celles et ceux qui sortent des normes sexuelles et genrées en vigueur.
    Car une des notions du féminisme ( corrigez moi si je me trompe ) est de dire qu’une femme ne sera pas nécessairement ce qu’on lui impose d’être ( une  » bonne mère « , une  » séductrice  » ( mais pas trop, hein. Faudrait pas qu’elles soient violées non plus ! Les hommes ayant des pulsions irrépressibles, hein… ) et tout ce qui est assigné habituellement au genre féminin ( douceur, etc… Par opposition à la virilité qu’on impose aux hommes, quoi, puisque  » La Femme  » est construite par opposition à  » L’Homme  » qui est l’être humain par défaut, car il faut manifestement selon la société qu’il y ait deux types de personnes et que ceux-ci se complètent )), qu’elle peut être ce que la société patriarcale qualifierait de masculine, et inversement pour un homme.
    Donc, un homme peut être intérieurement une femme. Et inversement.
    Un homme qui serait, en fait, une femme, aura d’ailleurs eu l’occasion de voir à quel point il perd de sa valeur initiale en souhaitant devenir une femme, et donc de la misogynie ambiante.
    Parce que si une femme souhaite devenir comme un homme, effectivement, elle/il s’expose à un nombre incalculables de représailles ( le côté  » c’est pas bien, tu sors de ta case, de ton rang  » ), mais d’un côté, une fois totalement homme, elle/il n’aura peut-être pas gagné en valeur, mais si elle/il parvient à cacher qu’elle/il a un jour été femme, elle/il devra subir moins de discriminations ( elle/il s’est rendu-e vers le groupe des dominants, ça a un côté valorisant ).
    Donc, elle/il aussi aurait pu constater la misogynie de manière encore plus frappante.
    Mais si un homme qui devient une femme perd le respect de ses pair-e-s, une femme qui devient un homme en gagne peut-être à long terme.
    Au final, les trans M to F ont sans doute eu énormément d’occasions de s’engager dans le féminisme ou bien de vouloir approfondir ce genre de sujets…
    Après, je trouve exagérées les réactions que vous avez citée, bien qu’avec les discriminations qu’ils et elles subissent au quotidien, je dois avouer que je peux les comprendre.

  3. Merci pour cet article!

    Sheila Jeffreys a dit précisément que les chirurgies de réassignation de genre (et non de sexe, puisque l’on ne peut changer de sexe) doivent être considérées comme des violations des droits humains, étant de la mutilation physique grave exercée par autrui, et dans un contexte de contrôle patriarcal de la population par une puissante industrie médico-patriarcale.
    dans son livre « unpaacking queer theory », elle dénonce notamment la manière dont la politique trans est utilisée par l’institution médico patriarcale pour remettre les homosesexuel-le-s dans le rang patriarcal, et qu’ajourd’hui cela a remplacé les internements des homos dans les hôpitaux psychiatriques, lobotomisations, électrocutions, etc.

    Voici un transcript d’une interview d’elle en anglais, par Meghan Murphy

    http://hagocrat.wordpress.com/2012/05/18/transcript-of-f-word-interview-with-sheila-jeffreys-for-where-have-all-the-radicals-gone/

    Ici des critiques récentes sur le sujet par des féministes radicales

    http://rancom.wordpress.com/2011/08/08/dinosaurs-and-janice-raymond/

    http://davinasquirrel.wordpress.com/2012/05/31/radfem2012-and-the-problematics-of-pretend-radfems/

  4. A la dernière A.G. d’Osez le féminisme, une intervenante à dit qu’il y a deux sujets qui divisent les féministes: la prostitution et la gestation pour autrui. Je pense qu’on peut rajouter un troisième sujet : la question trans.

    Je voulais d’abord répondre à V. Les féministes radicales ont souvent eu des lieux non mixtes. D’autres lieux s’avèrent mixtes et je n’ai pas de problème avec ça. Mais les lieux non mixtes représentent un lieu où les femmes peuvent davantage s’exprimer librement sur leur condition et prendre davantage la parole. Les hommes ont tendance à monopoliser la parole et peuvent rendre (parfois involontairement) les femme mal à l’aise sur des sujets comme la prostitution, le harcèlement sexuel, etc. Pour simplement donner un exemple, il est possible que des femmes se sentent victimes de sexisme dans des lieux militants mixtes (exemple : au parti socialisme). Si leurs collègues masculins assistent aux rencontres féministes, il est possible que les femmes n’aient pas le courage de dire devant eux ce qu’elles vivent dans le lieu mixte. Les lieux non mixtes ne sont pas anti-hommes, mais constituent des lieux pour favoriser la parole des femmes.

    Les féministes radicales qui restreignent l’accès du lieu aux transsexuels mtf restreignent également l’accès aux hommes. Sinon, ce serait effectivement discriminatoire pour les trans : si l’accès est mixte, il n’y a évidemment pas lieu d’empêcher les trans d’assister à un événement ouvert à tous. Si c’était le cas, je m’opposerais à cela.

    J’entends déjà le prochain argument qui s’en vient : « Oui, mais les trans mtf SONT des femmes. Dans leur tête ». Justement, vous répondrai-je : dans leur tête. Les trans ont évidemment le droit de s’exprimer sur qui ils sont, ils ont droit de s’habiller comme ils veulent, ils ont le droit d’être protégés s’ils sont victimes de violence. Mais leur prétention à être considérer VRAIMENT du sexe qu’ils prétendent être est questionnable. Nous avons le droit de ne pas être d’accord avec eux. Nous avons le droit de penser qu’il est problématique de considérer que le fait de s’habiller en femme et de prétendre être une femme fait d’un homme une femme. Cela ne traduit ni sa réalité matérielle (le corps qu’il a), ni la façon dont cette personne a été socialisée. De plus, les féministes radicales s’étant toujours opposées à une conception figée et stéréotypés du genre, il est normal qu’elles critiquent le discours trans qui, lui, se défini par son identification à une certaine conception figée des genres (« je pense comme une femme », « je m’habille comme une femme », etc.) Il y aurait beaucoup à dire. J’ai simplement voulu évoquer quelques oppositions que les féministes radicales ont vis-à-vis des théories trans (par ailleurs, certains trans eux-mêmes donneraient raison aux féministes radicales car ils confèrent qu’ils ne seront jamais des femmes et ne prétendent pas en être). Nous avons le droit de discuter de ces questions sans ce faire intimider par des gens qui défendent un autre point de vue.

  5. je trouve que ca reste de la transphobie car elles oublient qu etre transgenre c est un mal etre profond et refuser le réasignement de sexe c est pousser des etres humains au suicide et c est un manque d humanité car si je ne savais pas que je pouvais un jour me faire opérer pour me débarasser de cette chose immonde que j ai encore dans mon pantalon je l aurais coupée moi méme et je serai probablement morte aujourdhui , d ailleurs j ai failli le faire
    cette attitude de féministe m attriste profondément
    ok je ne serai jamais une femme biologique mais en faisant ce parcours je subi le sexisme tout comme les femmes et je choisit leur place dans la société
    avec tout ce que sa comporte
    je ne serai jamais femme biologique je ne serai jamais homme non plus

  6. « Le discours de Sheila Jeffreys est probablement contestable par des arguments, et d’ailleurs dans son article Roz Kaveney en donne, l’article lui-même est très mesuré. »

    Il manque des mots ?

    « Elles ne l’ont pas vraiment interdite aux trans “M to F” (homme vers femme), mais l’ont plutôt découragée, en annonçant la conférence comme “restreinte aux femmes nées femmes et vivant comme des femmes”.
    C’est quoi « vivre comme une femme » ?
    On dirait le débat sur « l’identité nationale » que personne n’est capable de définir mais qu’on est tout.e.s censé partager.

    « C’est de dire que d’un point de vue féministe radical, l’assignation de genre à la naissance est tellement forte, que si cette transformation transgenre n’est pas accompagnée d’une prise de position politique forte de déconstruction du patriarcat, un trans “M to F” n’appartient pas pour autant à la classe des femmes. »

    Mais qu’en savent les organisatrices si elles les excluent de fait ? Il me semble bien que toutes les féministes -même radicales- ne pensent pas toutes pareil, alors pourquoi en serait-il de même pour les transgenres MtF ?
    Refuser une discussion avec une certaine catégorie de personnes selon leur identité, c’est les mettre absolument chacune des personnes appartenant à cette catégorie dans un même sac poubelle à mon avis.

    « En outre, elle n’est pas transphobe au sens où elle n’appelle pas à la haine contre les individus transgenre ou transexuels en raison de leur identité. »

    C’est une blague, non ? Pourquoi la définition de la transphobie serait-elle plus restrictive que celle du racisme et du sexisme ?

  7. Concernant votre dernier billet sur lequel les commentaires ont été fermés.
    Je n’appartient pas au Strass, je ne suis ni client, ni prostitué, je me définis comme féministe, et pourtant votre argumentaire me gêne considérablement.
    Enfin, argumentaire, je ne pense pas que l’article prétende en formuler un, il y a ici une collection de témoignages. Je ne doute pas un seul instant de leur sincérité, mais un ou plusieurs témoignage ne font pas un argument, particulièrement quand on prétend éradiquer un phénomène social entier. Le commentaire d’Aristide ci dessus est plus argumenté pour sa part.
Mettre des témoignages dos à dos n’a jamais fait avancer un débat, et la question de la proportion ne me semble pas intéressante quand on doit décider de ce qui est permis ou interdit. Je ne vais pas m’embarrasser de certains arguments disant “on ne peut pas empêcher que ça ait lieu, on ne fait que dégrader les conditions”. Pas que je les trouve faux, mais ils sont circonstanciels.
    Le fond des arguments que je lis plus haut est que la prostitution est nécessairement un rapport de domination. Qu’elle l’est par nature. Que la première prostituée prétendant le contraire est une menteuse (consciente ou non). Il faudrait admettre aussi selon vous que se prostituer c’est “vendre son corps”, analogie facile mais fausse, sauf pour ceux qui y croient.
    Le sous-entendu, selon moi fondamentalement pas féministe, de tout cela est une asymétrie du rapport sexuel – basiquement le pénétrant (qui a plus de désir) profite du pénétré. Si c’est bel est bien un des principaux schémas régissant les rapports de genre dans nos civilisations, ce n’est certainement pas une définition “naturelle” ou absolue du rapport sexuel.
Le féministe doit-il imposer une lecture, un vécu, du sexe et de ses enjeux psychologiques pour chaque personne ou doit-il laisser le choix à chaque personne du sens qu’il donne à son genre, son corps et ce qu’il en fait ?
Vous avez deviné que je penche pour la seconde solution. Si la loi, le discours explicite et officiel de notre société, dit : “la prostitution est interdite pour protéger les prostitué(e)s”, on définit de force la relation sexuelle par la domination pour toute la société. C’est un féministe paternaliste (oui, oui) qui ne perçoit les femmes que comme victimes ou victimes potentielles, faibles par nature et obligées d’être protégées d’hommes agressifs par nature.
    Mon utopie, loin d’être abolitionniste, serait une prostitution qui compterait autant d’hommes que de femmes dans ses clients, encadrée, existant sans opprobre ou mépris social, autorisée, sûre et sans proxénétisme.

    1. Bonjour, j’ai décidé pour des raisons qui me regardent en tant qu’éditrice de blog de fermer les commentaires sur mon dernier article. Je considère qu’ils ne correspondaient pas à l’esprit de discussions sereines.

      Je vous demanderai donc d’arrêter de spammer mes autres articles, sinon je devrai vous bloquer l’accès aux commentaires.
      A dire d’elles

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