Fêterons-nous l’abolition du système prostitueur aux 3èmes rencontres des FEM ?

Ce week-end, ont eu lieu les 2èmes rencontres féministes d’Evry.

L’occasion pour 700 féministes de se rencontrer, c’est un succès non négligeable. D’ailleurs, la ministre des droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, ne s’y est pas trompée. Quand elle a dit que c’est certainement grâce aux premières FEM l’an dernier qu’il y a eu influence pour qu’on ait enfin le deuxième ministère des droits des femmes de l’histoire de France. Et le premier gouvernement paritaire. La ministre est venue nous rencontrer dans l’amphi : chargée des politiques féministes dans son cabinet, Caroline de Haas, et qui faisait l’an dernier le discours de clôture des FEM n°1 (cette année la tâche incombait à sa soeur Magali de Haas, porte-parole d’Osez le féminisme), y est sûrement pour beaucoup.

Et de fait, la ministre a été très applaudie. Elle a paru consciente des verrous, de la nécessité de se battre dans la transversalité, et prête à s’atteler à toutes les tâches en même temps.

Et si elle n’a pas parlé d’abolition c’est sans doute qu’elle craint que sa parole soit encore une fois déformée par les pro-prostitution et les journaux. Car la parole des abolitionnistes est systématiquement traînée dans la boue par ceux qui, ne représentant qu’eux mêmes, se disent porter la parole des personnes prostituées.

Cela montre bien le degré d’intimidation dont sont capables ceux qui veulent voir fleurir la prostitution. Cela montre bien combien ce chantier est  fondamental. L’abolition du système prostitueur, c’est un enjeu d’avenir crucial pour les femmes, et c’est maintenant qu’il faut s’en occuper. C’est ce que nous avons voulu dire en scandant « abolition, abolition », lors des applaudissements de fin. Que la ministre ne s’y trompe pas. Nous serons là pour porter la voix des personnes prostituées, nous abolition 2012. Envers et contre tout. Et c’est là que le féminisme ne doit pas oublier sa vocation radicale, « changer la vie entière », et de nommer les choses telles qu’elles sont. Nous sommes pour l’abolition du système prostitueur, la responsabilisation du client avec sa pénalisation, que les moyens soient mis pour l’accompagenement des personnes prostituées vers une autre vie, enfin une vie. Et aussi, de mettre l’accent sur l’éducation à la sexualité des filles et des garçons, pour qu’il ne puisse plus être toléré de disposer, par la force ou par l’argent, des femmes. C’est le moins que nous puissions dire.  Et il va nous falloir l’affirmer toujours plus clairement dans les semaines et les mois qui viennent.

Autre sujet qu’il sera fondamental d’avoir à l’esprit : la situation des plus précaires -et en particulier des femmes migrantes dont il a été peu question,et de la montée des intégrismes.

Enfin, le week-end, très bien organisé et bien rempli, a permis aux féministes venues de tous horizons de découvrir des sujets très variés lors des ateliers, une trentaine au total.
Bientôt j’espère pouvoir publier des images des deux que j’ai animé ou coanimés, et de celui qui présentait le bilan des politiques réglementaristes de la prostitution (catastrophiques pour les femmes, aubaine pour les proxénètes), et les espoirs de l’abolition, par Claire Quidet et Claudine Legardinier du mouvement du nid et Typhaine Duch d’OLF.

Atelier « Peut-on représenter les femmes en image » ?

Concernant la représentation des femmes en image, j’ai pu, échanger avec une salle très remplie sur les femmes sans tête… dans un atelier organisé par Femmes en résistance…nous avons à peine eu le temps d’aborder la question de la deuxième partie du plan. Après « les femmes sans tête », les femmes s’entêtent…tellement il est encore nécessaire de déconstruire notre mortification dans l’image : morcellement, décapitation, érotisation du viol, nous avons tellement l’habitude de nous représenter d’un point de vue de l’agresseur, que nous ne savons pas ou rarement le faire de façon satisfaisante.

J’ai commencé par une découverte in extremis : les femmes sans tête, c’est ainsi que les hommes nous représentent…depuis 13.000 ans ! Un homme a en effet écrit un livre sur ce sujet, où il affirme l’émergence de ces statuettes comme un courant à l’époque. Et le résumé de l’éditeur l’interprète ainsi :  » Que signifient ces figures, qui tranchent avec les statuettes aux formes opulentes des périodes précédentes ? Représentent-elles un nouvel idéal de la féminité, une présence rassurante dans les mythes et les histoires des derniers chasseurs-cueilleurs ? Forment-elles un marqueur identitaire, signe que les hommes de cette époque se percevaient comme un groupe social commun, européen avant l’heure ? »

Un groupe social commun, des hommes, qui déjà décapitent les femmes pour asseoir leur oppression.
La colonisation par ces images est tellement ancrée en nous que nous avons toutes, du mal à ne pas tomber dans le piège.
Si bien qu’aucune campagne de quasiment aucune asso, même féministe, n’est incontestable en termes d’images. Certaines sont unanimement critiquées, d’autres font débat. Il ne s’agit évidemment pas de juger, mais de déconstruire suffisamment, pour ensuite être capables de nous réinventer, de nous réécrire, de nous représenter. En commençant par confier la conception des images à des femmes féministes ayant une réflexion sur le sujet.

Nous avons cherché des contre-exemples, de campagnes difficilement contestables.
Une image a semblé assez percutante, parlant du viol, comme crime contre l’humanité (voir ci-contre). Le dessin y sert le message, et est assez significatif.

Nous avons à peine commencé d’aborder la video, pour analyser comment c’est encore plus difficile dans une image animée colonisée par l’érotisation de la violence, de la pornograhie en passant par les films mainstream et les campagnes militantes.
Deux ressorts nous semblent difficiles à défendre : celui du retournement concernant les violences (cf la campagne du LEF sur la prostitution) : l’image étant tellement faite d’une identification à l’homme dans tous ses états, que les femmes n’en sortent jamais re-capitées.

En revanche, la video militante féministe, avec Carole Roussoupoulos ou Delphine Seyrig, avec les Insoumuses (Maso et miso vont en bateau), a eu un vrai rôle de déconstruction de l’image télévisée, affirmant « qu’aucune image de télévision ne peut nous représenter ». Ainsi, a contrario, les images moins formatées, moins saccadées, morcelées, que permet le documentaire de création, donnent la parole aux sans voix, et un espace de liberté donné à chacune de se trouver une place dans l’image.

Enfin, nous avons à peine eu le temps d’évoquer des pistes pour représenter le désir, tel qu’il pourrait nous convenir, un désir féministe. J’ai donné l’exemple de « Lady Chatterley » de Pascale Ferran. Mais vous êtes les bienvenues pour en donner d’autres…pour nourrir cette réflexion de vos remarques, en commentaire sur ce blog.

Je parlerai de l’atelier « qu’est-ce que le féminisme radical » que j’ai co-animé avec Typhaine Duch (osez le féminisme, femmes en résistance) et Lucie Sabau (Osez le féminisme) dans un prochain billet…avec je l’espère rapidement, des extraits videos !

S.G

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11 réflexions sur « Fêterons-nous l’abolition du système prostitueur aux 3èmes rencontres des FEM ? »

  1. Bonjour bravo pour cet artcile!

    Par contre, je met ce commentaire pour apporter ma contribution je ne sais pas si ça sera très utile mais quand même, je le dis!.. Je fais partie de « la génération y » (petre que ça à un rapport avec ce qui va suivre?) et quand j’ai vu l’image,’jai cru quil yavait écrit »lol » et je l’ai cru jusqu’à ce que je lise l’artcile!! donc c’est pas impossible que dautres lisent ça a premiere vu dun coup doeuil… c’est moyen du coup :s Peut être que le « i » devrait être avec un point, un point carré qui arrive au meme niveau que les autres lettres mais un point quand meme pour que dès le prelier coup d’oeuil, on lise bien « viol » et que certains(dont moi) qui baignent dans la culture du lol &cie ne lisent pas « lol » justement….

  2. Bonsoir, je suis toujours confiant quand on parle d’abolitionnisme, parce que je crois en l’abolition de l’esclavage, par exemple, ou bien encore de la peine de mort. Oh, je sais que derrière ces si belles terminologies, les législateurs ont permis seulement des transitions sur d’autres modes d’oppression et d’exploitation : l’abolition de l’esclavage a permis dès avant 1848 les lois mettant en concurrence les travailleurs désormais soumis au salaire pour pouvoir exister, subvenir à leurs besoins et avoir droit de cité ; l’abolition de la peine de mort, elle, a été suivie de davantage de morts par armes de policiers contre ceux qui étaient désignés « ennemis publics »…
    Qu’importe ! je me sens abolitionniste, profondément, comme la plupart de mes contemporains.
    Seulement, voilà !…
    La loi dite « abolitionniste » que présente notre ministre est une série d’interdictions, ce qui en fait une loi prohibitive, donc, qui, loin d’abolir la prostitutution, la retranche au contraire dans les sphères du proxénétisme, des réseaux mafieux, des trafics, des enlèvements, des maladies sexuellement transmissibles, des drogues…

    Je m’étonne que notre ministre des droits des femmes ne se soit pas rapprochée du ministère de la justice, où Madame Taubira dit pourtant qu’il existe un arsenal efficace contre le proxénétisme, et que dans ce même mouvement de déni, voilà le droit des femmes qui se tourne vers le ministère de l’Intérieur ! Une police dont on sait qu’il y a beaucoup à redire sur les persécutions contre les prostituées (ou sur d’odieuses complaisances, même en très haut lieu, si l’on se reporte aux affaires de Lyon, découvertes cet hiver).
    Comment un ministère du droit des femmes peut-il recourir à des organisations qui, sous couvert d’aider à la réinsertion des prostituées, leur propose des travaux à bas prix pour l’Oréal, ce qui fait des prostitués les mains d’œuvres les plus bénéfiques, après les prisonniers et les handicapés ?…
    Comment, d’autre part, un ministère du droit des femmes peut-il stigmatiser, voire pénaliser ou criminaliser en les qualifiant de « proxénètes » les personnes qui aident une autre qui se prostitue, par exemple en lui prêtant un local, une camionnette, ou constituant un site ?…
    N’est-on pas là dans une série de dispositions qui harcèlent, persécutent et nuisent les femmes les plus démunies, les plus isolées, les plus malmenées de nos sociétés ?…

    Oui, vous avez raison de poser la question : le système prosti-tueur ne peut s’abolir de la sorte, et telle qu’elle se présente, la loi que vous défendez ne pourra parvenir aux objectifs annoncés, d’une abolition que nous souhaitons tous sincèrement.
    Jean-Jacques M’µ

  3. Je m’étonne de ne pas voir de réaction de la rédaction au commentaire que j’ai laissé et qui pose plusieurs questions au projet de loi qui sera présenté demain :

    Bonsoir, je suis toujours confiant quand on parle d’abolitionnisme, parce que je crois en l’abolition de l’esclavage, par exemple, ou bien encore de la peine de mort. Oh, je sais que derrière ces si belles terminologies, les législateurs ont permis seulement des transitions sur d’autres modes d’oppression et d’exploitation : l’abolition de l’esclavage a permis dès avant 1848 les lois mettant en concurrence les travailleurs désormais soumis au salaire pour pouvoir exister, subvenir à leurs besoins et avoir droit de cité ; l’abolition de la peine de mort, elle, a été suivie de davantage de morts par armes de policiers contre ceux qui étaient désignés “ennemis publics”…
    Qu’importe ! je me sens abolitionniste, profondément, comme la plupart de mes contemporains.
    Seulement, voilà !…
    1. – La loi dite “abolitionniste” que présente notre ministre est une série d’interdictions, ce qui en fait une loi prohibitive, donc, qui, loin d’abolir la prostitution, la retranche au contraire dans les sphères du proxénétisme, des réseaux mafieux, des trafics, des enlèvements, des maladies sexuellement transmissibles, des drogues…
    2. – Je m’étonne que notre ministre des droits des femmes ne se soit pas rapprochée du ministère de la justice, où Madame Taubira dit pourtant qu’il existe un arsenal efficace contre le proxénétisme, et que, dans ce même mouvement de déni…
    3. -voilà le droit des femmes qui se tourne vers le ministère de l’Intérieur ! Une police dont on sait qu’il y a beaucoup à redire sur les persécutions contre les prostituées (ou sur d’odieuses complaisances, même en très haut lieu, si l’on se reporte aux affaires de Lyon, découvertes cet hiver).
    4. – Comment un ministère du droit des femmes peut-il recourir à des organisations qui, sous couvert d’aider à la réinsertion des prostituées, leur propose des travaux à bas prix pour l’Oréal, ce qui fait des prostitués les mains d’œuvres les plus bénéfiques, après les prisonniers et les handicapés ?…
    5. – Comment, d’autre part, un ministère du droit des femmes peut-il stigmatiser, voire pénaliser ou criminaliser en les qualifiant de “proxénètes” les personnes en réalité solidaires ou compatissantes qui aident une autre qui se prostitue, par exemple en lui prêtant un local, une camionnette, ou constituant un site ?…

    N’est-on pas là dans une série de dispositions qui harcèlent, persécutent et nuisent les femmes les plus démunies, les plus isolées, les plus malmenées de nos sociétés ?…
    Oui, vous avez raison de poser la question : le système prosti-tueur ne peut s’abolir de la sorte, et telle qu’elle se présente, la loi que vous défendez ne pourra parvenir aux objectifs annoncés, d’une abolition que nous souhaitons tous sincèrement.
    Jean-Jacques M’µ

    1. « la rédaction » ? avant de vous étonner, renseignez=vous : vous comprendrez que vous n’êtes pas ici sur le site du Monde ou d’un journal à « rédaction », mais sur un blog fait par une militante bénévole et une seule. Même si active et compétente…
      L’impatience n’a donc pas sa place ici.
      A propos…quelle présentation de loi demain ? Où avez=vous lu une proposition de loi que nous, abolitionnistes, soutiendrions ? Parce que moi, je n’ai pas de telle info…
      Donc, je ne répondrai pas, autrement qu’en vous disant que la politique que nous soutenons, vous pouvez la lire sur abolition2012.fr
      Elle est parfaitement réalisable, puisque la Suède l’expérimente avec succès depuis 12 ans, et que soutenue au départ par seulement 30 % de la population, elle l »est aujourd’hui par 70%/

      1. La militante bénévole est comme moi à même de justifier ses choix, et ce n’est pas en le prenant de haut au nom de la patience qu’elle pourra se débiner des 5 questions que je pose sur une politique qui n’a (hélas) d’abolitionniste que le nom… Le rôle du militant (et de la militante) est de rationaliser les arguments pour mieux convaincre les réticences ou les objections. Or, jusqu’à présent : rien.
        « J’attends une belle, je l’attends longtemps / Je l’appelle, je l’appelle, j’en parle aux passants / Ah ! l’attendrai-je encor longtemps ? » chantait Clément après l’écrasement de la Commune en 1871, en personnalisant la liberté sous le nom de la belle…
        Je ne désespère pas : l’honnêteté intellectuelle saura répondre en toute bonne foi.
        Jean-Jacques M’µ

    2. Je réponds une dernière fois pour que tout le monde puisse juger de la pertinence de votre argumentation :

      1-je ne peux pas répondre puisque la ministre n’a pas sorti de loi
      2-ce n’est pas une question c’est un commentaire
      3-idem
      4-???
      5-Cette disposition n’aura pas de sens dans une société d’abolition de la prostitution.

  4. j’allais dire que l’image illustrant le mot « viol » était vraiment extra. Je veux dire que moi même (vu mon blog) j’ai déjà réfléchi à cette représentation, et ce n’est vraiment pas évident. Et j’ai lu le commentaire de Zoile qui dit avoir vu le mot « LOL », et explique que c’est un mot de sa génération ;o) je n’ai pas vu le mot « LOL » mais effectivement sa remarque est pertinente ! Peut être aussi essayer de mettre la tête de la femme légèrement autrement, un peu + éloignée du corps, ou légèrement de côté pour figurer l’atteinte à l’esprit, le cahot que ça crée dans la tête. Je dis ça, c’est à essayer hein, mais sinon je trouve que ce graphisme et l’idée est géniale. merci !

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