Pourquoi l’abolition : pour la Liberté

Ah ! combien on nous parle dans le débat sur l’abolition de la prostitution, de la liberté d’une individue ou d’un de se prostituer !

Qu’elle est belle, cette liberté libérale qui consiste à regarder son nombril et se dire : je suis un être libre de toute contrainte, identitaire, sociologique, géographique, économique et familiale, et je fais ce que je veux !

Il y a juste un détail oublié dans cette interprétation du libéralisme très patriarcal (celui qui dit : « enrichis-toi, tu iras au Paradis ») : si je m’affirme haut et fort comme libre, le reste de la société n’existe plus. Ainsi, de projet de société il n’y a plus, il n’y a plus que des individu-e-s en concurrence pour imposer leur liberté individuelle : c’est la loi du plus fort qui s’instaure. Dans ce contexte, ce sont toujours les mêmes  (les hommes) qui sont libres, et c’est toujours au détriment des mêmes (les femmes).

Ces évidences dites, cela fait mal de se dire que malgré un siècle et demie de réflexion sur elles, il y en a toujours qui mettent en avant cette fameuse « liberté de se prostituer ».

Aujourd’hui je voudrais donner deux références, l’une consultable en ligne, un texte inspiré des Misérables :  « Fantine ou la liberté de se prostituer ? qui date de 2003, par Catherine Albertini : http://sisyphe.org/spip.php?article617

J’en cite ici le début :

 » Qu’est-ce que c’est que cette histoire de Fantine ?
C’est la société achetant une esclave.
A qui ? A la misère.
A la faim, au froid, à l’isolement, à l’abandon, au denûment. Marché douloureux.
La misère offre, la société accepte. »

Victor Hugo, Les Misérables (1862).

Désormais nous parlons de loi de l’offre et de la demande. Nous faisons remarquer que la loi sociale est élaborée au masculin, que la prostitution est le produit socialement et historiquement construit de la domination masculine elle-même fruit de représentations archaïques des genres inlassablement reproduites depuis la nuit des temps.

Rien n’a pourtant fondamentalement changé en pratique. De plus en plus de Fantine continuent d’arpenter les trottoirs de la prostitution. Prostitution de masse, prostitution de la misère, de la violence. S’il n’est de vérité que statistique, alors les statistiques disent que 80% des prostituées (sur 20 000) exercent sur les trottoirs et que près de 70% d’entre elles sont des migrantes.

Dupées ou non. Vendues ou non. Forcées ou non par des proxénètes barbares ou non, maffieux ou non. La majorité d’entre elles sont cependant aux mains de réseaux extrêmement violents. Cela ne rend pas pour autant la prostitution  » traditionnelle  » sympathique, normale ou acceptable.

Car toutes sont contraintes. (…) Lire la suite ici : http://sisyphe.org/spip.php?article617

Autre ressource, qu’on peut trouver en bibliothèque mais malheureusement pas sur Internet, sauf de larges extraits ici : https://www.facebook.com/notes/lise-bouvet/propos-el%C3%A9mentaires-sur-la-prostitution/148425128628694

C’est un article d’Annie Mignard tiré des Temps Modernes : Propos élémentaires sur la prostitution

Voici quelques phrases tirées de ces extraits, et qui poursuivent la réflexion, et préviennent déjà ceux qui voudraient dans les semaines à venir, nous expliquer que le féminisme doit être libéré (comme le marché ?) : ce sont des extraits parcellaires, qui ne constituent pas une démonstration mais presque, mais destinés à donner envie d’aller découvrir ce texte…

La prostitution est la :

« fiction d’un échange de bons procédés entre sujets libres, volonté de ne pas savoir pour ne pas s’interroger, de croire à la liberté de la prostituée pour conserver la sienne. »

« curieux avatar du féminisme…cette complicité d’esclaves sous couvert de féminisme, cette entreprenante résignation à l’état de marchandise, … , enfin acceptante des règles du jeu, que produit l’idéologie libérale avancée de la marchandise. »

« la démocratie avancée a troqué l’idéologie de la liberté propre à l’être humain contre celle du libre usage de la marchandise à deux pattes. »

Car dans ce champ du marché à libérer à tout prix pour l’enrichissiment des 1% d’hommes qui détiennent 99% des richesses du monde, il y a de plus en plus le corps, comme si l’on pouvait distinguer le corps (celui des femmes en l’occurence) de l’être humain.

« ON N’A PAS SON CORPS, ON EST SON CORPS et non un objet, un instrument, séparé de l’être, qu’on peut vendre, louer, abandonner, ou garder pour soi, mais l’être même. ON NE S’APPARTIENT PAS, ON EST.

« Le corps réagit-il différemment lorsqu’il y a de l’argent et lorsqu’il n’yen a pas? En est·on moins malade pour autant? Moins coupée ? Moins expulsée de soi-même? Où peut-on aller se réfugier quand le lieu de son corps est occupé par autrui? Quand on n’a même plus son espace du dedans? »

Car dans cette pseudo-lutte pour la liberté, qui mène au réglementarisme et à l’intégration au marché, c’est bien, comme écrit Annie Mignard, ceci qu’on fait :

« comme si l’intégration de fait dans le circuit économique en supprimait le scandale, … , dédouanait moralement un crime contre l’humanité. »

S.G

 

 

 

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