To Rome, with Love ?

Il fut un temps où, sans être moins androcentré pour autant, ses films me faisaient rire, réfléchir, découvrir le cinéma.
Ce temps lointain et révolu m’a poussé à aller voir le dernier « film » de Woody Allen, panthéonisé du 7e art de la comédie sentimentale, ce genre cinématographique qui nous explique avec talent que l’amour, c’est le viol, et le viol, l’amour.

C’est pour cela aussi que je continue à voir ce genre de films, pour pointer du doigt comment on peut arriver à ça et que certain-e-s ne soient pas choqué-e-s : https://sandrine70.wordpress.com/2012/06/15/quand-le-viol-fait-basculer-lhistoire/

Ainsi, dans une comédie tout aussi débile qu’inepte, qui prétend montrer comment Natalie Portman est soi-disant libre mais va bien au final devoir s’avouer son goût pour la romance (pire que les dessins animés pour enfants), une scène de coït est présentée comme le comble de l’amour romantique. Chrono en main, en 45 secondes, le héros et l’héroïne ont le temps de se retrouver nus, de trouver un préservatif, lui de la pénetrer, eux de jouir, et de se fermer la bouche. C’est elle qui commence, mais lui, au dessus, qui continue…

Dans le dernier Woody Allen, qui s’aventure à Rome, ville romantique aux lumières doucereuses, plusieurs histoires de couples, avec là aussi a priori, des femmes diverses, émancipées, ou pas, mais avec des rôles presqu’aussi importants et presqu’aussi nombreux que ceux des hommes. Des rencontres amoureuses, des histoires de mariage, d’adultère, tout simplement ?

Pas tout à fait. Voici, en 5 points, comment le Woody Allen qui il y a 40 ans avait l’intelligence de s’interroger et de faire de la dérision sur son propre ridicule amoureux, en vient à nous montrer qu’à son âge il ne voit plus les femmes que comme des cruches à pénétrer, les scènes d’amour comme des viols, et l’espoir de la sexualité dans la prostitution (d’ailleurs, si je croise Pénelope Cruz, je lui dirai deux mots du petit jeu auquel elle s’est prêtée..)

Je ne vais pas raconter l’histoire, qui n’a vraiment ni queue ni tête…mais vous décrire les circonstances des scènes de rencontre ou d’amour :

1-entre le bel italien et la belle américaine : elle est sur une des grandes piazzas de Roma, une carte à la main, et…perdue…belle blonde, petite, elle demande son chemin à…un bel et grand italien…on se croirait presque dans une balade de sorcières nocturnes autour de l’île Fanac (allusion private, désolée pour les autres). Qui va l’emmener à la fontaine de Trevi, où ils tombèrent amoureux…

2-la femme de l’italien lambda. Le film est ponctué par la présence de Roberto Benigni, qui y joue Pisanello, un quidam totalement lambda qui d’un coup se trouve sous les feux d’une célébrité tombée du ciel. Tout le monde veut tout savoir de comment il beurre ses tartines, décrete le bas filé de sa femme « tendance », et se retrouve assailli de belles femmes plus grandes que lui (mannequins juchés sur des pointes de torture). Critique de la célébrité certes, mais surtout, affirmation de ce que doit faire sa femme dans la circonstance : « il faut bien qu’elle accepte de partager son Pisanello avec les autres femmes ». Et une fois la célébrité finie, elle est toujours là…

3-le jeune premier amoureux de l’actrice, meilleure amie de sa femme, surveillée par un golleck plus vieux déjà tombé dans le piège (Alec Baldwin, el traditionnel personnage extérieur à l’histoire et irréel qui donne la morale). Elle est actrice, donc séductrice, dit-il, prête à tout pour réussir ou piéger et faire « sortir des règles » le pauvre garçon bien sage qui bien sûr n’y peut rien…résultat : cette jeune femme prête à tout se contrefiche de sa meilleure amie et donc, si deux femmes se parlent, c’est pour mieux se trahir, se retrouver rivales…

4-La psychiatre, femme de Woody Allen, metteur en scène raté. Elle livre une analyse juste et permanente des faiblesses de son mari, et passe l’intégralité du film à ne pas être entendue…

5-et 6- Les jeunes mariés. Ils arrivent de leur cambrousse à Rome en voyage de noces et lui veut rencontrer les riches de sa famille pour trouver un bon travail.

5- la femme

Elle, pour faire bonne impression, cherche un salon de coiffure, mais évidemment, elle se perd. Et, sotte qu’elle est, ne connaît pas le nom de son hôtel. Voilà qu’elle va tomber sur un tournage avec une star du cinéma italien, considéré comme une « symbole sexuel » (je vous laisse imaginer la bedaine…), qu’elle révère. Il l’invite à déjeûner, puis à son hôtel, et là elle décide qu’elle ne peut pas risquer le regret éternel de ne pas avoir couché avec lui. Bien sûr, il l’a fait boire, à plusieurs reprises, il lui a dit qu’il n’était pas question qu’elle revienne en arrière maintenant qu’elle était allée jusque là. Cette scène de séduction, n’est donc bel et bien qu’une…scène de viol, bien déguisée.

Pire, arrive alors un jeune bellâtre qui veut braquer le riche acteur. Sur ce, la femme de ce dernier débarque et risque de prendre son mari en flagrant délit d’adultère. Que croyez-vous qu’il se passe ? Le jeune bandit propose à l’acteur de le remplacer dans le lit, comme ça l’épouse n’y verra que du feu. Ce qui montre bien ici que la lutte des classes est bien moins importante que la solidarité masculine. Après l’avoir menacé d’un pistolet, il le sauve…

Et alors, le mari trompeur repart, le jeune se retrouve toujorus dans le lit avec la jeune femme, qui va bien sûr consentir à cette aventure formidable, surtout que depuis le début de la scène, l’homme a toujours le pistolet à la main…

6- l’homme

Ah, et le jeune vierge effarouché, que lui arrive-t-il ? Alors qu’il attend le retour de sa femme, une femme frappe à la porte. C’est Penelope Cruz, qui joue une prostituée qui va dans la mauvaise chambre, qu’on a déjà payée pour assouvir tous les désirs du monsieur. Et voilà que Woody Allen nous donne sa nouvelle morale : cette jeune femme, superbe, qui croise en une journée au moins une dizaine de ses clients (des pauvres hommes pas satisfaits pas leur femme, j’imagine) et qui ne semble pas du tout affectée par cela, va faire « l’initiation du garçon », qui n’osait pas faire certaines choses avec sa femme, « la santa madonna » (oui, cela pourrait être une critique féministe, mais cela n’est que de la beaufitude à deux balles. A la fin de la journée, le jeune soi-disant déniaisé, retrouve sa femme, elle « contente » d’avoir été violée et lui d’avoir payé pour l’immunité du sien…

Alors si la critique a descendu le film pour sa piètre qualité « cinématographique », je me dévoue donc pour en rajouter une couche, et en descendre la qualité humaine… et c’est triste-effrayant-logique de constater qu’en bon soutien de Polanski, et après 40 ans de cinéma, « le 7ème art patriarcal » n’a pas mené le réalisateur plus loin que de trouver en la prostitution la réponse à ses interrogations sur la sexualité…

Encore une fois, avec les « grands réalisateurs » mondiaux, les moutons du patriarcat sont bien gardés…
S.G

 

 

 

 

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1 réflexion sur « To Rome, with Love ? »

  1. Votre critique me donnerait presque envie d’aller le voir, moi qui boycotte ce sale type depuis si longtemps ( je rigole, ça va pas, non ? ).
    Ce que vous décrivez, pour excessif ne me semble pas sortir de l’ordinaire étasunien !
    J’ai toujours été frappé par le comportement des couples dans la plupart des films, le viol ou ses symboles y sont récurrents, comment peut-on décrire systématiquement des scènes de copulation avec des gens hystériques qui se jettent l’un sur l’autre avec violence pour un simple baiser, se livrent à l’acte prétendument amoureux sans même se dévêtir ?
    De l’amour ?
    Du désir ?
    Allons donc !!!
    Ce serait donc entré dans les moeurs à ce point ?
    J’aurais du mal à croire que leurs films ne correspondent pas à une réalité !
    Les étasuniens seraient tous éjaculateurs précoces, terrorisés qu’ils sont par La femme ???
    Ce que je vois en exergue de votre article est le grand danger de contamination par identification !
    En dehors de ça, comme vous le dites si souvent, la violence est de plus en plus prégnante et la légitimation du viol va de pair avec la montée d’une fascisation de nos sociétés « modernes »…
    Comprenne qui veut !

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