« A vous qui osez nier la guerre contre les femmes »

Dans notre monde féministe, il y a celles qui ont un blog, et celles qui, n’en ayant pas, nous livrent parfois leurs merveilles sur Facebook.
Seulement voilà, elles doivent être partagées au-delà, alors j’ai souhaité le faire pour vous qui lisez A dire d’elles.
Féministe radicale, Typhaine Duch, de Femmes en résistance, dit les choses avec courage et sans compromission…

Du coup, certains, certaines parfois, mais surtout certains, viennent la rappeler à l’ordre patriarcal : les femmes peuvent être massivement victimes de généralisation morbide, de chosification et de destruction, dans tous les domaines de la culture, de la pensée, et de la réalité, cela ne dérange personne.

Et il faut laisser dire, au nom de la liberté d’expression. Mais quand les femmes disent les choses telles qu’elles sont, attention, ce serait intolérable…

Je vous laisse découvrir, et méditer, sa réponse. Et réfléchir à deux fois, avant de faire un commentaire, qui n’y aurait rien compris.

Réponse aux hommes qui me disent que la voix des hommes vaut autant que celles des femmes dans le mouvement féministe.

« Auriez-vous osé dire à un militant noir d’Afrique du Sud ou même d’ici, que votre voix en matière de racisme vaut autant que la sienne ? Auriez-vous osé nier sur son mur la guerre dont il dit être victime en tant que noir par les blancs, et vouloir résister contre pour ne pas mourir et pour qu’enfin le monde change ? Auriez-vous osé ? Non. Évidemment. Parce qu’un homme noir est encore un homme, vous avez appris ça. Quand une femme c’est… pas un homme.
Alors : en matière de féminisme, les voix des hommes comptent moins que celles des femmes. En matière de racisme, la voix des personnes racisées vaut plus que celle des dominants. La voix des opprimées est une meilleure expertise, elle est de bonne foi, elle n’a pas intérèt à ce que le système oppresseur perdure puisqu’elle souffre et ne bénéficie d’aucun avantage au quotidien, quand TOUS les dominants profitent des avantages du système patriarcal.
Vous n’avez pas regardé le documentaire de Clarisse Feletin.
Vous n’avez pas lu les féministes (Andrea Dworkin, connaîs-tu seulement son nom par exemple ?)

Vous n’avez pas vécu l’oppression depuis votre naissance et tout le temps, comme nous.
Vous ne subissez pas des agressions sexuelles quotidiennes, dans la rue, au travail, à la maison.
Vous savez que vous êtes une personne humaine, personne ne peut vous enlever ça.
Vous n’êtes pas réduit à vos organes pornifiés, démembrés, partout dans chaque image de pub, de film, de photo.
Vous n’êtes pas un objet. JE suis vue comme un objet. Des hommes, de toutes sortes, tous les jours, tentent de me tuer dans ma qualité de sujet.
Si vous avez regardé de la porno (et je suppute que c’est le cas vu ce que vous dîtes et vu que je n’ai rencontré aucun homme qui n’en ait regardé plusieurs fois), vous avez joui de tortures, de viols infligés par des hommes à des femmes. Vous les avez chosifiées, et faire d’une personne une chose c’est la tuer, et vous avez joui de ça. Comme tous les hommes que je connais. Par là, vous avez tué votre empathie envers toutes les femmes. Et maintenant vous avez, après ce que le patriarcat appelle « orgasme » par son pouvoir de nommer, et qui est en fait une disjonction due à un stress post-traumatique ; vous avez une phase appelée « petite mort », une phase de néant, d’anesthésie, d’immobilisme, de rien mortifère, d’endormissement, de rien. Ce qui prouve que vous n’avez pas de sexualité au sens vrai, vivant, respectueux, joyeux tu terme.
Si vous ne comprenez rien de ce que je dis, écoutez l’émission de radio dont le lien est sur ce superbe site : https://sandrine70.wordpress.com/2012/09/06/une-emission-a-ecouter-absolument/
Puis regardez le documentaire « sexe,mensonges et harcèlement ».
Y a même pas à lire, vous n’avez qu’à voir, c’est super facile.
Ce que vous dîtes est très grave. Que vous osiez le dire est très grave aussi. Votre retournement de la culpabilité est une stratégie typique de l’agresseur (la guerre des hommes contre les femmes est menées, par tous les hommes collectivement, et à différents niveaux individuellement, vous nous tuez tous les jours, les femmes meurent sous vos coups, mais vous osez dire = « c’est vous qui avez la haine envers les hommes, c’est vous les violentes et les méchantes… » Faut oser être à ce point négationniste. Il faut être un dominant pour dire une chose pareille.)
Bref. Je savais qu’un homme au moins réagirait. M’interdirait d’appeler guerre ce qui en est une contre Nous depuis le début des sociétés patriarcales, et encore tellement aujourd’hui et partout. Je savais le retournement de la culpabilité vous alliez mener du haut de votre seule autorité de dominant. Je savais.
Maintenant, sachez que j’en suis triste. Désespérée.
Je vous demande d’avoir du respect pour mon désespoir.
Mon désespoir de morte en survivance.
Je vous demande de ne plus répondre sur mon mur à la suite de ce post. J’en ai le droit. C’est mon espace à moi. Mon choix. Vous devez le respecter. Je ne viens pas vous éduquer sur vos espaces. Je pourrais. Mais je ne vais sur aucun mur d’homme perdre mon temps, ma joie, mon énergie féministe. Si vous ne respectez pas ma demande, je ferai moi-même votre silence. »

Typhaine DUCH

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