QUESTIONS FEMINISTES

Mardi, Christine Delphy sera à la librairie Violette and co pour présenter une nouvelle fois la réédition de « Questions féministes »

Ce sera à 19h au 102, rue de Charonne dans le 12e à Paris (metro Charonne).
En voici la présentation : « La revue Questions féministes a marqué une génération de féministes : au fil des huit numéros, se forgeait une théorie du féminisme matérialiste qui est toujours un outil pour les jeunes générations qui veulent elles aussi “en finir avec le système de genre”. Des textes aussi fondateurs que ceux de Colette Guillaumin, Emmanuelle de Lesseps, Nicole Claude Mathieu, Monique Plaza et bien d’autres, dont Christine Delphy, se retrouvent dans ce volume qui réunit tous les numéros, préfacé par Sabine Lambert. Une archive vivante indispensable ».

Et quelques phrases extraites de la préface de Sabine Lambert, militante féministe, étudiante en sociologie à l’université de Poitiers et membre du comité de rédaction de la revue Nouvelles Questions Féministe, pour bien comprendre l’importance de ces textes et de leur réédition, alors que tout est fait pour plonger dans l’oubli et nous faire ignorer, ou oublier nos luttes, notre histoire, notre existence, et nos héroïnes, et nous empêcher de dessiller nos yeux…

« Celles qui suivront », c’est donc moi, c’est nous. Nous qui n’avons pas vécu le Mouvement de libération des femmes, nous qui sommes nées, à peu de chose près, en même temps que la revue Questions féministes (1977-1980). Nous, les femmes auxquelles les sirènes médiatiques susurrent, que dis-je, hurlent, que nous sommes libérées. Nous qui, lorsque nous affirmons que nous sommes toujours obligées de nager à contre-courant, en maintenant comme nous pouvons la tête hors de l’eau, entendons inlassablement la même réponse : « Certes vous surnagez à peine, mais avant, l’eau était plus froide et le courant plus fort. »

Devrions-nous nous réjouir, lorsque l’on se noie, de savoir que l’on se serait noyé plus rapidement « avant » ? Devrions-nous nous réjouir, en réalisant qu’« avant », le courant nous aurait emportées plus vite, si finalement, il nous emporte quand même ? Eh bien oui, réjouissez-vous, nous dit-on, car le progrès est en marche. Les mentalités ont évolué. Les choses ont changé. La situation n’est plus la même. Le passé c’est le passé. L’histoire a suivi son cours. Mais dites-nous donc où est ce fameux cours de l’histoire, qu’on aille le regarder passer, comme des vaches regarderaient passer le train. Oh, le joli wagon de l’histoire ancienne, avec ses affiches « Moulinex libère la femme », ses vieilles (ren)gaines et ses aiguilles à tricoter sanguinolentes ! Tiens, mais ne serait-ce pas le patriarcat dans ce wagon ? C’est bien vrai qu’il a l’air méchant ! Et là ! Regardez, c’est le wagon du progrès, rempli de pilules contraceptives et de femmes souriantes ! Tout ceci n’est qu’une mascarade, un décor de cinéma… le cinéma que nous jouent nos oppresseurs depuis trop longtemps, pour nous priver de notre histoire, pour effacer les militantes féministes qui, centimètre après centimètre, ont arraché du terrain à nos oppresseurs ; pour nous faire croire qu’il n’y a eu ni luttes, ni même oppresseurs ; pour nous reléguer dans la solitude et la honte de ne pas y arriver, alors que l’on nous proclame libres de tout faire, de tout réussir ; pour, enfin, nous faire oublier ce que nous devons à celles qui nous ont précédées, pour que l’on considère ces femmes comme appartenant à un autre monde, sans aucun point commun avec le nôtre. En un mot, pour casser la solidarité entre les femmes et réduire à néant, une nouvelle fois, notre histoire.

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« Longtemps, j’ai moi-même remâché ce qui n’était qu’une impression floue, une petite voix en moi murmurant : « Il y a toujours quelque chose qui ne tourne pas rond. » Dans le milieu scolaire, dans ma famille, dans mon couple, en allumant la télévision, la radio, en lisant les journaux, je ressentais une gêne qui ne parvenait pas à s’exprimer. J’avançais avec la désagréable impression d’avoir un caillou dans ma chaussure sans parvenir à le trouver pour l’en extirper. Ce que je dois aux chercheures et militantes féministes dont vous allez lire les textes est difficile à exprimer, car non seulement leurs textes ont dessillé mes yeux, mais plus encore, j’ai eu le sentiment en les lisant, de ne plus être seule. Ces écrits ont eu un tel écho en moi, je me les suis si rapidement appropriés, que je ne parviens plus à me souvenir de la façon dont je pensais le monde social avant de les lire. C’est ce qui arrive lorsque l’on découvre des analyses permettant réellement de subvertir un ordre des choses qui, auparavant, nous paraissait naturel et inébranlable. Or, me semble-t-il, c’est précisément de cela dont nous avons besoin aujourd’hui : comprendre que l’histoire n’est pas finie et que ce qui nous semble immuable ne l’est aucunement.

 

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