Femen : des soldates contre le patriarcat ?

Hier, donc, les Femen se sont installées en France.
Après des semaines d’annonce, c’est fait. Elles revendiquent de vouloir faire une « armée de soldates aux seins nus » contre le patriarcat !

En attendant une analyse plus structurée et détaillée de ce débarquement dans les jours qui viennent, une réaction « à vif » et à colère…

Il faudrait selon elles, renouveler le féminisme qui ne se fait pas entendre. Pour cela, elles ont trouvé une solution : écrire des slogans clamant leur liberté sur leur poitrine nue.
Alors, le comble de la subversion ? Dans une société où la pornification des femmes est omniprésente, on trouve cela louche, dès le départ.
Un regard sur leur site, ne fait que renforcer cette impression :

Des mortes (femmes sans tête) nues, qui plus est bleu, blanc, rouge, (quand on pense au tollé qu’avait soulevé la première affiche 2011 de la marche des fiertés, on se dit que les indignations sont sélectives), qui lancent aux femmes de France une injonction : « déshabillez-vous » !

Pour être féministe, il faudrait se déshabiller, et pour le coup, ce ne serait même pas un choix. Il suffirait d’écrire je suis libre sur sa poitrine pour le devenir?
-C’est vrai qu’on a parlé plusieurs fois dans les médias des Femen depuis un an, par des opérations seins nus dont en effet, les médias ont parlé. Mais pour quel résultat ? Qu’est-ce qui a changé ? Quels membres du patriarcat en ont été gênés ? Les hommes ? non. Cette fois, l’article de Libération sur le sujet dit bien la réalité : « elles descendent vers la rue Doudeauville entourées d’une nuée de journalistes et de badauds interloqués et souvent ravis ». Souvent ravis, oui. Ca ne m’étonne pas. Cela menace-t-il pour autant les industries du sexe et la société du viol ? De la pornification des femmes (morcellement des femmes, érotisation pornographique systématique) ?A mon avis, elles aussi sont ravies.

Les seules que cela menace ici, ce sont les femmes, qui sont mises en danger : si nous ne nous mettons pas seins nus, nous ne serions plus féministes, et nous serions ringardes ?

Et les féministes donc, qui, refusant de céder à la pornification, passeront une fois de plus pour dépassées ou « coincées »…
-D’ailleurs, le simple fait qu’elles critiquent le féminisme traditionnel et se revendiquent d’Elisabeth Badinter, une des pseudo-féministes qui a des intérêts dans la pornification publicitaire, devrait suffire. La critique qu’elles font aux féministes, est la même que celle de tous les antiféministes de notre histoire. Elle n’est pas fondée sur des faits mais sur des stéréotypes de backlash. C’est un peu court.

-Autre élément : en tête de cortège, des femmes seins nus certes, mais que des femmes conformes aux normes de « beauté » de la société pornifiante. .ainsi, il ne s’agit pas de revendiquer que le corps nu des femmes est non normé. Mais cela revient à afficher un peu plus la norme violente…

-Enfin, je me rappelle la première fois que j’ai entendu parler d’elles : une femme en soubrette qui déposait une pancarte devant chez DSK. Ce n’est pas elle qui a fait évoluer les mentalités. Mais c’est sûr, elle s’est fait suffisamment remarquer pour en arriver là un an après : à s’implanter en France, et clamer une révolution féministe mondiale, avec la complaisance des médias…

-Peut être sont elles totalement sincères et convaincues que leur méthode est révolutionnaire. Et ne se rendent-elles pas compte combien dans toutes leurs actions, elles se mettent en danger, pour un résultat au mieux minimal, plus probablement contreproductif : Ellesveulent créer une armée -méthode utlra-patriaracale, ce qui par définition les met en danger. D’autant qu’elles n’ont pas les armes (même si elles mettent en place un « camp d’entraînement »), et donc qu’il s’agit, comme elles l’ont déja-fait, d’aller au « casse-pipe » (ici casse-seins). Elles l’ont déja fait d’ailleurs en Ukraine, et cela leur a valu de devoir fuir, quitter le pays parce qu’elles n’y sont pas en sécurité, d’être kidnappées et maltraitées. Or, cette mise en danger me fait vraiment penser à celle dont parle Muriel Salmona en décrivant les mécanismes post-traumatiques : ne sachant pas qu’on n’est pas responsable des traumas parce que la société depuis toujours refuse de nommer les coupables, les hommes responsables des violences faites aux femmes, et revivant des moments intolérables mais non reconnus comme tel, on est amenées à prendre des risques inconsidérés pour sa vie et sa sécurité.

Je crois qu’un féminisme radical vraiment subversif devrait être tout le contraire : non pas se balader seins nus en criant qu’on est libres et en faisant une armée qui ne fera pas le poids. Mais c’est se protéger, nous protéger,  et agir pour que plus aucune femme ne soit en danger chez elle, dans la rue, ne soit contrainte de se conformer à un modèle patriarcal, condition d’une future liberté. Encore une fois, intimer l’ordre à des femmes de se déshabiller pour revendiquer leur liberté (liberté individuelles, mais liberté pour toutes ? ), ce n’est pas les libérer, c’est nous mettre toutes en danger.
Sandrine GOLDSCHMIDT
S.G

 

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