FEMEN : Cessons de nous déshumaniser !

Suite à mon article sur les Femen, il y a eu pas mal de réactions. Certaines croyant -ou feignant de croire- qu’il s’agissait de critiquer des féministes.
Pour que les choses soient claires : il s’agit seulement de mettre au jour les stratégies de backlash et de la société pornographique, qui s’immiscent jusque dans nos luttes. En voici une explication détaillée dans ce très bel article d’A Ginva, militante féministe radicale que je suis très heureuse de publier aujourd’hui. Merci à elle.

***

En tant que féministes, nous avons un devoir de décrypter les pièges patriarcaux, inversions et mécanismes d’oppression subtils qui nous conduisent, malgré notre sincère volonté, à renforcer notre mise en danger face à l’agression sexiste. Ainsi, lorsque nous critiquons les lignes politiques de groupes féministes, ce n’est pas un jugement moral sur les « choix individuels » des personnes mais la dénonciation des méthodes des agresseurs, qui impriment leurs idéologies haineuses dans nos consciences par un tas de moyens complexes, pour mieux maintenir leur emprise sur nous. Nous critiquons ces mécanismes par profonde empathie pour toutes les femmes et nous comprenons plus que quiconque les effets dévastateurs de la domination et de l’aliénation sur nous. Pour décoloniser nos consciences, il est fondamental d’analyser comment nous intériorisons la domination et la haine des hommes au plan individuel, et comment nos pensées, émotions, actes et choix individuels sont déterminés par notre condition dans le patriarcat.

Depuis le déchaînement antiféministe orchestré par les industries pornographiques et proxénètes, en particulier à partir des années 70, le patriarcat s’est assuré par tous les moyens que la seule chose qui passe pour féministe aux yeux et aux oreilles des jeunes femmes soit une image totalement pornifiée de nos luttes. Alors qu’il y a un silence de mort à la fois sur les mouvements féministes qui combattent pour faire cesser ces violences, et les atrocités commises sur les femmes par les hommes, les seuls évènements que relaient les médias sont des actions de femmes qui reprennent les insultes misogynes, comportements ou stigmates de notre oppression. En d’autre termes, si les journalistes parlent de la lutte des femmes, c’est pour que les hommes puissent se masturber dessus – une des stratégies antiféministes les plus utilisées actuellement pour humilier notre mouvement et nous déshumaniser publiquement.

Voici que récemment, les journalistes ont relayé une action organisée par le groupe ukrainien FEMEN, qui vient de s’implanter à Paris, au Lavoir Moderne Parisien. Ce groupe, qui se présente comme féministe et anti-prostitution, est exactement ce que recherchent les journaux pour leur propagande sexiste – des jeunes femmes, conformes aux normes pornos (épilées, rasées, minces), seins nus, slogans écrits sur leur corps et reprenant des postures pornifiées, manifestant ainsi contre « les dictatures, l’exploitation sexuelle et la religion. ». La campagne de recrutement de FEMEN, tel un racolage pour une boîte de strip-tease et une communication internet digne d’un magasine porno, ordonne ainsi aux femmes: « françaises, déshabillez-vous ». Derrière cette injonction virile et agressive, une reprise du slogan républicain « nudité, lutte, liberté », et les couleurs nationalistes bleu-blanc-rouges sur trois femmes nues se touchant le sexe – un degré de sexisme et de militarisme hallucinant.

Une priorité : nous réhumaniser

Leur programme est tout aussi alarmant. Elles disent être des « terroristes », et « prônent le « sextremisme », un « terrorisme pacifique qui utilise les corps comme armes ». Le Lavoir Moderne parisien sera « son camp d’entraînement international, pour les féministes, les femmes activistes. Elles seront entraînées à être des soldates, à mener le combat contre le patriarcat ».Y seront dispensés des entraînements physiques, mentaux, tactiques. » (les nouvelles news). Une autre membre de FEMEN commente : « « La femme nue fait peur. En enlevant nos tee-shirts, nous dénonçons le système machiste de manière bien plus efficace que si nous prononcions de beaux discours. » (Le journal du dimanche)

Alors que le féminisme devrait avoir pour priorité notre protection et notre réhumanisation, il est triste de constater à quel point les méthodes de FEMEN exposent les militantes à des violences accrues, sans même atteindre le pouvoir à sa surface. Seule l’emprise et la dissociation extrême vécue par les femmes victimes de violences sexuelles (nous toutes, à divers degrés) peuvent expliquer une telle mise en danger de soi, de façon aussi improductive et désespérée. Quel terroriste un tant soit peu stratégique s’exposerait nu devant les photographes pour que son visage soit diffusé à chaque action ? Ensuite, utiliser son seul corps comme arme ? Aucun soldat ne partirait au front ainsi désarmé, à moins d’être dépouillé. Et en ce qui concerne la violence sexiste, seuls les hommes ont la capacité de disposer de leur corps comme arme, en utilisant leur pénis comme instrument de destruction massive des femmes. Dire que se livrer aux dominants par la nudité est un signe de puissance est une pure inversion de la réalité.

Que peuvent attaquer ces femmes en se rendant nues aux journalistes ? Certainement pas les industries du viol, pas même les institutions patriarcales et militaires, ni les agresseurs et criminels qui marchent de concert sur des millions de mortes. Ici, la seule violence est contre les femmes elles-mêmes, qui ne s’arment pas mais se transforment en chair à canon sous les armes des hommes.

Alors que les hommes peuvent déterminer leur nudité comme signe d’humanité, de lien à dieu et de force naturelle, dans le patriarcat la nudité des femmes signifie automatiquement « permis de violer », ‘chose à disposition des hommes’, cadavre, cible porno à souiller, pilonner, violer et brutaliser. Comme dit Binka, la haine virile a pour particularité d’être gravée à même notre corps :

« Toute oppression est fondée sur la déshumanisation, la rupture du lien de réciprocité, d’empathie, qui aurait pu exister du dominant vers l’opprimé. Mais le sexisme est une oppression spécifique. Nous sommes donc déshumanisées de manière spécifique : nous sommes incarcérées dans un « corps », refermé sur nous comme un cachot au point que pas une lueur de présence humaine, d’alter-ego, n’en émane du point de vue dominant. Et ce « corps-femme » n’a qu’une seule signification : « fait pour l’usage dominant ». Or cet usage est sexiste, ça veut dire qu’il détruit notre intégrité de manière spécifique : par le viol, la violation de ce cachot, pour ne nous laisser aucun espace de repli psychique […] Nous sommes transformées en une chose […] dans la conscience dominante des hommes, un artéfact de leur domination qui leur répète « J’existe pour toi, tu peux user de moi sans limite, aucun usage n’est un abus » (c’est ce que signifie être une chose). »

Et comme cette violence sexuelle et cette chosification des femmes passe par l’excitation sexuelle des hommes, et que notre nudité leur siginifie « permis de violer », les hommes associent immédiatement « femme nue » à excitation sexuelle, ce qui leur permet de rationnaliser leurs violences sexistes comme « sexe ». D’où la futilité totale de reprendre les mécanismes qu’eux mêmes utilisent pour légitimer leurs violences, puisque plutôt que de susciter la peur et le repli des agresseurs, le type d’actions comme celles de FEMEN ne fait que confirmer aux hommes notre statut de subordonnées et ne leur offre qu’une possibilité de plus de nous chosifier.

Face à un phénomène aussi massif par lequel les industries pornographiques ont investi tous les moyens de communication moderne, il est naïf de penser que nos mouvements sociaux ne sont pas sous influence de ces puissances multimilliardaires et en particulier leur appel incessant à la surenchère aux violences sexuelles, vendue aux femmes comme « libération sexuelle ». On nous assène de messages que la honte et le dégoût de soi en tant que femme ne proviendrait pas des violences des hommes mais seulement d’une société puritaine qui nous empêcherait d’assumer les pratiques « libératrices » qu’ils nous imposent (pornographie, striptease, insultes, « slutwalks », BDSM, prostitution…). Alors pour être libres sexuellement, il suffirait d’en faire plus, d’embrasser ces pratiques avilissantes jusqu’au bout, de les assumer fièrement. « Montre-leur que ton corps n’est pas honteux : de gré ou de force, tu le feras, alors autant que tu assumes »  est le message principal. Celui-ci n’a qu’un seul but : instrumentaliser notre quête désespérée à la reconnaissance pour nous pousser à la surenchère dans leurs violences sexuelles masculines. C’est un sinistre piège, car ce que nous obtenons finalement est un gouffre sans fin de violences sexuelles.

Si vous n’avez pas envie de vous déshabiller pour la prochaine manif, sachez que vous n’êtes pas les seules, que nous sommes nombreuses à penser que ce n’est pas féministe.

Reprendre les codes porno et se dénuder pour lutter contre les violences sexuelles et sexistes ne produit que davantage de haine sexiste contre nous. Nous ne pouvons « récupérer » la nudité dans l’objectif d’attaquer le pouvoir des hommes car ils ont fait de notre nudité la marque de notre statut d’opprimées, notre étoile jaune. Et l’on ne change pas un rapport de force en exhibant les stigmates que les dominants ont eux-mêmes crées pour nous opprimer. Les armes des dominants, les marques de notre déshumanisation que les hommes ont conçu pour nous détruire ne peuvent que se retourner contre nous, ils ne sont pas réversibles dans le contexte patriarcal. « Car ce sont les hommes, en tant que caste dominante, qui monopolisent tous les canaux de propagande et toutes les armes qu’ils braquent sur nous (armes à feu, argent, propriétés et viol) » (Binka).

Nous ne pourrons détruire le pouvoir des hommes qu’en l’attaquant par sa source, c’est à dire par les violences masculines sexuelles qui font de nous leur cible porno. Nous libérer ne peut en aucun cas passer par le jeu de massacre, le défi lancé par les industries pornographiques mondialisées. Notre mouvement doit détruire les moyens des hommes de contrôler le monde dans lequel nous vivons, depuis la perception de nous-mêmes jusqu’à nos moyens de lutte.

Cessons de déshumaniser nos luttes.

A Ginva

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28 réflexions sur « FEMEN : Cessons de nous déshumaniser ! »

  1. Comment répondre à cette image pornifiée de façon à imprimer une image différente dans les esprits ?
    C’est une guerre d’image que nous avons là. Nous avons donné une image dans les années 70 qui nous a été volée et qui a été détournée, c’est vrai. Mais il reste un vide que prétendent maintenant combler les FEMEN.
    Ce déficit ne peut perdurer.
    Une lutte a besoin de symboles, d’une iconographie.
    Les habitants de Suisse, d’Allemagne, de Russie et d’ailleurs le savent qui se déguisent toujours quand ils démarrent une action.
    Le mouvement « Occupy », par exemple, a emprunté le masque de Fawkes pour se faire reconnaître toujours et partout.
    Pour que les FEMEN ne prennent pas la place des portes-paroles féministes en France, il me semble important de réagir et de leur opposer un visuel différent.
    Se costumer en suffragettes des années 1910 par exemple, je ne sais pas moi !
    Mais l’aspect « démonstratif » d’un groupe qui revendique quelque chose ne saurait être occulté.
    Les suffragettes mettaient la bande tricolore de maire sur leur buste et un chapeau haut-de-forme sur la tête, entre autre happening pour signifier ce qu’elles voulaient.

    J’approuve totalement la dénonciation de l’image pornifiée que donne les FEMEN et leur gerbante affiche mais je pense qu’il ne faut pas s’arrêter à dénoncer cela. A mon avis, il faut montrer un autre exemple, développer son inventivité dans ce domaine.
    Car je ne crois pas que juste manifester en « civil » va permettre de contrer une telle offensive.

  2. Je trouve la proposition d’Euterpe très intéressante. C’est vrai que la plupart des mouvements politiques ou activistes comme ceux qu’elle cite ont des signes distinctifs qui leur sont propres et facilement idientifiables.

    En lisant l’article, une question m’est venue: avez-vous contacté les Femen pour discuter de tout cela ? Car à la fin, il serait pê opportun d’ouvrir un dialogue avec elles?

  3. moi ce que je ne comprends pas c’est tout leur langage militaro activiste… je ne vois pas concrètement ce que cela signifie ? Elles vont détruire des batiments, tabasser des machos, casser des lieux anti-femmes ? … ou est ce que c’est juste du bla-bla, assorti de photos de nues, bien réelles.
    Bref… leur truc c’est pas franchement clair.
    Perso je ne comprends pas leur libération par la nudité. Ce n’est pas parce qu’on se balade habillé-e qu’on a honte de son corps… ça me dérange pas de me déloquer à la piscine, mais dans la rue, non. Ou alors demain tout le monde est à poil… chez les nudistes c’est bien comme ça normalement, tout le monde nu, ou personne…

  4. je complète avec un truc qui m’a étonnée pour leur dernière intervention : « no = no », « rape is a crime »… c’est ce qu’elles ont écrit, en anglais… pourquoi en anglais (dans un lieu français, pour les médias français) ? pourquoi pas « non c’est non » et « le viol est un crime »… C’est quoi ? trop puissant en français ? bref… très bizarre tout ça. On dirait une tentative de diversion … mais du féminisme, tiens pile au moment où on obtient un Ministère des droits des femmes, où notre mouvement est assez uni. Bizarre autant qu’étrange ;o)

  5. Je trouve moi aussi la proposition d’Euterpe particulièrement intéressante (même excellente ;-), ca vaut la peine d’y réfléchir
    Pour le reste j’adhère évidemment totalement au contenu de l’article et je partage les interrogations d’Emelire, le timing de l’arrivée de ce mouvement en France laisse songeuse

  6. Merci Romane et mauvaiseherbe ! 🙂

    @ Emelire : « très bizarre tout ça », en effet. C’est d’autant plus important, je pense, pour vous, à Paris, de ne pas rester les bras croisés si il y a là derrière une volonté de court-circuiter vos mouvements, ce qui ne serait pas si étonnant que ça.
    Les seins nus, les slogans anglais, ressemblent tout à fait à une prise de pouvoir pour détrôner celui des groupes féministes parisiens.
    Vu de l’étranger, je peux vous dire qu’il n’y a pas de mouvements féministes en Europe dont la réputation dépasse les frontières en dehors des mouvements féministes parisiens.
    Les journaux allemands citent régulièrement la Barbe, les Chiennes de Garde, de temps en temps aussi de « Osez le féminisme ». Par contre, on peut bien fouiller lapour trouver d’équivalents non-français.
    Il n’y en a pas (à part les Femen).
    Si je préfère moi-même me tourner vers la France c’est qu’à part le Muschi-Ballet qui fait des spectacles satiriques sur le sexisme ambiant, il ne se passe quasiment rien en Allemagne sur le plan féministe. A.Schwarzer a assez déploré que pour l’affaire Kachelmann les allemandes ne se soient pas mobilisées comme l’ont fait les françaises lors de l’affaire DSK. Cela aussi on a pu le lire dans les journaux (avec citation des groupes féministes français). Et c’est vrai que ça roupille bien par ici. Du moins en apparence mais l’apparence est importante. En fait, le féminisme s’est réfugiée dans les groupes anarchistes anticapitalistes et donc il n’est plus traitée à part.
    C’est bien mais c’est mal parce que le gouvernement n’écoute aucune de leurs revendications, du coup.
    Mais par contre, vous, les françaises vous êtes très connues en Europe,
    et ça doit en déranger plus d’un.
    C’est pourquoi je vous suggère vraiment de prendre le taureau par les cornes avant qu’il ne soit trop tard.
    Sortez avec des banderoles pour dire que vous ne vous déshabillerez pas mais que vous vous habillerez, au contraire, et mettez un bonnet phrygien sur la tête avec la cocarde pour dire que vous êtes françaises et que ce sont les françaises qui ont fait la révolution et qui la feront encore et pas les ukrainiennes. Qu’Olympe de Gouges était française, ainsi que d’autres femmes de la révolution moins connues. que si elles veulent se joindre à vous, elles sont la bienvenue au pays de la révolution française si elles veulent bien mettre le bonnet phrygien sur la tête (du coup elles seront obligées d’avoir de nouveau une tête).
    Après qu’elles se baladent seins nus ou non ce sera leur affaire. L’essentiel c’est qu’elles aient fait allégeance mis un genou à terre devant vous chez qui elles se sont pour le moment introduites comme par effraction.

    C’est juste une suggestion, bien sûr.

    Les seins nus en tout cas, en dehors de l’aspect pornification du corps, il faut voir qu’il s’agit d’un uniforme.

    Elles se montrent sous le même aspect et cela donne l’impression qu’il y a là un groupe uni et fort.

    Réfléchis à ça.

    C’était mon conseil de supporteuse des groupes féministes parisiens 😉

  7. Les FEMEN affichent des images qui sont des appels au meurtre et à la décapitation – style massacre à la tronçonneuse – des responsables Russes, de Poutine au patriarche Kirill : c’est monstrueux.
    Je suis pour les droits humains, il y a eu assez d’hécatombes en URSS, notamment contre les chrétiens, c’est dégueulasse. le féminisme n’a pas à se mêler de cette violence.

  8. En somme, oublié le courage qu’elles ont eu dans leur pays. Il ne reste plus qu’à leur tirer dessus à boulets rouges si on se veut féministe D.O.C., , patentée et certifiée.

  9. @Floréale

    Belle falsification.
    Belle diversion.
    Belle tentative de noyer le poisson.

    Revenons au fond et au propos: »Ainsi, lorsque nous critiquons les lignes politiques de groupes féministes, ce n’est pas un jugement moral sur les « choix individuels » des personnes mais la dénonciation des méthodes des agresseurs, qui impriment leurs idéologies haineuses dans nos consciences par un tas de moyens complexes, pour mieux maintenir leur emprise sur nous. Nous critiquons ces mécanismes par profonde empathie pour toutes les femmes et nous comprenons plus que quiconque les effets dévastateurs de la domination et de l’aliénation sur nous. Pour décoloniser nos consciences, il est fondamental d’analyser comment nous intériorisons la domination et la haine des hommes au plan individuel, et comment nos pensées, émotions, actes et choix individuels sont déterminés par notre condition dans le patriarcat.  »

    Ce n’est évidemment pas le courage des femen en russie qui est discuté ici, mais la forme très particulière (et grossièrement complaisante) que prend leur activisme, et les conséquences de l’importation de ces formes – et des discours militaristes qui les accompagnent – en France, sur les mouvements féministes existants.

    Quand bien même, si un minimum de courage physique est assurément une indiscutable qualité, le virilisme guerrier et les plus téméraires démonstrations de courage n’ont par contre jamais été des garanties suffisantes de pertinence, de lucidité critique, et de luttes émancipatrices, y compris en dehors des luttes féministes.
    Le pseudo argument du respect dû au courage suinte ici tout de même un peu trop son antienne masculiniste.

    Parlez donc du courage des Femen si vous le voulez, nul ne vous contredira; mais si vous tenez à voir chez elles une lutte porteuse d’émancipation, répondez alors à la critique sur le fond: et exposez-nous en quoi selon vous, la pornification et le discours militariste et confus qui l’accompagne pourraient bien être « féministes » ou émancipateurs, par exemple.
    Si vous le faisiez, aucune lectrice, aucun lecteur honnête, ne disqualifierait votre propos en le qualifiant hâtivement de « certificat », de patente ou d’AOC.

    1. Bravo ! Encore une fois, on utilise une technique courante pleine de mauvaise foi pour dire aux féministes qu’elles ne le sont pas tant que ça et les accuser d’être inconséquentes, technique que vous avez vraiment bien démontée.

    2. A vrai dire, j’avais déjà partiellement donné des éléments de réponse dans un post sur l’article précédent relatif aux Femen, qui n’est pas passé…
      J’y disais en gros ceci:
      « Quelque part, ça me rappelle un peu Ilona Staller, dite « Cicciolina », originaire de l’est elle aussi, en Italie il y a une vingtaine d’années. Derrière elle, il y avait le Parti radical de Marco Panella et Emma Bonnino (à qui on doit la loi sur le divorce et l’avortement). La Staler fut un beau désordre libéral-libertaire dans l’ordre moral issu du « compromis historique » parti communiste/démocratie chrétienne en vigueur à l’époque. Et une épine dans l’arrière-train du Vatican. Tous les maux ne viennent pas pour nuire… »

      Je suis bien aise que vous parliez de « décoloniser » nos consciences. C’est très aimable à vous de reconnaitre ainsi que la première des colonisations est celle que les hommes ont effectuée sur les femmes, universellement, et par la même que le sexisme est le premier des racismes, parce que généralement ça passe à l’as et la priorité est donnée aux luttes antiracistes et décoloniales etc etc.

      Les luttes féministes, c’est parfait si elles ne s’en prennent qu’au grand méchant blanc hétéro, le reste, faut comprendre, ça relève du relativisme culturel. On l’a vu avec le documentaire réalisé par Sophie Peeters récemment.

      En dehors du fait que, dans les sociétés des pays de l’est, la nudité n’est pas du tout perçue de la même façon que dans les pays de tradition catholique des pays du sud de l’Europe, ce qui a été dit d’ailleurs dans les commentaires de l’article précédent, il entre aussi en ligne de compte que les femmes de l’est ne sont pas dupes de leur barbification, surtout si elles ont fréquenté les universités de leur pays. De même qu’elles savent très bien qu’une génération entière de femmes a été sacrifiée par la prostitution, il n’est donc pas surprenant qu’elles n’hésitent pas à utiliser des attitudes extrèmes, qui effectivement ne sont pas les plus adaptées dans nos pays où les problèmes ne sont pas les mêmes ou ne se posent pas de la même façon.

      Certaines, ici, trouvent curieux qu’elles s’expriment en anglais en France et du timing de leur arrivée. Ce serait une opération de diversion pour éloigner des « vrais problèmes », au moment ou les mouvements féministes sont particulièrement unis. Ah bon? Dans l’oeucuménisme pro-voile? Avec « Mix-cité » et « Mamans toutes égales »?

      Là je conçois que l’installation des Femen à la Goutte d’Or puisse déranger.
      Et vous croyez quoi? Qu’elles ne savent pas, les Femen, et les femmes de l’est en général, où se trouvent la plaque tournante de la prostitution? En Turquie. Les camps de dressage pour la mise forcée sur les trottoirs? En Albanie et autres états balkaniques mafieux. Des pays où la condition féminine est particulièrement enviable grâce à une certaine tradition culturelle qui se reflète particulièrement bien à la Goutte d’Or.

      1. Vous ne répondez ni aux critiques formulées dans l’article, ni aux miennes. Vous vous répandez à côté en un chapelet d’arguments d’autorité, que vous pimentez cette fois ci de pauvre allusions xénophobes.
        A l’évidence, il s’agit pour vous de faire diversion, de parler d’autre chose, d’entraîner le regard ailleurs que sur le sujet discuté.

        En ce qui me concerne la discussion avec vous s’achève donc ici.

        Toutes mes excuses à la propriétaire du blog pour la pollution.

  10. Remarquable article, qui remet en premier plan la dignité et le respect à inspirer et donc à auto-pratiquer
    Les poussy riots qui comptent un nombre non négligeable de penseuses et de pensantes, avaient, une fois, voulu moquer la relation Medvedev/Poutine en organisant une séance de sexe en public. C’était audacieux , exhibitionniste, mais incompréhensible sans explications Finalement .ça n’avait que choqué les uns ou fait rigoler les autres qui avaient tourné leur volonté de dérision en dérision.
    Cela donne à penser que certaines provocations qui offrent le corps ou le sexe en spectacle, comme celles de Femen actuellement, ont surtout ou souvent un effet boomerang.
    Par ailleurs (et malheureusement) des situations pas très lointaines montrent qu’un mouvement ou une lutte a besoin de martyr(e)s ( N. Diallo, T. Banon . les pussy riots) pour reprendre vigueur et mobiliser les énergies et l’attention, autrement que dans l’instant et le spectacle. Ce sont des moments forts mais qui n’existent que parce que par le travail de fond et de réflexion du quotidien des associations féministes capables de se mobiliser sans s’égarer.

  11.  » en quoi selon vous la pornification et le discours militariste et confus qui l’accompagne pourraient bien être « féministes » ou émancipateurs, par exemple. »

    Si vous compreniez que l’enrôlement et le dressage dans des camps pour la prostitution sont des pratiques mafieuses calquées sur l’organisation militaire (ce que les Femen n’ignorent certainement pas), vous comprendriez ce qu’il y a de dérision grinçante et d’ironie amère dans leurs parodies grotesques, mon cher Scriblerus.
    Face à ce que les femmes des pays de l’est risquent, c’est le meilleur moyen expressif qu’elles ont trouvé, qui est certainement immédiatement compris là-bas et que les femmes d’ici ne peuvent pas percevoir. Ici, ce n’est pas le type de lutte le plus approprié.

    En ce qui me concerne, la discussion s’achève définitivement avec l’intellectualloïde affecté et suffisant que vous êtes. Lisez donc « Gomorra », ça vous donnera une idée de ce qu’est la mafia… et R. Saviano est, lui, un véritable intellectuel.

    1. Et ce n’est pas pour rien, gratuitement ni par xénophobie que l’une d’entre elles à Paris portait écrit sur le corps : « Muslim let’s get naked »

    1. Pour les messages en anglais:
      1ère chose, je pense que l’anglais est la seule langue occidentale qu’elles parlent et comprennent bien. Elles sont jeunes et elles auront le temps et le loisir d’apprendre le français si elles pensent résider durablement en France, laissons-en leur le temps!
      Ensuite, sans doutes toutes, y compris leurs hôtesses françaises, auront pensé que l’anglais est la langue internationale par excellence (et d’ailleurs c’est vrai); la « koinè » contemporaine en qq sorte. Vouloir mordicus qu’elles s’expriment en français, c’est presque un peu chauvin, c’est un peu mégoter. Après tout, les tunisiennes utilisent aussi le français dans leurs slogans revendicatifs en Tunisie; leur dire qu’elles devraient s’exprimer exclusivement en arabe pour manifester leur mécontentement au sujet de la « complémentarité »par exemple me semblerait franchement déplacé.
      A mon avis, ce qu’il faudrait dépiauter (« décrypter », pour faire intello), c’est si oui ou non elles utilisent l’anglais pour les raisons que j’ai mentionnées, ou s’il y a autre chose, du genre Bonino/Panella précisément. Parce qu’à ces 2 là, les femmes d’Italie doivent le divorce et l’avortement, mais c’était il y a 30 ans. Depuis, ils ont trouvé l’intervention en Irak OK, entre autre petites choses. Bref, maintenant ils sont vieux et peu importe. Mais si les Femen & Cie sont là pour nous faire en sous-main de l’american show, bein en tel cas: bye bye les filles, cassez-vous aux US et good luck, ici c’est pas pour vous.

  12. Les actions menées par les femen sont tellement choquantes dans la forme, que leur message si tant soit peu qu’il y en ait un ne passe plus. Les gens et en particulier les hommes n’y voient qu’un spectacle de jolies filles nues et n’entendent plus rien de ce que les manifestantes sont censées dire.

    Il ne faut pas s’y tromper. Il ne s’agit pas d’une erreur de communication, pas plus que le casting de militantes toutes jeunes, minces, blanches et blondes n’a été choisi au hasard. Il s’agit bien d’attirer l’attention sur leur physique et de lancer un appel aux femmes à se dénuder et soigner leur apparence pour le plaisir des yeux des hommes. Tous les slogans sur le viol et la prostitution ne sont que de la poudre aux yeux afin de cacher les réelles motivations nationalistes et pornographiques. J’étais consternée en lisant les commentaires des intervenantes d’un autre forum féministe prêtes à se rendre à ces manifestations dans plusieurs villes de france.

    Deux lobbys nationalistes et pornographiques – à moins que les deux se rejoignent pour ne faire qu’un – tirent les ficelles et cherchent à opposer un modèle pornographique occidental prétendument émancipateur au modèle non occidental plus puritain notamment via le voile et présenté comme oppressif. C’est la continuité de ce qui a été entrepris au début des années 2000, le développement et la propagande du racisme anti-musulmans et la réappropriation du corps des femmes par l’homme blanc occidental. Si les femen et celles qui s’inspirent de leurs méthodes représentent la relève du féminisme selon les médias, ce processus d’infiltration du nationalisme dans le milieu féministe sera difficile à enrayer.

  13. comme quoi, pas besoin d’etre un homme pour instrumentaliser la nudité féminine dans sa version la plus sexualisée, et de la mettre au service de ses propres interets…

  14. Elles hurlent et cassent tout sur leur passage pour donner un semblant de révolte, mais n’ont que faire du viol et de la prostitution. Je n’y crois pas une seule seconde. Cette banalisation de l’exhibitionnisme pour les papilles des hommes n’est qu’un appel aux femmes à se dévêtir et un autre pour les hommes à se servir, faisant passer le tout pour une revendication au droit à circuler sur la voie publique les seins à l’air sans être agressé. Or ce droit n’existant pas, et aucune femme ne circulant les seins à l’air sur la voie publique, elles suggèrent d’emblée que les victimes de viols sont des aguicheuses trop dévêtues, et la reprise à leur compte du terme « salopes » n’arrange rien. Elles donnent donc tort aux victimes. Ce n’est pas une erreur stratégique, ça a bien été planifié pour donner ce sentiment d’accréditer le point de vue des machos et leur perception des femmes selon telle ou telle autre tenue.

    En revanche, elles n’ont pas tenté de parasiter le ministère des droits des femmes, elles n’ont pas cherché à lui faire de l’ombre car elles n’en ont pas besoin. Ce ministère est un gadget comme on a pu en voir dans le passé. Il ne suffit pas de faire des variations sur le nom ou de le faire passer du rang de secrétariat d’état à ministère pour que les choses s’en trouvent soudainement bouleversées. Ce sont les miettes que le pouvoir blanc masculin veut bien nous laisser. Leur arrivée en france n’est que la conséquence d’une stratégie d’internationalisation de leur lutte qui est une pure coïncidence avec l’arrivée de Hollande au pouvoir.

  15. Visiblement, la notion de liberté d’expression est étrangère à la personne qui tient ce blog. Il n’est donc pas autorisé aux personnes qui ont une sensibilité différente et des points de vue divergents de s’exprimer.

    1. bonjour, je vous invite à vous renseigner sur la liberté d’expression avant de venir ici : la liberté d’expression n’oblige en aucun cas une responsable d’édition devant la justice à publier n’importe quel commentaire…

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