Un crime sans criminel, sans victimes, sans enquête, sans prison ?

 C’est une réflexion qui me vient en lisant les slogans issus des photos des différentes manifs (j’espère avoir suffisamment de lien pour les publier demain) « le viol est un crime », en entendant « non à l’impunité » crié (J’y rajoute « non à l’impunité des violeurs »), et après avoir été interviewée sur le fait que seulement une femme sur 10 peut porter plainte…sans pour autant obtenir justice, puisque l’on estime à moins de 2% les condamnations pour viol prononcées en France.

Le crime de viol bénéficie grâce aux combats féministes d’une reconnaissance légale « du viol ». Pour autant, il ne donne pas lieu à des condamnations.

Les victimes : elles ne sont pas crues, on fait d’elles les coupables, on ne les écoute pas, on ne mobilise pas les moyens nécessaires pour que justice leur soit rendue et qu’elles puissent aller mieux. Les coupables : les violeurs sont donc une infime minorité à être condamnés pour le crime commis, on laisse insulter leurs victimes pendant les procès, on veut absolument les réinsérer quand on ne fait rien pour aider les victimes à espérer reprendre une vie normale. On les laisse même se retourner contre leurs victimes après les procès (Créteil, DSK).

C’est comme si, 40 ans après que le viol a été reconnu comme un crime, ce crime restait une coquille vide, sans victimes ni coupable, ni enquête, ni prison. Une simple comparaison avec les meurtres permet de nous éclairer : 50 % de condamnations y font suite. Et de fait, il y a des meurtriers, et des victimes de ces meurtriers ou assassins. De fait, quand il y a meurtre, les commissariats ne se font pas prier pour enregistrer les plaintes, les moyens sont mis pour retrouver le criminel, considéré comme un danger pour la société. Enfin, personne ne se demande si condamner sévèrement le meurtre surcharge les prisons, si la prison est vraiment le meilleur moyen de réinsérer les meurtriers. Concernant le viol, cela fait 40 ans que cela dure : on se pose ces questions-là. Comme si la personne qui compte, c’était l’homme, le violeur, et tous les autres violeurs qui bénéficient de l’indulgence de la justice, et pas la femme, la victime, et toutes les femmes,  les futures victimes du violeur laissé en liberté.

Du coup, je me dis, que le féminisme radical a bien raison : on ne peut plus se contenter de dénoncer « le viol », cela permet juste à la société de s’acheter bonne conscience, voire de prolonger l’impunité des violeurs. C’est encore un moyen de mettre la faute sur les victimes, si on ne trouve pas de preuves, si elles ne se souviennent pas de tout, si parfois, le stress post-traumatique les fait se contredire. Non, nous ne pouvons plus nous passer de nommer l’agresseur. Nous ne devons plus laisser disparaître des crimes derrières des formulations destinées à perpétuer l’impunité des violeurs.

Tournantes ? Non, viols collectifs par des hommes. Impunité ? non, impunité des violeurs. Crime passionnel ? Non, crime sexiste de fémicide. Fait divers ? Non, crime caractéristique de la guerre systématique contre les femmes.Présumé consentement ? Non, présumé  non-consentement.

Client de la prostitution ? Non, homme qui achète l’impunité d’un viol. Inceste ? Non, viol par une personne ayant autorité, et responsabilité de protection et d’amour et meurtre de notre avenir, donc crime contre l’humanité qui doit être imprescriptible.

S.G

A lire aussi : http://journalennoiretblanc.blogspot.fr/2012/10/ce-que-ma-appris-le-verdict-de-creteil.html

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10 réflexions sur « Un crime sans criminel, sans victimes, sans enquête, sans prison ? »

  1. Nous les femmes on nous cherche toujours des poux dans la tête, qui permettent d’exonérer le violeur de ses actes, et pire nous avons intégré ces « poux dans la tête ». Les mobilisations contre le viol, ça aide aussi à ça, à savoir qui est responsable, c’est à dire le violeur. A enlever de la tête des victimes que peut être elles ont une part de responsabilité dans le truc.
    Le fait de faire connaître les travaux de Muriel Salmona (et d’autres comme elle) au grand public, ça permet aussi de mettre en alerte les agresseurs, la société et les femmes. Que ceux qui pourraient agresser aient au moins conscience de la réalité de la portée de ce qu’ils font, même s’ils ne tuent pas. Quoique la sidération constatée doit bien augurer d’une perte de quelque chose d’immense chez l’autre. Bien sûr ils s’en foutent, mais je pense quand même qu’en parler c’est éduquer, éduquer les plus jeunes…
    Ça permet que la société prenne conscience des dégâts après un viol. Et que les femmes victimes soient ainsi incitées à consulter et à parler, et surtout prévenues de ce qui va leur arriver ensuite, même si elles ne sont pas mortes, donc à avoir moins peur de ce qui les attend, et de vouloir être suivies pour ça. Tout ne s’arrête pas avec la fin d’une agression, la société ne l’entend pas assez, pour moi le travail de mobilisation, d’information, de « vulgarisation » sert aussi et surtout à cela. En espérant que les médecins soient formés, y compris les généralistes…
    Enfin, c’est très juste de remettre des mots exacts sur les choses, les mots sont importants… C’est bien pour ça que les médias complaisants parlent de tournante et pas de viol collectif, et de drame de la passion quand il s’agit de crimes ! Et s’agissant des mots, le slogan « quand une femme dit non, c’est non » je le trouve pas adapté, un viol c’est justement ça, aller contre la volonté, c’est exactement ça qui est recherché, le non, enfin si les femmes pouvaient parler, ce qui en cas d’agression n’est pas le plus automatique.

  2. Mais la société elle s’en fout des victimes… les médecins ils s’en foutent des victimes, ils ne veulent même pas se former, ils continuent avec leur petit catalogue dsm à faire la chasse aux symptômes et à faire des diagnostics complètement abusifs…

    J’ai mis 36 ans pour trouver Muriel Salmona… 36 ans vous vous rendez compte de ce que c’est?… 36 ans que je cherche… et bien plus encore que je lutte… que je lutte pour ma survie… que je lutte à contre sens de la psychiatrie qui, elle, ne veut pas se former !!
    Comment c’est possible? dites-moi comment c’est possible parce que moi je ne comprends pas cette société, je fais des efforts pour comprendre ce monde et je n’y arrive pas.

    Je rase les murs depuis si longtemps, je ne regarde personne, je me terre, je ne me sens même pas appartenir à l’espèce humaine… vous pouvez imaginer ça vous?

    Muriel est la première personne qui m’a dit que j’avais des droits, je ne savais pas, je ne comprends même pas ce que c’est qu’un droit pour moi, ce que c’est que ma dignité, je ne comprends pas encore ça, vous vous rendez-compte?

    J’étais au rassemblement et j’étais clouée sur place, je ne pouvais même pas bouger tellement j’ai été touchée, je ne croyais pas qu’on pouvait se rassembler pour ça …

    Je ne sais pas ce que je vais devenir mais ce que j’aimerai le plus au monde c’est que plus jamais personne n’ait à endurer ce que j’ai subi dans ma famille, des hommes et de la société… vraiment… plus jamais personne… plus jamais ça…

    Je ne peux même pas pleurer… vous vous rendez-compte?

    Voilà il faut bien que je le dise un jour… autant le dire ici… là où je me sens plutôt bien… même si je ne comprends pas tout…

    Merci à vous d’exister…

    1. Oui, vous avez raison. Il faut beaucoup plus de Muriel Salmona et de féministes radicales pour prendre la défense des victimes, pour les croire, pour rendre possible de parler, comme vous le faites ici. Merci à vous.

      1. Je ne sais pas ce que ça veut dire féministe radicale, déjà le mot féministe ça fait peur à tout le monde, alors radicale ça plonge dans le néant.

        Vous disiez dans un autre écrit que l’avenir des victimes s’appuyait sur le facteur chance… comment voulez-vous que je puisse entendre cela? mais je préfèrerai devenir sourde…

        J’ai cherché quelqu’un pour me soigner pendant 36 ans, j’ai enfin trouvé, et je mesure l’énorme, l’immense chance que j’ai…
        et je voudrai tellement que tous ces enfants, toutes ces femmes comme moi puissent vivre une chose aussi belle que ce que je vis en ce moment…
        c’est une injuste tellement monstrueuse que la vie soit réservé seulement à certain-es et pas aux autres…
        Je regarde, je vous regarde tous, je regarde le monde vivre sans moi depuis tant d’années…. mais c’est d’une tristesse à mourir…

  3. C’est vrai que des gens comme salmona il n’y en a pas assez 😦 C’est déprimant de voir que toutes les affaires médiatisées ont abouti sur rien (le fils de de villiers, le procès de créteil, dsk avec le carlton… Tout ça en moins de deux semaines)

  4. je m’attendais a voir des propositions. si vous trouvez un moyen de rendre la répression du viol plus effective tout en respectant la présomption d’innocence et le caractere individuel de la responsabilité pénal, je suis preneur.

  5. Ellof tu n’es pas seule, la société ne s’en fout pas, mais elle est déformée cette société par le patriarcat, la domination masculine, la culture du viol qui est esthétisé y compris dans l’art, la culture et les médias. Les féministes dites « radicales » luttent contre cela. Mais la société est aussi faite de moitié de femmes et parmi elles tant d’agressions vécues, d’enfances pas clean, mais les femmes ne vont pas le dire et ce n’est pas marqué sur le front des gens heureusement. C’est clair que Muriel Salmona met de la lumière et des mots sur tout cela, fait un travail énorme, merci ! et Bon courage Ellof !

  6. Je suis pas seule, je suis avec Muriel et c’est tout, pas plus que ça. Et je trouve déjà ça tellement merveilleux…

    tu dis qu’on le dit pas les enfances pas clean, les femmes victimes .. mais vous ne voyez rien ou quoi?…
    comment vous ne les voyez pas?…
    comme ce n’est pas écrit sur leur front?….
    mais ça crève les yeux toutes ces victimes…
    vous êtes vraiment aveugles…

    je te dis ce que j’endure, tu me fais une petite leçon sur féministe radicale et tu me dis tchao et bon courage !!!
    Tu te rends compte de ce que tu fais là?
    Oh je ne t’en veux pas, non loin de là, je trouve que tu es une très belle personne, je lis ce que tu écris et ça me plait beaucoup..

    Tu vois je parle un peu autour et la plupart des gens me répondent exactement ce que tu me réponds… allez… tchao et bon courage!… certains font comme si j’avais même rien dit, ils entendent pas !… j’existe pas !

    et tu me dis que la société elle s’en fout pas?
    ce serait donc moi qui verrait pas clair?
    ce serait donc moi qui serait folle?

    bah… je préfère rester dans mon terrier à vous regarder…

    J’ai toujours pas compris ce que c’est: féministe
    et les féministe pas radicales c’est quoi la différence?

  7. Culture du viol esthétisé ça j’ai bien compris, grâce à vos articles et vos commentaires,
    Domination masculine j’ai vu le documentaire, trois fois, j’ai peut-être pas encore tout compris, ça va venir,
    Patriarcat, je sais pas ce que c’est, j’ai pas encore compris, pas encore..

    Oh ne croyez pas que je sois une imbécile, je passe souvent pour une imbécile mais en vérité je n’en suis pas une, j’ai bien cherché dans le dictionnaire, chez wikipédia, sur la toile
    mais il y a des mots que je ne comprends toujours pas malgré tout …

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