Le consentement, un paravent de la propagande pour l’impunité des violeurs

Au moment de l’affaire DSK, j’ai écrit deux articles s’interrogeant sur la notion de consentement :

https://sandrine70.wordpress.com/2011/05/17/ce-qui-est-sur-cest-que-le-presume-consentement-nexiste-pas/

https://sandrine70.wordpress.com/2011/09/19/presume-non-consentement/

Depuis, j’ai encore beaucoup eu l’occasion de réfléchir à cette notion de consentement à la sexualité.

Et je suis frappée par le fait qu’il n’y a qu’en matière de sexualité que le consentement est utilisé comme excuse au criminel.

En effet, en matière de meurtre, de ratonnade, de torture, d’esclavage, le consentement n’est jamais considéré comme pertinent.
Si demain je demande qu’on me batte me tue pour que mes proches aient l’argent de l’assurance-vie, la personne qui m’assassinera n’en sera pas moins un-e assassin-e. Si un homme est torturé pendant la guerre, alors qu’il s’est lui-même engagé dans cette guerre pour une raison ou une autre, on n’ira pas dire que c’est bien fait pour lui, que s’il s’est engagé dans la guerre, c’est qu’il est consentant. On dira qu’il a été torturé.

Or, quand une femme s’engage dans des actes sexuels sado-masochistes, que les agresseurs la torturent de façon inimaginable, le fait qu’elle ait été à un moment d’accord pour avoir des relations sado-maso est considéré comme une circonstance atténuante à la torture !!!

Et ces jours-ci, on apprenait qu’un père violeur multirécidiviste puisque c’est sur plus d’une décennie, se défendait aux assises au prétexte du consentement de ses filles (dont une qui à eu un enfant du viol), dont une déclare l’aimer Alors que la première fois qu’il l’a violée, elle avait 10 ans.

Alors oui, on imagine qu’il soit possible qu’une fille violée depuis l’âge de 10 ans, qui ne connaît de l’amour que ce que ce criminel contre l’humanité lui a imposé, qui est sous son emprise : (il avait l’autorité, le devoir de protéger, il l’a utilisé pour exercer une violence assassine sur ses filles, et a fait comme tous les agresseurs : assuré son impunité en maintenant son emprise sur ses filles), puisse vouloir défendre ce criminel. L’emprise est trop forte, et c’est une stratégie de survie. D’autant que jusque là, ni la mère, ni l’entourage, ni la société ne l’ont défendue.

Le consentement n’a rien à voir avec la qualification des faits
Mais non, il n’est pas possible que la société considère cet argument : il y a un principe simple, qui est l’âge du consentement à des relations sexuelles. En France, la majorité sexuelle est à 15 ans. Et ce n’est pas pour rien.

C’est parce qu’avoir autorité sur des enfants, c’est être en devoir de les protéger, parce qu’ils ou elles n’ont pas encore acquis tous les savoirs qui leur permettraient de se défendre et d’agir pour leur bien, et d’être libérés de l’influence qu’exercent sur eux ceux qui ont cette autorité, et sont en plus censés les aimer. Cette arme que possède celui ou celle en qui l’enfant est bien obligé de placer sa confiance, est une bombe. C’est pour cela que la société devrait être sans faille à ce sujet. En même temps elle protégerait les enfants, en outre elle fixerait clairement les limites aux parents.

Revenons à la majorité sexuelle. Elle n’est pas pertinente après 15 ans, dès lors que la personne consentante a affaire à quelqu’un qui a autorité sur elle (parent, professeur, médecin, juge, etc.) En matière familiale, il n’y a jamais consentement possible. L’inceste est interdit. Parce qu’on peut imaginer qu’un acte consenti même pour la première fois après la majorité viendra forcément d’une emprise et/ou d’un défaut de protection avant, même si le passage à l’acte n’est pas intervenu.

Donc, dans les affaires de viols par inceste, on ne doit pas se poser la question du consentement. Que le procès se déroule de façon équitable et que l’accusé cherche à se défendre, en invoquant des circonstances atténuantes, c’est normal. Mais l’argument selon lequel l’adulte femme aujourd’hui affirme qu’elle est consentante ne peut être entendu : elle a été violée à 10 ans et les années qui suivent, c’est suffisant en soi pour qualifier le crime.

Alors pourquoi entend-on de plus en plus ces arguments dans les prétoires et les lit-on dans les journaux ? Pourquoi est-ce cela qui est mis en avant systématiquement ? Les médias parlent d’histoires « d’amour » et de « faits divers » pour les crimes de la guerre contre les femmes, la société fait des victimes les coupables et les tribunaux ne veulent pas « briser la vie des criminels » en les mettant en prison…

La société d’impunité est sur ses gardes

Pourquoi ? Parce que derrière cette mise en avant du consentement comme critère suprême de la qualification des actes, c’est la propagande d’une société d’impunité des violeurs, qui promeut la prostitution et la pornographie, et l’objectfication des femmes préparées par les crimes commis contre les enfants, qui est en marche.

A l’oeuvre, ce sont les pornographes et prostitueurs, ceux qui engrangent des milliards d’euros ou de dollars en affirmant que torturées à l’écran, obligées parfois d’être anesthésiées pour « supporter » les tortures et viols subis, seraient consentantes, en les montrant hurler de douleur en affirmant que ce sont des salopes qui aiment ça.

-Ce sont ceux qui affirment que la liberté d’expression des uns, les mêmes, est beaucoup plus sacrée que le droit à l’intégrité de sa personne, à vivre en sécurité et avoir un avenir, dès lors qu’on est une femme, un enfant, ou un-e opprimé-e.

-C’est la société  qui ferme les yeux sur les crimes commis par des parents sur leurs enfants pour protéger un homme, ou une institution, la famille, de peur que leur suprématie soit ébranlée.

-C’est la société qui refuse de nommer les crimes pour ce qu’ils sont : viols d’enfants et non inceste ou histoires « d’amour » (les guillements ne changeant rien à l’affaire)

-C’est la société qui refuse de nommer les criminels pour ce qu’ils sont des violeurs, et des assassins, mais parle à la place de pères aimants voire de victimes !

Le consentement, c’est donc une notion non-pertinente, un paravent utilisé par tous les masculinistes et les tenants de l’ordre patriarcal (dont la famille hétérosexuelle, lieu de violences inouïes envers les femmes et les enfants,) pour pérenniser l’impunité des criminels et la perpétuation du système face aux progrès des luttes féministes et pour les droits de la personne humaine.
On ne pourra d’ailleurs s’empêcher de noter que ce sont les mêmes qui défendent la « famille » et s’insurgent contre le fait que tout le monde ait les mêmes droits adultes (mariage pour tous et toutes), en étant consentant-e et désirant-e (sachant que le consentement se définit là comme un oui actif et hors de toute contrainte, que celle-ci soit de l’argent, la misère, la violence ou de l’emprise patriarcale), et qui par ailleurs couvrent les crimes contre l’humanité commis par les leurs (hommes, pères, prêtres) sur les enfants au sein même de cette « famille » qu’ils sacralisent.

Sandrine GOLDSCHMIDT