25 novembre : France Télévisions se mobilise contre le silence autour du viol

Viol, un crime pas suffisamment dénoncé par les victimes ? C’est ce qui ressort en général des documentaires télé consacrés à la question, qui du coup, centrent leurs documentaires sur les témoignages de celles-ci. France Télévisions échappera-t-elle à la règle cette semaine ? En tout cas, le service public a mis le paquet en proposant deux documentaires et un webdoc + plateforme interactive sur le net. Je ne les ai pas encore vus, mais au vu des résumés, malheureusement, il semblerait encore une fois que le témoignage prime. Toutefois, et c’est assez nouveau, une volonté affichée de « faire prendre conscience à la société de l’ampleur et la gravité du crime », et de dénoncer le manque de soutien et de prise en charge des victimes y est présente.

Pour accompagner les diffusions télé, une plateforme web avec un webdoc interactif : Les voix du silence

Un webdoc avec des témoignages, mais aussi des espaces pour ouvrir la parole de façon anonyme, inspirés de la campagne #jenaipasportéplainte. Et de nombreux éclairages, au fil du documentaire, de spécialistes de la question, dont Muriel Salmona (Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie), Emmanuelle Piet (Présidente du CFCV), des avocate et magistrate, etc. qui permettent d’aider les victimes à mieux comprendre les mécanismes traumatiques et le silence imposé par la société.

Premier documentaire : « Viol, double peine », au titre intéressant, sera diffusé demain soir sur France 5. Réalisé par Karine Dusfour, il sera diffusé sur France 5 à 20h40.

Voici ce qu’en dit la critique de Télérama : « Au-delà des chiffres glaçants (200 femmes sont violées chaque jour en France et seuls 1 700 violeurs sont condamnés sur les 10 000 plaintes déposées chaque année), le film amorce une ­réflexion sur deux axes : la banalité de ce crime et le manque de soutien apporté aux victimes en France. Dans l’immense majorité, celles qui ont osé porter plainte restent démunies, sans aide psychologique, dans l’interminable attente d’un procès, quand l’affaire n’est pas classée sans suite ».

Quant à la réalisatrice, on sent dans cette interview sa volonté de faire reconnaître la gravité du crime :

Qu’attendez-vous de ce film ? Quel message voulez-vous faire passer ?
K. D.
: Dans les années 1980, quand une femme était battue, on n’appelait pas la police, parce que cela devait rester dans la sphère privée ; c’est la même chose pour le viol. Aux yeux de la loi, il s’agit d’un crime, mais pas dans la tête des gens. Je ne suis pas particulièrement féministe et mon intention n’était pas de réaliser un film militant, mais d’en appeler à la responsabilité citoyenne de chacun. J’espère que mon documentaire sera vu autant par les hommes que par les femmes, qu’il permettra de libérer la parole, d’en parler plus librement.

Second documentaire, sur le mode « manifeste contre le viol » diffusé par France 2, dimanche à 20h50 : « Elles se « Manifestent »,

Le film, réalisé par Andrea Rawlins, a été soutenu et porté par Clémentine Autain. Il sera également accompagné d’un manifeste publié par Le Nouvel Observateur jeudi. En voici l’intention :

« A l’instar de leurs aînées qui avaient signé le manifeste pour le droit à l’avortement en 1971 – Manifeste des 343 –, aujourd’hui, des centaines de femmes anonymes et connues ont décidé collectivement de briser le silence sur le viol dont elles ont été victimes. Elles sont peut-être votre soeur, votre mère, votre fille, votre compagne, votre collègue de travail…
Pour toutes, le dire publiquement, massivement, est un acte politique. Ensemble, elles ont décidé d’avancer à visage découvert pour interpeller les pouvoirs publics et la société tout entière. Objectif : favoriser l’émergence de la parole pour que la loi soit enfin appliquée. C’est à cette condition sine qua non que notre société fera reculer le viol..« .

Lorsque nous, féministes militantes, avons eu vent de ce projet, nous avons été plus que dubitatives. En effet, en 1971, parler à visage découvert, c’était prendre le risque d’être poursuivie par la justice, parce que l’avortement était pénalisé. Ici, briser le silence est difficile, mais il n’y a rien à avouer ! Il y a surtout à dénoncer l’impunité des violeurs. Montrer des témoignages, c’est permettre à des femmes de s’identifier, et de se dire « je suis l’une d’elles, je suis toutes les autres », de sortir de l’isolement. Mais c’est aussi une expérience très traumatisante, surtout lorsqu’elle est faite au vu et au su de tous (et en particulier des hommes violeurs), de façon non-anonyme. Comme si c’était aux victimes de briser le silence, elles qui ont toujours parlé, mais ne sont tout simplement pas entendues !

Depuis 40 ans,ce n’est pas des témoignages et de femmes qui parlent dont on manque ! mais d’écoute, de prise en charge, de sérieux dans les enquêtes, et de juste sévérité de la justice à l’égard des criminels !

Et malheureusement, on a du mal à croire ou espérer que même une semaine dans les médias va y changer grand chose. Surtout quand on voit que les médias semblent incapables de sortir de leur rhétorique, malgré toutes les fois où on leur explique…cette phrase de l’article de France inter, par exemple :

« Le viol n’est pas un fait divers, c’est un crime effroyablement banal et massif. Un véritable fléau de société ». Oui, ce n’est pas un fait divers, c’est un crime massif. Mais ce n’est pas un fléau de société : un fléau, c’est une fatalité divine. Dire que c’est un fléau, c’est encore une fois effacer l’agresseur. Le viol, c’est tout simplement un crime de masse, commis par des hommes, en masse.

Favoriser l’émergence de la parole, c’est évidemment une bonne chose.
Et à chaque fois qu’il y a une campagne, ou un documentaire, les numéros d’aides aux victimes sont assaillis d’appel. Cela donne un espace pour parler. Et ne pas se sentir seule. Mais que se passe-t-il après ? Si rien ne change dans l’accueil médical, policier, judiciaire ? Dans la justice ?

Car ce dont les femmes ont besoin aujourd’hui, c’est d’accueil, c’est de soutien, de soins pour les victimes. Et de Justice. Les criminels doivent être poursuivis et condamnés. Des enquêtes doivent être faites sérieusement. A tous les niveaux, faire reconnaître que dans ce crime ignoble et massif, il n’y a pas que des victimes, il y a aussi des coupables, des criminels, des hommes, et qu’ils doivent rendre les armes et  se rendre à la justice.

Il faut cesser de couvrir les violeurs en continuant à faire comme s’ils n’existaient pas…: https://sandrine70.wordpress.com/2012/10/17/un-crime-sans-criminel-ni-victime/

Enfin, il faut que la honte change de camp. Mais il est temps aussi que la peur change de camp. Que les victimes n’aient plus peur de parler, mais que les violeurs aient peur de la justice. Pour cela, il faudra encore de nombreuses luttes et de combats, pour qu’on nomme enfin, pour qu’on dise les choses telles qu’elles sont.

Pas  de justice, pas de paix !

Sandrine GOLDSCHMIDT

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9 réflexions sur « 25 novembre : France Télévisions se mobilise contre le silence autour du viol »

  1. Si Télérama parle de 200 femmes violées chaque jour alors là encore une fois, on ne sait plus de qui on parle en utilisant le mot femmes… des femmes adultes exclusivement j’imagine puisque 200 X 365 jours ça fait 73000 viols par an,
    les enfants-filles violées sont passées à la trappe ??
    peut-être ne sont-elles pas évoquées dans le documentaire?

    Ah! le problème n’est pas que les femmes ne parlent pas mais qu’on ne les entend pas…
    Merci de le dire et de le crier haut et fort !!!

    Et oui, que se passe t-il après ??
    quand la société nous laisse abandonnées sur le bas côté de la route quand ce n’est pas jetées dans une poubelle?
    quand les portes restent fermées?
    quand il n’y a plus un seul brin de respect à notre égard?
    comment la société nous laisse sans soin, sans information, sans aide? comment c’est possible tout ça ??
    pourquoi ???
    et je ne parle même pas de la police et de la justice… je parle seulement du social et du médical…
    Pourquoi ???

  2. Ce que l’on ne dit pas souvent à propos des viols et des violences en général c’est que

    le facteur de risque principal de subir des violences c’est d’en avoir déjà subi auparavant…

    je rajouterai : … et le plus souvent dans son enfance…

  3. merci pour ces infos Sandrine. J’écris ici que je suis choquée et révoltée par des titres comme ceci dans les médias, que la jeune chloé (récemment retrouvée dans le coffre de la voiture d’un homme déjà condamné pour agression sexuelle) se trouvait « au mauvais endroit, au mauvais moment » … http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Chloe-au-mauvais-endroit-au-mauvais-moment-_3636-2134989_actu.Htm?xtor=RSS-4&utm_source=RSS_MVI_ouest-france&utm_medium=RSS&utm_campaign=RSS
    encore une manière de faire porter, en titre, la responsabilité des violences subies sur… la victime ! Et là il s’agit d’une petite de 15 ans, habillée normalement, et enlevée devant le domicile parental, donc les médias ne peuvent lui trouver des poux dans la tête, eh bien si quand même ! Ils arrivent encore à trouver qu’elle n’était pas au bon endroit ! Bref, c’est un peu de sa faute quoi !!! Où devait elle donc se trouver cette jeune fille ? Est ce que les femmes doivent s’enfermer dans des forteresses, entre femmes, pour ne pas risquer de viol ? Ce genre de titre est abject. Et il participe de la banalisation de cette idée que le coupable a toujours de bonnes excuses, et que la victime est coupable. Je suis révoltée !

  4. Le viol ne touche pas que les femmes, il y a aussi des hommes qui se font violé, persécuté par des femmes. Je pense qu’il ne faut surtout pas généralisé. Même si je dois admettre que les 2 cas, sont assez complexe.

    1. Bonjour, vous arrivez certainement pour la première fois sur ce blog. Bienvenue. Si vous y lisez de nombreux articles, vous verrez que nous ne posons pas la question de cette façon. Oui, il y a des hommes violés -surtout des enfants-garçons, d’ailleurs. Or, le point commun, c’est que c’est toujours que ce sont des hommes qui violent.
      Et cela fait une différence énorme : une femme, un enfant est toujours violé-e parce que femme ou enfant, donc, et dans un désir de domination, de mise à disposition d’un autre être humain; Un homme n’est jamais violé parce qu’il est un homme.
      Il ne s’agit donc pas de généralisation, mais d’analyse en termes politiques de phénomènes de société, pour essayer de lutter à la racine du mal, et de sortir de toutes les fausses interprétations de ce crime
      (i.e la victime c’est la coupable, il y aurait des besoins irrépréssibles et autres blablas…)

      1. Le Nouvel Observateur du 13-19 décembre 2012 a un long article sur ce père incestueux qui n’a pratiquement pas fait de prison. Dans cet article l’ethnologue Dorothée Dussy note que « La qualification et le quantum de la peine en matière d’abus sexuels sont calculés sur la progression du coït de l’agresseur: l’acte est jugé moins grave quand il n’y a pas pénétration. Plus l’auteur des faits se retient, moins on le punit. Pour la victime, pourtant, le mal n’est pas moindre. » Alors, est-ce que vous comptez aussi les victimes qui n’ont pas été complètement violées ou non?

  5. Moi je pense que la télévision, les médias etc .. On quelque chose à voir là dedans. A force de montré des femmes à moitié nue, à la télé cela donne forcément des envies aux frustrés , violeurs, etc.. Si l’on montrais moins d’exibition à la télé, je pense que les pédo ou violeurs se lacherais moins et serais calmé.

    1. ici aussi, je pense qu’il faut reréfléchir à cette question. Ce n’est pas une « tentation » qu’ont les violeurs ou les pervers, c’est une volonté de domination et de destruction. Si ce n’était pas le cas, après avoir commis leur crime, les violeurs se rendraient, seraient horrifiés de leur acte. Dans la réalité, ils s’en contrefoutent, assurent leur impunité et sont libres de continuer.

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