Les agresseurs en prison, pas dans des groupes de parole !

DSCF2972Voici un rapide coup de gueule après lecture du document issu du comité interministériel aux droits des femmes, en attendant un texte plus long et plus argumenté.

Comme le faisait remarquer Muriel Salmona, qui en parlera mieux que moi, le chapitre consacré à la lutte contre les violences omet tout simplement…de mentionner les soins spécifiques pour les victimes. Un problème de santé publique, les violences des hommes contre les femmes ? Non, on a du affabuler…

Rien non plus sur le chantage fait aux femmes qui dénoncent des violences sexuelles par les conjoints qu’elles ont quitté, souvent pour cela…
rien sur les violences faites aux enfants et aux petites filles…

En revanche, il est prévu d’expliquer aux jeunes filles qu’il faut qu’elles prennent soin de leur santé : « le changement de comportement des femmes vis-à-vis de l’alcool et du tabac depuis des décennies se reflète dans l’accroissement des taux de mortalité. Le cancer du poumon progresse de manière significative chez les femmes : +105% entre 1990 et 2005 alors que les taux baissent chez les hommes. Des campagnes de prévention, de sensibilisation et d’information doivent être envisagées dès le plus jeune âge, avant l’exposition aux risques. » 

Rien sur le fait que les comportements addicitifs ou de mise en danger des femmes soient justement liées aux conséquences psychotraumatiques des violences subie très tôt ! Et pourtant, on peut compter sur Muriel Salmona, Présidente de Mémoire traumatique et victimologie, pour leur avoir signalé !

Et d’ailleurs, de qui faut-il donc s’occuper, pour qui doit-on débloquer de l’argent ? Pour les femmes victimes de violence ? Ah non, mais pour les « auteurs », il semblerait que oui. Enfin, les auteurs, hein, cela veut dire les hommes agresseurs !

En effet, tout un chapitre est intitulé :

PRENDRE EN CHARGE LES AUTEURS ET PREVENIR LEUR RECIDIVE
« Les programmes de prise en charge des auteurs de violences intrafamiliales et conjugales seront développés par les services pénitentiaires d’insertion et de probation sous la forme de groupes de paroles collectifs. D’autres initiatives pourront être prévues à l’issue de la conférence de consensus sur la prévention de la récidive qui rendra ses recommandations en février 2013 ».

Si je comprends bien, on veut mettre en place des groupes de parole…pour les hommes ? avec l’argent public ? Et en prison ?

Mais ON NE LES Y MET PAS, EN PRISON !!!! alors c’est sûr, ça va pas coûter cher…

Mieux que moi, je vous livre la réaction d’une femme qui a été victime à la lecture de ces mesures, un témoignage qui montre l’absurdité de ces politiques, qui encore une fois, ne font rien contre l’impunité des agresseurs :

« Quand les victimes femmes et enfants adoptent des conduites à risques par exemple , leur culpabilité est déjà grande et leur santé, leur vie est en danger, alors leur expliquer que c’est mal de fumer, de boire, de ne pas manger , de se mettre en situation de danger … ne servira strictement à rien si ce n’est à augmenter la culpabilité des victimes, et bien d’autres conséquences. Les soins adaptés c’est du vital mais ça passe à la trappe encore … :( La prise en charge des victimes zéro, les femmes et enfants ne comptent pas , ne méritent pas d’être soignées, on pense aux coupables mais surtout pas à les punir, non, on veut les « prendre en charge », et qui sont ils : des hommes …je suis dégoûtée ».

Il y a de quoi !

Pou celles et ceux qui veulent lire l’origine de ce courroux : CI-DDF-RELEVE-V7

S.G

Pas cher Patrick Bruel

Capture d’écran 2012-11-30 à 10.04.34Il y a quelques jours, les médias sociaux n’ont quelque heures parlé que de la femme de l’ex-Président de la République, qui avait eu des mots malheureux sur le féminisme. Aujourd’hui c’est un ami de DSK, (qui d’ailleurs serait en train de conclure un accord à l’amiable avec Nafissatou Diallo) affirme qu’il faut rouvrir les maisons closes, parce que la prostitution est obligatoire !

En effet, ce « gentil garçon » qu’est Patrick Bruel, qui trouve que ce n’est pas bien que les personnes prostituées aient froid dans la rue, veut gentiment aller les enfermer dans des maisons closes, mais surtout pour éviter les situations dangereuses (gentiment pour qui ? Pour les femmes ? Ou qui sait, peut-être pour un de ses amis qui serait, dehors, plus en risque d’être reconnu ou dans une situation difficile ?). Alors que dans les maisons closes, ils pourraient violer « clean, et sympa ».

‘Et comme la prostitution est absolument obligatoire, autant que ce soit bien, que ce soit clean, que ce soit sympa».

C’était donc ça ? La prostitution est obligatoire !
Mais qu’est-ce que ça veut dire au juste, obligatoire ? A ma connaissance, l’école est obligatoire. Le service militaire l’était à une époque. Le vote est obligatoire. Mais la prostitution ?

Alors voilà, certain-e-s ont dit ces derniers jours trouvaient que Carla Bruni avait tenu de bêtes propos. Peut-être. En tout cas, elle ne semble pas en l’état actuel des choses très concernée par le sort des femmes précaires, oui. En revanche, si ces propos sont bêtes, et réactionnaires, ils ne sont pas si méchants.
Ceux de Patrick Bruel, eux, le sont. Bêtes, et méchants.
Capture d’écran 2012-11-08 à 03.21.05Pour lui, il y a donc  sur terre des « pauvres filles » qui doivent être condamnées à être prostituées dans des maisons closes (au chaud quand même), pour que les hommes, puissent les violer en payant en toute sécurité. Oui, condamnées, puisque « c’est obligatoire », il faudra bien qu’il y en ait qui s’y collent (et qui s’y collera en priorité ? Les pauvres, les immigrées, les plus opprimées parmi les opprimées). Mais en plus, il faudra le faire bien confortablement pour ces messieurs-prostitueurs hein, parce que debout dans la rue ou au bois, c’est un peu risqué…

Que les escorts (et les prostituées des bordels) souffrent des mêmes troubles psycho-traumatiques -équivalent à ceux de la torture que les femmes ou hommes qui se prostituent dans la rue,

que ce soient les clients-prostituuers qui transmettent le SIDA parce qu’en fait, ils paient non seulement pour violer (c’est-à-dire faire subir des actes de pénétration non désirés), mais pour avoir le pouvoir de tout faire, même sans capote,

que les pays réglementaristes qui légalisent le proxénétisme en faisant des bordels géants voient à la fois la violence sur les personnes prostituées et la prostitution clandestine exploser, cela n’a pas l’air de lui arriver à l’esprit.

Que dans ces mêmes pays les proxénètes légaux qui font du business sur la dignité et l’intégrité des femmes, ne courent plus aucun risque parce qu’ils sont des « chefs d’entreprise »,

que les femmes soient des êtres humains, et qu’à cet égard aucune d’elles  ne devrait être contrainte de se vendre et de se mettre en danger de mort (l’espérance de vie des personnes prostituées, est inférieure de 30 ans à celle des autres),

que toutes les femmes qui témoignent dans L’imposture d’Eve Lamont expliquent qu’elles ont cru un moment qu’elles pouvaient être prostituées et maîtriser la situation mais que cela n’a jamais été possible,

que les survivantes de la prostitution soient si nombreuses à s’exprimer publiquement pour dire que bien sûr, elles étaient bien obligées de se dire qu’elles avaient choisi la prostitution parce que sinon elles ne pouvaient survivre (voir et revoir à ce sujet l’excellent « pas à vendre » de Marie Vermeiren) au stress provoqué par les viols à répétition quotidiens, tout cela, il préfère l’oublier ? Tant que pour eux, c’est « clean », et ‘ »sympa »…

C’est classique, et c’est ce que fait tous les jours la société médiatique, en publiant l’avis de n’importe quel homme connu ou inconnu quoi qu’il dise sur le sujet. Et il est si souvent difficile de faire passer des textes abolitionnistes de femmes qui travaillent sur la question…alors merci encore à Slate pour avoir publié notre tribune ici : http://www.slate.fr/tribune/65433/abolir-systeme-prostitueur-droits-humains