Propagande ordinaire de la haine dans les médias

https://i0.wp.com/ugc.cotecine.fr/tb/Photos/663x369/crop/ROYAL%20AFFAIR%20PHOTO4.JPGIl est temps qu’on se penche sur le sens de la liberté d’expression dans une société de domination masculine, donc inégalitaire. La liberté n’est-elle pas alors que le pouvoir de la propagande de la haine ? Trois exemples du jour, un peu disparates, mais avec ce point commun qu’ils servent la propagande patriarcale…

Je commence par le plus anecdotique, ou petit sexisme ordinaire…une critique de Télérama par Frédéric Strauss d’un fim que j’ai vu, « Royal Affair ». Y est évoquée la magnifique performance d’un acteur, l’extraordinaire relation entre deux hommes de pouvoir (Cette association entre les deux hommes, estime et manipulation confondues, fait le piment du film), et l’épouse du roi et amante de son conseiller, la reine, est tout juste citée de la façon suivante : » Jusqu’au jour où un médecin allemand souffla des idées progressistes, inspirées des Lumières. Tout en lui volant sa femme, de toute façon délaissée… »

Tout dans une petite phrase : « tout en lui volant sa femme, de toute façon délaissée ». Pour lui, donc, on vole une femme à un homme, c’est sa propriété, hein. Et, de toute façon délaissée, que pourrait donc vouloir de plus une femme qu’un homme qui ne la délaisse pas !

Mais si celle-ci est déprimée, dans le film, ce n’est certainement pas parce que son époux la délaisse ! Bien au contraire, à tout le moins elle n’est pas violée chaque jour. Ce qui l’ennuie, c’est l’ennui. Le fait qu’elle, qui vient des Lumières, qui est lumière, n’a pas le droit de lire, d’exprimer ses idées, de vivre. Parce qu’elle est une femme dans un pays réactionnaire. Et si elle aime cet homme qui arrive avec des idées de progrès, ce n’est sûrement pas seulement parce qu’il lui rend visite la nuit, mais parce qu’il lui permet d’avoir accès au monde, en lui prêtant des livres…

D’ailleurs, le critique n’a pas compris cette règle apprise en français au collège et qui ne m’a jamais quittée  : qui est le personnage principal d’un récit ? Celui qui est là, du début, à la fin. Qui raconte. Et là, le personnage principal, c’est elle, la reine. D’ailleurs, c’est parce qu’elle a su transmettre l’expérience menée avec son amant avant d’être répudiée, à ses enfants dont on l’a séparée, que le Danemark a ensuite pu retrouver la lumière dans son gouvernement. Apparemment, cette vision des choses a totalement échappé à l’homme qui critique, comme toujours, d’un oeil d’homme, qui n’a pas encore remarqué qu’une moitié de l’humanité n’était pas masculine…

Ensuite, cet article du Monde, mais cela pourrait être n’importe quel autre journal, qui revient sur l’accord amiable que va conclure DSK avec Nafissatou Diallo. Je vous laisse apprécier : selon Le Monde une fellation est une agression sexuelle et pas un viol (et s’ils lisaient la loi ?) et verser des millions de dollars n’est pas un aveu de culpabilité.  Ici, c’est la propagande de la partie « protéger l’impunité » de la stratégie des agresseurs…on pourrait dire la « correctionnalisation médiatique des crimes », corollaire scandaleux de la correctionnalisation judiciaire… Attention, si on disait viol, séquestration, 7 chefs d’accusions, ou aveu de culpabilité, cela rendrait peut être la réalité plus choquante ?

Bon, et je finis en mode sidértion. Je ne comprends pas. Vraiment. Que le journal Le Point puisse garder un éditorialiste qui écrit ça : http://www.lepoint.fr/editos-du-point/patrick-besson/les-maries-de-l-an-douze-29-11-2012-1535029_71.php

Ce texte jette l’opprobre non seulement sur le journal, mais sur le journalisme, la presse, la liberté d’expression…c’est un tissu de remarques haineuses, homophobes, lesbophobes et sexistes, associant l’homosexualité entre adultes consentants à des crimes (viols par inceste,etc.) C’est à lui seul un texte qui impose d’être favorable au mariage pour tous et toutes, même si on pense que le mariage est une institution rétrograde.

C’est, peut-être, le révélateur de ce que beaucoup pensent. Ce n’est pas une raison. Pour se servir des médias pour déverser sa haine et par là-même lui offrir un vernis de légitimité. Le comble, c’est les commentaires de soutien : on n’aurait pas compris que c’était de l’humour littéraire :

 » Cet édito est à prendre au premier degré, une touche de bonne humeur dans un monde de brut où le moindre mot, la moindre résonance provoque de l’agressivité et une telle animosité. Franchement, M. Besson, je me suis prise à deux fois pour vous lire et je puis vous assurer que j’ai oublié tous mes soucis pour quelques instants. Vous avez beaucoup d’imagination, je me suis bien amusée ». 

C’est peut-être ça, après tout, ce que tant appellent l’humour : faire oublier ses soucis à certains en détruisant les autres ?

Voilà qui permettra peut-être à certains hommes de faire le lien avec le fait que si souvent les femmes, et en particulier les féministes, ne trouvent pas du tout drôles les blagues sexistes qu’on nous sert en permanence…

S.G

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8 réflexions sur « Propagande ordinaire de la haine dans les médias »

  1. Dans les têtes des dominants, hommes ou femmes, le mariage se représente comme un acte d’accès à la propriété, il-elle devient propriétaire d’un-e dominé-e:
    … maintenant qu’on est marié c’est plus pareil… je peux me permettre…

    L’humour fait partie des techniques de la pédagogie noire, c’est toujours de la méchanceté, de la haine déguisée, de la démolition de l’autre, de la destruction d’autrui organisée et acceptée comme normale par l’ensemble de la société…

    Les enfants non plus ne comprennent pas l’humour, comment comprendre le respect d’autrui dans un climat destructeur d’autrui, c’est trop d’incohérence… c’est pas compréhensible, ça demande une dose de distorsion de pensée trop importante…

    Personnellement, je comprends pas ce que c’est la liberté d’expression… de quelle liberté, de quel droit il s’agit… je comprends pas… bah, il y a tant de choses que je comprends pas… et je refuse de pratiquer la distorsion… alors je crois pas que je vais comprendre un jour…

    Le mode sidération permet de garder la tête bien à l’endroit…

  2. tout à fait d’accors avec SG c’est du machisme pur dans un cas, de la connerie pur du côté de Besson et du point: les fachos sont toujours là!

  3. Par rapport à l’article du Monde : aux USA, une fellation imposée est une agression sexuelle et pas un viol (discussion avec une féministe américaine l’été dernier, elle ne voyait pas où était le problème, cela lui paraissait logique, ce qui est très étonnant pour les féministes françaises). Le journal pourrait se défendre en arguant que s’agissant d’une procédure américaine, la qualification exacte est celle d’agression sexuelle… Même si les journalistes français qualifient en effet volontiers les viols d’agressions sexuelles.

    1. oui Marilyn, tu as raison, je le sais mais cela n’empêche pas qu’il y avait aussi accusation de tentative de viol, séquestration…et je crois d’ailleurs qu’aux Etats-Unis il y a « différents degrés », la fellation n’étant pas une « simple » agression sexuelle; Cela n’empêche que le fait que la définition soit différente ne justifie pas une imprécision qui sert la propagande…

  4. Je suis tout à faire en phase avec ton article Sandrine et pour l’affaire DSK on pourrait ajouter la dénomination des acteurs et actrices principales quand on parle de Nafissatou Diallo.comme de la « femme de chambre » c’est très péjoratif !

    1. tu as tout à fait raison ! c’est un classique de ce que dénonce l’Association des femmes journalistes : les femmes ne sont pas nommées, on les réduit à être « femme de », ou ici, « femme de…chambre »…

  5. Le Point à pour directeur le catastrophique FOG. Un personnage puant de suffisance et pétri de haine. Son gourou s’appelle Nicolas Bedos qui déballe les trucs les plus phallocrato-inmmondes sous couvert d’humour.
    Donc rien d’étonnant de lire des messages haineux dans ce canard. Cette caste de mâles surpayés est plus proche de DSK, le pourri de pognon, que de ce et celleux qu’ils traînent dans la boue.
    Ils éprouvent de la haine pour tout ce qui menacent un tant soit peu leur excès de pouvoir et qui a un peu l’air d’avoir une âme tandis qu’eux ont depuis longtemps vendu la leur aux plus offrants.

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