Pauvres hommes blancs…

Dessin S.G photo Hélène Epaud
Dessin S.G photo Hélène Epaud

Hier, un homme de 20 ans a tué 26 personnes, dont 20 enfants. On l’analyse souvent par le trop facile droit de porter des armes aux Etats-Unis. C’est vrai, c’est un facilitateur de crime. Mais on le fait rarement pour ses causes profondes. C’est un homme qui a commis un massacre, un homme blanc. Un dominant. Celui qui, toujours, s’est approprié et a utilisé les armes pour détruire les femmes et les enfants.

En général, ça on ne le dit pas : que les femmes ne commettent pas des crimes de masse. Quasi jamais. 3 sur 77 massacres, perpétrés par des femmes dans le monde en quelques décennies. Autant dire que cela écarte l’explication essentialiste (si c’était parce qu’elles étaient de sexe biologique femelle il y en aurait 0.) Et que cela met le patriarcat devant ses crimes : les hommes, tuent les femmes et les enfants dans ce système, parce qu’ils s’en donnent le droit.
Collectivement ou individuellement. Alors, quand je lis cette analyse, qui se veut fine et distanciée, et qui admet le fait : ce sont des hommes blancs qui commettent ces actes et le lie donc avec la domination masculine et raciale, mais pour en donner une explication ahurissante et en vicitimiser les coupables, je ne peux m’empêcher de réagir.
Je ne veux pas savoir pourquoi cet homme, dans ce cas individuel a tué des enfants, brisant des familles. Je sais qu’en le faisant, il a fait un peu grandir l’horreur et la peur dans nos coeurs. Et il est un agent des crimes du patriarcat. Je m’explique. Dans l’article, l’auteur analyse les faits en disant : si cet homme blanc tue, c’est parce qu’il a perdu du pouvoir, en raison des luttes pour les droits civiques contre le racisme et des luttes féministes contre la domination masculine. Or s’il trouve que c’est bien qu’il ait perdu ce pouvoir, parce que c’est juste, il plaint pourtant l’assassin : « c’est dur de perdre du pouvoir », dit-il. Ainsi, il ne se demande pas si c’est dur d’être opprimée, il cherche à comprendre la souffrance de l’oppresseur. C’est insupportable !
Et il ne lui vient pas à l’esprit de faire une analyse féministe de la situation : il y a un masculinisme montant (il cite d’ailleurs un masculiniste influent, Michael Kimmel)  qui, pour s’assurer de ne pas perdre ce pouvoir que les hommes ne veulent pas lâcher, fait une propagande active, et augmente encore le niveau de la violence envers les femmes : la propagande du danger de perte de virilité pour les hommes à aller vers l’égalité, la propagande qui leur dit qu’ils sont en train, à cause des féminsites, de perdre leur essence mâle et privilégiée, celle qui doit tout faire pour leur assurer d’être servis, de ne pas avoir à faire les efforts de respect envers les autres, de disposer des êtres humain-e-s comme de marchandises.
Ce que fait cette propagande, c’est justifier des crimes contre l’humanité, en retournant la culpabilité. Cela n’est ni plus ni moins que l’illustration de la stratégie de l’agresseur, qui commet des actes inhumains, et se pose ensuite en victime de ces actes. Et assure ainsi son impunité.
Le résultat, c’est que des crimes sont alors commis, qui font reculer toutes nos luttes, parce qu’ils font avancer la peur, en mentant sur l’analyse.
En accusant les luttes féministes et antiracistes d’être les responsables de ces crimes, ou en trouvant une excuse aux coupables qui vivraient des « moments difficiles » dans la contestation de leur pouvoir, ils remplissent un double objectif : continuer notre destruction, et rendre encore plus difficile nos luttes pour la vie.
S.G

7 thoughts on “Pauvres hommes blancs…”

  1. je pense que la libre possession d’armes facilite quand même énormément les choses. C’est dans la construction intime des gens, le port d’armes. Si on grandit avec ça depuis tout petit, ça semble tout à fait naturel, et en cas de dérive, ce paramètre là est intégré. Je pense pas que cela ait un grand rapport avec la couleur de peau, il semblerait que les jeunes blacks tuent et s’entretuent (peut être pas dans les dimensions de « massacre »‘ comme ça, un chiffre aussi élevé de victimes. Avec le genre peut être, les femmes étant élevées moins dans l’agressivité que les hommes et le recours aux armes. Mais si par construction l’arme est légitime, alors il est légitime de l’utiliser. D’ailleurs je ne connais pas les chiffres exacts pour la France, mais rien qu’en entendant (autour de moi) les suicides aboutis pour les gens qui vivent en campagne (où l’arme de chasse existe), des gens qui apprennent leur grave pathologie, sont vieux et seuls, ou sont usés par leurs conditions d’existence, il y en a bien + que dans les milieux non chasseurs. ça facilite le passage à l’acte et le fait que l’acte soit positivement funeste. Les professions armées ne sont pas en reste…
    enfin je ne demande qu’à ce qu’on m’oppose des chiffres prouvant l’inverse.

  2. En lisant l’article incriminé jusqu’à sa conclusion, je relève qu’il prône comme solution justement ce que revendiquent habituellement tes billets:
    « …, and we can work to think of ways to help young white males grow up in a society where the expectation of privilege is never indoctrinated. « 

  3. J’ajouterais qu’il est aussi intéressant à mon sens de regarder la situation du point de vue de l’enfant devenu adulte.

    Peut-être que c’est le gain de pouvoir qui pourrait être mis en cause, gain parce que petit enfant devenu grand adulte peut enfin changer de camp, et passer enfin de la position de dominé à la position de pouvoir dominer.

    Quand on sait qu’aux Etats-Unis le châtiment corporel est encore largement autorisé dans les écoles, et pratiqué en donnant des coups à l’aide d’objets sur le corps des enfants,
    que cette violence subie induit l’apprentissage de la haine, de la violence envers autrui, de la non-valeur de la vie, et enseigne ainsi la loi du plus fort sur le plus faible et donc le système dominant/dominé, on ne peut pas s’étonner qu’au passage à l’âge adulte, au moment où la société les autorise à porter un objet de domination et qui sème avant tout la mort, des enfants passés adultes deviennent tout à coup des criminels et puissent se venger, appliquer ce qu’on leur a enseigné à l’école et/ou à la maison, et cela dans les lieux mêmes de cet apprentissage…

    La famille et l’école sont des lieux où s’exerce et s’enseigne la domination des plus faibles et des plus vulnérables : les enfants. Que peut-on attendre de cet apprentissage quand petit devient grand ?

    Lire : Alice Miller et bien d’autres.

    Jesper Juul, thérapeute danois : « Il est peut-être plus vrai maintenant que jamais que la façon dont nous traitons nos enfants soit décisive pour l’avenir du monde. La masse de documentation a atteint un point tel que nous ne pouvons pas espérer pouvoir maintenir plus longtemps notre double jeu envers les enfants et les jeunes. A long terme nous ne pouvons pas nous en tirer en prêchant d’un côté l’écologie, l’humanité et la non-violence et en traitant de l’autre nos enfants et nos jeunes avec violence dans le sens fondamental du mot. »

  4. Quand les femmes et les hommes de cette planète, en prenant la décision de concevoir et de mettre au monde des enfants, comprendront-ils qu’il faut AVANT TOUT leur expliquer que nous sommes tous égaux devant la maladie et la mort, hommes et femmes, et qu’il faut d’abord et avant tout respecter l’autre, quels que soient leur sexe, la couleur de leur peau, leur appartenant ethnique ou religieuse …

  5. Oui ils nous tuent mais nous, nous devons juste les persuader par les mots de ne pas le faire…heum…jà mon avis, c’est inefficace.

    Emmeline Pankhurst, elle, était pour les « actes, pas les mots. ».
    « Les nombreuses manifestations qu’elle organise ; s’enchaîner aux lampadaires, provoquer des incendies dans des immeubles, faire la grève de la faim ou bien encore couper les fils des télégraphes, lui valent d’être arrêtée cinq fois entre 1912 et 1917 » (source : Wikipédia).

    Mais grâce à elle, la société a pu évoluer et sans elle, le droit de vote n’aurait jamais été acquis en G.B. puis dans le reste de l’Europe !

    Wiki encore : « Elle a été largement critiquée pour sa tactique militante et les historiens sont en désaccord sur leur efficacité, mais son travail est reconnu comme un élément crucial dans l’accomplissement du droit de vote féministe en Grande-Bretagne ».

    Bon mais je dis ça, je dis rien.

  6. On peut « comprendre » le sentiment de perte de pouvoir des dominants mais sans pour autant le légitimer mais pour dire « c’est à vous de changer, si vous souffrez de ne pas être un dominant, c’est à vous de changer pas aux autres ». Mettre des mots sur ces angoisses, sur leurs affolements parce qu’on leur demande de déconstruire tout ce qu’ils ont appris à être, parce qu’on tente de leur faire comprendre que ce qu’ils ressentent est illégitime. Les rois pensaient vraiment tenir leurs pouvoirs directement de Dieu. C’est injuste pour nous les dominés, mais faire changer la structure de la société, c’est comme si on décidait de rouler à gauche dorénavant. Cela parait incompréhensible, cela fait peur et même si ils ne devraient pas le ressentir, ils le ressentent.
    Mais il est vrai que dans les tentatives d' »explication », on oublie trop souvent à la fin de souligner qu’il n’est pas normal, légitime, de le ressentir.

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