Invisible : à voir aux Trois Luxembourg

invisibleDiffusé en mars 2012 à Créteil, le film « Invisible » de Michal Aviad est sorti aux 3 Luxembourg depuis hier.
J’avais rencontré la réalisatrice, Michal Aviad, à propos de la campagne « Pas de justice, pas de paix ». Les préoccupations de son film rejoignant de près les nôtres : et pourtant, l’affaire, inspirée de faits réels, que relate son film, semblerait devoir échapper à l’impunité. Le violeur en série, odieusement appelé par la presse « violeur bien élevé » (tous les faits de 1977 sont réels, les faits d’aujourd’hui fictionnels), a été arrêté, reconnu par 16 victimes, et condamné à une lourde peine : 30 ans. Mais on apprend au fil du film que cette peine semble-t-il exemplaire ne tiendra pas, et en plus, qu’au fil de l’enquête et du temps le système -les hommes de police, justice, le gynécologue, les journalistes, auront fait peser un lourd poids sur les victimes. Un poids renforcé par le silence.

Et le plus intéressant du film de Michal Avid, est qu’il interroge les conséquences traumatiques à long terme des viols. Deux des victimes sont amenées à se connaître 20 ans après les faits, et à réaliser l’impact que le crime dont elles ont été victimes a eu sur elles, leur vie, leur entourage. C’est cet invisible qui est tout d’un coup montré, dit. Le film est sobre, juste, et nous offre en outre le bonheur de faire se rencontrer deux femmes, les héroïnes du film (deux actrices exceptionnelles et magnigiques : Ronit Elkabetz et Evgenia Dodina), et de faire que cette rencontre, les amène à la lutte, à la parole, et ait une belle influence sur leur vie.

A voir donc aux Trois Luxembourg à Paris

Et la rencontre avec Michal Aviad du manifeste pas de justice pas de paix en mars dernier au festival international de films de femmes de Créteil:

S.G

 

 

 

Voici ce que mon arrière-arrière-grand-mère avait écrit le 27 janvier l’an dernier

Les mots de Melanie

Aujourd’hui je vous raconte à nouveau une histoire triste qui nous hante, mort-es et vivant-es, même si directement nous ne l’avons pas connue : celle de la Shoah. Aujourd’hui, parce que nous sommes le 27 janvier. Le 27 janvier 1945, il y a 67 ans, l’armée rouge entre dans le camp d’Auschwitz, en Pologne.

Dans ce lieu dont l’entrée était surmontée de la mention funeste « arbeit macht frei » : le travail c’est la liberté, environ 1,5 million de personnes, dont plus des deux tiers juives sont mortes assassinées. Une grande partie fut exterminée dès l’arrivée dans les chambres à gaz. Les autres moururent de famine, violence, épuisement, inhumanité.

Aujourd’hui à Auschwitz, on peut lire : « Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes, d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’humanité un cri de désespoir et un…

Voir l’article original 542 mots de plus

Un milliard de femmes se lèvent…et lui, et lui, et lui

Oui je sais. La campagne « One Billion Rising » s’adresse aux hommes et aux femmes, pas que aux femmes. Car si on part de l’idée qu’il y a « un milliard de femmes victimes de violences », apparemment, il n’y pas vraiment de coupables de ces violences, les hommes. Puisque ceux-ci, on n’en parle que pour les remercier d’être « gentils ».

Pourtant, le 14 février à 18h30, je serai avec les autres près de Beaubourg, Car même si c’est institutionnel, médiatique, je ne manquerai pas cet événement mondial, l’occasion d’être vues et entendues à travers le monde, même si ce n’est pas exactement ce que j’imagine pouvoir faire changer les choses. Ce sera déjà ça.
Mais je ne peux pas m’empêcher aujourd’hui de dire/redire ceci, après avoir vu deux clips récemment.
On ne pourra rien changer à quoi que ce soit, concernant la guerre contre les femmes, si à un moment donné, on ne dit pas qui en est responsable : de l’ordre de grandeur de un milliard d’hommes, oui, et donc « les hommes », en tant que dominants dans le système oppresseur.

Or, quand on regarde le film ci-dessous, c’est saisissant.

La structure, est la même que pour beaucoup des films de la campagne : d’abord, on voit les horreurs commises contre les femmes à travers le monde. Excision, viols, agressions, violences conjugales sur femmes et filles. Ensuite, on revoit les images des femmes qui subissent et souffrent. Leur regard change. De la honte elles passent au combat, se lèvent, et se mettent à danser.
Très bien. Alors, qu’est-ce qui cloche ?
Tout.
-D’abord : on voit les femmes subir et souffrir. Mais on ne voit jamais par qui. Si bien sûr, on voit des hommes. Mais jamais leur visage. Et surtout jamais leur regard. Or, nous savons que ce regard est celui de la haine, de la destruction, de la menace (souvent mise à exécution) de mort, parce qu’il y a une femme en face. C’est ce regard qui terrorise, et assoit la domination. Quand commencera-t-on à le dénoncer ? Et non, je n’exagère pas. Il ne s’agit pas de protéger l’identité d’innocents acteurs. Parce que quand la personne qui tient le couteau (et le patriarcat reste responsable, le hommes qui derrière imposent ce système) est une femme, on montre son visage.

-Ensuite : tout d’un coup, les femmes qui sont vouées à la mort par ces assassins-violeurs-tortionnaires, ces hommes qu’on ne voit jamais, ont toutes les raisons d’avoir le regard qui pleure. Bien sûr, je veux que ça change. Qu’on les protège, qu’on les aide, qu’on dise enfin que des criminels les ont attaqué, que justice leur soit rendue et que les coupables soient désignés. Mais par quel coup de baguette magique, leur regard d’un coup changerait-il comme dans le film, pour être celui de la fierté et de la possibilité de se lever contre la haine ? Si rien n’est fait pour que justice soit rendue, que les hommes-coupables soit désignés, que la volonté de détruire soit reconnue ? Comment se lèveraient-elles alors et se mettraient-elles à danser, si ces choses là ne sont pas exprimées clairement ?

Encore une fois, tout repose sur elles. On dirait que ce sont elles qui doivent se mettre debout, seules, et oublier. Je ne dis pas que c’est l’ensemble de la campagne qui dit cela. Très clairement, c’est ce que dit ce film. Et comme c’est toujours comme ça, ça m’énerve.

Oui, je veux voir les femmes danser, un milliard, dans la rue, et pointer du doigt. Mais pas « la violence », abstraite. Pointer du doigt les hommes qui l’ont commise, et ceux qui ne se lèvent pas pour dénoncer ceux qui la commettent. Parce que les « gentils hommes », dans la campagne « One Billion Rising », ceux qui -oh là là- comme nous avons de la chance- ne violent pas, ne battent pas, etc., ceux là, sont montrés en héros. Son choyés. Sont décrits comme « émouvants »*. Quand les femmes qui se battent tous les jours contre ceux qui les écrasent, on les enjoint à cesser de pleurer et à se lever. On ne dit jamais qu’elles sont des héroïnes ! Et pourtant, ce sont bien elles, qui tous les jours, font preuve de ce courage inlassable de rester en vie et se battre.

Il serait temps qu’on change de regard. De ce point de vue, j’aime bien celui des « Feminist Avengers », les féministes vengeuses, un groupe féministe radical de Grande-Bretagne. Je vous rassure, elles « n’agressent personne ». Elles désignent juste et dénoncent les complices et/ou criminels, avec cette campagne contre les « blagues » sur le viol (ce que j’appelle la propagande du viol et de l’impunité des violeurs).

Bref. Oui, qu’un milliard de femmes se lèvent, mais que le message soit clair et les choses dites. Pas parce qu’il faudrait les enjoindre à « cesser de se taire », mais pour que cesse la violence des hommes à leur égard !

*voici le message qui accompagne le lancement de la vidéo :

« Nous sommes tellement émues de voir tous ces hommes qui ont rejoint One Billion Rising. Vous êtes si nombreux, nos frères, pères, grand-pères, amis, maris, et petits-amis qui se sont engagés à se lever avec nous le 14 février.
Ce mouvement ne serait pas possible sans vous. La violence contre les femmes et les filles est une question humaine qui nous touche tous et c’est seulement avec vous à nos côtés que nous réaliserons nos buts ».

 

 

 

3 ans d’A dire d’elles : « premiers textes »

C’est amusant de relire mes premiers articles. Il y en a certains que je n’écrirais probablement pas tout à fait pareil, après 3 ans de militantisme supplémentaires et de lectures ou discussions plus radicales. Mais rien sur quoi j’ai changé fondamentalement…je publie un premier volet (qui sert surtout à l’archivage des articles et que je vais mettre dans la page sommaire) jusqu’à deux moments fondamentaux de mon militantisme : le jour où j’ai vu le film de J-M Carré « les travailleur-s-es du sexe ou comment je suis devenue abolitionniste militante…et le jour où Françoise Picq et Nadja Ringart ont présenté MLF, textes premiers, à la librairie Violette & Co. Deux moments décisifs et un très bon souvenir…(j’avais d’ailleurs ce dernier soir écrit deux articles, dont un sur Facebook, qui parlait des effets galvanisants du féminisme, je le reproduis tout en bas de ce sommaire, ça s’intitule : « une belle histoire ».

Articles parus avant  2010

Women of Soul

Et si les femmes avaient leur mot à dire

Résistons aux tâches ménagères

L’après 8 mars le 9 on libéralise les femmes !

A propos d’OrelSan et de la liberté d’expression tout n’est pas permis

Les retraites des femmes c’est pas près de s’arranger

L’image des femmes dans les médias

Balancier, backlash, deux pas en avant, un pas en arrière

Canine un film intéressant sur le totalitarisme, l’enfermement, la domination

Réflexion sur les jouets : ouvrir le champ des possibles

Soleil de nuit

Articles parus début 2010

Bonjour 2010

Soleil levant à Joinville

Bis repetita les jours se ressemblent les levers de soleil jamais

Bright Star : romantique, beau, vrai

Soleil blanc

Rayhana dramaturge algérienne, auteure d’une pièce féministe, a été agressée

Invictus, pour Madiba l’insoumis

Après son agression, Rayhana s’exprime : « non, je n’ai pas peur »

La video comme une forme de tract

Chaque jour est une fête

Travailleu(r)ses du sexe ?

Prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?

Voilà donc « une belle histoire à vous raconter », que je reproduis ici avant tout pour mon amie, Nadja Ringart

Le 10.02.2010

C’était dans le RER, il y a quelques minutes, direction Boissy Saint-Léger.

Le jeune homme assis à côté de moi me demande tout d’un coup : « Qu’est-ce que vous êtes en train de lire ?  »
Je revenais de la présentation du livre « mlf, textes premiers », à la librairie Violette and co. Ne voulant pas me lancer dans une discussion, je dis: « des textes sur le mouvement de libération des femmes ».
-« Ah », me répond-il.
Puis je me replonge dans cette passionnante lecture.
-« vous ne voulez pas arrêter de lire 5 minutes pour qu’on discute un peu ?  »
-probablement ce sera trop court pour pouvoir débattre, je réponds.
-mais de quelle libération des femmes parlez vous ?
-j’aurai du mal à en parler en une minute.
-Les femmes libérées, me dit-il, c’est bien, mais Dieu a créé l’homme puis la femme, c’est pas pareil.
Alors je lui réponds (j’étais à une station de mon arrivée) :
« voyez vous, je pense qu’il va être difficle de nous mettre d’accord en une minute.
Déjà, je ne crois pas que les hommes et les femmes sont différents, en tout cas au niveau de leurs compétences…
-oui, mais Dieu a dit que l’homme et la femme…c’est lui qui les a créé
-non, mais je ne crois pas en dieu, mais de toutes façons, ce n’est pas Dieu qui l’a écrit, mais qui ?
-Ah oui, CE SONT LES HOMMES QUI L’ONT ECRIT
-Oui, et pas les femmes, ai-je répondu.
Ce qu’il a reconnu et après quoi, il m’a serré la main!
Merci aux 40 ans, à Nadja Ringart, Françoise picq, Marie Vermeiren, Vera, et toutes les féministes d’hier et d’aujourd’hui qui m’ont permis ce moment de satisfaction personnelle!!!!

Revue hebdo du vendredi : Pinar Selek, mariage pour tous et toutes, etc.

Cette année, après avoir écrit 650 articles, je ralentis un peu le rythme. Avec pour priorité la lutte pour une loi d’abolition du système prostitueur, et Femmes en résistance, je vais essayer d’écrire encore 2 ou 3 articles par semaine. Du coup, il y a certains sujets dont j’aurais pu parler beaucoup plus, et dont je n’ai pas eu le temps de beaucoup parler. J’essaierai de faire, une fois par semaine, une revue de ces infos.

Pinar Selek a été condamnée à vie hier par l’ in-justice turque. Dans cette histoire totalement kafkaïenne (elle est poursuivie pour terrorisme suite à une explosion à Istanbul qui était en fait une explosion de gaz…), cette jeune femme et militante exilée en Europe aura tout subi. Après avoir été à chaque fois d’évidence acquittée, elle a 15 ans après les « non-faits » été condamnée.
Voici le communiqué de presse de son Comité de soutien et une conférence de presse est organisée aujourd’hui à midi à Strasbourg, A l’Arès, 10 rue d’Ankara (tram esplanade), à laquelle sont appelées un maximum de personnes pour la soutenir :

24 janvier 2013 : A qui obéit cette justice ?
Ce jeudi 24 janvier 2013, la 12ème cour pénale d’Istanbul a osé condamner la sociologue et militante féministe et antimilitariste Pinar Selek à la prison à perpétuité et émettre un mandat d’arrêt.
Malgré le combat de ses avocats et la mobilisation, les juges ont finalement cédé.
En effet, rappelons pour mémoire que le 22 novembre 2013, le juge remplaçant qui avait annulé l’acquittement de Pinar Selek avait appelé à obéir à la vielle décision de la  9ème chambre de cassation qui réclamait la prison à vie.
La présence en audience aujourd’hui du juge qui avait résisté en 2006, 2008 et 2011 (en acquittant trois fois Pinar Selek) et qui aujourd’hui encore a voté contre sa condamnation,  n’a rien changé.
Les avocats contestent la légalité de la décision et vont faire appel auprès de la 9ème cour de cassation.
Quinze ans de bataille juridique.
Quinze ans de mobilisations.
Ils n’auront pas raison de notre détermination : nous résisterons !!!
Pinar Selek n’est pas seule !!! Pinar Selek est libre et le restera !!

Manifestation dimanche pour le mariage, l’adoption et la PMA pour tous-t-e-s à Paris.On a beaucoup entendu parler des homophobes, qui ont défilé le 13 janvier. Ils étaient sûrement moins nombreux qu’ils ne le croient, mais ce n’est pas le problème. Ils se sont sentis très forts, et ont eu l’illusion qu’ils pouvaient changer le cours de l’histoire. Avec une homophobie et lesbophobie qu’ils tentent parfois de déguisér en bon sens, ils ont montré une nouvelle fois jusqu’au niveau parlementaire que l’obscurantisme a encore de beaux jours. On espère donc qu’après la manif de dimanche, la loi sera vite adoptée, et que les obscurantistes laisseront le même souvenir dans l’histoire que les anti-dreyfusards… ( à lire ce texte sur l’aspect absurde de la lutte des anti-)

Rufo et l’Ordre des médecins se sont encore distingués pour leur obscurantisme patriarcal en « persistant et signant », le premier par sa réponse à nos réactions révoltées à ses propos publics et aux 3000 signatures de la pétition lancée contre ces propos, le second pour son invraisemblable mise en garde contre « les signalements abusifs » de maltraitance envers les enfants. Invraisemblable, tant cela apparaît au grand jour comme une injonction aux médecins à se taire, sachant qu’ils sont en position privilégiée pour lutter contre les violences faites aux enfants, et qu’ils font déjà si peu de signalements. Sur le sujet, je vous conseil la lecture de cet article du blog « la correcionnalisation du viol » : Sermon d’hypocrite ou serment d’Hippocrate ?

Enfin, je suivrai et transmettrai les infos de la campagne One Billion Rising, un milliard (de femmes) se lèvent, qui est désormais suivie dans 190 pays.
En France, la campagne a été présentée cette semaine par Eve Ensler aux associations (mercredi à Sciences-po avec Françoise Héritier, ce soir à la mairie de Paris, etc.) et est reprise au plus haut niveau, du Ministère des droits des femmes et de l’Assemblée nationale. Le principe de la campagne : le 14 février, appelé « V-Day », dans tous les pays participants, en même temps, des femmes se réuniront pour danser une chorégraphie offensive contre les violences faites aux femmes. . L’objectif est que les violences contre les femmesdeviennent alors le premier sujet d’attention de l’actualité internationale. Vous pouvez voir des films de la campagne ici. et vous inscrire en tant que participant-e. Plus nous serons nombreuses le 14 février et mieux ce sera, même si le côté très et de plus en plus institutionnel de la campagne, me contrarie un peu. En effet, un mouvement pour qu’enfin les gouvernements, les médias, les institutions, prennent en compte les violences masculines contre les femmes me semble difficilement pouvoir venir du système. Mais il faut bien tenter !

Anti-abolitionniste et abolitionniste, ce n’est pas pareil…

Manif du 25 novembre
Manif du 25 novembre

Globalement, je ne trouve pas que les anti-abolitionnistes soient très forts sur les arguments qu’ils avancent. Ceux-ci sont très bien démontés à des tas d’endroits (ici ou là) par les militantes abolitionnistes de terrain.

En revanche, en particulier depuis qu’ils ont mis à la tête de leur « syndicat » (le STRASS, qui je le rappelle, n’est qu’une petite association non représentative), Morgane Merteuil, celle-ci a obtenu une audience sans pareille. Sa parole est entendue comme si elle était seulement le témoignage d’une personne mise en prostitution. Alors qu’elle n’est que secrétaire générale d’un groupe de pression et que c’est à ce titre qu’elle est invitée, et qu’elle est là pour promouvoir le message de ce groupe.

A ce titre, qu’elle affirme que « la prostitution est un choix par défaut », n’est absolument pas une nouveauté. Cela fait belle lurette que des représentants du STRASS ne disent pas autre chose. En revanche, ils ajoutent : cela ne l’est pas plus qu’autre chose, par exemple vendre sa force de travail à l’usine en faisant des gestes répétitifs.

Ce que certains ne veulent pas comprendre, alors même qu’ils reconnaissent que l’acte commis par ledit « client prostitueur » est un viol, c’est qu’un viol, ce n’est pas la même chose qu’un acte répétitif sur une machine-outil. Ce n’est pas « la location de son corps » : c’est la chosification-mortification d’une personne humaine au service du « plaisir » (provoqué non par une sexualité désirante mais par la construction d’une petite mort, jouissance-anesthésie de la destruction de l’autre) d’hommes déshumanisés (en effet, l’humain étant normalement muni de la capacité d’empathie, il ne devrait pas pouvoir supporter d’imposer un acte sexuel ou une pénétration non désirée, et devrait s’arrêter dès lors qu’il a le moindre doute sur l’envie de la personne d’être pénétrée -doute dont le client ne s’embarrasse pas puisqu’il a payé pour ne pas s’embarrasser). En outre, lorsqu’ils affirment que le « choix par défaut » est un choix de la misère, ils écartent l’autre cause majeure et première de ce non choix : la violence du système patriarcal.

Donc, l’argument selon lequel les anti-abolitionnistes se rapprocheraient de nous en demandant surtout l’abolition du racolage passif et des mesures d’accompagnement pour l’emploi est un leurre. Et apparemment, un leurre qui obtient désormais une certaine audience, même chez les abolitionnistes. Cela part clairement d’un bon sentiment : celui de ne pas s’en prendre à une femme (mais il ne s’agit pas là  seulement de la parole d’une individue, encore une fois, mais de la représentante d’un groupe de pression). Mais c’est un leurre, parce que le STRASS sait très bien qu’il doit passer pour celui qui défend les personnes prostituées pour empêcher l’adoption d’une loi globale d’abolition du système prostitueur.

Il me semble donc nécessaire de rappeler qu’au-delà des mots dits dans une émission télé, ce que fait le STRASS, c’est poursuivre des féministes en justice ou traiter les abolitionnistes (leurs discours) de première cause de mortalité des personnes prostituées, rien que ça !). Et tout faire pour se rapprocher d’un groupe politique (EELV) -(voir conférence de presse du STRASS avec E.Benbassa en décembre) pour qu’il fasse voter une loi d’abolition sur le racolage en urgence, et ainsi faire passer aux oubliettes une loi d’abolition du système prostitueur (lire à ce sujet l’article de Christine Le Doaré : http://christineld75.wordpress.com/2013/01/21/eevl-abolition-du-delit-de-racolage-oui-mais-pas-seulement/)

Pour participer à quasiment toutes les réunions du collectif Abolition 2012, riches en informations, enseignement, pour avoir eu la chance de suivre les deux jours de formation nécessaires pour entrer au Mouvement du nid, pour avoir vu et diffusé de nombreux films qui présentent les témoignages de personnes prostituées à travers le monde (ici et ou encore ou et …oui, oui, il y en a beaucoup), je peux témoigner du fait que les associations de terrain sont en pointe du combat pour l’accompagnement des personnes prostituées. C’est ce qu’elles font au quotidien en en rencontrant plusieurs milliers par an (au Mouvement du Nid ou Amicale du Nid) ou encore en militant pour le soin aux victimes (et en le pratiquant) :  Association mémoire traumatique et victimologie.

A chaque réunion, l’une ou plusieurs d’entre elles insiste sur la nécessité que la future loi soit forte sur ce point.

On y insiste moins sur le délit de racolage, puisqu’il sera abrogé. C’est une évidence et il le sera, fort heureusement, et nous y veillerons. Mais rien ne changera alors, si ces mesures d’accompagnement ne sont pas prises. Et elles ne le seront pas si un principe fondamental de société n’est pas posé : l’interdiction d’achat d’un acte sexuel.

Car pourquoi aider les personnes prostituées à ne pas faire de « choix par défaut » si ce choix n’est pas pire qu’un autre, source de toutes les violences et les traumatismes. Pourquoi aider les personnes prostituées à ne pas faire ce choix si dans le même temps, on trouve tout à fait normal que des hommes paient pour avoir le droit de violer une femme ? Car si c’est normal, il faut bien qu’ils puissent y avoir accès…

Donc, si l’abrogation du délit de racolage est quasi acquise, si les mesures d’accompagnement, nous luttons au quotidien et travaillons d’arrache-pied pour qu’elles soient prises en compte par l’Etat, en particulier en faisant connaître les conséquences des violences et les possibilités de soin et d’accompagnement, en diffusant les témoignages très nombreux des personnes prostituées survivantes qui expliquent la réalité de la prostitution (de la torture et du viol à répétition), il nous faut l’expliquer encore et encore : rien ne changera si l’interdit d’achat d’un acte sexuel n’est pas posé*.

Et sévèrement pénalisé. Parce qu’acheter pour la déshumanisation d’une femme, c’est un crime. Et que lorsque le principe sera posé, il se passera comme en Suède (si la loi est correctement faite, dotée et appliquée, et nous nous battrons pour cela), une évolution des mentalités. Ce ne sera plus alors la personne prostituée qu’on verra comme un problème, mais le client prostitueur qui apparaîtra pour ce qu’il est : un violeur, que nul n’aura envie de soutenir.

Sandrine Goldschmidt

*à ce propos, sur le terrain, aujourd’hui les personnes prostituées nous disent que le délit de racolage n’a jamais été aussi appliqué que depuis que la gauche est au pouvoir. Cela, dépend du choix des préfets dans l’application de la loi.  Et rien n’empêche, en attendant  que la loi globale soit votée pour abolir ce délit et inverser la charge pénale, les préfets ou le ministre de très facilement donner les instructions pour ne pas traquer les personnes prostituées. Qu’ils le fassent !

 

La morte la plus sexy du 21e siècle

DSCF6237Ce serait presque sans commentaire…avec une capture d’écran… Mais je ne veux pas contribuer à la voir « fleurir sur les murs de mes amis »; Alors je vous mets juste la partie texte. Et vous dit qu’au dessus, on voit la n°1, la chanteuse Beyoncé, en tenue de spectacle pour homme, du dessus des genoux au bas du cou. Sans tête, donc morte, sans pieds, donc inerte et immobile.

Capture d’écran 2013-01-19 à 13.20.55

On va m’objecter : ce n’est pas qu’on lui a coupé la tête, mais qu’on la garde pour la page d’après…oui, sauf que le titre est là, la photo est là, le mal(^e) est là…

Et de toutes façons, le principe même du classement bien sûr est non seulement débile, mais sexiste et mortifiant pour les femmes, qui ne sont plus des êtres humaines, mais des objets sexys. Et du coup, j’ai envie de vous livrer cette réflexion…

Les normes sexistes ont toujours existé, le patriarcat aussi, mais ils me semblent qu’elles changent de forme avec les périodes et lieux de l’histoire… Ainsi, depuis  1900, elles se font de plus en plus mutilantes et mortifiantes dans les images. Cet article du Monde qui cette semaine disait qui était « la femme parfaite » en 1912 montre comment les normes étaient alors bien différentes…

Bien sûr, déjà, le thème était débile, sexiste, androcentré…mais la représentation des femmes étaient moins violente (et avec tête sur le dessin qui accompagne l’article). Je ne veux bien sûr pas par là exonérer les précédents patriarcats de toute domination et oppression. Mais je me dis qu’ alors, les normes légales étaient plus pesantes pour les femmes, et qu’aujourd’hui, la loi, même souvent très mal appliquée, est relativement égalitaire. Il a donc bien fallu que le patriarcat renouvelle ses méthodes, en imposant un bombardement systématique de normes en images de femmes mortes ou mutilées, en les poussant à revendiquer elles-mêmes la « liberté » de le faire, pour pouvoir assurer sa pérennité…

S.G

 

Messieurs les potiches

Capture d’écran 2013-01-18 à 12.02.58Ah  ! Ces hommes politiques  !
Ils nous réservent tous les jours des surprises  !
C’est vrai, je m’attendais à une montée du niveau de sexisme verbal visible de leur part avec l’augmentation du nombre de femmes à l’Assemblée et surtout la parité au gouvernement. 20 femmes ministres, c’est 20 fois plus d’occasions d’être sexistes qu’une…
Bon, donc, ces messieurs les députés ne sont pas en reste. Hier, ils ont craint que la parité aux élections locales (élire un homme + une femme systématiquement), ne mette beaucoup de potiches à des postes importants.

Mais ces messieurs n’ont donc pas compris que c’est exactement le contraire  ? Car 50% -ou presque, d’homme en moins, c’est 50% de potiches en moins  !

En effet, qui plus que nos élus hommes pourrait avoir du mal à prouver sa compétence  ? Quand pour une part fort importante, et forcément plus importante que pour les femmes (puisqu’elles, elles doivent en permanence faire leurs preuves quand eux, il leur suffit d’être hommes pour que preuve soit faite), ils sont là, ben…parce qu’ils sont des hommes et que cela paraît acquis comme tel. Ainsi, de la maternelle au collège aux classes préparatoires et aux grandes écoles, une grande partie de ce qui leur vaut leur succès est…rien moins que le fait d’être des hommes  !

Ce sont des potiches, encore pour cette raison  : malgré leur certitude d’être les tenants du savoir, ils ne sont même pas capables de comprendre les principes républicains. Ou plutôt, ils se sont arrêtés au premier mot de la devise de la République  : Liberté  ! De l’égalité, ils n’ont rien compris (voir ceux qui contestent le mariage pour toutes et tous). De la fraternité, je ne dirais pas qu’ils n’ont rien compris. Ils ne sont frères mais qu’entre eux. Les femmes, ben, c’est évident, elles n’y sont pas. La majorité des hommes, ceux qui ne sont pas de leur classe, non plus.
Alors, messieurs, c’est clair, c’est VOUS LES POTICHES, et la parité aura au moins eu cet avantage, de faire diminuer le nombre de potiches au pouvoir. Dommage qu’elle n’ait la possibilité de réduire ce nombre que jusqu’à 50%…
;)

Sandrine GOLDSCHMIDT

Qu’un milliard de femmes se lèvent (et que les réacs aillent se coucher)

v-dayJe n’ai pas Internet chez moi pendant quelques jours, du coup, je vais être plutôt absente d’ici…sauf quand je trouve un café internet…

du coup, j’en profite, en vrac, pour quelques réflexions : je ne voulais pas trop parler de tous les hommes et femmes qui ont envahi Paris hier avec un combat d’arrière-garde, qui place la France au rang des pays en retard d’un wagon…car pendant qu’on s’intéresse à eux et à une institution pour laquelle nous n’avons guère envie de nous battre, le monde -et en particulier les femmes et les femmes en  Inde- se lève contre la guerre faite aux femmes. Et en France, nous avons bien du mal à mobiliser pour une marche silencieuse, justement à cause de l’attention portée sur les rétrogrades cités plus haut.

Malgré cela, se retrouver dans le RER à côté d’eux qui brandissent leurs pancartes homophobles et lesbophobes, c’est douloureux. Douloureux parce que le rejet est toujours violent, et aussi parce que toute cette bien pensance ne va jamais défiler pour protester contre la pédocriminalité dans l’Eglise, pour la protection de l’enfance, contre les violences dont les femmes sont victimes au sein de l’institution patriarcale du mariage…

Bon, mais tout cela a déjà été dit, et je n’apporte rien de nouveau…juste quelques photos de samedi, qui replace les vrais enjeux de notre monde, et un lien vers l’initiative d’Eve Ensler, « One Billion Rising », pour que la 14 février prochain, « V-day », un milliard de femmes dansent contre les violences masculines faites aux femmes. N’hésitez pas à rejoindre l’action, on en reparlera…

N’oubliez pas, demain 17h, Place de la République à Paris, une marche silencieuse pour Nirbhaya et toutes les femmes victimes de viols, de tortures, de violences et d’assassinats dans le monde. La marche se déroulera jusque Bastille, une minute de silence sera observée, et il faut venir avec une bougie. Par ailleurs, vous pouvez voir ici : http://teledebout.org/index.php?page=nirbhaya une vidéo du rassemblement ci-dessous.

A dire d'elles

Voici quelques photos de la minute de silence (à l’appel du groupe LOCs-Lesbiennes of Colors) effectuée ce soir en bord de Seine pour Nirbhaya, jeune indienne de 23 ans morte après avoir été victime d’un viol collectif en Inde. Soutien à toutes les femmes et féministes indiennes qui se battent, pour que la loi les protège, que les plaintes soient enregistrées. Soutien aussi à toutes les femmes du monde qui subissent encore et toujours ces mêmes crimes des hommes.Pas de justice, pas de paix !

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