2013, année féministe, abolitionniste, et révolutionnaire : et pourquoi pas ?

Je suis optimiste, oui. Car comment pourrait-on trouver la force de la lutte si on n’y croyait pas ? Et sans espoir ?

Je crois donc que la révolution approche. « Le grand soir », peut-être pas, je pense qu’il serait trop meurtrier pour les femmes. Mais une révolution qui fait qu’autant de fois il y aura d’occasions de hurler ou de se révolter, il y aura des femmes pour faire entendre leurs voix, et pour se révolter. En tout cas, j’en ai l’espoir.

Je n’ai pas beaucoup parlé de la situation en Inde, qui fait la une de l’actualité depuis le viol et assassinat de Nirbhaya, à Delhi en Inde. Le coeur du problème, c’est l’indulgence coupable de la société, donc des hommes et de beaucoup de femmes, envers ces crimes, pas tel ou tel contexte -même si celui-ci peut dans certains cas rendre les crises plus aigües. Comme nous l’avons fait à l’appel des Lesbiennes of Color le 30 décembre, et comme je vous invite à le faire si vous êtes en région parisienne samedi prochain 12 janvier à 17h lors d’une marche silencieuse à l’appel de la jeunesse indienne et sri-lankaise en France :

« Les participantEs se réunissent Place de la République à 17h00. Puis de là, nous marcherons jusqu’à Place de la Bastille où nous observerons une minute de silence en l’honneur de l’étudiante qui nous a quitté et de toutes les autres victimes de crimes sexuels. Et n’oubliez pas de ramener une bougie. Nous les allumerons également. L’évènement durera 1 heure approximativement ».

Mais donc, malgré ces nouvelles insoutenables, et la triste certitude qu’il y en aura d’autres, et tous les jours, je continuerai à faire l’optimiste : parce que je ne crois pas que la situation soit pire aujourd’hui qu’il y a 10, 20 ou 100 ans. Je crois qu’elle nous est plus insupportable. Et c’est bien.

ruedelaréforme
Clin d’oeil : même en balade, en terres protestantes, c’est à l’abolition que je pense
impassedelarévolution
Mais je crois que la révolution est en marche, celle des esprits, et des coeurs combattantes 😉

Voici ce que j’en disais hors-ligne il y a quelques jours :

Alors que commence l’année, les nouvelles sont dures, très dures. Viols, prostitution, pornographie, l’horizon semble bien sombre, en Inde, ici, au Rwanda…Et pourtant, je vais encore vous faire le coup de l’optimiste. Parce que je crois qu’on ne peut pas lutter sans espoir. Bien sûr, ce monde est atrocement patriarcal, fondé donc sur la domination masculine, qui fait que les hommes ont le pouvoir quasi de vie et de mort sur les femmes, et ont le pouvoir de nommer, donc de faire effacer les violences qu’ils font subir.

Mais ça, ce n’est ni nouveau de 2013, ni de fin 2012. L’insupportable massivité du viol comme arme de contrôle… Mais il semblerait qu’en 2013, cela soit un peu plus insupportable. En particulier en Inde, où des femmes -nombreuses, se révoltent. Et qu’une partie de la société suit (en se trompant maheureusement parfois sur le constat). C’est pareil dans de nombreux pays à travers le monde, où le constat des violences est le même. On rame, à faire entendre que ce ne sont pas des « faits divers », ou des « agressions sexuelles » mais des viols et des tortures, mais on le dit, et on le dit plus fort qu’avant.

Grâce à Internet, grâce à la possibilité pour les femmes de s’emparer de moyens moins contrôlés ou contrôlables par les hommes, notre voix porte un tout petit peu plus. Et de plus en plus.

Je prends un autre exemple : l’abolition de la prostitution. Les médias n’ont toujours pas plus de propension à en parler honnêtement qu’avant, de nos arguments abolitionnistes. On l’a vu avec l’émission de Taddeï qui sert son plateau à un proxénète pendant 22′ (et qui sera au conseil de l’égalité femmes hommes). Et pourtant, aujourd’hui, ce genre de scandale passe moins inaperçu. Il y a toujours une réponse, et il y a un début de questionnement qui se fait jour.

gendercide
Lecture-traduction : pour les femmes, le principal motif d’homicide conjugal est la légitime défense. Les peines moyennes : 15-20 ans de prison
Pour les hommes, le principal motif « la jalousie ». Peines moyennes : 2 à 6 ans.

Encore un exemple, et je fais un petit retour sur les chiffres. Notre campagne « Pas de justice, pas de paix« , a mis l’accent sur le fait que 9 femmes sur 10 ne portent pas plainte pour les crimes de viol qu’elles ont subi, parce que la société et la justice ne les soutiennent pas. Parce que la société ne veut pas entendre. C’est vrai, et le mettre en avant a une conséquence : si on rend visible la massivité des violences sexuelles subies par les femmes, les enfants, et parmi eux et elles par les personnes prostituées, si on rend visible l’impunité des criminels dès lors qu’ils sont des hommes (voir graphique), si on rend évidente la complicité des institutions, alors on va avoir d’un coup le sentiment que ces violences sont de plus en plus nombreuses, et cela va être insupportable.

MAIS encore une fois, c’est bien là ce qu’il faut : que cela soit tellement insupportable à la société qu’elle ne ferme plus les yeux, mais qu’elle prenne les mesures nécessaires. Ou plutôt que nous, femmes, nous en tirions les conséquences. Crier « c’est insupportable » oui, mais aussi portons l’espoir de tangible, reconnaissons-nous comme là, bien là, et prêtes à nous faire entendre, encourageons-nous à nous révolter ensemble, parce que c’est insupportable, mais aussi parce que nous portons, en tant que féministes, l’ESPOIR. L’espoir d’un autre monde, juste, abolitionniste de toutes les violences faites aux femmes et aux enfants, où l’on condamne les criminels plutôt que les victimes.  L’espoir qu’on puisse enfin prendre soin des victimes de violences, et considérer la santé et la vie des femmes, comme vraiment prioritaire. Humaine, quoi. Cet espoir, nous le porterons, hautes, et fortes, tous les jours…et tant qu’il le faudra

Sandrine GOLDSCHMIDT

5 thoughts on “2013, année féministe, abolitionniste, et révolutionnaire : et pourquoi pas ?”

  1. Je suis un homme « féministe ».
    Et je déplore et condamne évidemment les violences faites aux femmes. Mais…
    Je ne partage pas complètement vos commentaires sur la prostitution.

    Pour des raisons personnelles, je connais très bien le milieu prostitutionnel. Je suis donc profondément agacé de lire et d’entendre tout et n’importe quoi sur le sujet.

    On parle d’abolir la prostitution.
    Mais quelle prostitution ? Il n’y a pas une mais des prostitutions.
    Et, curieusement, dans le débat actuel, je constate qu’on se focalise sur la prostitution féminine, la prostitution masculine n’étant jamais prise en compte.
    Doit-on alors considérer l’abolition de la prostitution comme étant celle de la prostitution féminine ?

    C’est certainement la raison pour laquelle les abolitionnistes, manifestement prohibitionnistes, développent une rhétorique ignorant purement et simplement tout ce qui ne rentre pas dans leur schéma idéologique d’une prostitution comme une violence faite aux femmes (hommes se prostituant, femmes clientes, etc.).

    Je suis farouchement  contre le trafic des femmes, les réseaux mafieux et le proxénétisme.     
    Par contre, si une femme ou un homme veut se prostituer, je ne vois pas au nom de quelle règle institutionnelle on pourrait lui interdire. C’est une forme de liberté individuelle de la personne.

    Beaucoup de gens, de médias, de spécialistes de la question et du milieu politique parlent de la prostitution sans vraiment la connaître.
    J’ai lu le rapport de Madame Bousquet et de Monsieur Geoffroy relatif à la résolution sur l’abolition de la prostitution.
    Je suis en profond désaccord sur certains chapitres.

    En premier lieu, dans le domaine de la prostitution, il est impossible de mettre des chiffres fiables.
    Les statistiques provenant du Ministère de l’Intérieur concernent uniquement la prostitution de rue (et encore la plus voyante).

    En deuxième lieu, la prostitution masculine ne correspond pas à la réalité. Beaucoup d’inexactitudes et de mensonges l’entourent.
    Elle existe sous deux formes principales :
        – L’une homosexuelle (travestis, transgenres, homosexuels,…).
    Elle s’adresse à une clientèle masculine.
        – L’autre hétérosexuelle (gigolos, escorts-boys,…).
    Elle s’adresse à une clientèle féminine.

    Cette dernière (j’ai pratiqué cette activité) est particulièrement gênante pour les associations abolitionnistes et certains mouvements féministes.
    En effet, des femmes clientes d’hommes prostitués, cela enlève pas mal de leurs arguments.
    L’idée malhonnête consiste donc à faire croire que les clients de la prostitution sont exclusivement des hommes.

    De même, des chiffres farfelus (repris par les uns et les autres) sur le pourcentage des clients reviennent dans divers commentaires.

    Ainsi, 99 % ou 99,4 % des clients seraient de sexe masculin.
    Ces chiffres « bidons » inventés (je peux le prouver) par une association d’obédience catholique  sont honteusement exploités par les abolitionnistes et moralistes de toutes tendances.

    Mais d’où viennent ces chiffres ?
    Dans une vieille enquête d’un Institut sur la sexualité des français, une question concernait le recours à la prostitution. 0,6 % des femmes ont reconnu être cliente.
    Le Mouvement du Nid a trouvé judicieux de faire le calcul suivant :
    – (100 – 0,6) = 99,4 % d’hommes clients.
    Mais du côté des hommes, 12,5 % ont répondu être client.
    Il y a là manifestement une manipulation. Si j’utilise le même mode de calcul, je peux aussi affirmer que 87,5 % (100 – 12,5) des clients sont des femmes.

    Et même dans cette enquête, le pourcentage des femmes clientes est faussé. Dans un échantillon, la clientèle féminine, sociologiquement différente de celle des hommes (cela commence à changer), est moins représentative. Pour ma part, la clientèle féminine d’aujourd »hui se situe  entre 15 et 20 %. Elle n’est pas du tout anecdotique comme certain(e)s le font croire. Elle va même s »accroître au fil du temps.
    Mais cette prostitution d’hommes pour les femmes ne serait-elle pas aussi une réalité encore taboue ?

    D’autre part, si les associations d’endraide aux prostitué(e)s enquêtent, comme je le pense parce que c’est plus facile, sur la prostitution masculine en se limitant aux seuls lieux fréquentés par les prostitués homosexuels, les clients seront (à quelques exceptions près) des hommes, c’est évident.
    Mais croyez-vous sincèrement que les hommes se prostituent uniquement en direction d’autres hommes ? Cela serait une hérésie de le penser.

    En fait, la (presque) non visibilité de la prostitution masculine destinée aux femmes fausse les données. Il vous faut savoir qu’elle est en grande partie souterraine (bars et brasseries plus ou moins huppés, salons de thé, dancings, petites annonces, internet,…) d’où sa discrétion. Il existe également une prostitution de rue moins importante et plus anonyme.

    Par ailleurs, si les pouvoirs publics faisaient face à cette invasion de prostituées étrangères, les prostitutions franco-françaises féminine et masculine seraient sensiblement égales.
    Eradiquer la prostitution des femmes étrangères ? Il n’y a malheureusement pas 36 solutions. Il faut interdire l’exercice de la prostitution à ces femmes résidantes en France depuis moins de 5, 8 ou 10 ans.
    Elles sont entrées en France, elles doivent bien pouvoir en ressortir.

    Quant à la pénalisation des client(e)s de la prostitution, dans la mesure où celle-ci n’est pas illégale, je suis logiquement contre, l’un ne peut aller sans l’autre.

    Par ce petit exposé, j’ai voulu rétablir certaines réalités et montrer du doigt ceux qui, pour des raisons politiques, morales ou autres, trompent l’opinion en diffusant des informations erronées, mais surtout en disant des contrevérités.

    Maxime

    1. Vous critiquez les chiffres « d’une association d’obédience catholique ». Si vous faites allusion au Nid, vous savez très bien ue c’est faux. Il n’y a rien dans ses statuts qui le soit. Qu’elle l’eût été autrefois ne change rien à cette réalité. Mais dire n’importe quoi sur elle facilite d’éviter de signaler que depuis 70 ans elle rencontre des milliers de personnes prostituées à travers le pays.
      -Vous critiquez les chiffres, mais dites: moi je dis que c’est 15 20% (de femmes clientes), sans aucune source.
      Vous, donc, vous savez, mieux que toutes les études indépendantes ? Comme cette femme prostituée à Bruxelles qui, dans le film de Carré, affirme que la prostitution « choisie » représente 50% de la prostitution. Quand je lui ai demandé ses sources, très courtoisement et dans un esprit journalistique, elle a dit c’est ce que je vois autour de moi. Et de m’engueuler d’oser poser la question des sources…
      Bref, je ne crois pas que c’est ici que vous convaincrez qui que ce soit…

      1. Je maintiens mes propos de mon précédent message.
        Mais, contrairement à ce vous pensez, j’ai de l’estime et du respect pour l’association le Mouvement du Nid.
        Par contre, elle a tendance pour conforter ses arguments (je le déplore) à inventer ou truquer des chiffres. Ainsi, dans son spot « Abolition 2012 », il est fait mention que 99,6 % des clients  sont des hommes. Et pourquoi pas 99,99 % ?
        Or, dans le domaine prostitutionnel, il n’existe pas de chiffres fiables. Et comment cela serait-il possible ? Les conditions d’exercice de la prostitution sont multiples, certaines peu visibles, notamment celles de la prostitution masculine pour femmes. J’ai dis que la clientèle féminine d’aujourd’hui se situait entre 15 et 20 %. En fait, c’est un pied de nez à tous ceux qui lancent des chiffres farfelus en la matière.. Pour autant, par expérience, je suis sans aucun doute proche de la réalité.

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