Décoloniser nos images de nous-mêmes

Ah! la représentation des femmes en images ! Nous voilà dans une belle contradiction. Féministes, nous voulons, évidemment, que les femmes se disent, prennent la parole, s’emparent des outils créatifs et d’expression. Nous voulons, bien sûr, que les femmes se représentent, essaient de se montrer telles qu’elles se ressentent, et plus telles qu’on les a représentées pendant des siècles. Nous voulons, bien sûr, qu’elles s’emparent de la caméra, seul moyen pour que peu à peu, des images de femmes existent à l’écran autres que faire-valoir, mères ou objets sexuels.

Le problème, dont je parle souvent ici, c’est que nous ne savons pas faire. Non pas que nous ne serions pas capable d’écrire, produire des chefs d’oeuvre. Les femmes en font tous les jours. Mais ce que nous avons tant de mal à réussir, c’est nous représenter en image décolonisées du regard des hommes dans le patriarcat.

La semaine passée, deux exemples flagrants me sont apparus. Le premier, concerne une femme qui prend les outils de la création, une plasticienne sculptrice. Certes, elle rejette le féminisme politique, « celui qui aurait créé la guerre des sexes ». Et son objectif, n’est rien moins qu’essentialiste et même antiféministe, puisqu’elle revendique que montrer les femmes, c’est les montrer sans visage comme le fait le patriarcat. Mais elle dit qu’il s’agit de défendre la liberté des femmes : « Je souhaite, au travers de mes créations, défendre la liberté d’expression des femmes et de l’image collective qu’elles véhiculent : la séduction, la maternité, la muse, l’affection protectrice sans visage. »

Et l’article de parler de son oeuvre comme de bouts de vie. Mais où y a-t-il de la vie quand on montre des mortes ? (femmes sans tête). Comme l’analyse très bien Laëtitia C., amie féministe : « Des bouts de vie ? » … Je ne la vois pas notre libération, (dans ces oeuvres NDLB). N’étant pas dé »colonisée » cette artiste nous montre et met en scène la violence des hommes faîte sur noues. Je ne vois que notre mort, notre déshumanisation avec ces dîtes  » oeuvres » qui nous démembrent une fois de plus ( de trop … ) . Elles recréent le système oppresseur qui n’est que haine des hommes pour les femmes. Ce n’est en rien noues libérer et ne mettra jamais à bas le patriarcat = ce n’est pas la liberté des femmes mais la violence sans « mot » faites aux femmes par les hommes qui est encore repésentée ».

Encore une fois, la liberté est utilisée ici contre les femmes, dans un jusqu’au boutisme qui oublierait qu’être libre, c’est dans la limite de la liberté de l’autre, mais aussi du consentement à sa propre destruction, qui n’est pas possible.

***

Autre image, plus étonnante celle-là, puisqu’elle apparaît dans un festival de films de femmes, lieu incontournable de la création des femmes depuis 35 ans, féministe, et indispensable au féminisme français : le festival international de films de femmes de Créteil.

Depuis 35 ans, le festival est une bouffée d’air pour les femmes, un espace unique et essentiel pour montrer la création, le bouillonnement d’idées, être un lieu de débats, faire découvrir des réalisatrices de fictions, de documentaires (d’ailleurs Invisible dont je parlais ici était d’abord passé à Créteil)… et pourtant, les affiches du festival ont rarement réussi à s’éloigner de notre image colonisée.  Ainsi, la dernière affiche, « remue-ménage en images », qui illustre un bon titre de festival pour les 35 ans, nous montre une femme  caméra-woman plus proche de la domestique, évoque la femme de ménage immigrée qu’on exploite, le dos courbé et le corps contraint et en plus en talons aiguilles…

J’imagine qu’il s’agit là d’interpeller par l’humour ou la provocation, mais malheureusement, nous montre combien il est encore difficile de dénoncer l’oppression sans la reproduire…

S.G

 

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5 réflexions sur « Décoloniser nos images de nous-mêmes »

  1. Vaste sujet que le décolonisation de soi-même quand soi-même n’est plus soi-même mais un envahissement plus ou moins étendu de colonisateurs présents depuis si longtemps en nous et à notre insu.
    C’est une vigilance de tous les instants, une écoute approfondie de soi-même et un travail profond à mener non plus seule mais au moins à deux, en toute honnêteté de soi-même et dans l’échange égalitaire, sans tentative de domination quelle qu’elle soit.
    C’est une grande responsabilité personnelle.
    C’est un projet de soi-même, de groupes et de société peut-être.
    Se sauver soi-même et entraîner les autres dans son sillage c’est déjà bien. J’aime beaucoup.
    Tout est en vrac aujourd’hui.
    Merci pour ce sujet bien intéressant, bah, tout est intéressant ici alors merci pour tout.

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