Le féminisme a-t-il une limite d’âge ?

lepoint2108-les-vrais-jeunes1Avez-vous vu la couverture du Point la semaine dernière, sur « les vrais jeunes » ?
Une « une » louée jusqu’à la ministre des personnes âgées et de l’autonomie, Michèle Delaunay sur twitter, elle qui mène -avec raison- une croisade pour qu’on renverse le regard sur l’âge, allant jusqu’à parler d’organiser une « age pride » ?
Eh bien si le magazine s’intéresse en effet aux âgés (dans un dossier qui n’a rien d’une enquête), il ne s’intéresse guère aux âgées…

En effet, une galerie de portraits est consacrée à ces vieux qui ont de l’énergie et qui nous épatent. Et alors qu’il y a deux fois plus de femmes de 80 ans et plus que d’hommes de 80 ans et plus (2 millions contre 1 million), il y a dans ces portraits à peine 3 femmes pour…une vingtaine d’hommes ! Alors d’accord, Jean d’Ormesson est sûrement absolument « formidable » pour son âge, mais pourquoi n’a-t-on pas une Emmanuelle Riva qui vient d’être récompensée par un BAFTA, et est nominée aux Oscars, une Thérèse Clerc qui déborde de vie et réinvente l’habitat des âgées, une Benoîte Groult (92 ans) qui porte haut encore la voix du féminisme, Jeanne Moreau, qui tourne encore, Agnès Varda, qui en fait dix fois plus que l’ado moyen, Julliette Gréco, Michelle Perrot, grande historienne, etc.

Ainsi, il y a nettement plus de vieilles que de vieux, et c’est de plus en plus vrai avec l’âge (90% des centenaires sont des femmes), et on continue à ne voir que des hommes. Et de fait, lors de la réunion du Conseil consultatif pour la bientraitance des personnes âgées et handicapées, étaient réuni-e-s une cinquantaine de représentantes et représentants d’associations. Mais aucune représentante d’association féministe ou ayant un prisme de genre, aucun propos qui en tienne compte. La bientraitance étant le revers de la maltraitance, peut-on imaginer que subitement, une fois passée la limite d’âge, la maltraitance spécifique faite aux femmes disparaisse ? Ne serait-il pas judicieux, d’étudier comment, dans les maisons de retraite (ehpad) et dans l’aide à domicile, on s’occupe des unes et des uns ? Comme en son temps on le fit pour le traitement des bébés dans les maternités ou les crèches, où l’on se rendit compte que l’on ne traitait pas du tout les bébés filles avec la même attention que les bébés garçons, jusque pour l’allaitement ?
(du côté des petites filles, Belotti).

Il serait bon que le gouvernement, qui fait des efforts de communication autour de l’égalité, et de transversalité de ses politiques, ne mette pas une « date limite d’âge » à sa louable préoccupation…

S.G

 

 

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9 réflexions sur « Le féminisme a-t-il une limite d’âge ? »

  1. Le féminisme n’a pas d’âge et la présence au sein de nos associations de militantes encore actives qui ont depuis les 30-40 dernières années combattu et lutté sans relâche est un privilège. Elles ont tenu bon malgré l’usure morale et les difficultés, ce qui est tout à leur honneur.
    Elles sont une ressource fondamentale pour toutes les nouvelles générations de militantes et de militants de par leur expérience et leur connaissance des milieux politiques, associatifs et militants.

    Bref, qu’on ne vienne pas de faciliter le transit avec les « vieilles féministes has-been », je doute de rester aimable et choupinet.

      1. C’était plus pour rebondir sur le titre et sur le fait qu’effectivement, on ne parle pas des « âgées » qui sont justement essentielles à tous les niveaux de la vie publique et qui de fait, devraient être aussi largement mise en avant.
        Je n’ai rien contre les messieurs qui font ou on fait avancer des tas de schmilblicks, il y a juste qu’ils n’ont jamais eu l’exclusivité de l’exercice et il serait bon qu’on le rappelle pus souvent.

      2. les femmes de tous âges qui font des choses dans tous les domaines sont insuffisamment représentées dans tous les médias, oui.

      3. Ah très clairement !
        Je trouve également que dès que la notion d’âge s’y rajoute, c’est amplifié. Comme si un « vieux » valait toujours mieux qu’une « vieille ».
        Dans tous les cas cette question d’occupation de l’espace public par les femmes est vraiment essentielle, surtout vu les stratégies du système patriarcal pour les en priver.

        A titre personnel, je serai aussi soulagé que pas mal de mes congénères apprennent la valeur de l’écoute, du silence et de l’acceptation de la parole de l’autre…

  2. Ah malheur!!! Venant d’une société divisée en classes sociales, il est malheureux de constater que la société française, bien plus égalitaire, est profondément divisée en classes d’âge. Bonjour les ghettos.

  3. PS: Bien sûr qu’il y a des vieux/vieilles formidables partout, ils sont un bon paquet. L’enjeu est moins de les « montrer » que de les mélanger.

  4. Mais on s’en fout des vieilles. Les « problèmes » des violences et du financement des maisons de retraite ne se posent que parce qu’il y a de plus en plus de vieux. On s’en fout des vieilles. Il y a 10 fois plus de services pour traiter les cancers de la prostate que les cancers du sein à Paris. On s’en fout des vieilles de 50 ans qui doivent encore élever leurs enfants qui ont des cancers MORTELS. Les vieux de 75 ans qui ont des cancers de la prostate NON mortels sont plus IMPORTANTS.

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