Grandir : un spectacle à soutenir

Dès 2010, je vous parlais ici de La nébuleuse du crabe, compagnie dont fait partie Rebecca Bonnet, une amie artiste, comédienne et féministe, qui inteprétait « récits de femmes et autres histoires », avant ensuite d’interpréter le « monologue de Médée » sur la scène de Femmes en résistance (l’extrait est à la salle Olympe de Gouges) :

Aujourd’hui, Rebecca Bonnet écrit un spectacle, intitulé « grandir ». C’est sa première écriture, sa première création, qu’elle interprétera très bientôt. Pour aider à boucler le budget, elle lance un appel à soutien ici. 

En donnant, ne serait-ce que 10 ou 20 euros, ou plus (que vous pouvez défiscaliser), vous lui apporterez un grand soutien. Il reste 45 jours pour réunir en tout 2700 euros (tout sur l’utilisation de l’argent donné est expliqué sur le site).

Sa pièce, « GRANDIR », est pour tout public à partir de 7 ans :

Jeanne a sept ans. Enfin huit puisqu’aujourd’hui c’est son anniversaire. Petite fille insouciante sa vie coule en douceur. Un jour, au détour d’un écran allumé sur le monde, elle va en découvrir la part sombre, celle faite de guerres et de violence.

Et quand l’enfance rencontre la peur, la première s’en sort comme elle peut. Jeanne va chercher à se protéger de ce qu’elle découvre et ne comprend pas.

Être grande ? Un danger à éviter à tout prix. Alors elle va prendre la plus importante décision de sa courte vie de 2 520 jours : arrêter de grandir.

Mais les saisons défilent, et les inconvénients de cette décision radicale ne tardent pas se faire à sentir, l

e fossé se creuse et la solitude après avoir été supportable devient étouffante.

Alors ? Se risquer au monde. Grandir de nouveau. Accepter le mouvement de la vie. Que si les arcs en ciel sont si beaux c’est parce qu’ils sont faits de soleil, oui, mais aussi de pluie. Et que sans cette dernière leur beauté nous est invisible.

Rebecca explique la genèse de la pièce ici :

« J’ai commencé a écrire cette histoire, il y a deux ans. En Tunisie commençait la révolu- tion du Jasmin suivie de toutes les révoltes du monde arabe. elle m’a été inspirée par un conte de Paul Eluard. j’ai donc décidé de mêler sa poésie à l’histoire ».

Des représentations sont d’ores et déjà prévues, et j’ai hâte d’y être, pour vous reparler plus longuement de la pièce elle-même !

Les 10 et 13 mai 2013 à Poitiers

Les 6 ,7, 8, 11 et 12 juin 2013 à Viry-Châtillon

Pour celles et ceux qui pourront participer à la collecte, toutes les explications sur l’utilisation de l’argent sont données sur le site cité ci-dessus.

 

Lutte contre le système prostitueur : il faut pénaliser le client !

Place de l'AbolitionLe 13 avril, et ces derniers mois, nous l’avons répété : la politique néo-abolitionniste est une politique globale de lutte contre le système prostitueur. Son premier objectif est d’imposer une nouvelle norme sociale concernant la prostitution, qui découle de ce que le logo du collectif Abolition 2012 exprime : prostitution = violence.
Cela, si l’on veut bien regarder la réalité en face, est une évidence. Tout le monde s’y accorde. C’est une violence pendant et après la prostitution (voir à cet égard la déclaration d’abolition ci-dessous) et qui prend sa source dans les violences patriarcales. C’est une violence sans nom, dont sont victimes des millions de femmes, des enfants et quelques hommes à travers le monde. Alors, si c’est une violence, que devons-nous faire pour l’enrayer ?

Il faut instaurer une nouvelle norme sociale, qui dise ces 2 choses :

-1- Les personnes prostituées étant les victimes de cette violence, elles doivent être traitées et considérées comme telles : cela veut dire qu’il faut les aider, les accompagner vers la sortie de la prostitution, leur proposer des soins, et des alternatives, et cesser de les abandonner ! Il faut donc y mettre tous les moyens possibles.

-2-Les coupables de cette violence doivent être pénalisés, comme tous auteurs de violence. Car de qui les personnes prostituées sont-elles victimes ? Des proxénètes, de l’Etat (qui en tire des revenus fiscaux) et doit donc cesser de tirer profit de la prostitution d’autrui.

Et surtout , elles sont victimes des hommes-prostitueurs qui achètent l’impunité d’un viol.
Si des hommes ne considéraient pas des femmes comme violables et achetables, la prostitution n’existerait pas. Si les hommes n’étaient pas éduqués à considérer qu’ils ont le droit -que ce soit par la norme sociale, la force ou l’argent ou la manipulation- de prendre possession d’autres êtres humains pour leur satisfaction-jouissance personnelle, qu’ils ont le droit ou qu’il est toléré de contribuer à la destruction d’autres êtres humains en échange d’un billet, parce qu’il y aurait des êtres humains destinés à cela, il n’y aurait pas de prostitution.

Aujourd’hui, face aux résistances de la société, qui ose à peine nommer le client comme responsable de cette violence, il n’ y a donc qu’une seule solution : pénaliser le client-prostitueur.

Ce n’est pas faire preuve d’ordre moral. Ce n’est pas une atteinte à la liberté de qui que ce soit. Je le dis pour ceux qui vont hurler si l’on ose proposer une peine de prison pour ce crime : se sont-ils tant affolés quand la loi a prévu 6 mois de pénalisation pour les victimes du système lors de la loi sur le racolage, alors que celle-ci pénalisait LES VICTIMES ?

Quelle peine faut-il mettre en place ? Si la prostitution est un viol, doit on alors rendre le client passible de peines de l’ordre du crime ? Sans doute, ce serait la logique d’une justice qui veuille mettre fin à la domination et à la violence, à la tolérance envers ce plus grand scandale de l’humanité. On ne peut imaginer en effet de commencer par un simple délit qui serait moins pénalisé que le simple vol de biens, encore moins par une simple amende : on verbalise pour les infractions au stationnement de véhicules, pas pour la destruction active et volontaire d’autrui.

Puisque la prostitution est une violence, une atteinte aux droits humains il faut d’urgence établir la norme sociale de l’interdiction d’achat d’un acte sexuel, et ensuite définir le viol prostitutionnel pour ce qu’il est.

Et il faudra que la loi frappe fort : parce que quand on sait déjà qu’en matière de violences sexuelles commises par les hommes contre les femmes, les peines sont très inférieures à ce que dit la loi, les viols sont correctionnalisés une fois sur deux, que les peines prononcées pour ces crimes sont souvent très faibles ce n’est pas en instaurant une infraction qu’on transformera une société prostitueuse en société de droits humains.

Sandrine GOLDSCHMIDT

A DIRE D’ELLES, c’était en 2010 (mars-juillet)

J’avais commencé en début d’année un sommaire des articles publiés ici, histoire de s’y retrouver.
Je le reprends dans l’ordre chronologique. C’était l’année des 40 ans du mouvement de libération des femmes des années 1970 et des miens…j’allais plus souvent au cinéma et au théatre…ou je vous en parlais plus !

2010, c’était 40 ans de MLF, mais d’abord 100 ans de 8 mars. Il y avait des manifs, pas mal (8 mars, Marche mondiale, retraites)

La suite bientôt

40 ANS, MANIFS ET REFLEXIONS SUR LES LUTTES

100 ans de 8 mars

Le féminisme a 40 ans : nouvel an zéro ?

Monde à l’envers, non à l’en-rêve

Que faire ?

Une ritournelle qui nous laisse sans voix

1er mai

En avant debout à la Marche mondiale des femmes

MM : debout contre les médias non mixtes !

Aux armes, citoyennes

Retraites des femmes : l’heure est à la mobilisation

Que faire ? suite

Femmes en résistance

Belle manif sous le soleil et avec les femmes aussi

DANS LES JOURNAUX

100 peur et sans retouches

Et la femme de Néandertal ?

LES FILMS :

Pierre, Paul Jacques ou la reine des pommes

Precious : KO mais debout

Cendrillon version politique

Coca-Cola ouvre le « festival des droits de l’homme »

8 fois debout plus jamais à terre

Les invités de mon père: un régal de finesse

Femmes du Caire au bord de la crise de nerf

Etats d’âmes

A lire sur les nouvelles news : un transport en commun

Dirty Diaries : le sexe du côté des femmes ?

Caroline Fourest reçue par Osez le féminisme : Féminisme et intelligence

THEATRE

Couple ouvert à 2 battants,

Récits de femmes : extraits

Récits de femmes : orgasme adulte échappé du zoo

Monologues voilés pour vagins dévoilés

Terreur Olympe de Gouges : si rien n’avait changé

Temps durs pour les assos : la disparition d’Elele :

Elele ferme : appel à la mobilisation

Elele : mise en bière

Scandales pédocriminels dans l’Eglise :

Le Christ a bon dos : petit blasphème pascal

Petit blasphème pascal : suite

LIVRES

Les livres à découvrir en mars 2010

Mon oeil, conscience d’un monde en devenir

Talents hauts enfin des livres jeunesse non sexistes

UNE FILLE COMME MOI

Féministes pourquoi faire à la Flèche d’or

Féministe pour quoi faire à la découverte du projet FIT/FER

SCANDALES

Pauvres bleus

Jouir sans entrave, mais sans désir ?

Affaire Polanski :

Et si Polanski n’était pas extradé ?

Affaire Polanski suite

Cartons rouges

HABILLEMENT

The Girl’s Own Book : ou comment l’habit fait le genre

Du port du vêtement en général et du vêtement en particulier

CHANTEUSES ET ARTISTES

Gals rock un lieu dédié à la culture rock féminine

Cae au 9 Jazz Club

Cae : Daughter of the Dust

Grey Oceans : sobre et déchirant ?

Hanna M : la vie mise à nu

Ode à l’araignée : hommage à Louise Bourgeois

VIOLENCES

Rien, jamais, ne justifie le viol !

Un bon père ?

Coup de poing au sexisme dans le métro parisien

Etre femme expose, être femme et jeune surexpose

Pour l’imprescriptibilité des crimes sexuels contre les mineurs

AUTRES

Fières de la marche des fiertés

Genre endogène inversé et puis quoi encore ?

Genre endogène inversé, suite

A propos de la richesse et du bien-être

Juste pour le plaisir : la récolte des vagins contre OrelSan

Système prostitueur : après l’abolition citoyenne, l’abolition législative !

Abolition du système prostitueur

Samedi dernier à la Machine du moulin rouge à Paris, 500 abolitionnistes se sont réuni-e-s pour l’abolition citoyenne du système prostitueur aux côtés des 54 associations organisatrices du collectif Abolition 2012, dont le Planning Familial de Paris, qui venait juste d’annoncer son soutien !ABolition

De nombreuses personnalités publiques et politiques, de France et de l’étranger sont venues apporter leur soutien à la déclaration citoyenne d’abolition qui a été lue en public. A cette occasion, Harlem Désir (PS),  Pierre Laurent (PC), et Martine Billard (PG) ont formellement engagé leurs partis politiques en soutien d’une loi globale abolitionniste incluant l’interdiction de l’achat de tout acte sexuel. Avec l’UDI, qui s’est prononcé le 8 mars 2013 pour la reconnaissance de la prostitution comme une violence et l’inversion de la charge pénale, quatre partis politiques français appellent désormais à l’adoption rapide d’une loi globale abolitionniste.

A leurs côtés, Françoise Héritier, Benoît Hamon, Roselyne…

Voir l’article original 365 mots de plus

Pas cher Aldo Naouri

naouriEt voilà, encore un médiatique médecin patriarche qui nous sert des propos inadmissibles…

Voici une pétition à signer, ici : http://www.avaaz.org/fr/petition/STOP_a_lincitation_au_viol/?pv=22

Et un communiqué de 4 associations, l’Avft, les Chiennes de garde, le CFCV et Osez le féminisme :

Aldo Naouri, pédiatre et écrivain, a, dans une interview accordée au magazine Elle le 29 mars 2013, tenu les propos suivants :

-  » ELLE. Dans votre livre, vous évoquez ces mères entièrement dévouées et qui ne font plus l’amour après la naissance de leur bébé. Vous parlez d’une consultation où vous dites à un père devant sa femme : « Violez-la ! » ; C’est choquant : le viol, y compris conjugal, est un crime condamné par le Code pénal.
- Aldo Naouri. C’est évidemment une provocation ! J’étais devant un homme qui me disait : « J’en crève d’envie mais j’attends qu’elle veuille. » Sa femme le regardait sans rien dire. J’ai dit en exagérant : « Violez-la ! » C’était excessif mais c’était une manière de dire : allez-y, foncez, ça viendra bien ! D’ailleurs, à ces mots, le visage de la femme s’est illuminé ! « .

Aldo Naouri persiste et signe donc en disant « allez-y, foncez, ça viendra bien« , et en reprenant à son compte un refrain psychanalytique bien connu et qui fait les beaux jours de la pornographie selon laquelle les femmes aimeraient être forcées (« le visage de la femme s’est illuminé ») dans le droit fil de l’idéologie patriarcale qu’il promeut depuis des années, à rebours des avancées de la société tout entière et du droit, qui a fait de la relation de couple une circonstance aggravante du viol.

Les propos d’Aldo Naouri ne relèvent pas d’une « opinion légitime » ou d’une proposition thérapeutique recevable, mais d’une infraction au Code pénal.

L’article 24 de la loi sur la presse punit en effet de « cinq ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende ceux qui (…) auront directement provoqué, dans le cas où cette provocation n’aurait pas été suivie d’effet, à commettre l’une des infractions suivantes : « les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l’intégrité de la personne et les agressions sexuelles [y compris donc le viol] définies par le livre II du code pénal ».

L’article 23 de la même loi dispose quant à lui que «  seront punis comme complices d’une action qualifiée crime ou délit ceux, qui soit par des discours (…) des écrits (…) vendus ou distribués (…) auront directement provoqué l’auteur ou les auteurs à commettre ladite action, si la provocation a été suivie d’effet ».

Ces propos sont d’autant plus graves qu’ils émanent d’une personne qui bénéficie de l’autorité que lui confère son statut de médecin, et de médecin médiatique. Ils constituent un trouble à l’ordre public.

Le ministère public, qui représente les intérêts de la société, peut poursuivre d’office Aldo Naouri.

Nous lui demandons d’agir.

Osez le Féminisme !
AVFT Libres et Egales (Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail)
Collectif féministe Contre le Viol
Chiennes de Garde

Abolition citoyenne : quand la place Pigalle devient « Place de l’Abolition »

M43
La Place Pigalle devenue Place de l’Abolition !

Je ne prétendrai pas ici donner un compte-rendu objectif de cette journée à la préparation de laquelle j’ai été de tous les instants…ce sera donc mon sentiment personnel. Quelle formidable journée ! Et voici un article du Point pour compléter : Les abolitionnistes gagnent du terrain. Merci aux centaines de personnes venues nous soutenir dans ce combat, venues manifester la volonté des citoynnEs qu’une loi d’abolition du système prostiteur soit votée d’ici la fin de l’année.

Merci aux 3 femmes sorties de la prostitution qui sont venues témoigner et dire le besoin qu’elles ont que nous soyons à leurs côtés, et de ne jamais relâcher l’effort pour que la prostitution, qui est une violence répétée et inhumaine faite aux femmes. Parmi elles, Laurence, formatrice depuis 28 ans, et pour qui la stigmatisation d’avoir été en situation de prostitution reste forte, et qui ne veut plus que la honte pèse sur les victimes. Blandine Métayer, auteure interprète, l’a dit elle aussi avec force et conviction : la honte doit changer de camp, elle ne doit plus être sur les personnes prostituées mais sur les prostitueurs : institutions complices, proxénètes et clients-prostitueurs-violeurs.

Autres moments forts, avec les vidéos du Premier secrétaire du PS, Harlem Désir, qui a délivré un message abolitionniste sans ambiguité, (bientôt en ligne), avec celle de Stella Marr, à la tête d’un réseau international de 95 survivantes, qui a aussi envoyé un message vidéo (voir la retranscription ci-dessous), et de la réalisatrice Eve Lamont, dont le film L’imposture devrait à tout prix être vu par toutEs (la vidéo également très bientôt en ligne).

Un petit film sur les 3 ans de lutte pour arriver à ce 13 avril :

Un super photomaton abolitionniste formidable dont les photos ont déjà circulé sur FacebookEnfin, une déclaration d’abolition lue par des associations d’abolition 2012, et une manifestation en fin de journée, de la Place Blanche à la Place Pigalle, pour porter notre combat au coeur même de ce quartier où trop de femmes sont victimes de l’exploitation et la violence du système prostitueur et ou trop d’hommes prostituent en toute impunité. Pendant quelques minutes, la place Pigalle est devenue celle de l’abolition.

Une utopie, qui doit devenir réalité. Pas demain, mais maintenant, parce qu’il y a urgence !

Merci à Christine Le Doaré pour les photos

Sandrine GOLDSCHMIDT

Intervention de Stella Marr :

Bonjour. Mon nom est Stella Marr et je suis directrice générale de SexTrafficking Survivors United, une organisation internationale qui rassemble plus de 95 survivantes de la prostitution. C’est un honneur pour moi que de pouvoir vous parler à cet important colloque. Victor Hugo a écrit : « On dit que l’esclavage a disparu de la civilisation européenne. C’est une erreur. Il existe toujours, mais il ne pèse plus que sur la femme et il s’appelle prostitution. » Celles d’entre nous qui avons connu la prostitution savons la vérité de ces paroles.
Ralph Ellison a écrit: «Nous sommes nombreux et nous devenons un seul. Ce n’est pas une prophétie mais une description du réel. » Celles d’entre nous qui avons vécu la prostitution en restons changées à jamais. Nous ne sommes plus simplement nous-mêmes, nous faisons partie de la fraternité des survivantes à travers le monde. Chaque matin, nous nous réveillons en pensant à celles d’entre nous qui souffrons de la prostitution, et nous sentons que nous devons faire quelque chose pour arrêter cela. Nous voulons libérer nos sœurs et nos frères et de la violence et de l’oppression de la prostitution. La meilleure solution disponible consiste à adopter des lois qui décriminalisent les personnes en prostitution, tout en criminalisant l’achat de services sexuels. Dans le même temps, les gouvernements doivent financer des programmes visant à aider les gens à sortir de la prostitution tout en lançant des programmes d’éducation et de prévention. La grande majorité des survivantes de la prostitution sont en faveur de ce type de législation. C’est parce que nous comprenons que tant que des hommes voudront acheter les personnes prostituées, il y aura des proxénètes violents et contraignants, il y aura de la violence et de la dégradation de la part des hommes qui achètent la classe prostituée. La prostitution est l’enfer dans une zone de guerre. Nous devons faire tout notre possible pour abolir un régime aussi violent.Aujourd’hui, mon cœur est plein d’espoir et d’amour parce que les survivantes de la prostitution disent la vérité à son sujet. Nous nous réunissons dans le monde entier. Il y a une puissante vague montante – la vague des voix des survivantes. La dynamique nous porte et rien ne peut l’arrêter. Nous remercions nos alliés pour leur travail acharné et pour leur soutien. Celles et ceux qui soutiennent la légalisation du proxénétisme et l’achat des gens de groupes vulnérables et marginalisés sont du mauvais côté de l’histoire. La culture française soutient depuis longtemps des visionnaires qui ont pris le parti des opprimés – Jeanne d’Arc, Rousseau, Hugo … et tant d’autres. Je crois que la France va poser le bon geste et une fois de plus conduire l’Europe vers la création d’un monde plus humain. La France va adopter des lois qui décriminalisent les personnes dans la prostitution, et qui criminalisent l’achat de services sexuels. La France va subventionner des programmes visant à aider les gens à sortir de la prostitution et à se remettre de ce terrible traumatisme physique et émotionnel. Vive la France! Vive l’abolition de la prostitution!Je vous remercie.

Evénement : Sortie du « livre noir des violences sexuelles » de Muriel Salmona

Précision : cet article ne reprend qu’une partie de ce qu’il y a dans le livre. En particulier, je n’entre pas dans les chiffres, qui sont pourtant une mine d’informations précieuses de l’ouvrage. J’ai choisi de mettre en avant certains aspects qui me touchent plus particulièrement et dont j’avais envie de parler. Il y a en a plein d’autres
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C’est demain que sort en librairie le livre attendu de Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue et Présidente de l’Association mémoire traumatique et victimologie. Le livre noir des violences sexuelles qui sort chez Dunod est un indispensable pour comprendre la violence du monde qui nous entoure envers les femmes et les enfants.

Récemment, Muriel expliquait qu’elle avait déjà transmis le livre à Najat Vallaud-Belkacem, la ministre des droits des femmes, et que celle-ci avait été particulièrement marquée par l’ampleur des violences sexuelles faites aux enfants. C’est en effet un des plus grands intérêts de l’ouvrage de Muriel, montrer l’ampleur des violences sexuelles subies, et leurs conséquences pour les victimes, et pour la société. A la fois, il explique comment surviennent les violences et la mémoire traumatique dans un contexte de domination patriarcale :  de pères -et parfois de mères, qui possèdent leur enfant comme leur chose et ne lui permettent pas de se construire comme une personne libre et indépendante. C’est à ce moment là que se construit la perversion suprême : celle qui consiste à désigner comme coupable des violences qu’ils subissent, et coupables des crimes et dysfonctionnements de leur parents des enfants qui ne sont bien évidemment coupables de rien, et au final seulement responsables d’être venu-e-s au monde, et d’exister. Montrer l’ampleur des violences et en particulier des violences sexuelles qu’ils subissent, permet de comprendre comment le système oppresseur peut se perpétuer.

1/ Les violences sexuelles, et en particulier sur les enfants, ou comment fabriquer le monde à l’envers, faire de la victime la coupable. Et comment le remettre à l’endroit

Cela devrait paraître évident que les victimes ne sont pas les coupables, et pourtant, les violences s’exercent sur des enfants dès le berceau, et la société ne cesse de les justifier, les cacher, les laisser impunies. Ainsi l’absurde domine : en effet, quel sens peut avoir le monde si on désigne les enfants comme coupables d’exister ? D’être là, et responsables et coupables, de tout ce que font leurs parents ? Alors que la responsabilité des parents, leur autorité, consiste à permettre aux petits êtres humains qu’ils ont mis au monde, et aujourd’hui, avec la possibilité de l’avoir désiré, de devenir des personnes autonomes, conscientes et capables de choisir entre le crime et la justice ?

Qui a eu un bébé ou été proche d’un bébé sait combien le petit être qui vient de naître est totalement dépendant de ceux entre les mains desquels il tombe. Sa seule arme est le cri, et quelques mouvements. Et l’amour qu’on lui porte. Ainsi, c’est normal qu’un enfant crie, mais c’est risqué. En criant, il émet sa première action propre. Il en est responsable. Il fait alors ce qu’il doit pour survivre (dire qu’il a besoin d’être nourri, qu’il a mal au ventre, qu’il se sent mal), et en même temps, il est mis en danger : celui de tomber sur ceux qui commenceront, dès cet instant, à le désigner comme coupable d’une intention (un caprice, l’envie de pourrir la vie de ses parents, toutes choses très couramment entendues, et très tôt). Aussi, alors qu’il pleure, si c’est un bébé garçon, on dira (comme le montre une expérience de psychologie célèbre) qu’il est fort et vigoureux, si c’est une fille, qu’elle est triste et plaintive. Et déjà, un peu de la capacité d’être elle même de la personne disparaît.

Et certain-e-s, au lieu de le prendre en compte comme un signe légitime -plus ou moins bien ou mal interprété, selon lequel l’enfant a besoin de l’adulte, et d’une réponse, vont tirer parti de cela pour exercer la domination, la contrainte. Et justifier la violence qu’ils s’autorisent alors à exercer sur un autre être humain. Il faut donc remettre les pendules à tourner dans le bon sens, et c’est ce que fait ce livre :

« la victime n’est pas responsable de la violence exercée contre elle. Rien de sa personne ni de ses actes ne justifie la violence. La victime est toujours innocente d’une violence préméditée qui s’abat sur elle. Ce n’est pas à elle, contrairement à ce qui est souvent dit, de faire en sorte que la violence n’explose pas ».

Muriel dénonce les points aveugles de la société, dans un aveuglement volontaire :

En gros, d’un côté on fait comme si ce n’était pas un crime qui était commis, par un criminel, qui commet un acte illégal, de l’autre on nie que ce qu’a subi la victime est intentionnel, qu’il y ait eu volonté de nuire :

« un autre point aveugle, « est l’absence de reconnaissance de l’intentionnalité de l’agresseur. Sa volonté de nuire, de détruire, de faire souffrir le plus possible, d’opprimer, de réduire sa victime à une chose, de la déshumaniser pour son intérêt et son plaisir, et même, comble de la cruauté, d’en jouir, est escamotée. Seules ses rationalisations et la mise en scène mensongère montée pour s’absoudre de toute culpabiilité sont relayées et prises pour argent comptant »

Le livre est par ailleurs très clair sur la disctinction agresseurs/victimes. Car oui, les agresseurs sont souvent d’anciennes victimes (1), eux-mêmes peuvent d’ailleurs souffrir de la mémoire traumatique, ce qui ne les excuse en rien : « Face à cette mémoire traumatique, si l’un des membres du couple se positionne comme dominant, supérieur à l’autre en rapport de force (et l’homme est aidé en cela par une société profondément inégalitaire), il peut instrumentaliser son conjoint pour échapper à l’angoisse déclenchée par les allumages de sa mémoire traumatique. Sa prétendue supériorité donnant plus de valeur à son bien-être qu’à celui du reste de sa famille, il impose que ce soit à l’autre et à ses enfants de mettre en place des conduites d’évitement efficaces pour qu’il ne s’allume pas, les transforomant en esclaves aux service de son bien-être physique,, psychique ou sexuel. Il aura recours à des conduites dissociantes : alcoolisation massive, violences verbales, physiques, sexuelles, à des mises en danger, à des menaces suicidiaires…qui vont les terroriser et ainsi lui permettre de « disjoncter, de se dissocier et de s’anesthésier ». 

2/Ainsi, en démontant, de façon féministe, le système qui produit tant de violences sexuelles que Muriel documente avec une très grande précision, elle réalise bien un « livre noir » qui peut enfin permettre de mesurer, évaluer, envisager l’ampleur du système et ses conséquences. Et donner des pistes pour en sortir, en comprenant la mémoire traumatique et son traitement.

Mais bien sûr, ce que le livre apporte de tout aussi fondamental et essentiel, c’est une compréhension de pourquoi et comment ces violences sexuelles sont dévastatrices pour le psychisme, pour la vie des personnes humaines, combien elles peuvent être déshumanisantes et combien elles portent en elles le mécanisme de leur impunité et de leur perpétuation.

En détaillant le mécanisme de la mémoire traumatique, elle permet à tout un chacun de comprendre et de redonner du sens à ce monde qui n’en avait plus. Pourquoi en effet, les victimes étaient-elles  désignées comme les coupables ?  Il y a l’explication donnée ci-dessus d’une société inégalitaire où certains être sont autorisés à se penser et vivre supérieurs et à utiliser/esclavagiser d’autres être humains.

PDJPDPXMais il y a aussi le mécanisme de la mémoire traumatique, qui fait que les victimes agissent d’une façon que l’entourage ne parvient pas à comprendre. Et qui donne l’impression qu’elles sont folles, ou trop fragiles, alors qu’en fait elles souffrent terriblement, qu’elles sont colonisées par la violence, par le biais de la mémoire traumatique.

Pourquoi ont-elles l’air d’avoir des comportements disproportionnés ? Imaginons une victime qui a connu un ou de multiples chocs traumatiques (voir le site de mémoire traumatique et victimologie), et qui vit des crises à répétition. Le simple fait de sentir par exemple une odeur, à un moment donné, qui serait celle qu’elle a senti au moment d’une des agressions subies, qui l’ont obligée à disjoncter et se dissocier, peut provoquer la libération de la mémoire traumatique (enfermée dans une partie du cerveau, comme l’explique Muriel). A ce moment là, elle ressent à nouveau et de façon identique, le stress émotionnel de l’agression. Et c’est même l’ensemble des stress subis au cours de différentes agressions s’il y en a eu plusieurs (ce qui est particulièrement vrai pour les enfants qui ont été victimes), qui lui tombe dessus. Un peu comme si d’un coup, pour un bruit, une heure de la journée, une odeur, une couleur ou autre, un 4 tonnes leur tombait dessus. Les voici dans une grande souffrance et totalement désemparées de ne pas comprendre elles-mêmes ce qui leur arrive. Alors que -et pour cause, il est invisible, puisque mémoriel- personne autour n’a vu de 4 tonnes tomber.

C’est donc très difficile à comprendre pour un entourage non averti. Et surtout, cela peut se produire souvent, à n’importe quel moment, quand il s’agit de personnes qui ont subi des viols et des traumatismes à répétition (enfants, personnes prostituées en particulier, c’est pour cela que je pense que ce sont les deux grands verrous de l’arme de la violence patriarcale auxquels il faut s’attaquer avec acharnement).

C’est insoutenable pour la personne qui les vit. C’est incompréhensible pour l’entourage. Alors, que faire ?
C’est le dernier enseignement essentiel de ce livre à lire absolument : la mémoire traumatique se soigne, elle peut se résorber, et c’est un long parcours, difficile pour les personnes qui ont été victimes, mais salutaire, qui leur permet enfin de vivre. Pour cela, il faut lire et chercher à comprendre les mécanismes, et être capable de réagir, d’aider la personne qui souffre, et de l’amener à être capable elle-même de repérer ce qui provoque ses crises, et de les chasser.

Ce n’est pas Muriel Salmona qui le dit, bien sûr ici, mais c’est mon interprétation. C’est là qu’intervient une forme de « magie », qui est bien réelle. Pour bien la comprendre, une image (anagramme), celle d’Harry Potter. Harry Potter, enfant maltraité, est victime d’attaques du mal (des agresseurs) par des crises traumatiques, incarnées par les détraqueurs et Voldemort qui s’emparent de son esprit, le font souffrir et tentent de le vider de la vie qui est en lui, et de s’emparer de son psychisme pour le détruire et prendre le pouvoir et en jouir. Mais la capacité d’amour qu’il possède -qui n’est autre que son humanité profonde- + celle de son entourage, dont le fait d’être guidé par des « professeurs de défense contre les forces du mal » (en tête, le fameux Dumbledore), lui permettent de déminer son psychisme et de chasser de lui même ses crises traumatiques.

GRÂCE aux travaux sur la mémoire traumatique, et à l’aide de ce livre indispensable de Muriel Salmona, on pourrait donc enfin sortir de ce cycle infernal de la violence et de la domination, qui fait des millions de victimes. A condition que la société entende et s’en donne les moyens.

Pour cela, il faut que soient formés tous les professionnels, pour être, comme Muriel Salmona, capables de guider les personnes qui ont été victimes, vers la sortie du champ de mines qui ont été placées dans leur psychisme, et qu’en même temps, leurs entourages soient informés de ce qui se passe lors des crises et de comment ils peuvent aider. Il faut donc diffuser le plus largement possible l’information sur les mécanismes traumatiques. Et sur les moyens d’aider les victimes à ne plus l’être, mais à l’avoir été.

Et, comme conclut Muriel, il est GRAND TEMPS !

« Pour lutter contre les violences et leur reproduction de proche en proche et de génération en génération, il est temps de garantir l’égalité des droits de tous les citoyens, mais il est temps aussi que les « blessures psychiques » des victimes de violences et leur réalité neuro-biologique soient enfin reconnues, identifiées, comprises, prises en charge et traitées. Il est temps de considérer enfin que ces « blessures psychiques » sont des conséquences logiques d’actes intentionnels malveillants faits pour générer le maximum de souffrance chez les victimes, et organiser délibéréemnt chez elles un traumatisme qui sera utilse à l’agresseur pour s’anesthésier et mettre en place sa domination. il est temps que les victimes soient enfin réellement secourures, protégées et soutenues. Il est temps d’être solidaires des victimes, de s’indigner de ce qu’elles ont subi et de dénoncer les coupables. Il est temps de leur redonner la dignité et la valeur que leur a déniées l’agreseur en les instrumentalisant et en les colonisant. Il est temps de leur rendre justice et de les soigner ».

 

Sandrine GOLDSCHMIDT

Le livre noir des violences sexuelles, éditions Dunod, parution le 10 avril :

Avec son site ( informations, articles, nombreux témoignages, ressources et bibliographie actualisées, vidéos, etc. ) : 
Avec, à feuilleter, les premières pages du livre noir des violences sexuelles en cliquant ICI
Vous pouvez vous le procurer dans les librairies, 
et chez Dunod, à la FNAC , sur  Amazon ou sur Decitre (e-book-PDF)
 
Une première séance dédicace est organisée le 20 avril 2013 à Bourg la Reine de 15 à 19h30
pour toute information: drmsalmona@gmail.com
Et le contact presse Dunod :
Elisabeth Erhardy Attachée de presse,  01 40 46 35 12, presse@dunod.com
Extraits : (2) « Non, la violence n’est pas une fatalité, l’être humain n’est pas violent par essence, il le devient d’une part parce qu’il a subi lui-même des violences ou qu’il en a été témoin, le plus souvent très tôt dans son enfance, à l’intérieur de ces mondes comme la famille que l’on veut croire idéaux et sécurisants. Il le devient aussi parce qu’il peut s’autoriser à reproduire les violences sur des victimes plus faibles, plus vulnérables ou désignées comme telles pour soulager son mal-être, aidé en cela par une société inégalitaire qui cautionne la loi du plus fort »

Pourquoi le 13 avril, je veux l’abolition citoyenne du système prostitueur !

afficheVoici une sorte de profession de foi abolitionniste. Pour vous rappeler que le 13 avril, 54 associations réunies dans le collectif Abolition 2012, organisent, avec le soutien de personnalités et politiques, et surtout de nombreusEs citoyennEs, une convention d’abolition du système prostitueur ! Pour s’inscrire, il n’est pas encore trop tard, et c’est ici !

http://www.emailmeform.com/builder/form/ff6Hg04w82bU8y72Q

Cela se passera à la Machine du Moulin rouge, salle de concert située place Blanche, une façon de dire l’abolition, ce n’est pas un idée pour les salons chics, ce sera une avancée, sur tous les terrains, pour toutes les femmes, et donc pour toute la société.

Au programme, un temps de présentation des associations qui se sont mobilisées depuis 3 ans pour favoriser la préparation d’une loi d’abolition. Ce que nous y voulons, vous le trouverez dans le dossier de presse que nous avons préparé pour l’occasion et téléchargeable ici

 

Ensuite, des personnalités, des survivantes, puis des politiques interviendront. Sans oublier quelques surprises !

Du coup, j’ai aujourd’hui envie de vous faire partager le pourquoi de mon engagement abolitionniste. Ou plutôt, puisque c’est évident, qu’il est ici question de féminisme et de droits humains, sa genèse.

Quand j’avais 20 ans, la prostitution était pour moi une inconnue. Je ne comprenais pas que des hommes puissent acheter des femmes. Et je dois dire que pour les hommes dans mon entourage, c’était la même chose. Ils ne comprenaient pas les autres hommes qui le faisaient. Il a fallu ensuite que j’entre en militantisme féministe pour que je réalise à quel point la prostitution faisait partie d’un système. Alors, je me suis intéressée à ce qu’en disait les féministes. Ou plutôt, j’ai entendu une copine du festival Femmes en résistance dire : les féministes sont divisées là-dessus. Et puis j’ai vu « les prostituées de Lyon parlent », de Carole Roussopoulos, où Barbara clamait des droits pour les femmes en situation de prostitution, et soulignait qu’on les méprisait et abandonnait à leur situation, mais qu’en même temps, on leur faisait payer des impôts. Les prostituées de Lyon affirmaient qu’elles étaient en grande majorité indépendantes. Sans proxénète. Quelques années plus tard, la vérité éclatait, et Barbara disait aux féministes : « mais comment avez-vous pu me croire ? » (quand elle disait qu’elle n’avait pas de souteneur).

Citation_VictorHugo

C’est seulement en 2009 que j’ai commencé à réfléchir aux politiques actuelles. Je me disais : peut-on interdire la prostitution sans que les personnes prostituées soient celles qui sont pénalisées ? Non, ce serait la prohibition. Que faire alors ? J’ai alors lu des arguments selon lesquels si on ne pouvait interdire ni éliminer la prostitution, alors on pouvait peut-être les protéger en leur offrant de meilleures « conditions d’exercice ». Si on encadrait, ne leur éviterait-on pas violences, et exploitation ? La question méritait d’être posée, sur le plan théorique. Mais en même temps je découvrais les chiffres et les informations émanant de Judith Trinquart et Muriel Salmona de l’Association mémoire traumatique et victimologie, expliquant les conséquences psychotraumatiques des actes sexuels non désirés répétés (que j’appelerai aujourd’hui viols ou agressions sexuelles répétés). J’ai aussi à ce moment là découvert que certains pays avaient dépénalisé le proxénétisme, pour soi-disant « mieux encadrer et protéger les personnes prostituées », mais que cela semblait avoir des effets contre-productifs (ce qui a été bien confirmé depuis). Surtout, je découvrais la politique suédoise et les études montrant que la situation, en 10 ans en Suède, avait fortement évolué, vers, non pas une éradication, mais une diminution de la prostitution, et un désintérêt des réseaux internationaux de proxénétisme pour ce pays.

Mais c’est donc seulement début 2010 que l’abolition est devenue mon combat.  2 événements, survenus à 8 jours d’intervalle, m’ont déterminée et poussée à m’engager :

Le 3 février 2010, j’allais voir à l’Espace Saint-Michel le documentaire de Jean-Michel Carré, « les travailleu(r)ses du sexe ». J’interviewais même le réalisateur sur ce qu’il avait voulu faire, et il me présentait les choses comme vous pouvez l’entendre dans l’article. Dans la salle, des membres du STRASS, qui parlaient sans cesse du « lobby du Nid » (le mouvement du Nid, découvrirais je ensuite, association de bénévoles qui rencontre des milliers de personnes prostituées chaque année et a, en effet, un rôle de plaidoyer auprès des politiques), nid à cul-bénis selon eux (le nid a été fondé par un prêtre mais n’a aucune orientation religieuse aujourd’hui. d’ailleurs, j’en fais désormais partie…). En même temps, je regardais le film, et minute après minute, ma bouche s’allongeait. Tous les arguments présentés en faveur d’une forme de réglementation de la prostitution, me semblaient des preuves et/ou des faits à l’appui de l’abolition, tellement ils ne tenaient pas. Du pseudo-plaisir des personnes prostituées en passant par les pauvres maris qui ne trouvent pas ce qu’il faut auprès de leur femme et ne trouvent un peu d’affection qu’auprès des prostituées, j’avais l’impression d’entendre des clichés éculés digne d’histoires à dormir debout. Pis, la prostituée interviewée régulièrement dans le film affirmait que la vraie liberté sexuelle résidait dans le contrat et que les personnes prostiutées étaient en ce sens plus libre que les autres…

Citation_Heritier_2(1)

Bref, je raconte tout cela ici : https://sandrine70.wordpress.com/2010/02/06/travailleurses-du-sexe/ mais c’est pour dire que pour moi, ce film fut le premier accès à l’évidence : l’abolition était la seule solution.

8 jours plus tard donc, le 11 février, avait lieu à l’Assemblée nationale un colloque à l’initiative du fameux « lobby du nid » et 16 autres associations sur la question. Je m’y rendais, ravie d’y rencontrer Pierrette Pape du Lobby européen des femmes et Marie Vermeiren, amie et présidente du festival de films de femmes de Bruxelles.

-Premier choc : je voyais enfin son film Pas à vendre, 26′ d’une désintox’ implacable de toutes les idées reçues sur une prostitution soi-disant choisie ou glamour. La prostitution, c’était bien, pour les personnes qui y sont soumises, « rarement un choix, mais toujours une violence ».

-Deuxième choc : les interventions des représentantes d’associations et syndicats, CFCV, Sud-Solidaires, démontaient magistralement l’idée de « liberté de choix » (quand la violence est omniprésente avant, pendant et après la prostitution) et celles de la notion de « travail du sexe ». Allait-on faire les 35 heures du sexe ? Déterminer le nombre d’actes sexuels quotidiens non désirés qu’il était raisonnable de subir ? 5 ? 10 ? 20 ? Y aurait-il des formations à la prostitution, qu’on pourrait proposer aux élèves de 3e  ?

-Troisième choc : Grégoire Théry, secrétaire général du Mouvement du Nid, expliquait le principe premier de la politique que certainEs appellent néoabolitionniste : inverser la charge pénale. Faire porter la culpabilité non plus sur les victimes. La prostitution étant reconnue comme une violence, elles sont bien les victimes ! Donc, faire enfin porter la responsabilité sur les coupables. Renforcer les mesures contre le proxénétisme et les traficants d’être humains, mais aussi faire apparaître celui qui n’était jamais mentionné pénalement : le CLIENT, c’est à dire la demande, c’est à dire l’homme qui s’arroge le droit de disposer pour son propre plaisir d’un autre être humain, et achetait l’impunité de lui imposer un acte sexuel non désiré, le plus souvent un viol !

Pénaliser le client, c’était donc possible, mais en plus ni moraliste, ni ultra-répressif (une amende et 6 mois de prison, sachant que les peines appliquées sont rares, ça n’est pas bien lourd…), ET efficace ! Comme le montrait la Suède, où l’effet normatif de la loi a été crucial sur un changement des mentalités.

Dès 2010, je diffusais à Femmes en résistance « Pas à vendre ». Et en 2011, 4e choc, je découvrais L’imposture, le film de Eve Lamont que nous avons diffusé en première européenne à Arcueil. Pendant 5ans, la réalisatrice avait rencontré, vécu avec 75 prostituées canadiennes. Elle en a fait un film avec une quinzaine d’entre elles, qui dénonce l’imposture des pro-prostitution.

« mais la question fondamentale n’était pas de savoir pourquoi quelques femmes « choisissent » de se prostituer, mais plutôt au nom de quoi certains hommes sont autorisés à acheter du sexe et à utiliser le corps de femmes et d’enfants. Est-ce normal, au XXIe siècle, de réduire un être humain à une marchandise sexuelle, un instrument de jouissance et un objet à consommer ?  »

Dès lors, j’ai rejoint la lutte abolitionniste et me suis engagée dans le mouvement du nid et abolition 2012 et remets ici quelques articles importants pour moi que j’ai écrit sur la question :

http://www.slate.fr/tribune/69153/prostitution-abolition-impasse-reglementarisme

https://sandrine70.wordpress.com/2012/03/13/pour-les-personnes-prostituees-contre-le-systeme-prostitueur/

http://www.slate.fr/tribune/65433/abolir-systeme-prostitueur-droits-humains

https://sandrine70.wordpress.com/2012/08/18/pourquoi-labolition-pour-la-liberte/

https://sandrine70.wordpress.com/2012/07/12/prostitution-les-temoignages-qui-disent-la-realite-de-la-prostitution-sans-strass1/

https://sandrine70.wordpress.com/2012/03/21/hasta-la-vista-de-la-sexualite-des-hommes-en-situation-de-handicap/

https://sandrine70.wordpress.com/2012/04/05/le-corps-des-femmes-nest-pas-une-marchandise/

 

 

 

 

 

 

Ode au poisson (sans bicyclette, toujours)

Capture d’écran 2013-04-01 à 10.25.55Aujourd’hui, c’est un jour où nous avons des branchies. Aujourd’hui, je voudrais que nous nagions en eaux douces, loin de l’air froid d’un Printemps qui n’a que trop tardé. Heureusement, nous avons notre imaginaire, qui nous permet de remplacer la chaleur par celle qu’inspirent en nous des musiques apaisantes.

Apaisement sous l’eau des poissons qui dansent dans Fantasia, sous l’air d’une danse arabe…

Apaisement aussi parce qu’on espère qu’après ce 1er d’avril, l’air va enfin s’adoucir, et qu’on pourra aussi rêver d’être oiseaux, pour nous envoler vers les nuages. C’est ce que suscite en nous cette artiste exceptionnelle, découverte grâce aux « Femmes s’en mêlent », absolument sublime. Elle s’appelle Tiny Ruins, la chanson « Bird in the Thyme ».

Et enfin, forcément devrais-je dire, celle qui l’a suivie lors de ce concert à La Cigale (cf photo), artiste de toutes les saisons (« The Snow, », « The Ocean ») Alela Diane, qui est Elle aussi et avant tout, une « Lady Divine »…

Arabian Dance de Fantasia où nous dansons avec les poissons