Victimes DE, mais pas « victimes par définition »

Aujourd’hui, je vais juste vous partager deux articles essentiels, qui parlent des femmes, des enfants et des hommes victimes de violences sexuelles, familiales et conjugales, et du fait d’être victime. Car en effet, jusqu’au sein du mouvement féministe, il y a parfois une confusion, entretenue par les libéraux, et par l’imprécision du langage, sur ce que l’on veut dire quand on parle de victimes. Quand, comme Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue, Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie et auteure de l’indispensable « livre noir des violences sexuelles qui vient de paraître » on se bat pour mettre fin au scandale de l’abandon et l’absence de soin aux victimes en France. Une absence de soin et un abandon des victimes qui est servi par un discours médiatique qui minimise systématiquement les violences qu’elles ont subi et la responsabilité de l’agresseur -dont il découlerait forcément la responsabilité globale du système, de la société.

C’est ce qu’elle développe dans l’article qu’elle a publié le 8 mai à propos de la libération de trois Américaines sequestrées, torturées et violées depuis des années :

« Nous sommes sous le choc de cette information qui est tombée le 7 mai 2013 concernant trois jeunes femmes de Cleveland aux USA disparues depuis 10 ans qui venaient d’être retrouvées, l’une d’entre elle ayant en l’absence de leur bourreau (pour l’instant un seul des trois frères Castro, Ariel Castro est inculpé) réussi à alerter un voisin en cherchant à s’évader.

Mais nous avons aussitôt assisté à tout un discours de minimisation et de négation de la réalité particulièrement intolérable avec l’habituelle incapacité de nombreux journalistes et spécialistes de nommer précisément les violences, de parler de leurs conséquences psychotraumatiques, et de les replacer dans un cadre plus politique de violences et de crimes sexistes commis par des hommes envers des femmes. Les mots crimes, viols, sévices, tortures, actes de barbarie ne sont que trop rarement entendus, les journalistes ne parlant surtout que d’enlèvement, de séquestrations, de calvaire, et même de syndrome de Stockholm… »
Pour lire la suite et la démonstration magistrale de Muriel, c’est ici :

http://stopauxviolences.blogspot.fr/2013/05/les-trois-jeunes-femmes-de-cleveland.html

Ces femmes, c’est très clair, ont donc été victimes DE : un homme, qui a perpétré de nombreux crimes contre elles, peut être plusieurs, et de la société qui n’a rien vu (et qui, très probablement, va tâcher de les culpabliser à un moment de quelque chose pour pouvoir éviter de se poser les vraies questions. Voir à cet égard la conclusion de l’article de ce matin du Huffington Post:

La police reste cependant perplexe: comment se fait-il que les gens rendant visite à Ariel Castro au 2207 Seymour street n’aient jamais rien remarqué de suspect? Pourquoi les voisins n’ont-ils jamais rien entendu? « Ariel tenait tout le monde à distance », avait souligné mercredi le chef adjoint de la police de Cleveland, Ed Tomba. « On ne sait pas encore à quel point Castro contrôlait ces jeunes femmes. Il va certainement nous falloir beaucoup de temps pour comprendre tout ça », avait-il ajouté.

Donc, elles sont victimes DE, et c’est des traumatismes subis qu’il faut les soigner, c’est pour les conséquences matérielles qui en découlent qu’il faut les aider. Pas parce qu’elles « seraient » des victimes. Elles sont des individues, dont une caractéristique -parmi d’autres- même si elle prend beaucoup de place dans leur vie en raison des explications données ci-dessus est d’avoir été victime DE. Pourtant, la société dans son discours insiste à les enfermer dans ce statut. C’est une façon d’en faire les responsables de ce qui serait un « état de fait ».

EkmanC’est aussi une nécessité politique libérale, comme l’explique admirablement Kajsa Ekis Ekman (l’auteure suédoise présente à l’abolition citoyenne du système prostitueur le 13 avril), dont le livre « L’être et la marchandise » sort en France, et qui explique comment la société « rend tabou la notion de victime, pour masquer l’existence d’agresseurs » :

« Comme tous les systèmes qui acceptent les inégalités, l’ordre néolibéral déteste les victimes. Parler d’un être humain sans défense, d’un être vulnérable, suppose en effet la nécessité d’une société juste et le besoin d’une protection sociale. Rendre tabou la notion de victime est une étape pour légitimer le fossé entre les classes sociales et les sexes. Ce procédé exige deux phases. D’abord, il faut affirmer que la victime est, par définition, une personne faible, passive et impuissante. Puisque les personnes vulnérables se battent malgré tout et développent de nombreuses stratégies pour maîtriser la situation, « on découvre » que l’idée qu’on s’est faite de la victime est inexacte. La personne vulnérable n’était pas passive, bien au contraire. Donc, nous dit-on, il faut abolir la notion de victime. En conséquence, nous devons accepter l’ordre social – la prostitution, la société de classes, les inégalités – si nous ne voulons pas étiqueter des gens comme des êtres passifs et impuissants ».

Ou la façon expliquée plus haut de confondre victime et sujet, appliquée au discours pro-protsitution. La suite des extraits de ce texte magistral est à lire ici : http://sisyphe.org/spip.php?article4415

S.G

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