Cannes, palme du cinéma par et pour les hommes

Capture d’écran 2013-05-15 à 10.10.13Ce qu’il y a de bien avec le cinéma, c’est que c’est un étalage sans fin de ce qu’est ou peut être la misogynie et le backlash, un sujet perpétuel donc de dénonciation pour les féministes en quête d’articles à écrire…

Comme je le dis ici souvent, la culture en général, et le cinéma en particulier est un lieu idéal de la propagande d’un monde fait pour et par les hommes, misogyne et réduisant les femmes à l’état d’objets de possession : pour cela, il faut préciser ce que l’on entend par culture : aujourd’hui, dans une société ultra-libérale qui dispose de médias de masse (télévision, cinéma, internet), la culture est un ensemble de produits culturels commercialisables. Le fait qu’il y ait des critiques et labellisations « artistiques » à ces produits, n’est qu’une façon de plus ou moins les distinguer, et de donner des lettres de noblesse aux procédés patriarcaux qui sont derrière ces produits. Ainsi, avec un festival, comme celui de Cannes, qui commence cette année, on est dans le plus parfait des  effets à double détente (libérale et patriarcale) :

D’un côté, il s’agit là d’un immense marché de produits culturels, destinés à renforcer les parts sur ce marché de certain-e-s dans un contexte de crise (d’où 5 films américains et 5 films français dans la sélection 2013, comme si, « artistiquement », le cinéma de ces deux pays était plus inventif, créatif, vivant, ce qui est loin d’être le cas. C’est juste que c’est là qu’économiquement cela a beaucoup d’importance). De l’autre, il s’agit de renforcer la propagande que sert le cinéma sur une représentation du monde qui sert à la fois les clichés séculaires des rôles femmes hommes et les évolutions vers un libéralisme liberticide (pour celles et ceux qui sont moins égales que les autres). Pour cela, il suffit de regarder la sélection cannoise, que ce soit dans la compétition pour la Palme d’or ou dans la principale section parallèle, un certain regard. Dans la sélection pour la palme, il y a cette année 1 femme sur 18 ou 19. Ce n’est donc pas mieux que quand il y en avait zéro, contrairement à ce que dit cet article-modèle de soutien à tout ce qui sera dénoncé ici surrue89 : http://www.rue89.com/rue89-culture/2013/05/14/couleur-festival-cannes-femmes-etats-unis-cul-losers-242300).

Mais encore plus que le nombre de femmes réalisatrices, le choix des réalisateurs sélectionnés, est tout à fait édifiant. Représentatif d’ailleurs de ce que sont les 18 ou 19 films qui sortent sur nos écrans chaque semaine. « Virils », stéréotypés, et ne balayant le spectre des sentiments et situations humaines que par un tout petit bout de lorgnette baignés aux jouets pour garçons…que ce soit les jouets de guerre, ou d’exploitation sexuelle des femmes.

Ce serait presque drôle si cela n’était tragique, de vous faire part des films sélectionnés, avec les résumés trouvés dans le magazine d’UGC, tellement c’est caricatural.

Guerres et trafics :

Un certain Takashi Miike, présente « Shield of Straw » :« graphique, ultra-violent, fou à lier, le couperet du japonais hyper-actif… ».

Amat Escalante, : « Heli », mexicain, « au talent précoce et furieux affronte en frontal les cartels mafieux. Après une magistral paire de baffes (dans son précédent film), il enverra au jury un uppercut gagnsta qu’on voudrait aussi ahurissant de style ».

Nicolas Winding Refn : « only god forgives » roule au carburant de la violence froide et pope telle une laque prête à éclater.

Alex Van Warmerdam, « borgman ». : Thriller horrifique sur un couple fortuné qui recueille un SDF. »

Mahamat Saleh Haroun « grigris » (bon là je parle pas du racisme du commentaire). .portrait d’un jeune danseur, qui confrontera le soleil cannois à la moiteur d’une Afrique violente et corrompue ».

Histoires d’amitié entre hommes ou pères-fils :  précision. Je n’ai rien contre le fait que des mecs veuillent écrire des histoires d’amitié entre hommes ou des histoires pères-fils. Mais juste : si seuls les mecs ont des financements et des possibilités de distribution+ sélection à Cannes, quand voyons nous des histoires d’amitié entre femmes et des relations mères-filles ? (ah mais non, dans ces cas-là c’est nul, je vous le disais l’autre jour).

Ethan et Joel Coen : « Inside Llewyn Davis, « un biopic, ballade folk dans « Greenwich village d’un musicien pote de Dylan ».

Hirokazu Kore-eda, nous propose : « like father, like son » : « cette histoire de paternité et de séparation impossible ».

Alexander Payne : « Nebraska » : « road-movie à deux têtes -un père et son fils »,

Arnaud Desplechin « Jimmy P. » : « Sujet familier (la psychanalyse), il adapte en anglais son livre fétiche, l’amitié entre un indien alcoolo et son psy…

Femmes pornifiées, promotion de l’exploitation sexuelle des femmes.

L’autre grande caractéristique de cette sélection, c’est -et vous vous attendez bien sûr à ce que j’en parle- la présence de plusieurs films de propagande pro exploitation sexuelle. Il y a, évidemment, la rage ressentie devant la glorification permanente d’un criminel (viol d’une jeune femme de 13 ans, avec moultes circonstances aggravantes) non jugé, Polanski, qui depuis qu’il a échappé à la justice après avoir été arrêté pendant le festival de Cannes (ce qui semble-t-il était là un crime de lèse-festival) est systématiquement adulé et sélectionné partout. Il y a pire : en plus, il utilise sa femme pour adapter à l’écran « La Vénus à la fourrure ».

La Vénus à la fourrure est une nouvelle de Sacher-Masoch. Moins connu que le Sade du sadisme, il est bien le Masoch du masochisme…  Voici donc comment est résumée la nouvelle de cet auteur du XIXe sicèle : « La Vénus à la fourrure est la première oeuvre marquante de la littérature qui s’attache à décrire la relation entre un homme et une femme où la représentation extrême de l’amour prend la forme d’un esclavage librement choisi et consenti ».

Ici, c’est un homme qui se soumet à cet esclavage qui, s’il est librement choisi et consenti, ne peut pas être de l’esclavage. En fait, c’est  le comble de la perversité, comme le montre cette recension : « D’ailleurs, le héros masochiste, loin de n’être qu’un partenaire faible et « subissant », à la recherche de la main punitive, est l’être d’une certaine posture : bien qu’il se complaise dans la soumission, l’abaissement, il est aussi le grand ordonnateur, le metteur en scène de ses propres fantasmes ; celui qui amène l’autre dans ses contrées fictives, dans la logique de ses fantasmes. Il manipule, persuade ; c’est, selon Gilles Deleuze, la victime qui dresse son bourreau. Dans La Vénus à la fourrure, Wanda confie à Séverin : « Vous avez une manière bien à vous d’échauffer l’imagination, d’exciter les nerfs et d’accélérer le pouls de qui vous écoute. En vérité, vous êtes un homme à corrompre une femme, entièrement. »

Sauf que, ce fantasme littéraire d’esclavage non pas librement consenti donc mais de manipulation d’une femme, est devenue un outil supplémentaire d’oppression des femmes par les hommes. Les cas où des femmes sont effectivement des « domina » sont rarissismes. Les cas où des femmes sont victimes de l’oxymore absolu où on leur fait prétendre qu’elles « consentent » à la violence qu’elles subissent, sont massifs, et deviennent normatifs dans notre société. Tellement qu’en justice, des hommes ont des circonstances atténuantes et des peines de prison ridicules s’ils ont tué leur partenaire dans le cadre de ce pseudo « consentement à l’esclavage ».

Alors que Polanski s’empare de cette histoire ou plus exactement d’une histoire de Broadway où il s’agit d’adapter la nouvelle de Sacher-Masoch,  c’est franchement insupportable. Et en plus, il y fait jouer sa femme. Voici un résumé qu’on peut lire sur le net, qui décrit le personnage principal du film, qui joue une actrice  : « L’actrice vulgaire, écervelée et débridée rebute d’abord l’homme de théâtre. Mais cette dernière va peu à peu lui montrer qu’elle comprend parfaitement le personnage dont elle a d’ailleurs le prénom. Perverse, sulfureuse, tous les qualificatifs bruissent sur cette oeuvre qui emprunte aux théories de Leopold von Sacher-Masoch, l‘inspirateur du masochisme.

Bon, j’arrête ici les frais, me direz-vous ? Mais non, parce que je ne vous ai pas encore parlé d’Ozon. Ozon François, auteur de « 8 femmes », « gouttes d’eau sur pierres brûlantes », qui propose cette année : « Jeune et jolie ». Passons sur le titre qui pue la propagande mainstream (car n’allez pas imaginer de la dénonciation). Mais le sujet du film ! Une jeune femme de 17 ans qui se prostitue « par plaisir » ! Je ne vais pas vous refaire ici une démonstration de pourquoi on ne se prostitue pas par plaisir.

Ozon ne sait-il pas, qu’aujourd’hui, déjà dans la loi, les hommes n’ont pas le droit d’obtenir des actes sexuels contre de l’argent de femmes mineures ?  Ne sait-il pas que le consentement n’existe pas lorsqu’on est mineure ? Qu’il s’agit donc de viol ? Quel intérêt à aller raconter sur un écran qu’une femme de 17 ans pourrait prendre plaisir à se prostituer, alors que tous les témoignages expliquent comment ces actes sexuels répétés sont destructeurs, et comment on ne se retrouve pas en situation de prostitution par hasard à 17 ans, mais par la double équation violence-nécessité de survivre, et ce dans l’immense majorité des cas ? Alors quel pourrait donc être le but d’un tel film, sinon faire de la propagande pour celles et ceux qui voudraient nous faire passer des vessies pour des lanternes, des viols pour du désir ? Pour préparer les mentalités au backlash, quand l’explication du fait que la prostitution est toujours une violence, commence à se répandre dans la société ?

 

BacklashBref, il y a quelques autres films (4 ou 5) dont l’effet backlash est moins évident à la lecture des résumés (il y a au moins Ashgar Fahradi, peut-être..), mais je m’arrête à 11/19 films insupportables…

Ce n’est pas mieux non plus dans la sélection « un certain regard ». C’est un peu moins mal. Mais c’est pire en fait : car s’il y a 7 femmes réalisatrices sur 18, cela autorise les journalistes à écrire que « les films de femmes se ramassent à la pelle »(1) : et c’est là ce que j’appelle le backlash, celui qui prend la moindre petite avancée pour un avènement du féminisme et de l’égalité, pour mieux faire taire toute revendication. Sans parler de la comparaison des films de femmes avec les feuilles mortes…

merida

A propos de « Backlash », il y a un dernier exemple dans l’actualité, qui circule pas mal ces jours-ci : celui de « Rebelle », « Brave » en anglais. Vous savez, le Disney écrit par une femme, avec une héroïne princesse non seulement courageuse et intelligent, qui crée une relation forte avec sa mère, mais qui n’a que faire de trouver le prince charmant, qui veut vivre sa vie en priorité ? Eh bien Disney a accepté d’en faire une de ses égéries. Parce qu’ils deviendraient plus féministes ? Non je rigole. Parce que c’est un moyen de la faire rentrer dans le rang. Ou plutôt dans le corset de la pornification. Car en « l’adoubant » aux côtés des Cendrillon, Ariel ou Belle au bois dormant, il lui on refait le profil…jugez plutôt. Heureusement, cela n’est pas passé inaperçu. Et la réalisatrice d’origine (car oui, elle a été écartée à la fin) comme les femmes à travers le monde et même les enfants, ont décidé de réagir, en signant cette pétition, qui a déjà près de 200.000 soutiens : http://www.change.org/petitions/disney-say-no-to-the-merida-makeover-keep-our-hero-brave

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11 réflexions sur « Cannes, palme du cinéma par et pour les hommes »

  1. merci pour ce commentaire
    ce que je remarque c’est que chaque année à cannes,on a un film pro-système prostitutionnel
    l’an dernier Bonello et ses maisons closes,cette année OZON
    ne devrait-on lancer une pétition et la faire remonter aux ministres de la culture et du droit des femmes
    IrèneC,Toulouse

    1. je vais sûrement vous étonner mais j’ai vu le film de Bonnello et pour moi il ne s’agit pas d’un film pro-prostitution. Il décrit admirablement l’enfer du système, que ce soit dans un bordel de luxe ou dans la rue. On en a débattu dans un contexte abolitionniste, et il a fait un très bon support à notre propos. j’admets en avoir été la première surprise…

  2. Mais de quels hommes parlent-on ? Sur les 200,000 signatures il doit bien en avoir quelques-unes qui sont le fait d hommes véritables et non de dégénérés qui ont a la place du cerveau une corbeille remplis d images stéréotypées.! Non ? Me semble que l aliénation des femmes est bien souvent supportées (malheureusement!) aussi par des personnes porteuses du sexe féminin mais dont l esprit est tout aussi apesanti de tous ces discours patriarchaiques sur la féminité subjective ou suggestive que nous devrions toutes portées triomphalement comme un masque de carnaval ou un niquab afin de ne pas heurter les misogynes tous genres confondus. Filles soyez donc l actrice de votre propre libération et soyons fieres de nos corps non-photoshoppés, ni bistourisés et pour ceux a qui cela déplait : Bon débarras !

  3. Euh… Vraiment, utiliser des résumés de films qu’on n’a pas vus pour construire un argumentaire ? Ce n’est pas sérieux du tout, ou alors quelque chose m’échappe.

    Quant au film de François Ozon : oui, il s’agit d’un acte illégal. Et ?… Le cinéma serait censé ne dépeindre que des actes légaux ? Cet « argument » ne tient pas…

    1. oui…ce qui vous échappe…c’est que l’argumentaire ne porte pas sur une critique des films…en tant qu’objet cinématographique. C’est une critqiue politique des thèmes et styles de films qui ont le droit :
      -au financement
      -à la distribution
      -à la sélection en festivals.
      Quant au film de François Ozon…vous faîtes semblant de ne pas faire la différence entre l’apologie d’un crime et un crime…

  4. Et tous les habituels reportages sur ces jeunes filles hystériques qui hurlent à la simple vue de Leonardo di Caprio descendant de voiture ou montant les marches du Palais du festival à Cannes, n’est-ce pas aussi une façon de forcer l’image d’une femme soumise, superficielle, émotive et inculte ?

    C’est bien triste…

  5. Bon je suis navrée, mais j’en ai assez de ces critiques qui ne parlent pas de cinéma. Voyez-vous, je pense aussi que le cinéma, et ce depuis toujours, entérine de nombreux préceptes sexistes. Notamment je vous conseille la lecture du magnifique article de Laura Mulvey « Visual Pleasures and Narrative Cinema » qui pose bien les bases en terme de théorie féministe du cinéma. Mais voilà, le cinéma est ambigu, il s’agit là d’un art économique ainsi, il faut l’étudier en tant que tel. On ne peut donc pas parler d’un film sans considérer son contexte économique (distribution, financement, sélections,etc) ce que vous faites très bien. En revanche, on ne peut pas non plus parler d’un film en n’abordant que ces questions là, sans parler d’analyse artistique. Sinon on n’oublie l’essentiel du film : sa forme, ce qui produit du sens. Les thèmes choisis ne nous donnent pas assez d’infos pour savoir si un film sera sexiste ou progressiste. Quand Amalric nous parle de strip-tease, c’est bien la forme du film, ses choix de réalisation qui font que ce film a une approche des genre tout à fait novatrice.

    Il faut suivre la même logique pour le film d’Ozon. Et pour celui de Polanski aussi d’ailleurs (et je fais partie de celle qui pense qu’il faut séparer l’homme de son oeuvre, c’est mon côté Merleau-Pontienne) Le thème ne nous dit rien. Seule sa réalisation nous dira ce qu’il en est. D’autant plus que François Ozon a été un pionnier en France en terme de représentation des genres, de la sexualités et des fantasmes au cinéma. Il a toujours fait des films assez progressistes quant aux normes de représentations qu’on ne remet pas assez souvent en question tant on les a assimilées comme normales (cf L. Mulvey encore une fois) Je comprends que certains films sur un sujet aussi épineux que la prostitution soient parfois énervants pour leur aspect normalisant, mais c’est malgré tout un sujet qui pose de nombreuses questions et porte à débattre ainsi, je trouve cela normal que le cinéma s’y intéresse. Quant au film d’Ozon, je ne jugerai pas tant que je ne l’aurai pas vu. (D’ailleurs pourquoi aborder ce thème passerait-il pour Bonello et pas pour Ozon sachant qu’on a toujours pas vu le film ?) Néanmoins, vous parlez d’une incitation au crime et là je veux et dois intervenir. Cette argumentation ne me semble pas tenir la route (encore une fois d’autant plus que personne n’a pu voir le film pour le moment). Tout d’abord vous reprochez à Ozon de montrer une femme qui veut se prostituer car ce n’est pas la réalité. Ok, je suis d’accord, de façon empirique, on sait que la prostitution est toujours lié à une nécessité et donc à une position de soumission et qu’ainsi il s’agit d’un acte violent, un viol. L’abolition de la prostitution est un de mes combats aussi. Cependant, François Ozon ne prétend pas faire un documentaire, c’est bien une oeuvre de fiction qu’il met en scène. Et dans cette histoire FICTIVE, il détruit toute nécessité. Il n’y a pas de nécessité, le personnage FICTF fait vraiment cela par désir et il devient ainsi sujet de sa sexualité en faisant un tel choix (sachant que la plupart du temps, au cinéma, les femmes sont objet de la sexualité masculine et point barre) Ainsi, je ne pense pas que le sujet soit tant la prostitution que la naissance et la gestion d’un désir et d’un fantasme. D’ailleurs, si je reprends mon exemple de Tournée de Mathieu Amalric : ce film vous a-t-il posé problème ? Pourtant il parle de strip-tease un acte fait en majorité par nécessité et contre sa volonté. Un acte d’une violence aussi grande que la prostitution si on considère les lapdance et les peep shows dégueulasses de la Place de Clichy. Pourtant Amalric ne voulait pas parler de nécessité, mais juste une volonté de montrer son corps dans un but politique. Ainsi, je ne crois pas qu’Ozon veuille dire : la prostitution c’est bien, mais questionner les fantasmes adolescents et leur conquête en se débarrassant de la nécessité. Je sais qu’on a tendance à vouloir que le cinéma reste toujours réaliste. Mais pour autant, il n’est et ne sera jamais le réel ! Encore un autre exemple, juste pour ouvrir un peu le débat. Catherine Breillat s’était faite lynchée à l’époque d' »Une vraie jeune fille » le viol et surtout le fantasme d’être violée y étaient très présent. Or, des années plus tard, on a commencé à se poser cette question : La repression de la sexualité féminine dans notre société ne serait-elle pas si violente qu’un des moyens pour une jeune fille d’accéder à la sexualité sans se sentir coupable serait de fantasmer d’un viol ? C’était en réalité ce que posait Breillat comme question. Loin de faire l’apologie au viol ni d’inciter au viol, elle avait un regard acide sur une société et la répression qu’elle opère sur les femmes. Pourtant de prime abord son film avait été rejeté et pointé du doigt comme celui d’Ozon aujourd’hui. Petite information aussi qui est passée très inaperçues bien qu’elle ait son importance je trouve : François Ozon a affirmé au Grand Journal je crois qu’à la base il avait écrit son scénario pour un garçon. Alors vous allez me dire oui, mais au final c’est bien une femme qui joue le rôle. Malheureusement j’aimerai connaître les raisons d’un tel revirement : histoire de production (mais là le réalisateur n’a rien à voir avec ça), coup de coeur pour l’actrice ou marche arrière totale. Je ne sais pas mais je trouve cela tout de même important pour comprendre cmt il a construit son personnage. J’eu bien sûr préféré voir un protagoniste masculin cela aurait fait sortir le récit de la « norme », ou plutôt de la représentation vue comme normale et récurrente de la prostitution. Or, j’ai une question, cela vous aurait-il moins choqué si cela avait été un garçon ? Pourtant, si on reprend votre méthodologie et votre argumentaire, la prostitution masculine existe (en nombre moins important certes, mais existe) et cela reste un acte de soumission et de violence de même envergure. Alors pourquoi serait-ce plus légitime d’aborder un tel thème si on montre un garçon et complètement tabou si on parle d’une fille ? Eh bien simplement parce que encore une fois ce n’est pas un thème qui définit un film car ce qu’il a à dire se trouve dans sa forme.

    Enfin quant à la présence des femmes à Cannes, je ne comprends pas qu’on ne pousse pas la réflexion un brin plus loin. Ne pensez-vous pas qu’en soit il y ait dans le monde du cinéma plus de réalisateurs que de réalisatrices ? Que le problème est bien plus profond que juste leur visibilité et le choix d’une sélection ouvertement misogyne ? Je respecte chaque membre du jury et je pense qu’ils ont fait leur job de sélection des film en compétition sans regarder s’il s’agissait d’un ou d’une cinéaste. Voyez-vous, j’étudie le cinéma et quand j’en parle, la première question qu’on me pose c’est : « Ah bon, pour quoi faire ? Actrice ? » Une idée reçue de prime abord innocente mais pourtant révélatrice. Le cinéma souffre, comme de nombreuses filières de préjugés qu’on nous inculque dès la plus tendre enfance : les filles sont bonnes en dessin, les garçons en maths. (http://next.liberation.fr/sexe/2013/05/13/les-formules-mathemachistes_902605) Bla bla bla et une fille qui veut faire du cinéma c’est pour être actrice et non machiniste. Les films souffrent bien sûr des même préjugés et d’ailleurs vous dénoncez le financement, mais saviez-vous qu’une grosse part du budget d’un film est calculée sur le nombre d’entrées faites par la boite de prod sur son précédent film. C’est un problème qui se mort la queue : le cinéma forge la société, mais la société oblige le cinéma à rester dans un certain carcan pour pouvoir être financé. Oui, désespérant dit comme ça, mais il faut être patient pour que ça change, car il faut une évolution de la conscience collective et c’est un processus bien lent. Mais des films comme Tournée sont très encourageants.

    Alors voilà, je suis désolée, c’est un peu long. Je suis d’accord, il faut critiquer le cinéma, c’est un médium qui a une grande visibilité et qui a bcp d’influence sur les gens, mais la méthodologies pour le faire me paraît ici trop peu construite. Voyons les films d’abord, puis critiquons après. Si au final, le film d’Ozon montre clairement quelque chose de dégradant et qui incite à la violence contre les femmes, dénonçons le, mais pas avant, pas en ayant que le thème du film. Si on s’arrête sur le sujet des films, on ferme la porte à de nombreux films ambitieux, progressistes et novateurs dans la représentation des genres et on laisse passer des films aux thèmes à priori banals mais qui normalisent l’image de la femme comme objet dans une société patriarcale. Puis le cinéma est un art et comme tout art, je pense que, même si parfois les sujets ne collent pas à mes idéaux, chaque cinéaste en tant qu’artiste a le droit de s’exprimer et ne doit en aucun cas être censuré.

    PS: Sinon, ce « certain » Takeshi Miike est un (très grand) cinéaste japonais connu et reconnu, qui fait des films de Yakuza (un genre qui se veut assez souvent violent quand même)

    1. C’est marrant parce que votre commentaire j’y ai répondu ce matin dans mon dernier article avant de l’avoir lu. Cf « la fiction »,…

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