Au bazar du genre

AubazardugenreLe mieux de l’exposition au bazar du genre au magnifique Mucem à Marseille, c’est son titre. En effet, il est fort probable que si vous n’avez pas longuement réfléchi à comment le genre est utilisé pour briser le féminisme et son enracinement dans l’universalité de l’esprit analytique et rationnel pour comprendre le monde, vous serez un peu perduEs en vous y baladant…et trouverez que c’est un sacré bazar…
L’expo est centrée sur 3 thèmes : en premier le rappel des luttes féministes du temps des grandes manifestations pour le droit à l’avortement, le combat pour les droits homosexuels des gays et lesbiennes, et…voile et revendication identitaire.

Aucun rapport logique qui expliquerait pourquoi le droit à l’avortement est ainsi relié à la question du genre puis au pseudo « choix de porter le voile » (car c’est ainsi que c’est présenté). Je n’y aurais moi même vu qu’une manifestation incompréhensible de postéfminisme queer sans pouvoir l’expliquer…

voiles et modernitéHeureusement, j’ai commencé la semaine dernière la lecture de « L’être et la marchandise » de Kajsa Ekis Ekman qui m’a donné une clé essentielle et que je cherchais depuis longtemps pour comprendre le fonctionnement de cette pensée. En effet, les défenseurEs de théories qui affirment que vendre son corps ou le voiler relèverait du même choix/droit que vouloir ou non avoir des enfants ou de la liberté sexuelle, en particulier celle de choisir son orientation sexuelle, parviennent à se servir du passé féministe pour tenter de légitimer leurs théories en utilisant une méthode de pensée qui relève de la psychanalyse et non de l’analyse rationnelle : l’association d’idées.

En effet, des mots résonnent lorsqu’on voit parler de l’avortement : « choix et droit de disposer de son corps » par association, on peut arriver à genre, droits des personnes homosexuelLEs, et pourquoi pas voile. Le simple fait que ces mots puissent s’associer dans les esprits suffirait donc à légitimer la dernière proposition par la première. Et le tour est joué : le ou la visiteur qui n’y réfléchit pas tous les jours, ne peut pas vraiment comprendre l’argumentaire derrière la libre association : il n’y en a pas*. En revanche, il retient une illusion de lien logique et politique entre les différents éléments du bazar…

DALIJe passe du coq à l’âne…ou peut être plutôt de l’âne au coq pour vous parler d’une autre nouveauté marseillaise : les statues sur le Vieux Port, et d’une en particulier. Un « grand artiste » l’a sculptée, et on l’expose aux vues des passantEs qui n’y voient aucune violence politique contre les femmes…. Vous comprendrez sans doute en regardant la photo de cette statue de Dali, et si j’ajoute que le grand jeu des touristes, et des jeunes hommes en particulier, c’est de se faire photographie assis dessus…

Ci-dessous une galerie photo qui récapitule et illustre le propos ci-dessus, et quelques photos reportage sur la ville.

S.G

* je précise à propos du voile : nulle part il n’est dit que l’expo serait « pro-port du voile ». La photo ci-dessus montre une « neutralité » sur la question, qui exposerait juste les faits. Mais ce dont je parle ici, c’est du fait même de choisir de faire une grande partie de l’expo là-dessus au sein d’un propos « bazar du genre », qui suffit à créer une libre association douteuse…

1 thought on “Au bazar du genre”

  1. même si une expo ne prend pas position « pour » le voile, ou « pour » l’avortement, etc. … le fait de le présenter comme une liberté, un exercice de sa liberté, c’est dire que c’est positif (pour les femmes).
    Je ne sais pas s’il y a une volonté de tout amalgamer, mais le Pouvoir misogyne, pour se maintenir, lutte contre le moindre symbole qui le met en danger, c’est tordu parfois mais ça va toujours dans le même sens…
    Les mots sont importants, dans le livre de Dworkin sur pouvoir et violence sexiste elle parle tellement bien (en quelques pages) des « Pouvoirs », dont le pouvoir des mots. Tordre les mots, leur donner un autre sens, c’est déjà un acte politique.
    Quant à la femme sans tête et coupée en 2… ça se passe de mots et les hommes qui s’assoient dessus ont saisi l’enjeu. Chaque petit ou grand macho, bien à sa place, fait tourner les rouages impeccablement. Et des féministes jouent les grains de sable…

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