Hommes : l’occupation de notre espace sonore

nuitDans la série le patriarcat en été, voici encore un article pour parler des hommes…et de comment ils occupent l’espace, même sonore…

On parle souvent en effet de l’espace qu’occupent, dans le patriarcat, très largement les hommes et très peu les femmes. Ainsi, des études ont montré comment les activités que font les garçons -le football en premier- font qu’ils occupent tout le centre de la cour de récréation et que la plupart des filles sont confinées sur les bords. Les budgets sports des communes, montrent que les financements pour des espaces dédiés aux équipes sportives masculines sont ultra majoritaires. Dans le métro, récemment un blog montrait comment les hommes s’étalent, jambes écartées, quand les femmes replient leurs jambes et cherchent un espace. Quant aux cafés, regardez le nombre d’entre eux où il n’y a pas une femme en terrasse. Enfin, on sait que la rue, la nuit, n’est pas pour les femmes. La peur les maintient à l’écart, et pour celles qui osent encore, le harcèlement de rue est là pour les rappeler à l’ordre*.

Mais on parle moins souvent d’une occupation de l’espace un peu différente, mais tout aussi excluante : l’occupation -voire la pollution sonore de l’espace. On sait que dans les assemblées, les hommes prennent dix fois plus facilement la parole que les femmes. Mais ce n’est pas de cela que je veux parler. Plutôt de la pollution sonore par le bruit qui, en ces temps caniculaires, nous dérange jour et nuit. Ouvrez un peu au genre vos oreilles et vous aurez tôt fait de la constater. Dans le bus, les jeunes ados mâles s’invectivent bruyamment. Dès qu’un groupe de 3 ou 4 garçons se forme, il est accompagné d’un volume sonore, qui non seulement gêne mais fait peur si l’heure est tardive et écarte les femmes.

Ensuite, il y a les deux roues. Les motos qui pétaradent à n’importe quelle heure du jour et de la nuit quand on essaie de dormir fenêtre ouverte ? Ce sont très majoritairement des hommes qui les occupent, et qui semblent prouver leur virilisme en en faisant le maximum.

Autre exemple, lié à une initiative vue à plusieurs endroits des villes cet été, et dans les gares SNCF, où un piano est en libre accès. J’y ai toujours vu des hommes l’occuper, bruyamment, parfois simplement pour taper sur les touches, je n’ai pas encore vu une seule femme. Il faudrait encore que nous osions nous approcher…

Enfin, il y a des activités dont l’absurde égale la gêne provoquée. Je ne sais pas si vous avez remarqué cette innovation qui consiste à mettre dans les mains des jardiniers municipaux (majoritairement des hommes), des soufflets électriques, destinés à aider au ramassage des feuilles. Le hic, c’est que le ramassage des feuilles, normalement, c’est en automne…
Vous comprenez, vous, pourquoi en plein mois de juillet, on a droit au moins une fois par semaine si ce n’est tous les jours au soufflage des feuilles ? Et le jardinier peut bien avoir un casque sur les oreilles, c’est nous qui en subissons les désagréments. Est-ce motivé par la nécessité de faire travailler ? Mais alors, il serait bien plus simple et plus sain de fournir un rateau pour ramasser les quelques feuilles d’été, non ? Quelle est donc cette société productiviste et patriarcale qui préfère enlever quelques feuilles avec des engins pollueurs de notre espace sonore plutôt que de les ramasser une fois de temps en temps et en silence ?

C’est comme le marteau-piqueur à 21h30 en semaine. Peut-être que plus tôt, ce lundi, il faisait trop chaud pour les ouvriers, mais le sommeil des enfants, na valait-il pas qu’on essaie plutôt le matin ? Et ci ici hommes comme femmes en subissent les conséquences, cela ne vient il pas d’une façon de penser la société par et pour les hommes ?

En bref, c’est un petit coup de colère caniculaire, pour attirer l’attention sur le fait que les hommes ont des ressources inépuisables pour occuper le maximum d’espace, et que quand ce n’est pas physiquement c’est bruyamment !

S.G

*D’où la nécessité de faire, encore et toujours, des espaces non-mixtes d’occupation de l’espace avec des marches lesbiennes et féministes où l’espace de quelques heures, on peut crier, chanter, « la rue, l’espace, la place pour noues ».

 

 

 

Advertisements

16 réflexions sur « Hommes : l’occupation de notre espace sonore »

  1. ET… avez vous remarqué, toutes, combien ,au cours d’un repas de famille ,les hommes de la tablée accaparent le discours par le volume sonore de leurs voix « viriles » ?

  2. Merci pour ce texte.
    Le bruit est une nuisance particulièrement difficile à éviter, et cet irrespect des autres ne fait que croître.
    Les mômes en classe parlent fort: on ne leur apprend pas à baisser la voix lorsqu’il y a du monde autour, et pourquoi leur apprendrait-on, d’ailleurs, puisque les gens autour sont quantité négligeable et emmerdeurs potentiels à qui on va accessoirement montrer qu’on existe plus qu’eux.
    Dans les transports publics ça ne s’arrange pas non plus.
    Dans les lieux de calme, on peut rêver aussi – hier exemple toute une colo avec 5 monos qui ont mis de la zike sur la pelouse de la piscine, où il est interdit … de mettre de la musique… les monos ne savent pas lire les panneaux et/ou se pensent tout permis au motif que ‘il faut occuper les enfants’. Sauf que le plaisir était visiblement pour elleux, les mômes ont juste suivi.
    Dans mon quartier les ballets de scooters et cris divers de gens qui se ‘parlent ‘ (sisi) majoritairement des hommes, parfois un couple, mais c’est le mek qui crie le plus fort, ou des djeunzz qui font juste du bruit par plaisir d’en faire- pas de fille.
    Et donc en effet, en classe, je fais toujours attention à donner la parole équitablement aux petits parleurs (cad enfants qui ne la ‘prennent’ pas, la parole pour des raisons diverses) et surtout à laisser l’enfant aller au bout de son discours, dans ces ‘petits parleurs’, pas que des filles, certes mais même en n’étant pas des ‘ petites parleuses’ pas mal d’entre elles doivent êtres sollicitées pour parler, à l’inverse des garçons qui laissent jaillir leurs mots, sans barrière éducative (càd respect des autres), y compris en dehors du thème en cours … bien sûr il est des filles pipelettes et des garçons taiseux, mais je parle là d’une tendance de fond… à noter surtout – et c’est tout à fait flagrant- que les filles ont, hélas, déjà l’habitude d’être interrompues (et les gars déjà celle de les interrompre)… ha l’âge de mes ouailles? 4 et 5 ans.
    Zenpeuplu de mes congénères.

  3. Billet très pertinent, j’aimerais bien lire aussi un billet centré spécifiquement sur l’occupation de l’espace verbal par les hommes. Le stéréotype « les femmes sont bavardes » m’agace particulièrement, d’autant plus qu’il est surtout énoncé par des hommes eux-mêmes très babillards, mais convaincus de leur bon droit à parler, au contraire des femmes !

  4. merci, rafraîchissant 😉 !

    je souligne le point « les groupes d’hommes qui donnent de la voix ». Je crois que, parmi les actes de nuisance sonore dominante, c’est de loin ce qu’il y a de plus terrorisant dans les pratiques banales et valorisées socialement.

    Le nombre de fois où, rentrant en RER ou prenant le métro, j’ai dû endurer des groupes d’hommes (de pré-ado à étudiants tardifs, entre 3 & 15) qui se gargarisent de leur propre puissance vocale et …. sexiste !
    Ils déversent des chansons entières de menaces de viols (on a tous les détails de leur violence : agression et viol par fellation [« viens, je vais te montrer mon sucre d’orge »], viol et agression par sodomie [« viens lécher mon sac à caca », « on lui bottera les fesses »], viol sur ascendant [ « X baise sa grand-mère » … ce qui se finit par « X dit à son père : fils de pute »] … On a droit à toutes les chansons de « salle de garde » (on sait les corporations viriles, en particulier de pouvoir comme les médecins ou les militaires, sont des fabriques à soldats anesthésiés et excités à la violence sexuelle). Quand on sait que le métro ou RER sont des lieux de vulnérabilité pour les femmes (exhibitionnistes et agresseurs noues persécutent), et que le soir, en les croisant, noues rentrons dans le lieu le plus dangereux pour noues, à savoir le foyer, ce genre de démonstration de force est un pur sous-titre aux violences sexuelles physiques. C’est ainsi que l’on voit combien les conjoints violents, les violeurs en prostitution, les harceleurs au travail, sont en fait des soldats d’une grande meute qui est d’autant plus intouchable qu’elle agit à ciel ouvert.

    Outre le propos, l’attitude aussi est explicitement brutale : ils ouvrent leur gorge profonde, et recrachent tout ce qu’ils ont de plus sadique en eux. Ils font corps entre eux : bombant leurs muscles, se poussant … Bref, une vraie parade des violeurs. En plein espace public. Les rares femmes qui sont avec eux n’ont qu’à endurer ou suivre tout en faisant semblant de ne pas comprendre qu’elles sont en premier sur la liste des cibles, et noues, public hébété d’effroi et de rage, en second.

  5. une illustration …
    (attention : le point de vue adopté pour illustrer les propos d’introduction est celui de l’agresseur [morcellant, chosifiant, pornifiant, braqué comme les regard des tueurs ou des violeurs dans les films malestream]).

  6. excellente note, je suis bien d’accord. Je vais à la piscine toute l’année, mais en ce moment, dans les cabines et les douches, c’est « l’enfer » du boucan. Tout le monde gueule, bien des gens se croient obligés de chanter « sous la douche », c’est nul de chez ringard, mais on leur a appris à faire ça; effectivement les hommes les premiers, vieux. Les gens ne se parlent pas entre eux, ils se gueulent dessus. Les enfants, même petits, ne parlent pas à volume normal avec leurs parents (pourtant dans une même cabine pour se changer) il faut croire que ça les grandit… on prépare une génération de sourds ?
    Perso je me ferme à tout ça, si c’est dans le métro il m’arrive de changer de wagon pour avoir du calme, le sketch de leur vie ne m’intéresse pas.
    S’il y a une grande gueule lors d’une réunion de « famille », parfois je dis quelque chose, parce que c’est lourd.

  7. Ah! Oui! Les pousse-feuilles a moteur, cette prolongation phallique pour traquer une pauvre petite feuille perdue a grands coups d’accélérateur. Les municipalités complices pour montrer aux citoyens qu’on travaille pour eux! Heureusement qu’on n’est pass armées, j’aurais déjà dezingue la moitié des techniciens de surface!

  8. Ce que vous dites est tout à fait vrai. Mais je pense que c’est vrai dans tous les domaines.
    Je pense même que cela fait partie de la « Loi des 80% » (80% des personnes sous le seuil de la pauvreté sont des femmes, généralement avec un ou plusieurs enfants à charge/80% du travail domestique gratuit “lourd”, sans intérêt) est effectué par les femmes, qui bénéficient de moins de temps libre que les hommes/80% des RMI/RSA sont des femmes/80% des personnes au SMIC ou gagnant moins que le SMIC sont des femmes/80% des personnes subissant le temps partiel sont des femmes): ils occupent aussi 80% de l’espace.
    Et quand on observe un domaine où les femmes sont majoritaires, parmi les professions « féminisées » par exemple, on voit un troupeau de 80% de femmes dirigé par UN homme. Ce sont eux qui occupent à 80% les postes de direction.

    « Ainsi, des études ont montré comment les activités que font les garçons -le football en premier- font qu’ils occupent tout le centre de la cour de récréation et que la plupart des filles sont confinées sur les bords », dites-vous fort justement. L’image concentre et représente bien la situation, elle en est emblématique.

    Et cela dure toute la vie : du berceau au cercueil, de la naissance à la mort.

    Les femmes sont confinées sur les bords de la cour de récréation durant tout leur existence, elles leur servent de paillasson, de marche pied-pour leur carrière, de faire valoir, de bonniches pour faire marcher l’intendance, de béquille et de tétine. Pour une retraite en moyenne inférieure de 30% à la leur.

  9. je repense à un truc : et les sifflements. Est-ce que les femmes sifflent ? Je ne parle même pas du sifflement façon « je siffle mon chien » quand un homme siffle une fille. Mais le sifflotement d’un air, d’une chanson, dans la rue ou tout espace public. C’est un peu vieillot les sifflements, mais y’en a qui le pratiquent encore (genre : à domicile, qu’est ce ça m’énerve !!!).
    Je me souviens d’une femme (aujourd’hui 70 ans) qui m’avait dit qu’étant gamine, elle s’était amusée à siffler un air connu, mais on l’avait fait immédiatement arrêter. Ses frères sifflaient eux…

  10. Et par contre, dès qu’on a besoin de voix humaine pré-enregistrée pour canaliser un client/usager (menu d’une ligne téléphonique, annonces dans les centres commerciaux et lieux de transports en commun) : on fait appel à une voix douce et chaleureuse de femme, docile, zélée,et apaisante…

    Cette voix agréable mais mono-corde, c’est le pendant sonore de la femme prototype qu’on voit en photo dans toutes les pubs : corps de mannequin, visage lissé (merci photoshop) et souriant, éternellement souriant.

  11. Sujet très intéressant !

    Le type masculin s’accompagne d’une foule d’actions et d’apparences, et il est intéressant de les analyser sous l’angle, anodin en apparence, du bruit.

    Votre article et les commentaires précédents ont bien souligné cette identité de rapport entre masculin/féminin et bruyant/silencieux.

    Pour reprendre l’exemple des deux roues, il faut peut-être ajouter que le comportement qui consiste à faire vrombir son moteur n’est pas non plus exclusif des deux roues. C’est quelque chose qu’on retrouve avec les voitures et même les vélos (bout de carton dans les rayons pour faire un max de bruit). Ce que je trouve intéressant, c’est une espèce de mélange de performance, de démonstration associé à la virilité.

    Quant aux exemples des jardiniers ou des marteau-piqueurs, je suis moins convaincue. Il est vrai que ce sont des métiers qui sont, sans raisons valables, perçus comme masculins. Cependant, je trouve assez injuste de reprocher aux jardiniers l’utilisation d’outils comme les soufflets électriques, quand on sait à quel point le ratissage au rateau peut être éprouvant. De même, pour les ouvriers qui travaillent aux marteau-piqueurs. Je ne voudrais pas oublier qu’il s’agit là de métiers éprouvants, et contrairement aux exemples précédents, ils ne me semblent pas participer DIRECTEMENT d’une expression d’un stéréotype masculin.

    Qu’en pensez-vous ?

  12. je pense que vous ne m’avez pas tout à fait comprise donc je vais repréciser mon propos. Je ne remets pas en cause l’existence de ces machines, mais le fait de les utiliser à tout bout de champ…oui, ramasser les feuilles en automne avec une soufflerie polluante par le bruit, pourquoi pas, mais pas tout le temps, pour ramasser deux feuilles qui traînent en été. Là, c’est le balai qui suffit…On m’a même depuis rapporté qu’à la plage on utilise parfois ces choses pour souffler le sable !
    S’il n’y a pas là matière à vouloir à tout prix tout dominer…
    Pour le marteau-piqueur, je ne m’attarderai pas sur le stéréotype…mais sur le fait de choisir de faire ces travaux tard, alors que c’est l’heure où les enfants tentent de s’endormir. Si c’est la canicule qui motivait d’attendre, il faisait toujours 30°…
    Aujourd’hui, on prend des mesures pour protéger les travailleurs et c’est tant mieux. Mais on ne prend pas de mesures suffisantes pour protéger les enfants. Certes, ce n’est pas le marteau piqueur qui les met le plus en danger, mais c’est juste pour signaler la posture…

  13. Vous voulez dire que l’utilisation de ces machines est telle que ne sont pas pris en compte d’autres facteurs (le confort des habitants du quartier, le sommeil des enfants), et que cet oubli est lié une domination implicite du patriarcat ?

    1. oui, que c’est lié au fait que dans le système patriarcal, la voix des hommes l’emporte. Pour la soufflerie, on pourrait dire en outre que si l’innovation technologique -qui fait partie, avec les armes, de ce que les hommes se sont approprié dans le patriarcat, est souvent une chose qui nous a fait avancer. Par exemple, sans elle, nous ne nous écririons pas. Sonc, si c’est souvent une belle chose, c’est aussi une « manie » au détriment de la prise en compte écologique des choses, c’est à dire des besoins de la nature et de l’humain. Dans ce cadre là, hommes et femmes en pâtissent, mais c’est une dérive du système. Et ce sont les hommes qui le décident.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s