Femmes grandes et cancer : les médias de la peur

woolveDepuis longtemps, j’ai pris conscience de comment les médias cherchaient à nous faire peur -dans le cadre d’une forme de propagande qui n’en est pas une, puisqu’elle n’est pas le fruit d’un plan conçu consciemment par un ou quelques individus, mais du fait qu’elle est un élément de base dans le fonctionnement du système de nos sociétés. La peur, des hommes de mourir à la guerre ou de maladie, des femmes de mourir des violences masculines.

Depuis, j’ai lu des choses qui n’ont fait que le confirmer, et surtout vu comment cette fois, des groupes politiques comme les ultra-conservateurs états-uniens savaient si bien mettre à profit la peur, comme « la stratégie du choc », de Naomi Klein où elle explique magistralement comment l’effet de sidération provoqué par la peur (suite à la perte de tout ce qui était à soi comme dans l’ouragan Katrina) et surtout le besoin de mettre en place des stratégies de survie est le moment propice à ceux qui veulent prendre le pouvoir pour le faire sans opposition – les victimes du choc n’étant pas en capacité à ce moment là de réagir. Une théorie qui pourrait si bien s’appliquer d’ailleurs aux violences masculines (la stratégie étant de faire en sorte que les victimes ne soient jamais en capacité de réagir)…

Autre réflexion que je me suis faite depuis, la peur n’est pas née des médias de masse. Déjà, les contes pour enfants étaient là pour bien leur dire de ne surtout pas développer un trop fort esprit de résistance. On disait parfois « pour les préparer à ce qui les attend plus tard », certes, mais est-ce qu’avoir la peur ancrée prépare à mieux se défendre en cas de guerre, viols, pillages, famine ou au contraire encourage à se résigner à la situation ? Surtout si au fil des messages, une culpabilisation sourde des victimes s’est manifestée ?

Bon, mais j’en viens au fait et au motif de cet article, qui fait le lien avec celui d’il y a deux jour sur le petit-déjeuner patriarcal. Une autre étude, cette fois, vient nous expliquer que les femmes grandes (j’en suis, c’est pourquoi j’ai lu, eh oui…) ont plus de risque de développer des cancers que les moins grandes, et que ce risque augmente tous les 10 cm. L’article de ce journal qui nous fait hurler de colère régulièrement (Le Point, avec son indigne sondage sur les roms, et ses couvertures racistes), est assez rigoureux.

Il explique bien que la taille a été mise en évidence comme un facteur de risque indépendamment des autres facteurs de risque, que peuvent être l’obésité, la prise d’alcool, de drogues, etc. Il va même nous expliquer que le fait que des cellulles cancéreuses surviennent est lié à la croissance, donc que finalement c’est assez logique.

Pourquoi s’intéresse-t-il aux femmes exclusivement ? Il ne le dit pas, mais comme il s’agit d’étudier la situation des femmes ménopausées seulement, il semble que ce soit le choix de l’étude.

Et voilà donc que nous, femmes grandes (et donc proies moins faciles pour les hommes violents dans la rue), nous devons avoir peur de ce à quoi de toutes façons nous ne pouvons rien changer (voilà qui est hyper efficace!).

Voila encore une fois qu’une de nos caractéristiques physiques vient nous condamner à un triste destin (oui, car le danger principal ne doit surtout pas être nommé) ?

Pas tout à fait, et ce sont les deux dernières phrases de l’article qui viennent nous rassurer (ainsi qu’un titre de paragraphe, ce que l’on appelle un « inter ») : « L’étude n’a pas établi une certaine taille à partir de laquelle le risque de cancer commence à augmenter, relève le docteur Kabat tout en soulignant que ce risque reste faible. « Il est important de souligner que l’âge, le tabagisme, le surpoids et certains autres facteurs de risque jouent un rôle considérablement plus grand », souligne le chercheur ».

Ah, donc, il y a risque plus élevé, mais négligeable et vraiment pas très important. Alors tout ça pour ça ? Oui, parce que rassurez-vous, marchands de peur, il n’y aura plus grand monde pour lire les deux dernières lignes de l’article…d’autant que mis en valeur par Yahoo Actualités, c’est justement la fin de l’article qui est réservée à une lecture plus approfondie, après « clic »…

S.G