Sacrées sorcières du patriarcat !

sacréessorcièresHier, nous décidions ma fille et moi de lire ensemble un livre de Roald Dahl qu’elle connaît déjà par coeur : « sacrée sorcières ».

Je commençais donc ma lecture à haute voix, pensant à un moment de détente sans trop de politique, m’imaginant, sous les effets trompeurs de quelques années de féminisme intensif, que les sorcières étaient des êtres ô combien sympathiques, exemples pour noues de femmes affirmant leur indépendance et de prendre en main leur destin.

Les sorcières en effet, que l’histoire avaient punies de leur velleité d’agir en être humains, à une époque obscurantiste, avaient cédé la place à l’image de ce qu’elles étaient ; des femmes punies pour avoir voulu vivre leur vie. Et voilà que je tombais face à face avec cette forme d’obscurantisme patriarcal déguisé en littérature que je m’emploie régulièrement à décortiquer. Un vrai monde à l’envers, en quelques paragraphes pour semer chez les enfants la peur des femmes et dissimuler aux petites filles les vrais dangers qu’elles courent et courront femmes : les violences masculines.

1/ Installer la peur

Et du coup, ma lecture devait s’arrêter presque à chaque phrase pour remettre le monde à l’endroit. Je vais faire pareil ici, en deux temps. D’abord, le texte tel qu’il est écrit par l’homme écrivain.

Cela commence de cette façon : pour dire que les contes de fées qui présentent les sorcières avec des robes noires et chapeaux pointus se trompent. « Nous allons parler des vraies sorcières, qui vivent encore de nos jours ». C’est le préambule. Attention la vérité arrive : »les vraies sorcières s’habillent normalement, et ressemblent à la plupart des femmes. Elles vivent dans des maisons, qui n’ont rien d’extraordinaire, et exercent des métiers tout à fait courants ».

Vous auriez donc pu trouver rigolotes et exotiques les sorcières et ne pas en avoir peur, parce que jamais on n’en voit, mais non, il vous faut avoir peur.

Dès le 4e paragraphe, le ton est donné, et commence à apparaître le monde à l’envers, le contraire de la réalité.

« une vraie sorcière déteste les enfants d’une haine cuisante, brûlante et bouilonnante, qu’il est impossible d’imaginer. Elle passe sont temps à comploter contre les enfants qui se trouvent sur son chemin. Etc. »

L’auteur dit alors le processus de prédation de la sorcière : « Mais la victime est souvent choisie avec soin. Voilà pourquoi une sorcière traque un enfant comme un chasseur traque un petit oiseau dans la forêt. (…)Mais une sorcière n’est jamais jetée en prison. N’oubliez pas qu’elle a la magie au bout des doigts, et le diable dans la tête ».

La terreur est donc instalée, on a dit qu’on ne pouvait pas identifier la sorcière facilement, qu’elle nourrissait haine et volonté de destruction envers les enfants. Maintenant, il faut passer à l’expression pure du patriarcat :

« Une sorcière, c’est toujours une femme.

Je ne veux pas dire du mal des femmes. La plupart sont adorables. Mais le fait est que les sorcières sont toujours des femmes et jamais des hommes ».

Voila qui est clair : le danger, ce sont les femmes. Pas toutes les femmes, bien sûr (sinon ce serait misogyne, or c’est bien connu, les hommes ne sont pas misogynes). Mais par un magnifique tout de passe passe, l’écrivain dit bien aux petits garçons « c’est de toutes les femmes qu’il faut avoir peur ». Et d’insister, quelques lignes plus loin, dessin à l’appui : « si un tigre pouvait se transformer en gros chien qui remue la queue, vous iriez sûrement lui caresser le museau et…vous seriez le festin du tigre ! C’est pareil avec les sorcières, parce qu’elles ressemblent toutes à des femmes gentilles ». (…) maintenant, vous savez que votre voisine de palier peut être une sorcière. (suivent plein d’autres exemples).

 

2/ Cacher la vérité par le retournement de la culpabilité : c’est le monde à l’envers (discours de l’agresseur, culture du viol). Donc, en 4 pages, toute la haine des femmes est distillée aux petits garçons.

Mais il y a pire. Parce qu’il y a là un parfait retournement.

Si vous reprenez les phrases citées ci-dessus et remplacez le mot « vraie sorcière » par agresseur, femme par homme et enfant par victime ou opprimée alors vous dîtes cette fois la « vraie vérité ». Si vous remplacez le petit garçon cible du livre par la petite fille, alors vous obtenez ce qui pourrait être une mise en garde aux petites filles qui un jour seront des femmes terrorisées sur les vrais dangers qu’elles courent. Mais qui ne sera jamais dit.

En voici la démonstration :

« Les agresseurs détestent les enfants (ou les femmes) d’une haine cuisante, brûlante et bouillonnante, qu’il est impossible d’imaginer. »

« Un agresseur, c’est toujours un homme ». On n’est pas loin de la vérité : envers les enfants, c’est majoritairement des hommes, les violeurs sont toujours des hommes (ultra-majoritairement), les prostitueurs aussi.

« Un agresseur déteste les enfants d’une haine cuisante, brûlante et bouilonnante, qu’il est impossible d’imaginer. Il passe son temps à comploter contre les enfants qui se trouvent sur son chemin. Etc. »

Oui, comme le dit Muriel Salmona dans le livre noir des violences sexuelles, on n’imagine jamais que les hommes agresseurs veulent détruire : « un autre point aveugle, « est l’absence de reconnaissance de l’intentionnalité de l’agresseur. Sa volonté de nuire, de détruire, de faire souffrir le plus possible, d’opprimer, de réduire sa victime à une chose, de la déshumaniser pour son intérêt et son plaisir, et même, comble de la cruauté, d’en jouir, est escamotée ».

« Mais la victime est souvent choisie avec soin. Voilà pourquoi un agresseur traque sa victime comme un chasseur traque un petit oiseau dans la forêt. (…). C’est exactement le processus de prédation du dominant qui est décrit ici. L’agresseur est bien un prédateur qui choisit ses victimes.

« Mais un agresseur n’est jamais jeté en prison. N’oubliez pas qu’il a la magie au bout des doigts, et le diable dans la tête ».

Il a la magie au bout des doigts, c’est très clairement : « c’est lui qui a le pouvoir ».  Et « il a le diable dans la tête » c’est : il a perdu tout sens de l’empathie au point d’agir de façon inhumaine (caractéristique de l’agresseur décrite par M.Salmona)

« Il n’est jamais jeté en prison », est-il besoin ici de rappeler que moins de 1,5% des viols donnent lieu à condamnations, et moins de 10% des agresseurs poursuivis ?

« Je ne veux pas dire du mal des hommes. La plupart sont adorables. Mais le fait est que les agresseurs sont toujours des hommes et jamais des femmes ». Comme dit plus haut, on n’est pas loin de la vérité (en particulier pour les viols)

« si un tigre pouvait se transformer en gros chien qui remue la queue, vous iriez sûrement lui caresser le museau et…vous seriez le festin du tigre ! C’est pareil avec les agresseurs, parce qu’ils ressemblent tous à des hommes gentils ». (…) maintenant, vous savez que votre voisin de palier peut être un agresseur. (suivent plein d’autres exemples).

Voilà exactement une mise en garde raisonnable. Oui les agresseurs ressemblent à des hommes gentils et sont des hommes normaux. Oui ils peuvent être le voisin de palier ou même le conjoint, le père ou le frère. Oui les enfants et les femmes sont le festin de ces tigres ignorés et impunis. Seulement ça, on ne le dit jamais aux petites filles et aux femmes. A la place, on dit lorsqu’il y a assassinat de femme « c’était une querelle familiale ou un drame passionnel », les voisins s’étonnent « il était si gentil »… Quand il y a viol, on dit c’est elle qui l’a cherché…

Voici donc l’exemple le plus parfait le plus pur et à peine voilé du retournement opéré par le patriarcat.
La semaine dernière, à la librairie Violette and Co, nous parlions de cela avec Muriel Salmona et les AmiEs de Femmes en résistance : il est nécessaire et vital de décortiquer à la fois le discours des agresseurs qui repose vis-à-vis de la victime sur le retournement de culpabilité et le mensonge éhonté, il est nécessaire aussi de décortiquer la culture du viol, la culture patriarcale, qui prend les enfants au berceau de la lecture pour bien leur faire peur et leur décrire un monde à l’envers.

Il est vital pour nous de le dénoncer et de le remettre à l’endroit. Pas de justice, Pas de paix !

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

 

 

 

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23 réflexions sur « Sacrées sorcières du patriarcat ! »

    1. Roald Dahl aurait bien plus de 100 ans, donc il n’était forcément « moderne » dans sa façon de penser,mais il est tout à fait certain qu’il ne fait pas l’apologie du patriarchat, encore moins du viol, d’autant que les victimes se rebellent et gagnent à la fin, grâce notamment à la super grand-mère. Son inspiration, c’est le folklore norvégien, et bien sûr l’inconscient populaire véhicule plein de choses sur les relations humaines.Mais contrairement aux conclusions de l’auteur de l’article, elles apprennent souvent à vaincre un problème, pas à le subir sans rien dire (la problématique n’est pas si loin de celle du Petit chaperon rouge, dont la plupart des versions ont une morale bien éloignée de celle de Perrault et mettent en valeur les notions de transmission et de solidarité féminines. certes, Dahl était un homme,mais il a été élevé par une super grand-mère).

  1. ça existe en vrai ce livre ? …….
    J’arrive pas à y croire tellement c’est nul ! …..
    Bon , en même temps moi j’adore les contes de fées et en majorité ils ne sont pas du tout comme ça , heureusement ……

  2. Ah oui, Roald Dahl – le meilleur chien de garde du système. Je n’ai jamais réussi à terminer un de ses livres (je n’en ai pas commencé beaucoup, pour cause) tellement il est caricatural dans sa misogynie, sa xénophobie, son mépris de classe et tout le reste.

    Ce qui reste pour moi un mystère, c’est qu’il soit tant lu et exploité – car de plus je ne trouve pas ses histoires très passionnantes.

    Merci de cet article, c’est une raison de plus pour ne pas le lire, et pour me fendre d’une petite moue dégoûtée et un peu étonnée chaque fois qu’on m’en parle comme d’un « grand » écrivain pour enfants 🙂

  3. Bon, visiblement je suis la seule ici à être une fan depuis mes premières culottes de Roald Dahl.
    Si je n’avais pas lu le livre, j’aurais pu souscrire sas hésitation à votre analyse.
    Mais en l’occurence, comme tous les autres livres de Dahl, je l’ai lu et relu, à moi et à d’autres, des dizaines de fois.
    Je ne m’étendrai pas sur le texte en lui-même, même si, en bonne « obsédée » des sorcières et des pratiques et discours sorcellaires à travers le monde et le temps, je l’apprécie particulièrement (et l’ai juste adoré quand j’étais petite fille.).
    Et oui, les sorcières sont toujours des femmes, tout comme les ogres sont toujours des hommes. Et arrêter le texte avant l’explication des particularités des sorcières (en l’occurence, si je me souviens bien, les pupilles non pas noires mais contenant des charbons qui dansent, des pieds carrés sans orteils, un crâne chauve, des mains pourvues de griffes animales et une salive bleue encre) biaise un peu, me semble-t-il, le propos de l’introduction du livre.
    Par contre, étant donné que le personnage principal après le petit garçon héros de l’histoire est, en l’occurence, une femme, je suis un peu étonnée de voir cette histoire comme une charge patriarcale.

    Par ailleurs, je voudrais réagir également sur les commentaires: Je veux bien que l’on puisse considérer Roald Dahl comme  » mysogyne, xénophobe et empreint de mépris de classe », mais moi, en tant qu’enfant, je l’ai vécu tout autrement: l’ennemi de Dahl dans tous ses romans « pour enfants », ce ne sont pas les femmes, les étrangers (en fait je ne vois même pas où ni comment on peut le taxer de xénophobie puisqu’il n’y pas de personnages « non-anglais-blancs » dans ses livres, non pas par ségrégation mais tout simplement parce qu’il parlait du monde qu’il connaissait, mais soit) ou les pauvres qui sont les « ennemis » , mais les ADULTES, du moins l’immense majorité qui a oublié ce qu’est être un enfant et qui joue en permanence de son autorité. C’est ça, le thème central des romans de Dahl, et c’est d’ailleurs pour ça que les enfants, souvent, aiment son oeuvre. Et dans la plupart des histoires, l’adulte « à part », qui défendra l’enfant victime des adultes, est une femme.

    L’auteure du premier commentaire se dit choquée par l’extrait ici commenté (en même temps c’est normal) et ajoute qu’elle « adore les contes de fées et qu’en majorité ils ne sont pas du tout comme ça heureusement ».
    ????? A moins que les seuls contes jamais lus ne soient que ceux choisi et magistralement narrés par Clarissa Pinkola Estès, le fait est que les contes, reflets des représentations et des dynamiques sociales des sociétés qui les véhiculent, sont majoritairement sexistes, ce qui n’est pas surprenant puisqu’en effet, la domination masculine est le modèle prégnant dans les sociétés humaines.

    Bon, mon commentaire est un peu décousu, ne m’en veuillez pas: c’est juste que, vraiment, pour moi dans ma vie à moi (je ne parle donc pas en tant qu’experte de quoi que ce soit), les romans de Roald Dahl ont été libérateurs, en tant qu’enfant mais aussi en tant que fille/femme (je pense évidemment à Mathilda, que j’aime et que j’adore!!!) Ce que dit Roald Dahl à travers ses romans pour enfants, ou du moins ce que j’ai compris, c’est que, petite fille ou petit garçon, on peut être ce que l’on veut, comme l’on veut, et que les règles sociales (les règles édictées par les adultes référents) n’ont pas à être suivies si elles ne nous correspondent pas: pas vraiment le let motiv du patriarcat quoi….

    A part ça, j’aime toujours autant votre blog 🙂

  4. Le titre est engageant , sur le ton de la plaisanterie et de la connivence, entre l’enfant et l’auteur. Et, si on y prend pas garde, tous les poncifs sur les femmes , d’abord présentées comme des êtres étranges pour faire passer le conte, et avant d’être recadrés comme correspondant bien à la réalité de la féminité , passeront tout naturellement comme des évidences .
    Difficile de laisser les enfants lire leurs histoires seul(e)s !

  5. Merci pour cet article qui remet le monde imaginaire à l’endroit !

    Ce genre de propagande masculiniste ne s’adresse pas seulement aux garçons : aux filles, il diffuse un message clair : « Méfiez-voues de vos sœurs, seuls les hommes vous sauveront, et de quoi ? de votre propre race de sorcière ». Ce message est l’un des verrous du syndrome de Stockholm qu’organise tout pouvoir : d’une part la clique dominante organise la peur et la terreur (maltraitances masculines de grande ampleur sur les femmes et les enfants, surtout les fillettes) d’autre part ils présentent les hommes comme les seuls sauveurs (princes charmants vs sorcières et marâtres). Diviser pour mieux régner par la terreur.

    De plus, pour répondre au commentaire ci-dessus : la description des sorcières que produit cet homme (et toute sa clique dominante depuis des siècles) est particulièrement misogyne. Pour deux raisons : 1) elle provoque une peur, un rejet pour une population déjà stigmatisée (les femmes) 2) elle brosse un portrait totalement négationniste des victime d’un des plus grands génocides de l’histoire.
    Car faut-il le rappeler, les « sorcières » ont été exterminées parce que femme et savantes depuis le 13è siècles, jusqu’à la fin du 17è siècle. Plus d’une centaine de milliers de femmes y sont passées. Ce fut un déchaînement historique de la haine cuisante et brûlante que les hommes (les prélats religieux autant que les contestataires, les savants, qui leur disputaient leur pouvoir du savoir sacré) nourrissent envers les femmes, en particulier celles qui voudraient créer des espaces entre femmes, et des savoirs non élitistes
    La médecine moderne s’est établie sur des vols systématiques de savoirs des femmes (on parle aujourd’hui de la spoliation des peuples autochtones mais cette rapacité et cette usurpation date de la fondation des savoirs impérialistes), les tortures des sorcières (tortures sexuelles et physiques d’une cruauté inouïe qui trouve dans le Malleus Maleficarum la lettre et le venin, et dont on retrouve tout le script dans la pornographie actuelle, véritable héritière des patriarches inquisiteurs du Moyen Âge) et ces vols se sont faits dans le sang.

    Là-dessus, lire
    Mary Daly
    Gyn/Ecology
    &
    par Barbara Ehrenreich and Deirdre English
    Witches, Midwives, and Nurses, A History of Women Healers
    http://tmh.floonet.net/articles/witches.html

    Alors quand un petit héritier du génocide, qui encore aujourd’hui jouit des pouvoirs que lui confère sa clique (en particulier d’être tant publié en écrivant si mal et des clichés de haine idéologique), se permet de réécrire pour la millième fois les mots même des génocidaires (qu’elles ont le diable dans la tête !! quand on sait que c’était l’argument principal des génocidaires pour torturer !!!), alors oui, on peut le qualifier de masculiniste.

    Les sorcières étaient des femmes comme n’importe quelle femme, et même probablement moins abîmées que les femmes de leur temps, car moins soumise au coït compulsif donc moins vidée de leur âme et moins exténuées par les grossesses, aussi moins exploitées et capable de manger ce qu’elles produisaient, y compris le meilleur de ce qu’elles trouvaient ou produisaient – ce qui n’est le cas d’aucune femme vivant en mixité car les hommes se réservent les meilleurs morceaux, cf. là dessus Paola Tabet La construction sociale de l’inégalité des sexes, 1998.

    Pour finir, et pour en finir avec le sexisme zélé des conteurs de génocides, elle voues faut voir de toute urgence le spectacle de :
    Typhaine D
    Conte à Rebours
    qui se rejouera le 12 octobre
    au 19-21 rue Boyer 75020 Paris
    http://typhaine-d.com/index.php/cv/mes-dernieres-pieces/106-contes-a-rebours-typhaine-d

  6. Bonjour, je tenais à vous dire que j’apprécie énormément votre blog, il est vrai que nombre d’écrivains pour adultes ou enfants relaient sans s’en rendre compte des stéréotypes misogynes, Roald Dahl n’échappe malheureusement pas à cette règle. En fait, comme le souligne le commentaire du dessus, ses livres s’articulent souvent autour de deux figures féminines, l’une négative l’autre positive. Je crois que ce sont des archétypes de la figure maternelle avec son côté lumineux qui donne la vie et l’obscur qui peut l’enlever à n’importer quel moment… La mort naturelle est toujours vue comme une malédiction dont seraient responsables les femmes dans les mythes. La violence des hommes envers les femmes et les enfants a un côté rationnel : conserver leur pouvoir et prérogatives, et un côté complétement irrationnel : vouloir maîtriser, posséder, nier le fait que nous ne sommes que de fragiles petites bêtes soumises au rythme de mort et de vie des saisons comme toutes les autres.

  7. Il y a aussi la grande mode »des livres de princesses » où on cultive le mythe des belles robes, du prince charmant et du mariage qui seul, est censé apporter le Bonheur… C’est assez révoltant de voir comment on formate l’esprit de certaines petites filles dès leur plus jeune âge ..

  8. Ce billet est consternant. Il n’opère aucune analyse, mais une pure surinterprétation orientée qui prend quelques phrases hors contexte et leur applique une grille de lecture conçue d’une manière telle qu’elle ne peut que fonctionner.
    Ce n’est pas une analyse littéraire correcte, puisqu’elle ne considère que quelques phrases sans les replacer dans leur contexte. A partir de là, une analyse sociologique correcte sur le même texte devient impossible et on sombre dans le délire interprétatif.

    A vrai dire, le principe même de commenter un début de roman en lui reprochant de « dire le contraire de la réalité », surtout quand on parle d’un roman relevant du merveilleux, me donne envie de me taper la tête contre les murs. C’est à peu près la méthode la moins crédible possible pour analyser ce type de texte.

    Reprenons au ralenti.

    – De quel type de texte s’agit-il ?
    C’est un roman pour la jeunesse qui relève du merveilleux. Un genre codifié, qui comprend nombre d’archétypes, dont les magiciens, les sorcières, etc. On n’est pas dans un livre d’histoire, on n’est pas chez Robert Muchembled. Dahl utilise des archétypes préexistants pour concevoir ses histoires. Que certains de ces archétypes, comme celui de la sorcière, soient sexistes, j’en conviens volontiers. Mais quand bien même le roman de Dahl le serait aussi, il serait injuste de lui faire porter à lui seul la responsabilité de cet archétype. Il reste à voir si ce roman de Dahl est sexiste et si les romans de Roald Dahl en général sont sexistes. Aucune de ces deux affirmations n’est évidente.

    – A quel lectorat ce texte s’adresse-t-il ?
    Aux enfants. Mais pas spécifiquement aux petits garçons, du moins pas à ma connaissance. On pourrait vérifier en regardant dans quelle collection le roman a été publié initialement. Mais en français, Folio Junior n’est pas une collection spécialement réservée aux garçons. Présupposer un lecteur masculin est donc une erreur.

    – Qui parle dans les phrases citées ici ?
    Le narrateur et personnage principal du roman, qui est un petit garçon. Il s’agit ici du début du roman. Le narrateur commence par quelques généralités sur les sorcières avant de raconter sa propre (més)aventure.

    – Les sorcières du roman sont-elles des femmes ?
    Je cite un passage de mon édition (Folio junior édition spéciale, 1990, p. 30). La grand-mère du garçon parle des sorcières : « Tu ne sembles pas très bien comprendre que les sorcières ne sont pas de vraies femmes ! Elles ressemblent à des femmes. Elles parlent comme des femmes. Elles agissent comme des femmes. Mais ce ne sont pas des femms ! En réalité, ce sont des créatures d’une autre espèce, ce sont des démons déguisés en femmes. Voilà pourquoi elles ont des griffes, des crânes chauves, des grandes narines et des yeux de glace et de feu. »
    Un peu plus loin, il est dit aussi que les sorcières n’ont pas d’orteils, (elles ont le bout des pieds carré).
    Et elles ont la salive bleu myrtille.
    Pardon, mais ces caractéristiques ne sont pas des négations de la féminité traditionnelle, ce sont des négations de l’apparence humaine *en général* !

    Il reste à déterminer si la représentation des femmes est orientée négativement dans le roman, puis si elle l’est dans les autres romans de Dahl.

    – La représentation des femmes en général est-elle négative dans ce roman ?
    Les sorcières sont-elles les seuls personnages féminins du roman ? Non : il y a aussi, au moins, la grand-mère, personnage important, qui avertit, conseille et aide le personnage principal tout au long de l’histoire.
    Mais la répartition entre les personnages féminins dépeints favorablement et les personnages féminins dépeints négativement aboutit-elle à décrire comme souhaitables les rôles de genre traditionnels des femmes ?
    Voyons. Les sorcières sont laides, elles tuent des enfants et/ou les changent en rats. Jusque là c’est la négation des canons de beauté traditionnels et du rôle de mère. Et il y en a une qui a des yeux-lasers. Ça je ne vois pas trop à quoi ça peut correspondre.
    En face, maintenant. La grand-mère du narrateur, présentée très favorablement, passe son temps à fumer des cigares, tient tête aux serveurs et au personnel (masculin) de l’hôtel où ils se trouvent et à d’autres hommes (au moins un père d’un autre garçon présent dans l’histoire). De plus, elle encourage son petit-fils à se laver peu souvent. C’est assez transgressif *aussi* !

    – Qu’en est-il des autres romans de Roald Dahl ?
    Bon, puisque c’est comme ça je vais vous parler de *tous ceux que j’ai lus*. Et *en détail*.

    * « James et la Grosse pêche » (1961) : les personnages féminins sont Tante Piquette, Tante Éponge, la coccinelle, l’araignée, le vers luisant femelle et le vers à soie femelle. Les deux premières sont méchantes et ont un rôle assez limité dans l’histoire ; les quatre autres sont dépeintes favorablement. Parmi les autres personnages principaux, le narrateur est un petit garçon et il y a aussi le mille-pattes, le vers de terre et le grillon. Parmi les personnages secondaires, les habitants des nuages sont des hommes belliqueux décrits négativement. Il y a aussi des mouettes, mais qui ne sont pas spécialement anthropomorphisées si ma mémoire est bonne.
    Moralité : celui-ci est plutôt bien équilibré.

    * « Charlie et la chocolaterie » (1964) : Charlie est un petit garçon, Willie Wonka est un homme, Grand-Papa Joe qui accompagne Charlie est un homme. Tous trois dépeints assez favorablement, avec une ambiguïté plus grande pour Wonka qui est frappadingue. Parmi les enfants qui visitent aussi la chocolaterie, il y a deux garçons et deux filles, tous insupportables et éliminés les uns après les autres. Des Oompas-Loompas des deux sexes sont aussi présents.
    Moralité : pas de représentation spécialement négative des femmes, mais une dominante de personnages masculins.

    * « Charlie et le Grand ascenseur de verre » (1972) : dans celui-ci, outre les trois personnages principaux qui sont repris du précédent, il y a aussi les deux parents de Charlie, ses deux grands-parents et grand-maman Joséphine. Toujours davantage d’hommes mais on est plus proche de l’équilibre, et les femmes ne sont pas spécialement représentées en mal au sein de ce groupe. Grand-maman Georgina a un rôle un peu plus développé dans la dernière partie du roman. Parmi les personnages secondaires humains, il y a toute l’administration de la Maison Blanche, en écrasante majorité masculine, mais traitée systématiquement sur le mode de la caricature, notamment les militaires bas du front. La satire la plus féroce est réservée au président. L’unique personnage féminin du lot est la nounou du président, Mrs Tibbs, une femme forte qui rabat leur caquet à un certain nombre de types bas du front à la Maison blanche. En dehors d’eux, il y a aussi les astronautes et le directeur de l’hôtel spatial (ce dernier étant assez ridicule aussi), et des aliens non sexués (les Kpous vermicieux).
    Moralité : un peu mieux que le précédent. Chez les personnages secondaires, tout le monde en prend pour son grade. Mrs Tibbs est drôle dans sa façon de rabrouer de grands responsables américains, mais eux-mêmes sont ridiculisés aussi (et même davantage à mon avis).
    Autre point notable : l’antimilitarisme et la satire des hommes politiques, qui vont plutôt dans le sens d’une critique des comportements et rôles masculins traditionnels. (NB : Et encore un méchant tenancier d’hôtel, aussi.)

    * « La potion magique de Georges Bouillon » (1981) : le narrateur est un petit garçon, les autres personnages humains sont ses deux parents, ni spécialement bons ni spécialement mauvais, et sa grand-mère qui est ignoble. (Spoiler : à la fin, elle disparaît, et toute la famille s’en trouve finalement plutôt bien parce qu’elle était ignoble avec tout le monde.) Un personnage féminin maléfique sur les deux du roman, donc.

    * « Le Bon Gros Géant » (1982) : ah, mon préféré. La narratrice est une petite fille, Sophie. L’autre personnage principal est le bon gros géant (BGG) qui va souffler les rêves aux dormeurs la nuit. Parmi les personnages secondaires figurent neuf géants encore plus géants et très maléfiques, dépeints comme plus grands et plus musclés que le BGG, brutaux avec lui, voraces, querelleurs et stupides. Plus tard das l’intrigue on voit aussi la reine d’Angleterre, présentée très positivement, ainsi je crois qu’un serviteur important caricatural. Les militaires qu’on voit dans l’intrigue sont au départ bas du front et querelleurs et seule l’autorité de la reine les amène à écouter Sophie et le BGG.
    Moralité : enfin une narratrice, et un personnage secondaire féminin important connoté très positivement. En dehors de ça, il y a une majorité de personnages masculins, mais encore faut-il prendre en compte la représentation de la masculinité, qui est remarquable. Les comportements agressifs et impulsifs des autres géants en font des archétypes des brutes de cour de récré, qui martyrisent le BGG, lequel est plus fluet, plus attentif aux autres et plus intelligent. Sophie elle-même est calme et attentive, mais aussi courageuse et déterminée. On est donc dans la mise en avant à la fois des femmes mais aussi d’une masculinité non adoucie avec le BGG, radicalement opposée à la virilité primaire des autres géants.

    * « Sacrées sorcières » (1983) : on en a déjà parlé.

    * « Matilda » (1988) : un personnage principal féminin ! Et une majorité de personnages féminins dans le roman : Mlle Candy et Mlle Legourdin, l’une « gentille », l’autre « méchante ». Le père de Matilda, quant à lui, n’est pas blanc-bleu et n’est pas du tout mis en avant.
    Moralité : un roman qui se passe essentiellement entre femmes.

    Que conclure ?
    1) Pour ce que j’en ai lu, l’oeuvre de Roald Dahl adressée à la jeunesse ne souffre pas de sexisme au sens où il véhiculerait systématiquement une images des femmes négative, ni dans le sens où il voudrait les cantonner systématiquement à des rôles genrés traditionnels.
    En revanche, on pourrait lui reprocher de mettre en scène moins de femmes que d’hommes et de choisir moins souvent des narratrices et/ou personnages principaux féminins.
    Mais j’ai l’impression que c’est allé en s’améliorant un peu au fil du temps.
    2) Ce n’est pas en citant quelques phrases tirées de leur contexte et en leur faisant un mauvais procès dès le départ qu’on peut prouver quoi que ce soit sur le propos d’un auteur. Il faut être un minimum rigoureux, sinon ça tient de la malhonnêteté intellectuelle.

    1. Désolée de vous contredire, je trouve pour ma part que le manque d’analyse POLITIQUE est de votre côté. En effet, lorsque vous dîtes « c’est de l’ordre du merveilleux », vous niez la dimension politique de la littérature, qui consiste justement à savoir reconnaître dans les différents styles quel est le message véhiculé…

      1. Mais enfin, c’est vous qui sortez un extrait de son contexte et voulez en tirer des conclusions en contradiction avec les reste du livre !
        Oui, le texte met en garde contre des prédateurs.Mais et d’un, dans l’enfance les petits garçons peuvent aussi être des victimes, et de deux, comme démontré plus haut, il est bien spécifié que les sorcières ne sont pas des femmes mais des monstres déguisés en femmes. Et quels sont les affreux conseils instillés aux lecteurs inconscients (filles comme garçons)? Ne vous laissez pas faire, faites vous aider d’un adulte responsable et même si certains ne vous croient pas ne baissez pas les bras, ne les laissez pas gagner.
        L’inverse de la soumission au système que vous y voyez, en fait.

      2. En quoi mon analyse n’est-elle pas politique ? D’ailleurs, en quoi celle du billet de départ l’était-elle ? A mes yeux, il s’agissait plutôt d’un essai de lecture sociologique raté faute de rigueur suffisante. Bon, cela dit, la sociologie et la politique sont liées.
        Il me semble au contraire avoir été attentif à la façon dont les romans de Dahl choisissent de reconduire ou de ne pas reconduire des stéréotypes sur les femmes et leurs rôles sociaux qui sont susceptibles d’avoir des conséquences politiques. Or, quand on prend la peine de regarder le détail et de prendre en compte plusieurs romans et non un seul, on voit que les personnages féminins sont loin d’être caricaturés ou réduits à des rôles de genre traditionnels.
        Encore une fois, cela ne veut pas dire que l’oeuvre de Dahl ne véhicule aucun sexisme : elle me paraît sous-représenter les personnages féminins. Mais elle ne les présente pas comme systématiquement maléfiques, contrairement à ce que disait le billet.
        Enfin, je suis toujours pas du tout convaincu par la « traduction » que prétend opérer ce billet de blog en termes de « message » du roman. Sans un brin d’attention au contexte, on a vite fait de faire dire n’importe quoi à quelques phrases. Encore une fois, ce n’est pas honnête et ça me rappelle plus l’inquisition ou le maccarthysme qu’une analyse rigoureuse.

    2. Au hasard de votre commentaire : « Dahl utilise des archétypes préexistants pour concevoir ses histoires. Que certains de ces archétypes, comme celui de la sorcière, soient sexistes, j’en conviens volontiers. Mais quand bien même le roman de Dahl le serait aussi, il serait injuste de lui faire porter à lui seul la responsabilité de cet archétype.  »

      Oui c’est vrai, on oblige les écrivains, surtout les bons, à reprendre dans leurs oeuvres les archétypes et les clichés, telles les phrases citées par Sandrine, et on leur interdit d’être critiques ou sceptiques ou même originaux face à ces archétypes ou clichés – on ne peut donc leur faire porter la responsabilité du sexisme (ou autre) de ces archétypes…

      Toujours beaucoup de méfiance face aux gens qui commencent comme vous (« consternant », « aucune analyse », « ce n’est pas une analyse littéraire correcte ») en se plaçant en juge de « la bonne manière ». Une fois de plus, méfiance justifiée… au moins avez-vous pris longuement la peine d’essayer de vous expliquer – ce n’est pas convaincant, mais c’est louable.

      1. Je ne me place pas en juge de la « bonne manière » mais je réagis en tant que personne qui a fait des études de lettres et qui a donc appris à se méfier des risques du délire interprétatif (et à essayer de s’en abstenir).
        C’est un fait qu’il y a de bonnes et de mauvaises méthodes pour analyser un texte et qu’il faut être soigneux et prudent, dans ce domaine comme dans les autres. Là, j’ai eu l’impression que l’analyse tordait le texte en ignorant complètement son contexte et en lui appliquant une grille interprétative abusive et partiale. J’ai eu l’impression que l’analyse faisait vraiment mentir le texte. D’où ma réaction indignée en début de commentaire, dont je conviens qu’elle était un peu vive.

        Par exemple, je serais curieux de voir des extraits de « Matilda » analysés avec la même méthode. En toute bonne logique, ils devraient présenter Dahl comme un grand féministe. Idem pour des extraits du « Bon Gros Géant » : dirait-on qu’ils ont participé à la crise de la masculinité simplement parce qu’ils montrent aux petits garçons des géants survirilisés et féroces sous un jour effrayant ? Vraiment, il faut être plus nuancé et tenir davantage compte du contexte, notamment de l’intrigue dans son ensemble et de l’ensemble des personnages du roman.

        Accessoirement, je ne juge pas l’auteur-e mais l’analyse proposée par le billet de blog, ce qui est très différent. Il ne me viendrait pas à l’idée de me moquer d’une personne parce qu’elle n’est visiblement pas très calée dans tel domaine spécialisé alors que j’en connais davantage. Tout comme je n’apprécierais pas qu’on se moque de mon peu de connaissances en (par exemple) informatique alors qu’il s’explique par le fait que je n’ai pas fait d’études poussées dans ce domaine.
        Je passais par là, je lis une analyse, j’apporte ma contribution au débat avec les outils dont je dispose.

        Pour le passage de ma réponse que vous citez, son but n’est pas de dédouaner complètement Dahl ou d’autres auteurs, mais de montrer comment fonctionne son texte. Cela ne m’a pas empêché d’examiner la façon dont il choisit de reprendre ou non à son compte les représentations sur les femmes.

        Après, j’aurais tendance à être plus indulgent avec des auteurs plus anciens qu’avec un livre pour la jeunesse paru tout récemment. Je suis plus indulgent avec Roald Dahl qu’avec, par exemple, les manuels publiés par Fleurus et qui continuent à propager des contre-vérités révoltantes sur le rôle des femmes ou l’homosexualité. Je serais encore plus indulgent envers un auteur médiéval ou antique. Mais je comprends qu’on puisse vouloir être plus sévère. Après tout, il y a eu à toutes les époques des esprits ouverts et progressistes.

        Voilà pour cette tentative d’éclaircissement. Si elle ne convainc pas non plus, je vous remercie en tout cas de m’avoir lu.

  9. L’objectif des virilistes, qui inversent la réalité et distillent la peur et la haine des femmes à travers leurs produits culturels, est double : d’une part, ils dédouanent les agresseurs et justifient les violences faites aux femmes, en prétendant qu’elles sont mauvaises. Mais aussi, en apprenant aux fillettes que les hommes sont de gentils princes charmants et les femmes de méchantes sorcières, ils font en sorte que les petites se jettent dans la gueule du loup, dans les filets de ceux qu’elles croient être leurs sauveurs et qui sont leurs agresseurs, et se détournent et méfient de celles susceptibles de les protéger et les aider, à savoir les femmes. Ainsi il est beaucoup plus aisé pour les violeurs de piéger leurs proies. N’oublions pas que la majorité des virilistes sont des violeurs.

  10. et tous les orgues, les lycanthropes, les vampires et les monstres sont des êtres masculins.

    il faudrait vraiment connaitre mieux l’auteur et surtout le genre d’appartenance du récit avant de se lancer dans ce type d’analyse (fort intéressante mais trompeuse aussi, à mon avis).

    s’il est vrai que dans un deuxième degré de lecture l’on peut (nous, les adultes) donner une quelque interprétation ultérieure du texte, il est par contre vrai que le degré de lecture/écoute des enfants est zéro. il y a une sorcière, la sorcière fait peur, la sorcière est une femme. ils ne raisonnent pas à l’envers, ils cumulent des informations et ils ne déduisent pas que TOUTES les femmes sont ou peuvent être des sorcières. ils n’ont pas une malice si développée, il faut vraiment les forcer afin qu’ils produisent ce type de raisonnement.

    en tout cas, si les parents ne sont pas d’accord avec certains messages qu’ils croient lire dans certains récits, ils ont deux possibilités: 1) la censure; 2) apprendre à leurs chouchous à ne pas avoir peur « des femmes » et leur apprendre que les sorcières, les monstres etc. n’existent pas, marchant marchant…

    celle-ci n’est pas une tache de la littérature destinées aux enfants, laquelle a pour but, la plupart des fois, de leur faire peur, de stimuler leur imagination, de leur apprendre qu’est ce qu’est la mort et qu’est ce que c’est l’espoir, de les amuser etc. bien évidemment il existe aussi des merveilleux livres queer pour enfants et des livres qui aident les parents à leur expliquer l’égalité entre les sexes, le divorce, la grossesse etc. mais on ne peut pas avoir la prétention que toute la littérature infantile se plie aux dictats du politically correct ni qu’elle assume la « fonction éducative » des parents, de l’école et de la société. un auteur fait ce qu’il veut avec son œuvre conformément à sa pensée, aux mœurs et au climat sociale de son époque. à nous, ensuite, de l’acheter ou pas.

    je dis cela parce que je fais des études littéraires et je suis en même temps une baby-sitter. personnellement , je préfère inventer des histoires plutôt que les lires, et j’estime beaucoup plus dangereux pour une enfante rêver d’être Cendrillon qu’avoir peur d’une sorcière ou d’un monstre. bientôt elle découvrira toute seule que ces deux catégories n’existent pas (et père noël non plus), mais à 35 ans elle rêvera peut-être encore le prince charmant qui, seul, peut la sauver d’une situation familière dramatique et d’un job fort merdique. l’homme miraculeux, le vrai et bon amant, attiré par son style et sa beauté (et certainement pas pour son doctorat en philologie).

    cela dit, j’aime bien ce blog, que je trouve très intelligent 🙂

    1. j’aimerais souligner aussi que les auteurs de « fables » piochent leurs sujets toujours dans la même tradition littéraire. il ne faut donc pas se surprendre d’avoir des sorcières (au féminin) et des monstres (au masculin), ou des dragons plutôt que des dieux (car les « dieux » appartiennent au genre de la tragédie classique et c’était interdit d’en faire sujet de nouvelles, farces etc), ou encore de tomber sur des animaux parlants. le récit de Dahl s’insère dans cette longue tradition.

      après, si l’on veut vraiment y lire en transparence une conspiration anti-féministe, ok.. mais d’ici à aboutir à des conclusions si tranchantes..

  11. Bonjour,
    Je m’intéresse beaucoup à la chanson, et je suis sidéré que certains textes ne font réagir quiconque. l’exemple que je prends c’est « It’s a man’s, man’s world » de James Brown, qui est d’un sexisme absolu. On me rétorque parfois que les français ne comprennent pas le texte, mais même ceux qui le comprennent la considèrent comme une chanson d’amour. Et que dire de « Lily voulait aller danser » de Julien Clerc, où Tony séduit sa belle en lui mettant un couteau sur le coeur? Comment se fait-il que nous ne soyons pas capables d’avoir le moindre sens critique dès qu’il s’agit de chansons?

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