#343salauds : « Et si 343 esclavagistes exigeaient un droit d’asservir » ?

Je publie aujourd’hui la réaction de Lorraine Questiaux, une militante abolitionniste à l’appel des 19 qui se disent #343salauds et ont publié un manifeste insultant pour toutes les femmes, et en particulier pour les femmes prostituées. Les réactions ont été multiples et le désaveu entier et général, à tel point que Le Mouvement du Nid a publié un communiqué de presse : « 343 salauds, le mouvement du nid vous dit merci ». Que rajouter de plus, alors ? Cet article exprime très bien quelques arguments au service de notre cause et les masques étant tombés, décrit la réalité des clients prostitueurs.
Que cela ne vous empêche pas de lire également le 7e témoignage de notre campagne (et mets en fin d’article quelques liens vers d’autres réactions) :

Noémie : « Je n’étais plus rien , un corps et puis c’est tout

« Et si aujourd’hui 343 esclavagistes exigeaient un droit d’asservir…. Et si 343 misogynes revendiquaient un droit de mépriser la femme…. et si 343 violeurs se battaient pour leur droit de contraindre ….. ou s’agit-il seulement de 343 inconscients qui privent des victimes de leurs droits ?

S’il ne fait guère de doute que cette initiative de la « fine fleur » de ce que la France compte de « grands humanistes » et  « intellectuels » est une démonstration imparable d’inconscience, de cuistrerie et de sottise, on peut néanmoins s’interroger sur ce que « le bobo-Néant-dertal » cherche à nous dire du fond de son loft:

Alors : « on refuse que le législateur édicte des lois sur ses désirs et son plaisir » … donc le désir et le plaisir de 19 privilégiés devraient, non seulement intéresser la France, mais surtout prévaloir sur le désir et le plaisir des 20000 personnes prostituées en France ? Si environ 20% d’entre elles se disent « consentantes », elles ne sont pas « désirantes» (sinon pas besoin d’être payé) et je laisse chacun imaginer le plaisir sexuel que ces personnes éprouvent lors des passes « à la chaîne » avec les ventripotents ou les zemmours… – ah pardon ! Ma langue a fourché, je veux  dire : «  les pauvres bougres » -qui viennent chercher leur dû !

Rappelons au passage que 80% de ces personnes sont forcées à se prostituer (traitement dégradant et inhumain selon le Cour Européenne des Droits de l’Homme) mais il va de soi que les 343, tout comme les « gentils» clients -qu’il ne faudrait pas sanctionner- ne vont jamais voir cette catégorie pourtant majoritaire de personnes (qui arpentent le trottoir sans trouver le moindre client) …

Et puis, c’est la police qui doit faire son travail ! Des fainéants ces policiers tout de même, alors que c’est quand même criant qu’elles ne sont pas consentantes ces pauvres nigérianes qui parlent même pas français qu’on voit sur les periphs ! Donc en attendant on y va quand même en toute quiétude et à chaque fois on fait un don aux réseaux mafieux (pourtant déjà très riches car il s’agit de l’un des trafics les plus lucratif avec la drogue) renforçant ainsi leurs moyens pour se protéger contre les policiers « fainéants » justement….

Autre argument percutant : une loi ne doit pas être motivée par la morale !

Très bien, mais alors j’ai une question innocente : si je me réfère aux lois morales de la religion catholique (les supers copains de l’un des signataires d’ailleurs), je trouve en place 6 et 8  des Dix commandements : «Tu ne commettras pas de meurtre » ou « Tu ne commettras pas de vol » …. Ha ! mais l’interdiction du vol et du meurtre, c’est moral aussi ??? Surtout que le 7° c’est « Tu ne commettras pas d’adultère » … purée ! C’est ringard … alors comment fait-on le tri ? C’est les 19 qui le font pour nous? Ou alors peut-être que cet argument ne  veut strictement rien dire, et ce, même s’il est partagé par la Sénatrice BENBASSA, qui est à la cause féministe ce que le mec de Frigide Bardot est à la cause homosexuelle…. Autant dire pas grand-chose.

Ce qui nous amène à un autre grand esprit et signataire, à qui on ne rend pas assez hommage je trouve : Bedos jr., qui nous gratifie d’un «  vouloir abolir le prostitution c’est aussi con que vouloir abolir la pluie » ! L’idée sous-jacente est sans doute qu’il est « con » de chercher à éradiquer un phénomène habituel voire naturel. Imparable ! Je propose donc, dans la même veine, d’autoriser le meurtre,  puisqu’il s’agit non pas du plus vieux métier du monde mais du plus vieux crime du monde et que toutes les mesures législatives prises pour le combattre n’empêchent pas les homicides de continuer à pleuvoir.

Dernière question : une loi qui limiterait ma liberté naturelle de rentrer,  par effraction,  dans l’intérieur bourgeois de Frédéric et y vider son bar à whisky avec mes amis fêtards et trotskistes, est-elle liberticide ? Car la loi qui me l’interdit existe et sa violation me coûtera plus que 1500 euros !!!

Ces 343 ou plutôt 19- peut-importe le nombre-« vrais mecs » courageux et engagés pour leurs intérêts propres méritent d’être salués pour leur démarche qui aura -sans le vouloir -fait avancer le combat abolitionniste !!! »

Lorraine QUESTIAUX

Militante abolitionniste

Quelques autres articles :

Allez les salauds, tous au Bois de Boulogne !

Un site intitulé « 343 connards » je vous laisse lire…vous pouvez leur tweeter des mots doux !

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/963103-touche-pas-a-ma-pute-et-les-343-salauds-un-appel-pour-proxenetes-de-la-polemique.html

Ah, et cette émission BFMTV, où un « salaud » a répondu ceci :

Question d’un abolitionniste : »Comment faites-vous pour distinguer une prostituée libre d’une prostituée en réseau ?
Réponse de Gil Mihaely, directeur de la publication du mensuel “Causeur”  Quand je vais au supermarché, je peux pas non plus distinguer la viande fraîche de la viande avariée ».

 

« Sortir des sables mouvants » et lutter contre le machisme, « plus vieux métier du monde » #343

Aujourd’hui un manifeste des #343 machos (salauds) fait beaucoup de bruit. Des hommes qui revendiquent par cet élégant « Touche pas à ma pute », le droit de « disposer du corps d’autrui », se référant aux 343 femmes (ensuite appelée s******s par d’autres) ayant signé qu’elles avaient exprimé le droit de disposer de leur corps en avouant -alors que c’était illégal et qu’elles risquaient la prison, avoir avorté, c’est un signe des temps.
On vous le dit, la prostitution n’est pas le plus vieux métier du monde, puisque ce n’est pas un métier, le machisme, lui, a définitivement gagné ses galons de plus vieille bêtise du monde…

Car ces « 343 » (poignée en fait semble-t-il), n’ont même pas attendu qu’acheter un acte sexuel soit interdit par la France (ce qui le sera probablement dès le 27 novembre), et ne risquent…rien ! Et même après, ils risqueraient tout au plus une amende…alors leur courage, ma foi…

en vérité, ils revendiquent le droit de disposer d’autrui, le droit de payer un être humain, le droit d’esclavage (car le consentement n’est pas pertinent en matière d’esclavage), non pas sur le seul corps d’autrui, en l’occurence d’une femme, mais sur sa personne entière.

Car « mon corps » ne peut être dissocié de moi ni aucune de ses parties, comme le dit Kajsa Ekis Ekman dans « L’être et la marchandise », dont je parlerai ce soir à 18h30 à l’émission Femmes libre de Radio libertaire.

Mais plutôt que de m’étendre sur les prouesses de ces #343machos, je vous propose de lire ce nouveau témoignage de la campagne d’Abolition 2012, « Un jour, un témoignage ».

SORTIR DES SABLES MOUVANTS  (anonyme)

Et ensuite, il ne sera plus nécessaire de faire allusion aux soubresauts de queques uns qui regrettent un passé qui était tout à leur avantage, rien qu’à leur avantage…

S.G

Caroline : « Ils utilisent les techniques des gourous : c’est comme une secte »

5e témoignage de la campagne « un jour, un témoignage », du collectif Abolition 2012

Abolition du système prostitueur

cropped-abologo.jpgVoici le 5e témoignage de notre série « 30 jours, 30 témoignages », que vous pouvez retrouver ici. Et toujours l’agenda du Tour de France de l’abolition ici

J’ai un boulot, je travaille depuis dix ans dans le milieu du social, je suis donc quelqu’un d’informé. Cette histoire n’aurait donc jamais du m’arriver. Heureusement, j’ai toujours eu le soutien de l’écriture ; écrire m’a aidée à tenir.

Il y a deux ans, je me suis retrouvée dans une situation financière catastrophique. Je n’avais pas de très bons rapports avec ma famille. Par une amie, j’ai fait la connaissance d’un prétendu entrepreneur. J’avais dit que je m’intéressais aux jeux sexuels soft. Il m’a donné rendez-vous et est venu chez moi. Ce n’était pas du tout mon type. Il était plein d’assurance et ne me plaisait pas.

Pendant trois mois, il m’a suggéré des choses, me disant qu’il avait fait ça avec son ex…

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Clara : « Moi qui n’avais rien fait de mal, j’étais dans une prison, et traitée comme une criminelle ! »

#30jourspourlabolition 3e témoignage : Clara

Abolition du système prostitueur

Voici le 3e de notre série de témoignages de personnes prostituées ou survivantes de la prostitution. Vous pouvez les retrouver tous au fur et à mesure ici et prendre connaissance des dates du Tour de France de l’abolition ici

Il me disait toujours : si j’ai quelqu’un à tuer, tu seras la première. Je me disais : ou je le tue et je vais en prison ou je me tue ; il n’y avait plus d’autre solution.
J’ai grandi dans une famille très bien même si mes parents étaient divorcés. Nous étions pauvres mais bien intégrés. Ma mère était maçon. Elle travaillait très dur pour que nous ne manquions de rien. Tout s’est très bien passé jusqu’à mes 19/20 ans. J’avais commencé des études de droit pour devenir avocate et je travaillais comme coiffeuse le matin et dans un fast-food le soir. Un soir, je rentrais du travail, il devait être autour de…

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Colloque Violences et soins le 5 novembre : le soin est politique

L’association Mémoire traumatique et victimologie organise le 5 novembre prochain de 9h à 18h à l’Agoreine de Bourg-la-Reine (20′ de Châtelet par le RERB) un colloque autour de Violences et soins que j’aurai le plaisir d’animer aux côté de Muriel Salmona, présidente de l’association. Pour vous inscrire : colloque.violencesetsoins@gmail.com

La journée sera donc consacrée à un état des lieux des violences et de leurs conséquences sur la santé. Il s’agira de dénoncer le manque d’offre de soins spécialisés, de donner la parole aux victimes, de mieux informer le grand public et de proposer des pistes pour améliorer des soins. Enfin, faire des propositions pour élaborer une vraie éthique des soins à proposer aux victimes, en 20 recommandations.
Car le soin est politique. En effet, il ne se réduit pas aux secours nécessaires et vitaux, il est aussi (F.Worms, « soin et politique, PUF 2002), soutien, travail social, solidarité, souci du monde.
En effet, soulager le ou la patiente d’un symptôme, ce n’est pas prendre soin : c’est se débarrasser du problème. La soigner, c’est chercher à comprendre l’origine du symptôme, détecter les violences qui ont pu être subies, physiques, et psychologiques, et pour la victime, il s’agit avant tout de remettre le monde à l’endroit, et de le rendre plus juste.

Le programme (version détaillée ici) est donc bâti autour de deux axes (matinée autour des soins aux victimes de violences et les oubliées parmi les oubliéEs), l’après-midi violence des soins et perspectives d’amélioration) :

1- d’abord donc le soin des victimes de violences et violences sexuelles, enfants et adultes, et surtout son absence, est un scandale de santé publique que l’association, à travers sa présidente Muriel Salmona, psychiatre et psychotraumatologue, s’emploie à dénoncer.

Pour cela, l’association a lancé depuis deux ans un manifeste « violences et soins » qu’elle a réactualisé récemment, dont je vous cite le préambule :

« En France, en 2013, l’absence de dépistage des violences, de protections des victimes et de soins spécialisés sont à l’origine d’un coût humain énorme et d’un coût très important en dépenses de santé et en aides sociales qui auraient pu être évités. Or il est possible de combattre la violence, non par un tout-sécuritaire qui ne cible que certaines violences, mais par une prévention ciblée, une protection sans failles et une prise en charge spécialisée des victimes. Toute victime doit être protégée et soignée, ses droits doivent être respectés ».

C’est un scandale sanitaire, social et humain : où comment toute une société abandonne les victimes de violence, sans protection ni soin, et fabrique sans fin des souffrances, des maladies, de l’exclusion, de l’inégalité, de l’injustice et de nouvelles violences ».

Vous pouvez lire la suite et signer ce manifeste en cliquant ici : http://stopauxviolences.blogspot.fr/2013/10/manifeste-violences-et-soins-de.html

2- La violence dans le cadre des soins :

malheureusement la non prise en compte des mécanismes de la mémoire traumatique dans le cadre des soins aux personnes malades et la focalisation sur les symptômes de maladie et non leur origine possible entraîne pour les victimes des violences à répétition : anorexies, maladies, tentatives de suicides, conduites addictives qui ne sont jamais reliées aux faits de violences subies dans l’enfance, médecins qui ne sont pas formés à détecter les violences, etc.

Mais la violence dans le cadre des soins, c’est aussi l’abus de position dominante pour exercer des violences et profiter de son statut d’autorité (exemple du médecin lorrain, etc.) De nombreuses invitées et spécialistes viendront parler de tous ces thèmes. Des témoignages de victimes seront présentés ou lus, deux expositions (« En chemin elle rencontre » et « Pas de justice pas de paix ») orneront le hall, enfin une pièce de théatre sera proposée :  « Pour le dire », de Camille Guillon Courtin, par la compagnie « théatre en action ».

On vous attend donc nombreusEs à l’Agoreine, le 5 novembre, de 8h30 à à 18h !

Agoreine, 63 boulevard du Maréchal Joffre, Bourg La Reine, à 5′ à pied du RER B.

 

 

 

 

Julie : « Une vie de sans-papiers dans mon propre pays ».

Jour 2 de la campagne #30jourspourlabolition A lire, le témoignage de Julie

Abolition du système prostitueur

Julie était secrétaire. Une séparation, un surendettement, deux enfants à élever… Elle est devenue « escorte » sur Internet. Mieux que tous les discours, son histoire montre un processus d’enfermement dont il est bien difficile de s’extraire. Voici le second témoignage de notre campagne « un jour, un témoignage ». Par ailleurs, pour connaître les dates du Tour de France de l’abolition, cliquez ici

Il y a 4 ans que je fais ça. Personne n’est au courant. Si, mon frère. Un soir, j’ai craqué et je l’ai appelé. J’avais l’habitude qu’il vienne quand j’allais mal. Là, je m’étais mise à prendre de l’alcool, des cachets, beaucoup de cigarettes.

Depuis 4 ans, ma vie tient à un fil. J’ai une vie clandestine, presque de sans papiers dans mon propre pays. Je fais attention à ce que je dis. Une part de ma vie ne doit pas exister. J’en suis presque à avoir peur de…

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30 jours d’action pour l’abolition du système prostitueur

Alors que la proposition de loi d’abolition du système prostituer a été déposée et sera discutée le 27 novembre à l’Assemblée nationale,

le collectif Abolition 2012 lance une campagne « 30 jours pour l’abolition du système prostitueur »

Avec chaque jour un témoignage (issus du magazine Prostitution & Société du Mouvement du nid), aujourd’hui celui de Marion : « j’ai le sentiment qu’on me demande d’y retourner »

Le communiqué de presse de lancement de la campagne : 30 jours d’action pour l’abolition du système prostitueur

Et le tour de France des actions

Par ailleurs, le collectif « les jeunes pour l’abolition » a diffusé un court-métrage réalisé par Frederique Pollet-Rouyer et Siham Bel  :

« la prostitution, un métier », qui montre bien toute l’absurdité de la propagande qui voudrait faire de cette atteinte aux droits humains et violence sans nom un travail.

Enfin, toujours à lire,

Pourquoi la Suède est un bon modèle

Slate : Abolition de la prostitution : pourquoi la Suède est un bon modèle !

A lire, par Muriel Salmona, Claire Quidet et moi :

C’est beau le bruit d’une claque sur la fesse au lit ?

Bon, j’ai vu « La vie d’Adèle ». Parce que c’est bien de parler des films qu’on n’a pas vu pour ce qu’on en lit, mais c’est encore mieux d’en parler quand on l’a vu.

Et je dois dire que ce fut une expérience très positive ! Pendant les 3 interminables heures que dure le film, j’ai eu le temps d’aiguiser mon sens de l’humour et d’affuter mes réflexions sur la représentation du sexe en images et au cinéma.

Oui, Kechiche a l’habitude de faire long. Parfois, j’ai aimé son talent de mise en scène à nous montrer des repas en longueur, à laisser le temps aux relations entre les êtres d’émerger. C’est un peu cela au tout début de La vie d’Adèle. Et puis rapidement (donc au bout de 3 quarts d’heures :P) la longueur devient ennui.

En fait, cela commence au moment de la première scène de sexe du film. Ensuite, le réalisateur égrène ces scènes d’une grande banalité cinématographique et des scènes de la vie professionnelle des héroïnes. On ne compte plus le nombre de fois où l’on voit Adèle institutrice dans sa classe. Cela pourrait être bien si ce n’était pour montrer le désastreux manque d’ambition de l’héroïne qui ne veut « que » s’occuper d’enfants et n’est pas artiste comme la femme aux cheveux bleus qu’elle aime et qui le lui reproche amèrement d’ailleurs…un amour sur fond de « gap » social réduit aux pires clichés. Comme si une artiste ne pouvait pas trouver très bien que la femme qui partage son lit (et je ne me limite pas au lit pour rien) aime transmettre sa passion de la langue aux enfants…

Oui je dis « partage son lit » parce que dans la Vie d’Adèle, tout dans l’amour -la passion- est ramené à la sexualité. Dans une veine hitchcockienne qui aurait pu être un bel hommage, sexe et nourriture sont ainsi associés dès le début du film. Adèle explique qu’elle aime manger, qu’elle pourrait manger toute la journée, qu’elle est gourmande…mais bien sûr c’est une allusion oh combien subtile à son désir sexuel. Seulement même ce désir là est banalement trivial et manque de classe. Car la voilà qui affirme qu’elle n’aime pas les huitres, ce comble du raffinement culinaro-sexuel…des huitres pour évoquer la sexualité lesbienne…voilà qui fait preuve d’une grande inventivité qui vaut bien une Palme d’or !

D’ailleurs, nous subirons un repas d’une violence inouïe où Adèle subit un interrogatoire sur son manque d’ambition par la mère d’Emma…et où il faut qu’elle mange des huitres…la même scène en parallèle chez les parents d’Adèle, qui regardent « Questions pour un champion » et sont très gentils avec Emma…mais elle doit manger des spaghettis bolognese (le tout toujours en gros plan, allez savoir pourquoi…)

Les premiers bien sûr sont lesbophiles (même si le mot lesbienne n’est jamais vraiment prononcé ou peut être une fois) et les seconds il ne faut pas leur dire…

Donc, je disais, tout est ramené à la sexualité. Ainsi, pour montrer ce fameux gap social insurmontable entre les deux femmes, nous avons une scène ou Emma l’artiste invite ses amiEs. Adèle a bien sûr tout préparé, et fait « bonne impression ». Mais elle manque d’ambition, toujours, et Emma lui reproche, en fin de soirée, une fois couchées, de ne pas vouloir écrire pour d’autres qu’elle-même. De toute évidence une distance s’est créée entre les deux amantes depuis le début du film. Comment le manifester alors ? Parce qu’Emma refuse de faire l’amour avec Adèle…

« c’est beau le bruit d’une claque sur les fesses au lit » ?

bleuMais bon, dans tout ça vous vous demandez toujours pourquoi j’ai intitulé mon article « c’est beau le bruit d’une claque sur les fesse au lit » ? Parce que je n’ai pas encore abordé « les scènes de sexe lesbien ». Enfin non, d’après Kechiche, cela n’a pas tellement d’importance que ce soient deux femmes. Et d’ailleurs, il nous le montre bien dans tout le film, à la fois dans la manière dont il les filme et dans le fait qu’il rattache toujours Adèle à la sexualité hétéro (elle trompe Emma avec un homme, et un homme aussi peu ambitieux qu’elle lui semble promis à la fin…)

Donc, les scènes de sexe lesbien sont-elles lesbiennes comme on l’a dit ? Oui, elles sont plus longues que les scènes de sexe dans les films où ce ne sont pas deux femmes…

Sont-elles crues comme on l’a dit ? Peut-être, mais bon pas tant que ça.

Sont-elles réalistes ? Bon pas en ce qui me concerne, mais je me garderais bien de généraliser, ne prétendant en rien être représentative…

Pour moi, la seule question intéressante, est : parviennent-elles à montrer ce qui fait le désir et l’intimité puis le plaisir, d’une façon qui nous fasse ressentir quelque chose à quoi on pourrait -même vaguement- se sentir reliées, en tant que lesbienne, ou en tant que femme ?

Et la réponse est – pour moi toujours- non, non et non…

Car ce que l’on voit, ce sont des acrobaties sexuelles, des positions sans tabou (jusque là tout va très bien), mais des expressions du désir et du plaisir qu’on croirait sorties de n’importe quelle vision pornographique du cinéma. En effet, toute la jouissance qui semble si difficile à atteindre, se manifeste par des cris et bouches ouvertes, et de forts bruyantes claques sur les fesses (les « bruiteurs ingénieurs du son ont du se marrer, ça c’est sûr)…Ah oui, on a parfois aussi l’impression que pour bien remplir le cadre cinématographique, il faut tordre les corps et trouver des positions qui font que surtout, les têtes des deux amantes sont les plus éloignées possible, et qu’il faille se toucher sur le moins de surface à la fois possible…sauf pour la fameuse claque sur la fesse…

Cela fait plusieurs années que je m’interroge sur les scènes représentant la sexualité à l’écran. Et je me dis : il y  a un problème. Quel est ce problème ? Que ce soient des hommes et seulement des hommes qui tournent et donc, à la Ozon, nous montre leurs fantasmes et n’essaient pas de trouver une vérité ?

Oui, c’est sûr, mais après tout, c’est ça le cinéma : non pas une représentation de la réalité, mais la vision d’une personne -le metteur en scène, sur cette réalité. Il est donc bien évident que ce que l’on voit ici c’est ce qui la vision de Kechiche, et non un discours sur la sexualité lesbienne…

Se sentir appartenir à une histoire ?

Donc, si l’on veut adapter une bande dessinée, celle de Julie Maroh, « Le bleu est une couleur chaude », dont le succès vient du fait que de nombreuses lesbiennes se sont senties enfin appartenir à une histoire et une vision auxquelles elles pouvaient s’identifier, ce n’est pas possible d’être un homme pétri du culture cinématographique pornifiée, c’est une quasi évidence.
Seule une femme, et une femme ayant réfléchi à comment les images nous représentent, et, hétéro ou lesbienne, ayant réfléchi à comment notre sexualité est hétéronormée et envahie par la domination du désir masculin, pourrait essayer d’y arriver. Et ce n’est pas sûr qu’elle y parviendrait.

Je m’explique. Comment représenter des scènes où on fait l’amour ? Pourquoi et quel sens cela a-t-il ? Eventuellement de vouloir transmettre ce qui se produit dans l’émotion, le désir et le plaisir de l’échange amoureux/sexuel. Mais quel intérêt y a-t-il à voir, montrer, détailler d’un point de vue extérieur un acte sexuel ?

Qui, dans la vraie vie, regarde un acte sexuel, sans l’accord des partenaires ? DES VOYEURS.

Le réalisateur en premier, et le spectateur.trice de cinéma après lui sont donc uniquement des voyeurs. Non pas qu’il ne faille pas montrer ou essayer de faire ressentir ce qui se produit dans l’acte sexuel, mais bien parce que la position de la caméra pour représenter la sexualité est aberrante.

Je m’explique encore par un autre exemple : une des choses qu’on apprécie le plus dans la peinture ou dans le cinéma, ce sont les paysages. En effet, ce que nous voyons à ce moment là, c’est bien ce que nous pouvons aussi voir et aimer dans la vie. Et la capacité de l’artiste, comme du réalisateur, de nous montrer son émotion et de nous la faire partager, vient du fait que ce regard nous pouvons aussi l’avoir.

En revanche, ce que l’on pourrait vouloir faire partager d’un acte sexuel, c’est l’émotion et le désir, le plaisir de la rencontre sexuelle de deux êtres. Or cela, on ne le ressent pas à regarder, de loin (avec plus ou moins de zoom) les sexes des autres se toucher, ni à voir des femmes se donner des claques très bruyantes sur les fesses. En effet, cela ne nous fait rien ressentir à mon avis parce que cela n’est tout simplement pas ça dans la vie, on ne prend pas notre désir et plaisir de regarder d’autres faire l’amour…

Et du coup, pour arriver à trouver l’excitation dans cette position du voyeur, loin de tout ce qui fait l’émerveillement de deux peaux qui se frôlent, de deux regards qui s’embrassent, de deux désirs qui se respectent et s’interrogent en permanence sur leur réciprocité, que reste-til sinon que d’inventer des choses très compliquées et/ou violentes ?

Pas grand chose que de la technique, de l’acrobatie et du bruit. Et c’est donc ce pas grand chose qui nous est donné à voir, qui éteint immédiatement le désir, et qui pourtant nous est donné comme la norme pornographique avec laquelle il nous faudrait jouir….

Alors oui, Kechiche aurait presque raison en disant que « ce n’est pas très important que ce soit deux femmes », si la sexualité hétéronormée qu’il reproduit ici n’était pas la règle, et qu’il essayait de créer une nouvelle forme cinématographique de représentation du désir, qui aurait un rapport avec la vie. Mais pour le coup, il n’y a ici vraiment rien de neuf, ni d’innovant, ni même de vaguement stimulant qui pourrait justifier une palme d’or…

Sandrine GOLDSCHMIDT

Rachel Moran : « La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic mais la cause du trafic sexuel »

Capture d’écran 2013-10-12 à 10.34.05Lors de deux jours de travail des associations signataires de l’appel de Bruxelles début octobre, a été lancé la Coalition pour l’abolition de la prostitution (CAP). A cette occasion, Rachel Moran une survivante de la prostitution irlandaise, auteure de « Paid For, my journey through prostitution », l’histoire de ses années dans la prostitution, est venue témoigner de son expérience et de la nécessité de recourir à l’abolition à la suédoise, donc à la pénalisation du client. Voici la vidéo tournée par Mariana Colotto pour le Lobby européen des femmes. C’est en anglais, j’ai traduit le texte en dessous.

« C’est vraiment un très beau jour pour moi, je suis vraiment ravie d’être là pour le lancement de la coalition pour l’abolition de la prostitution.  Il y a 20 ans si on m’avait dit que je viendrais à Bruxelles pour parler de mon expérience cela m’aurait paru complètement incroyable. J’aurais pensé que ceux ou celles qui me disaient cela avaient pris autant de drogues que moi ».

« Je suis partie de chez moi très tôt, à 14 ans. Je me suis retrouvée dans la prostitution dans l’année qui a suivi.
J’ai quitté -je me suis enfuie- la prostitution à 22 ans ». Je n’ai que dix minutes donc je ne vais pouvoir vous parler beaucoup de toutes ces années où il s’est passé tant de choses qui m’ont éloignées de qui j’étais en tant que personne. Il n’y a rien ni personne qui pourrait me dire quelque chose qui pourrait me faire croire qu’il peut exister une forme de prostitution qui soit source de force, qui puisse être une sexualité libératrice, ou même être tout juste vaguement tolérable. Je ne crois rien de tout cela. Rien dans ce que j’ai vu ou ou dont j’ai pu être témoin aussi dans la vie d’autres femmes ne rendrait cela possible.
Il y avait vraiment  vraiment trop de dégradations, beaucoup de violence bien sûr. Mais quand les gens me posent des questions sur la violence je crois qu’ils sont à côté du vrai enjeu.  J’ai toujours pensé cela même si à une époque je le ressentais juste sans que ce soit une pensée très construite.

Ce que ne comprennent pas ces personnes c’est le fait que l’acte lui-même est violent. Que même l’homme le plus gentil qui aie touché mon corps était violent. Et en fait, d’une certaine façon c’était pire parce qu’il était plus malhonnête que celui qui me frappait à la tête et qui au moins me disait ce qu’il pensait de moi.

Je vais mentionner brièvement mais il en a déja été question le lien entre proxénétisme et trafic humain et sexuel dans la prostitution. J’ai parlé à une amie récemment qui est dans une association de soutien aux personnes prostituées. Elle a parlé des ces situations où on sait que les mêmes qui sont des proxénètes « traditionnels » sont aussi par ailleurs des trafiquants de femmes. C’était d’ailleurs la situation à mon époque aussi.
Comme cela a été dit c’est la prostitution (demande) qui est l’origine du trafic.
La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic sexuel mais la cause du trafic sexuel.
J’ai pris quelques courtes notes parce que je n’aime pas lire un texte. Une des choses dont je voulais parler ce sont les mensonges des lobbys pros. Je ne peux pas parler de tout en 10′. Mais un mensonge très important qu’il faut dénoncer c’est la façon dont ils jouent avec les statistiques. Nous avons cette constante contestation des chiffres. La façon dont nous pouvons y mettre fin c’est d’y répondre avec des chiffres irréfutables et très importants. C’est là que nous comptons sur la Suède pour communiquer sur son modèle.
Car la Suède a fait tant et est devenue un tel exemple pour le monde, et cela a été si important pour moi. Je ne peux même pas vous exprimer ce que cela a représenté pour moi que la Suède ait fait ce qu’elle a fait.
Ce qu’elle a fait c’est qu’elle a affirmé clairement que ce qui m’était arrivé et arrivait à un nombre incroyable de femmes était mal et anormal. Et c’était le premier pays à le dire. Et cela représente bien plus que je ne peux le dire.