Rachel Moran : « La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic mais la cause du trafic sexuel »

Capture d’écran 2013-10-12 à 10.34.05Lors de deux jours de travail des associations signataires de l’appel de Bruxelles début octobre, a été lancé la Coalition pour l’abolition de la prostitution (CAP). A cette occasion, Rachel Moran une survivante de la prostitution irlandaise, auteure de « Paid For, my journey through prostitution », l’histoire de ses années dans la prostitution, est venue témoigner de son expérience et de la nécessité de recourir à l’abolition à la suédoise, donc à la pénalisation du client. Voici la vidéo tournée par Mariana Colotto pour le Lobby européen des femmes. C’est en anglais, j’ai traduit le texte en dessous.

« C’est vraiment un très beau jour pour moi, je suis vraiment ravie d’être là pour le lancement de la coalition pour l’abolition de la prostitution.  Il y a 20 ans si on m’avait dit que je viendrais à Bruxelles pour parler de mon expérience cela m’aurait paru complètement incroyable. J’aurais pensé que ceux ou celles qui me disaient cela avaient pris autant de drogues que moi ».

« Je suis partie de chez moi très tôt, à 14 ans. Je me suis retrouvée dans la prostitution dans l’année qui a suivi.
J’ai quitté -je me suis enfuie- la prostitution à 22 ans ». Je n’ai que dix minutes donc je ne vais pouvoir vous parler beaucoup de toutes ces années où il s’est passé tant de choses qui m’ont éloignées de qui j’étais en tant que personne. Il n’y a rien ni personne qui pourrait me dire quelque chose qui pourrait me faire croire qu’il peut exister une forme de prostitution qui soit source de force, qui puisse être une sexualité libératrice, ou même être tout juste vaguement tolérable. Je ne crois rien de tout cela. Rien dans ce que j’ai vu ou ou dont j’ai pu être témoin aussi dans la vie d’autres femmes ne rendrait cela possible.
Il y avait vraiment  vraiment trop de dégradations, beaucoup de violence bien sûr. Mais quand les gens me posent des questions sur la violence je crois qu’ils sont à côté du vrai enjeu.  J’ai toujours pensé cela même si à une époque je le ressentais juste sans que ce soit une pensée très construite.

Ce que ne comprennent pas ces personnes c’est le fait que l’acte lui-même est violent. Que même l’homme le plus gentil qui aie touché mon corps était violent. Et en fait, d’une certaine façon c’était pire parce qu’il était plus malhonnête que celui qui me frappait à la tête et qui au moins me disait ce qu’il pensait de moi.

Je vais mentionner brièvement mais il en a déja été question le lien entre proxénétisme et trafic humain et sexuel dans la prostitution. J’ai parlé à une amie récemment qui est dans une association de soutien aux personnes prostituées. Elle a parlé des ces situations où on sait que les mêmes qui sont des proxénètes « traditionnels » sont aussi par ailleurs des trafiquants de femmes. C’était d’ailleurs la situation à mon époque aussi.
Comme cela a été dit c’est la prostitution (demande) qui est l’origine du trafic.
La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic sexuel mais la cause du trafic sexuel.
J’ai pris quelques courtes notes parce que je n’aime pas lire un texte. Une des choses dont je voulais parler ce sont les mensonges des lobbys pros. Je ne peux pas parler de tout en 10′. Mais un mensonge très important qu’il faut dénoncer c’est la façon dont ils jouent avec les statistiques. Nous avons cette constante contestation des chiffres. La façon dont nous pouvons y mettre fin c’est d’y répondre avec des chiffres irréfutables et très importants. C’est là que nous comptons sur la Suède pour communiquer sur son modèle.
Car la Suède a fait tant et est devenue un tel exemple pour le monde, et cela a été si important pour moi. Je ne peux même pas vous exprimer ce que cela a représenté pour moi que la Suède ait fait ce qu’elle a fait.
Ce qu’elle a fait c’est qu’elle a affirmé clairement que ce qui m’était arrivé et arrivait à un nombre incroyable de femmes était mal et anormal. Et c’était le premier pays à le dire. Et cela représente bien plus que je ne peux le dire.

7 thoughts on “Rachel Moran : « La prostitution n’est pas le lieu où opère le trafic mais la cause du trafic sexuel »”

  1. Merci pour votre travail et merci à Rachel Moran pour son témoignage important. Effectivement beaucoup de gens ne comprennent pas la violence extrême que représente le fait de réduire une femme à l’état de marchandise. Et que c’est cette chosification qui permet à certains prostitueurs de battre ou tuer sans remords la femme qui se trouve à leur merci. De fait aucune forme de prostitution ne peut être non-violente et tolérable.

  2. Ravie d’entendre enfin une ex prostituée exprimer ce que je pense depuis longtemps. La prostitution est condamnable pas seulement en raison du trafic et du proxénétisme qui sont effectivement des circonstances particulièrement aggravantes, mais aussi en raison de ce qu’elle est par essence, une chosification, une objétisation de l’être humain, ou réduction de l’être humain à l’état de bête. Ca constitue très clairement une violation des droits de l’humain, car le premier des droits de l’humain est de le traiter en tant que tel.
    Utiliser le corps d’autrui à sa guise, en toute liberté et en faire n’importe quoi sous prétexte qu’on l’a acheté est appelé abus ou exploitation et le consentement réciproque n’enlève rien de cette maltraitance.

  3. Je suis nouvellement abolitionniste et j’ai aussi été sexuellement exploité, j’en suis à peine sortie et je je constate que le combat est loin d’être gagné. Même si je lis et entend souvent de bonnes nouvelles, mes recherches et lectures deviennent parfois lourdes et je peine à demeurer positive, or de tels témoignages m’aide à y arriver et je sais que mes acolytes québécoises s’en régalent aussi. Merci!

  4. Merci de votre témoignage courageux ! Les survivantes sont actuellement vilipendées par les pseudo-syndicats du travail du sexe qui mériteraient que l’on regarde de plus près leur composition puisque certains clients en font partie et que la prostitution est un milieu clos où règne une hiérarchie entre surveillantes de trottoirs tenancier-e-s de bordel et proxénètes de tous pays qui peuvent tous se prétendre travailleur-se de l’industrie du sexe.
    Le combat est, certes, loin d’être gagné mais maintenant il y a des travaux qui montrent que les soi-disant « besoins sexuels irrépressibles  » ne sont pas l’apanage des seuls hommes (82%) mais que 78% des femmes aussi ont des « besoins sexuels » sans qu’elles n’envisagent d’utiliser massivement la traite ou la prostitution masculine comme le font les hommes.
    Cette escroquerie du besoin des hommes au rapport sexuel tarifé – pour protéger les couples comme le défend Brigitte Lahaie qui juge cette loi puritaine alors qu’elle se prononce a priori contre le divorce et alors même qu’il existe des conseillers conjugaux – va finir par se dégonfler comme une baudruche.
    Puisque femmes et hommes ont la même envie de s’épanouir sexuellement, la prostitution n’est que le refus de certains hommes à s’intéresser au plaisir des femmes. Eux d’abord ! Le discours pro-prostitution ne pourra plus tenir si les femmes se lèvent pour dire cette vérité: » nous aussi voulons du plaisir, nous aussi avons des besoins mais nous ne sommes pas là pour vous servir, nous sommes là pour des relations réciproques ».

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