Plus jamais un secret : « Nunca mas », manifestons le 1er février

J’ai décidé de me prendre pour le PR (clin d’oeil) et vous parler à la première personne de ce sujet qui concerne toutes les femmes. Et pas les hommes. Le désir d’enfants les concerne, mais le fait d’avoir pendant 9 mois à peu près à mener à terme une grossesse, avec des risques pour leur santé, relève du droit des femmes à disposer d’elles-mêmes.

Ainsi, l’avortement. Je ne me rappelle plus quand j’ai appris que cela existait. Mais c’était forcément nettement après 1975, au début des années 1980, pourtant cela me fut présenté comme une évidence. L’embryon n’était pas un enfant, et c’était le droit d’une de choisir si une femme voulait mener à bien une grossesse, si elle se sentait les conditions psychologiques (désir) et matérielles (emploi, partenaire ou pas) pour le faire. Je n’avais aucune idée que quelques années auparavant seulement, des femmes mouraient tous les ans d’avortements clandestins, parce qu’avoir un enfant -souvent de plus- c’était trop et suffisamment intolérable pour courir le double risque de mourir et d’aller en prison.

Aujourd’hui, nous faisons partie des pays qui ont une législation progressiste en la matière, qui rembourse l’IVG, qui ne lie plus l’acte à une notion de détresse (depuis la semaine dernière) mais qui se sent toutefois menacé par les conditions économiques de son exercice (problème de l’hôpital public) et le contexte européen.

Nous nous battons donc pour soutenir les Espagnoles (manifestation à Paris départ 14h samedi place Joffre, et dans toute la France également), et pour dire que nous ne nous laisserons pas faire ici. Je me dis aussi que si on veut toucher les femmes plus largement, il nous faut continuer à expliquer pourquoi, pourquoi l’avortement libre et gratuit est un juste combat, pourquoi ça n’est pas ce que disent nos adversaires. Il est nécessaire d’expliquer aux jeunes d’aujourd’hui ce qui a mené à cet acquis fondamental. Pour une simple raison : des adolescentes et des adolescents qui découvrent ce dont il s’agit sont encore dans l’interrogation sur leur venue au monde et pensent encore beaucoup – c’est normal- au travers d’eux-mêmes. Et leur dire d’un coup, « l’avortement c’est bien et c’est comme ça », sans expliquer, c’est aussi leur dire à ce moment là : « si j’avais voulu, j’aurais pu avorter de toi » et provoque chez lui une grande angoisse. C’est absurde, puisque l’enfant est là. Mais c’est une réalité et réaction compréhensible et qui à mon avis explique que certainEs croient ceux qui accusent les pro-choix d’être des assassinEs (voir le très bon documentaire de Stacey Benoît que nous avons passé à Femmes en résistance, « une question de choix »).

Il nous faut donc encore, toujours et plus expliquer, être dans l’argumentation. Il me semble que nous passons trop de temps à traiter nos adversaires de fachos et de débiles plutôt qu’à expliquer ce que nous entendons par « le droit des femmes à disposer de leur corps », ou ce que veut dire être « pro-choix », c’est-à-dire d’avoir le choix de mener à bien ou non une grossesse. Qu’il ne s’agit pas d’interrompre une vie, mais de s’assurer que si un enfant vient au monde, c’est dans la condition minimum qu’avoir dû le porter + devoir ensuite l’élever n’est pas contraire à la volonté de la femme qui le porte. C’est dire qu’un embryon de quelques semaines n’est pas une personne, c’est juste un futur, comme l’est chaque ovule fécondable, chaque mois, qui n’est pas utilisé. Et la contraception ne suffit pas : énormément de femmes qui avortent aujourd’hui (sur les 200.000 avortements annuels) utilisaient une méthode de contraception qui n’a pas marché. C’est expliquer que l’IVG, comme la contraception, fait partie d’une liberté pour les femmes de maîtriser leur destin. Elles ont désormais droit d’avoir une sexualité sans (ou presque) risque de grossesse. Elles peuvent donc avoir une sexualité libre(1) et en même temps de ne pas avoir à en « payer » les conséquences. Elles peuvent désormais avoir un enfant parce qu’elles l’ont choisi et désiré.

C’est donc aussi la possibilité de commencer de remettre le monde à l’endroit : rendre possible que l’enfant à naître, celui qui est désormais une personne dès lors qu’il est séparé de la mère, soit élevé par choix.

Disons encore qu’être « pro-vie » n’a pas de sens, et que favoriser aux femmes d’avoir le choix, c’est donner aux enfants à naître un meilleur avenir, en donnant la liberté à leurs mères.

Disons enfin que l’obsession des hommes à maîtriser la reproduction en décidant à la place des femmes est un pilier patriarcal : appropriation domestique (devoir conjugal et chantage au « bien-être matériel », viol systémique, refus de prendre la responsabilité du contrôle des naissances (les hommes qui essaient à tout prix d’éviter le préservatif + refusent la vasectomie + ne font rien pour développer la contraception masculine -celle ci ne pouvant remplacer la contraception féminine mais pouvant renforcer leur choix à eux, ce qui ne semble pas les effleurer, puisque de toutes façons ils ont ensuite la liberté de reconnaître -ou pas- l’enfant). Les hommes ont donc peur que la reproduction -et les femmes- leur échappent. Pour autant, avec l’IVG, ils ne sont pas « brimés ». Si c’est la femme et la femme seule qui peut décider si elle avorte, c’est parce qu’il s’agit là non pas d’un enfant né d’un désir commun d’enfant, mais d’un embryon qui est logé dans l’utérus de la femme.

De nombreux films sont également des supports intéressants pour comprendre comment le monde a changé après 1975.
Citons « histoires d’A » de Charles Belmont et Marielle Issartel, (cf affiche- qui a été censuré et interdit pendant de nombreuses années par le ministère des Affaires culturelles et a eu une importance fondamentale dans la lutte.

Citons « Histoire d’un secret » (B.A ci-dessus), de Mariana Otero, qui raconte comment elle a appris à 30 ans que sa mère était morte des suites d’un avortement clandestin et est un films magnifique.

S.G

(1) évidemment, si vous lisez ce blog, vous savez que pour moi une sexualité « libre » est une sexualité sans contrainte. Ni la contrainte de la reproduction, ni la contrainte de la violence, ni celle de l’argent. Ainsi, si je ne dis pas « disposer de son corps », c’est parce que « mon corps c’est moi », et que les êtres humains ne se vendent pas.

A ce propos, une deuxième remarque : j’apprécie énormément l’affiche du film Histoires d’A. Elles montre des femmes, enceintes ou pas. Elles montre des femmes avec une tête. Certaines montrent aussi leur ventre, mais on voit surtout des têtes de femmes Or, aujourd’hui, sur 90% des affiches qui parlent de droit à l’avortement ou de grossesse, on voit des ventres, arrondis ou pas. Et c’est déjà une façon de dissocier les femmes. Il ne s’agit pas de défendre nos ventres, mais nous, des femmes, vivantes. Et c’est avec notre tête que nous décidons, pensons, et ressentons…des femmes sans tête, ce sont des mortes…

 

5 thoughts on “Plus jamais un secret : « Nunca mas », manifestons le 1er février”

  1. Il y a quelques jours, une amie doctoresse m’a dit que de nombreux / nombreuses gynécologues utilisent « la clause de conscience » pour refuser des avortements – parce qu’ils ne leur rapportent pas assez d’argent! Dans la plupart des cas cela n’aurait, en fait, rien à voir avec la conscience, mais avec le porte-monnaie. Les femmes qui ont besoin d’un IVG doivent donc s’adresser aux hôpitaux où les délais d’attente s’allongent. Ou bien verser un bakchich au médecin qui alors oublie sa « conscience »?

    Si cela correspond réellement à la situation française, nous n’avons pas de leçons à donner à nos voisins. (Cela n’empêche pas de soutenir leurs combats.)

  2. P.S. à la contribution envoyée le 27/1:
    Il y a quelques jours, une amie doctoresse m’a dit que de nombreux / nombreuses gynécologues utilisent « la clause de conscience » pour refuser des avortements – parce qu’ils ne leur rapportent pas assez d’argent! Dans la plupart des cas cela n’aurait, en fait, rien à voir avec la conscience, mais avec le porte-monnaie. Les femmes qui ont besoin d’un IVG doivent donc s’adresser aux hôpitaux où les délais d’attente s’allongent. Ou bien verser un bakchich au médecin qui alors oublie sa « conscience »?
    Si cela correspond réellement à la situation française, nous n’avons pas de leçons à donner à nos voisins. (Cela n’empêche pas de soutenir leurs combats.)

    P.S. Le fait que le gouvernement augmente les remboursements semble attester ce qui précède.

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