De Philomena à la GPA

« Philomena », mère à qui on a volé son enfant

J’ai récemment vu Philomena de Stephen Frears au cinéma en compagnie d’une autre « femme en résistance ». Un film de cinéma, tout en finesse, sur un sujet qui nous intéressait tout particulièrement : les dérives de l’adoption.

Un beau film, parce qu’il y a un vrai langage cinématographique, parce qu’il y a dénonciation, et aussi parce que nous étions contentes de voir le sujet « sortir », nous confortant ainsi dans notre choix de séance du dernier festival : nous y associions alors 3 thèmes sous le « commandement féministe » TU NE SERAS NI ACHETEE NI VENDUE NI VIOLEE » : la prostitution, la grossesse pour autrui (dite GPA), et l’adoption, en projetant le très beau film de Sabreen Bint Loula « Celle qui meurt », sur l’adoption en Inde.

Que ce soit dans le film de Frears ou celui de Sabreen, ces films nous aident à réaliser  que le « halo de sainteté » des « bonnes soeurs » et institutions religieuses peut être un écran de fumée qui cache en réalité une pratique nettement moins en accord avec leurs belles paroles.

Le sujet commence enfin à émerger : les scandales de l’adoption, cet acte jugé « si généreux » au double bénéfice de « sauver » des « orphelins -enfants malheureux » et de combler des couples hétérosexuels –  infertiles, sont nombreux.

C’est ce que montre en creux Philomena : de merveilleuses familles riches états-uniennes qui paient 1.000 dollars pour recueillir de pauvres enfants abandonnés -c’est ce que leur disent les bonnes soeurs, et qu’à aucun moment ils ne mettent en doute. Ils n’interrogent pas le bien fondé moral (et le possible « intérêt » des vendeuses) de payer un enfant 1.000 dollars. Et ils se contentent tout à fait de la parole de la bonne soeur qui dit que l’enfant a été abandonné par sa mère.

Sauf que…de l’autre côté, les bonnes soeurs, fortes de leur position morale dominante volent aux jeunes femmes leurs enfants. Elles leur font signer une décharge, et, pour assurer leur impunité, les culpabilisent systématiquement : nous sommes dans une Irlande très catholique ou le rapport sexuel hors-mariage est pêché. Que ce soit un viol ou un acte désiré, c’est un péché de la femme. C’est péché, donc il faut les punir. Elles accoucheront sans anti-douleurs ni médecin, dans des conditions atroces, parce que « c’est ce qu’elles ont mérité ». Certaines bien sûr en mourront. On leur arrachera leurs enfants et on leur interdira toute possibilité d’avoir ensuite un contact avec eux.

Le film de Frears montre bien cet incroyable (mais trop ordinaire) obscurantisme institutionnel, mais aussi personnel de la bonne soeur décisionnaire qui révèle la vraie raison des violences inouïes qu’elle a fait subir à ces femmes et ces enfants : elle a fait voeu de chasteté et s’y est tenue. Elle ne supporte pas que d’autres n’aient pas respecté ou eu à respecter cette injonction dogmatique, alors elle leur applique un jugement et une peine atroce pour cette seule raison.

Dans le film le poids du catholicisme, en particulier sur l’héroïne est très fort, et on pousse à la fin un grand « ouf » de soulagement lorsqu’elle accepte que cette réalité qu’elle a vécu soit révélée au grand jour par le journaliste. Le film, tiré d’une histoire vraie éveille l’envie d’aller creuserla question, et de réfléchir à la pertinence d’universaliser le propos en disant qu’il ne s’agit pas là d’un « acte barbare isolé » d’un couvent irlandais, à cause d’une bonne soeur névrotique…mais d’une composante de l’adoption telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans notre monde, dans un contexte de déséquilibre hommes/femmes, pays riches/pays pauvres, dominants/dominés.

Une composante de l’adoption que l’on retrouve dans la Grossesse pour autrui, maternité de substitution dite GPA, qui aujourd’hui est présentée par certains comme « la solution à la détresse des couples infertiles » et en particulier des couples d’hommes qui ont un désir d’enfant », et une ressource pour les femmes des pays pauvres (mais en général la situation des mères « porteuses » ne préoccupe guère). En réalité, il ne s’agit que d’une vaste marchandisation des êtres humains dans lesquelles les mères ne sont pas du tout bénéficiaires ! (voir cet article paru ces jours-ci). Et dans tous ces processus d’adoption, l’intérêt des enfants et les droits des mères (porteuses ou d’enfants) sont largement effacés au profit des droits du puissant (les familles occidentales qui peuvent payer). Les mères et les enfants sont les objets d’un commerce fructueux fondé sur le principe : pour le fort, tout peut s’acheter…à condition de l’enrober dans un discours sur la générosité…

Adoption terrain miné

Quelques voix commencent à s’élever ici ou là pour dénoncer cette situation et dire ce qui n’est jamais dit concernant l’adoption. Outre le commerce initial fondé sur des mensonges et un déséquilibre de pouvoir, il y a aussi l’effet sur les enfants adoptés et les conséquences sur leurs vies des traumatismes de ce qu’ils ressentent comme un abandon. Comme l’explique dans cet article Kharla Livingston Lorenzzo, premier « bébé volé » d’un réseau brésilien.

« Acheter un bébé auprès de ces réseaux, c’est soutenir ces trafics ignobles. Comment ne pas s’en rendre compte ? Et puis en achetant un être humain, à quel type de relation s’attend-t-on par la suite ? Le lien n’est-il pas faussé dès le début ? Comment peut-on s’imaginer construire son bonheur sur le malheur des autres, sans aucune conséquence ? »

A elle, on a souvent rétorqué que son cas était l’exception. Le récit de « Philomena » et celui de « Celle qui meurt » nous montrent qu’il y a « de nombreuses exceptions ». C’est ce qu’affirme également  KL Lorenzzo :

« Et pourtant, je rencontre de plus en plus de personnes elles aussi volées à la naissance. Des milliers en fait. Même stratégie, toujours : des intermédiaires mentent aux parents biologiques pour obtenir une signature attestant de l’abandon, ou qui récupèrent le nouveau-né à la naissance tant que la mère biologique est vulnérable. »

Clairement donc, il y a beaucoup plus derrière l’adoption que tout ce que notre bonne conscience (la mienne y compris) manipulée nous laisse entendre. Et il est important là encore et toujours d’informer et dénoncer quand il y a à dénoncer.

Je recommande à celles et ceux qui le pourront de se rendre à Créteil mardi 18 mars à 17h où sera projeté « Son nom : celle qui meurt », de Sabreen Bint Loula, un très beau film sur la question.

J’en profite pour mettre le lien vers le site du Festival de films de femmes de Créteil qui commence donc vendredi et dure jusqu’au week-end suivant.

Et le lien vers le site « Adoption terrain miné » pour lire plus en détail tous les arguments sur la question.

S.G

 

2 thoughts on “De Philomena à la GPA”

  1. Merci pour cet article qui expose bien la problématique de l’adoption (pas souvent évoquée).J’ai aussi vu « Philomena » et j’ai beaucoup aimé – en tout cas il pose des question intéressantes. Juste une remarque : je crois qu’il y a une erreur de lien à  » Comme l’explique dans cet article Kharla Livingston Lorenzzo, »

  2. Bonsoir, article intéressant on ne se doute de toutes les affaires retorses qui se cachent derrière les bons sentiments de l’adoption. Toutefois je trouve que l’interprétation que fait le réalisateur du comportement de la bonne sœur est pour le coup très misogyne : la femme haineuse parce que privée de sexe et de bébé c’est un des refrains des machos ! Il y a des femmes qui se satisfont de vivre chaste et sans enfant, de nombreuses femmes sont d’ailleurs à toute époque entrées dans les ordres parce que cela leur permettaient de s’affranchir un peu des servitudes des hommes et des obligations domestiques, voire de gagner un peu de pouvoir dans la direction des couvents. Hypathie d’Alexandrie ou Hildegarde de Bingen par exemple ont mené des vies chastes pour se consacrer à l’étude.

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