Ferrara, DSK : 3 ans après, le déni, toujours

X,lesangdesfemmes

C’est fort, le déni. En 2011, au moment ou DSK a été arrêté pour des accusations de viol et agressions sexuelles à l’encontre de Nafissatou Diallo, femmes de chambre de l’hôtel Sofitel de New York, il a fallu plusieurs jours et des déclarations intolérables pour que la presse pense enfin à dire qu’il y avait -dans cette affaire, une victime, une femme.

Grâce à la mobilisation des féministes et au trop plein de sexisme qui s’est manifesté, on a eu ensuite l’impression d’un sursaut de quelques unEs et parfois, les médias ont fait leur travail.
Trois ans après, alors que DSK est toujours libre, le cinéma vient achever le travail de révisionnisme, en effaçant à nouveau de l’histoire toute référence à son sujet central : les violences sexuelles infligées aux femmes en toute impunité par les hommes en général et les puissants en particulier.

Ainsi, c’est facile avec le cinéma : on présente des films d’hommes, qui font ce qu’ils veulent puisqu’il s’agit d’art, et on impose néanmoins les mots de ce qui restera dans cette histoire. Ici, c’est clair. Ce qui intéresse le film de Ferrara, c’est l’homme. Ses désirs. Ses pulsions dégoûtantes ou pas. Et à lire deux articles sur le film, l’un plutôt « pour », l’autre plutôt « contre » (mais je dirai ensuite pourquoi), on est obligées de le répéter : le cinéma, c’est de la propagande révisionniste de la domination masculine.

Ainsi, si Slate (qui affirme que le films ne parle pas de DSK mais de Depardieu) reconnaît que dans la fiction inspirée des faits du Sofitel il n’y a pas doute sur l’existence du viol, jamais le sort de la victime n’est mentionné. Pire, l’article expose au préalable un série d’autres crimes sexuels : viol tarifé qualifié de « partie fine », viol en réunion qualifié de « partouze », puis le viol. Tout est donc montré comme « le monstre » aux désirs sexuels incontrôlables, mais jamais comme la violence infligée à un nombre incalculable de femmes.

Dans la deuxième partie du film, nous dit Slate, nous voici en huis-clos équivalent « DSK-Sinclair » qui eut lieu le temps que l’homme soit assigné à résidence. Et tout ce que le film trouve à dire, c’est qu’alors Depardieu-DSK voit dans l’ambition de sa femme la cause de ses débordements. Ah oui, forcément, lui ne serait que la victime alors…de sa femme.

A la fin de l’article, Slate nous dit que le film a un tort impardonnable. Ah, on se dit donc qu’enfin l’impardonnable,  le fait que les victimes n’existent pas dans le film, que les violences sexuelles sont montrées comme les simples excès d’un homme « ogresque », vont être remarquées ? Non. C’est le caractère antisémite d’un passage du film qui fait l’objet de l’indéfendable, selon Le Monde, cette fois.

Et autant je ne peux évidemment que confirmer que ce que raconte Le Monde sur cet aspect -rapport entre richesse et soutien d’Israël d’Anne Sinclair et l’affaire) est insoutenable, je ne peux qu’une fois de plus constater que c’est bien la seule chose que les observateurs trouvent impardonnable dans cette histoire.

« Tout s’enchaîne très vite, les images se fondent les unes dans les autres dans une quasi-simultanéité qui renvoie aussi bien au trop-plein et à la vitesse de diffusion d’Internet qu’à la violente addiction du personnage. Accro au sexe et au pouvoir, comme d’autres à l’héroïne, Devereaux ne perçoit plus les frontières entre le jour et la nuit, entre le réel et le fantasme. Il plane. La violence qu’il a infligée à la femme de chambre ? Sans doute ne s’en est-il même pas aperçu ».

Comme les journalistes d’ailleurs, et probablement les spectateurs. Car s’ils le mentionnent, ils n’en font pas un sujet qui rend le film indéfendable. Montrer un criminel (le personnage) à répétition qui viole des femmes comme il respire, ça n’est qu’une « addiction monstrueuse », un signe qu’il n’est pas dans la réalité. Les victimes n’existent pas. Pourtant, elles, elles la vivent au quotidien, cette réalité !

PAS DE JUSTICE, PAS DE PAIX !

S.G

2 thoughts on “Ferrara, DSK : 3 ans après, le déni, toujours”

  1. Curieusement l’explication par les ambitions d’A.S. a été une des pistes les plus évoquées par les psy mâles du début de l’affaire = la faute à la femme .
    Avec le recul , on hésite toujours sur l’interprétation à donner au silence de A.S. prête à pousser son mari vers le sommet , alors qu’elle savait un peu l’homme bien dépravé qu’il était .

    Mais cette femme qui a sans doute le sens de la famille et de la dignité avait le mauvais rôle ; celui de celle qui a fait le mauvais choix et qui assume.
    Je n’ai pas vu ce film et votre analyse me persuade de l’éviter. Merci.
    Le dessin/ caricature du Canard Enchainé sur ce sujet représentait DSK, par Depardieu interposé , en exhibitionniste, ouvrant fièrement sa robe de chambre sur sa nudité pour une photo à la gloire de l’entre jambes.

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