Zouzou, comédie féministe

Hier, je suis allée voir « Zouzou », de Blandine Lenoir, comédie dont le pitch est « en famille, le sexe c’est comme la politique, on en parle ou pas ? ». Intrigant : rapprocher sexualité et politique, cela a déjà un petit air de féminisme. Le film est donc une comédie familiale dont les personnages principaux sont 3 générations de femmes : la grand-mère, veuve, qui révèle à ses 3 filles qu’elle « a un homme dans sa vie » (et quel homme ?!). Les 3 filles, dont une est venue dans la maison de famille avec sa propre fille, Zouzou, qui a 14 ans, est très formée, et vit sa première expérience sexuelle quasiment sous les yeux des femmes de sa vie.

C’est ce qui entraîne la discussion sur la sexualité. Et c’est là que le filme tranche avec tout ce qu’on peut voir habituellement ! Il y est question de faire pipi debout quand on est une femme (et sans pisse-debout, attention!). Il y est question surtout -puisque la jeune de 14 ans va faire l’amour et que sa mère « n’a pas eu le temps » de lui parler de capote…de comment parler de sexualité aux enfants…et c’est là qu’intervient « la féministe » des trois soeurs, enseignante en primaire, qui fait un véritable cours d’anatomie à ses soeurs et mère, leur apprenant qu’il faut nommer une chatte une chatte (ou plutôt une vulve une vulve), que le clitoris fait onze centimètres là où les autres l’imaginent d’à peine plus de 2 centimètres…et qui ose même affirmer (dans le contexte manif pour tous c’est fort de le faire dans un film) qu’en CM1, on peut aborder  l’homosexualité et « un petit peu » la masturbation !

Mieux, alors que les soeurs ne sont pas d’accord sur le fait que cela puisse être à l’école de parler de cela, l’institutrice souligne que si on n’ en parle pas à la maison, alors le risque est que les jeunes en entendront parlet par le biais de  la pornographie et qu’il faut surtout éviter que ce soit leur seule référence en matière de sexualité (violente et marchandisée).  Pour que les jeunes filles puissent avoir une idée que la sexualité cela peut être joyeux !

Il faut dire que l’intention féministe de la réalisatrice fait encore moins de doute dès lors qu’une scène nous montre la « grande gueule » féministe, qui apprend énormément aux femmes de toutes les générations qui l’entourent (elle refait un cours sur le clitoris à une petite voisine et sa mère qui s’inquiétait que sa fille ait entendu des propos sexuels)… »L’ennemi principal » de Christine Delphy !

La même, toujours, nous gratifie d’un discours époustouflant (digne d’un sketch d’Isabelle Alonso) pour se moquer de l’ami réac de sa mère, qui vient la voir alors qu’elle ramasse le linge étendu sur une corde à linge (je me demande d’ailleurs si cette scène n’est pas inspirée d’un « discours sketch » hilarant de Delphy sur les tâches ménagères…*)

En outre, la façon dont sont filmés les hommes est également intéressante…par un retournement pour une fois assez judicieux. Ainsi, lorsque la féministe parle à sa soeur au bar et se présente comme « ethnologue du sexe », un habitué lui demande s’il peut lui poser des questions…est-ce que les règles, c’est tous les 28 du mois ? Est-ce que le cunninlingus, c’est obligatoire ? ridiculisant en deux phrases l’ignorance patriarcale en matière de sexualité féminine.

A noter encore une conversation de 5′ d’une futilité habituellement réservée aux « féminines » entre les deux principaux hommes du film, consacrée exclusivement à comment ils gèrent leur calvitie, comment ils se coiffent, et quelles questions existentielles ils se posent, en raison de leur calvitie…

Alors l’intrigue fait qu’ensuite, certains codes du cinéma, (les personnages évolue t), peut nous faire regretter que la féministe soit en même temps montrée comme longtemps incapable d’exprimer ses sentiments et voulant toujours avoir le dernier mot …(mais est-ce vraiment si loin de la réalité😉 ). La démonstration autour du clitoris, seul organe entièrement consacré au plaisir, finit par être présentée comme une façon « d’ouvrir la voie » à la pénétration et pourrait n’être comprise que comme ça. Le film reste enfin très centré sur l’hétérosexualité, même s’il aborde quand même la question à travers de « l’ami de la mère », qui symbolise le réac. Lorsqu’il lance une remarque homophobe il obtient la réprobation générale. Mais pas de lesbienne dans le tableau. Enfin, le personnage de la star de cinéma hystérique qui se retrouve dans la maison est un peu « plaqué » là.

Mais le simple fait d’ avoir réussi à placer dans le paysage cinématographique d’un film qui passe dans des chaînes de cinéma un livre féministe radical, et un discours où ce sont les femmes qui parlent de sexualité, mais pas de façon libérale « pro-sexe », c’est énorme ! 

S.G

*après info de la réalisatrice, c’est en effet issu d’un discours de Christine Delphy (et mentionné au générique, mais que je n’ai pas vu jusqu’au bout)…

3 thoughts on “Zouzou, comédie féministe”

  1. Tout à fait du même avis… il faudrait lui demander, lors d’un débat par ex;, pourquoi ce choix (uniquement hétéro).
    Pour une comédie grand public, le rythme est bon et ces sujets réservés aux milieux féministes passent les frontières… Tant mieux ! A VOIR…

  2. J’aurai du me contenter de la lecture de la bloggeuse que j’apprécie très souvent meme si je reste silencieuse et l’excellente vidéo de Christine Delphy. Plus d’hommes que de Femmes dans la salle dont un aux rires gras et inappropriés. Combien de ces messieurs etaient là dans la promesse de voir et entendre l’ethnologue du sexe? En moyen metrage de 52mns apres avoir gommé 2 ou 3 scenes inutiles ça aurait été parfait.

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