Christine Lagarde, Abdallah, Charlie et les femmes

IMG_6343En début de semaine, nous avons tous et toutes beaucoup ri et apprécié la chronique de Sophia Aram, en voile intégral, qui se moquait du « féminisme très discret » du défunt roi d’Arabie saoudite, tel que le décrivait Christine Lagarde, Présidente du FMI : « d’une façon très discrète, il était un grand défenseur des femmes »

Une fois avoir bien ri, le sujet a continué à me trotter dans la tête. Comment, pourquoi, la présidente d’une institution si influente dans le monde, pouvait bien vouloir dire une chose pareille ? Je ne reviens pas sur le fond des propos, Sophia Aram décrit bien les très discrètes avancées des droits des femmes en Arabie saoudite.

Ce qui m’intéresse ici, c’est  de comprendre d’où parle Lagarde, de qui elle parle et les enjeux de son propos ?

Présidente du FMI, représentante du « monde libre » et surtout d’une très puissante instance mondiale de financement, elle parle du roi musulman d’un pays qui n’est pas laïc, mais qui au contraire applique la loi du Coran tel que les hommes au pouvoir décident de l’interpréter. Mais l’Arabie saoudite, c’est aussi un des alliés les plus puissants des Etats-Unis et de l’OTAN, pour une simple raison : c’est le plus gros pays pétrolier du monde.  On a besoin de lui, et il a besoin de nous (pour faire tenir politiquement le pays). C’est donc un « allié anti-terroriste ».

Mais en même temps, c’est un pays très obscurantiste, où il y a du ressentiment anti-occidental, et où il y a beaucoup d’argent, pour acheter des armes, et beaucoup de « petits puissants » dorés aux pétrodollars qui eux ne sont pas forcément les soutiens de l’anti-terrorisme. La péninsule arabique reste le terreau géographique de nombreux groupes terroristes (cf les revendications des attentats de Charlie Hebdo et de l’hypercasher).

Problème pour Christine Lagarde et ce qu’elle représente : comment justifier, en plein « après-Charlie » qu’on est si ami avec ce pays ?

La solution, c’est d’associer ce pays à nos valeurs, ce qui inclut d’être ou d’apparaître au moins un  minimum, défenseur des femmes ! En effet, lorsqu’on critique l’islamisme, un des arguments principaux est celui de la défense des droits des femmes, que  la religion bafoue. Pour le dire autrement, il est difficile voire impossible aujourd’hui de dire qu’on n’est pas « féministe » (même si on ne l’est pas), surtout lorsqu’on reproche à l’Islam son attitude envers les femmes. Il fallait donc bien trouver du féminisme à Abdallah, même si discret !

S.G

 

 

 

3 thoughts on “Christine Lagarde, Abdallah, Charlie et les femmes”

  1. Analyse très juste, ne nous a-t-on pas vendu l’intervention militaire en Afghanistan au nom des droits des femmes qui n’ont en rien changé depuis ?
    Nos valeurs affichent le féminisme ou plutôt l’égalité entre les sexes et la non discrimination mais ainsi que l’a dit Sophia Aram il y a loin de la coupe aux lèvres (inégalités salariales, soins aux enfants et aux parents âgés, tâches ménagères, prostitution, violences, viols, harcèlement en tout genre…)

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