Sur le pont des arts, l’amour cadenassé

Petit article court sur un phénomène qui me fascine…en traversant les ponts…et pas qu’à Paris.IMG_3769

« Si par hasard, su’ l’pont des arts, tu crois le vent… »

IMG_3778L’amour n’a pas de frontières. Mais beaucoup de barrières. Ou plutôt, des cadenas. Faut-il que l’amour, pris dans le carcan néo-libéral et hétérosocial soit devenu à ce point dénué de sens qu’une des activités préférées des couples du monde entier en visite à Paris soit d’aller défigurer le Pont des arts d’un cadenas censé être la marque de leur « amour éternel » ? Voici qu’est cadenassée leur relation, des années même après être terminée ? A l’heure où l’amour dure…ce qu’il doit durer, où nos vies étant plus longues, il est plus fréquent que les couples se séparent, faut-il donc laisser une « trace » symbolisant un amour enchaîné ? Certes, « de tout temps », les amoureux ont gravé leur nom sur des arbres en les entourant d’un cœur. Ou sur les murs des monuments. Enfin, de tout temps, je ne sais pas. Déjà c’était donner l’impression qu’il fallait imprimer -graver dans le marbre- une relation pour qu’elle existe. Et puis, un « cadenas », franchement…
IMG_3758Plus facile peut être que d’essayer de la faire exister au quotidien, et de trouver des formes plus élaborées pour s’exprimer de l’amour ? qui s’écrit encore des lettres d’amour ? Aujourd’hui on préfère les SMS…et les cadenas.

Après tant d’années de libération sexuelle affichée, ne reste-t-il plus d’idéal de l’amour que le mariage, la pornographie et des objets qui nous enchaînent ? Ainsi, on cadenasse cette chose sur la grille d’un pont autrefois magnifique, et maintenant recouvert de pans de bois graffitiés pour empêcher que les grilles ne s’effondrent… Et en plus on abime Paris dont les clichés hollywoodiens ont fait la ville de l’amour.

Constat amer encore : au lieu de mettre en valeur un amour qui s’autorise à se terminer, lorsqu’il n’est plus vrai, parce qu’il respecte la liberté de chacunE des personnes qui le partagent, au lieu de mettre en avant que le plus important c’est de conserver dans la relation son intégrité et sa liberté, pour qu’elle soit vraiment désirante et réciproque, on s’attache les unEs aux autres aujourd’hui avec des objets qui nous contraignent. S’attacher, se contraindre, s’emprisonner dans des objets, cela fait penser à l’autre « must » de l’amour tel que d’autres images nous le montrent (cf 50 machins…).  Quel rapport avec la « libération sexuelle » pour laquelle certainEs se sont mobiliséEs ?

IMG_3771Au-delà de la volonté de s’affranchir de « l’ordre moral », et de la nécessité de libérer la sexualité des liens que l’hétérosexualité « obligatoire » entretient avec la reproduction, a-t-on jamais réfléchi à cette liberté sexuelle comme l’envie de créer des relations sexuelles épanouissantes et libératrices pour chacunE… à les libérer de la violence et de la contrainte (dans le mariage, la dépendance entre époux, la domination du désir de l’un sur la personne de l’autre). On aurait oublié de créer, d’imaginer, d’inventer comment l’amour, affranchi de la religion et de la grossesse, pouvait aussi revêtir quantité d’autres formes ? On aurait oublié que la libération pouvait permettre enfin à deux êtres de se rencontrer,  d’inventer ensemble plutôt que de se matérialiser dans des objets qui à nouveau les enchaînent dans une symbolique de contrainte,  comme les menottes ou des cadenas pour avoir l’illusion du plaisir ?

Heureusement, qu’il y a aussi -même si c’est plus rare, celles et ceux qui nous apprennent que le plaisir, c’est autre chose que ces images.

S.G

6 thoughts on “Sur le pont des arts, l’amour cadenassé”

  1. Bonjour, et merci pour cet excellent article ! Il reflète si bien mon avis sur la question, que je me permets de le mettre en lien sur ma page Facebook (je souhaitais vous en informer). A bientôt !

  2. Je traverse souvent, moi aussi, le Pont des Arts avec l’impression angoissante que tout cet amour lourd et cadenassé tente de me noyer dans la Seine… Brrr.
    De l’autre côté de la rive, je me retourne avec soulagement : Ouf, je l’ai échappé belle pour cette fois. :~)

  3. Démontrer statistiquement le lien (ou le non lien ) entre l’accroissement de la longévité et l’augmentation des séparations , voilà un beau sujet de thèse pour un sociologue .

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