Arrêtez de nous tuer ! #8mars

Capture d’écran 2016-03-08 à 11.07.38Aujourd’hui, je publie le cri et l’appel d’une femme, Pauline Arrighi, militante féministe, à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes,. Un cri contre les violences commises tous les jours à notre encontre à travers le monde. Un massacre, dont les auteurs sont toujours des hommes. Merci à elle.

 

« C’est le 8 mars aujourd’hui, et comme je suis une femme, on va me proposer des roses et des réductions sur le maquillage et les strings. On va me souhaiter bonne fête.

Non, je ne passerai pas une bonne fête, pas cette année non plus.

2016 n’a que deux mois et une semaine, et je voudrais faire un bilan. Il est trop tôt pour un bilan de l’année? Pourtant, on peut déjà parler de massacre.

5 femmes tuées par balles, 6 femmes poignardées (pour l’une d’elles, de 120 coups de couteau dans le corps, une autre a été tuée sous les yeux de sa fille de 6 ans), 3 femmes égorgées ainsi que les 2 enfants de l’une d’elles, âgés de 6 ans et 10 mois, 2 femmes violées puis étranglées, une autre étouffée.
Par un mari ou un “compagnon jaloux”, ou par un ex qui “ne supporte pas la rupture”.

Messieurs les tueurs, Ingrid, Géraldine, Marina, Elvira, Chantal, Sylviane, Fabienne, Sonia, Tatiana, Nathalie, Jocelyne, Carine et cinq autres femmes anonymes ne méritaient pas la mort.

Selon vos propres dires, vous les avez tuées parce qu’elles ont voulu vous quitter,

vous étiez jaloux, colérique… violent ?

Dans la majorité des cas, les femmes tuées par leur conjoint ou ex avaient porté plainte pour des violences conjugales. Elles étaient en danger de mort et elles le savaient. Leurs enfants aussi étaient en danger. Humiliées, menacées, frappées, violées, terrorisées. Si elles restent, c’est la mort. Si elle partent, c’est la mort.

A partir de combien de femmes tuées pourra-t-on parler de massacre ? Une par jour, dix par jour ? Chaque victime a son bourreau, chacune est isolée, enfermée dans un foyer qui était pour elle une prison et une chambre de torture. Ignorée par la police qui n’y voit que des chamailleries de couple, puis dénigrée par la Justice qui conclura à un “crime passionnel”. Chacune n’aura droit qu’à un article dans la presse locale.

Chaque victime est isolée, et pourtant chacune est tuée par la même rage de possession, la même hargne à faire d’une femme sa chose. Non, quand un homme tue sa femme après l’avoir torturée pendant des années, ce n’est pas un “drame conjugal dans un contexte de séparation”.

Comment appelle-t-on, dans le langage courant, un homme qui

-pense que sa femme peut être traitée comme sa bonne, son objet sexuel ou son punching ball ?
-pense que si elle le trompe, il doit “laver son honneur”, éventuellement dans le sang ? On appelle ça un macho.

Et un homme qui tue une femme par rage de la posséder est un criminel machiste, comme il y a des criminels racistes, antisémites ou homophobes. La haine des femmes, de celles qu’ils considèrent comme “leur” femme, est meurtrière.

Le massacre des femmes en France peut être empêché. Si les femmes victimes de violences masculines sont prises en charge et protégées avant qu’elles ne soient tuées. Si la police, la Justice, mais aussi le voisinage, c’est-à-dire nous-mêmes, se rendent compte, enfin, que la violence d’un homme contre sa compagne ou son ex n’est pas de l’amour, mais de la haine, et que cette haine tue.

Pour le 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, prenons la décision de mettre fin à un massacre. Prenons la décision de conquérir notre droit à vivre réellement libres
Chaque femme a le droit de quitter son compagnon, d’en changer tant qu’elle veut, aucune n’est la propriété d’un homme, quelle que soit la relation qui a pu les lier dans leur passé.

Aujourd’hui, en France, une femme qui dit à un homme : “je ne t’appartiens pas” risque la mort. Au nom des mortes et des vivantes, au nom de nos filles, de nos sœurs et de nous-mêmes, j’ai envie de crier : laissez-nous accepter ou refuser, rester ou partir, et surtout : arrêtez de nous tuer !

Pauline Arrighi

xlesangdesfemmes

 

Photo en haut: panneau « inser » dans Maso et miso vont en bateau, de Delphine Seyrig, Carole Roussopoulos, Ioana Wieder et Nadja Ringart.

Photo en bas : pastel « pas de justice pas de paix », ©Sandrine Goldschmidt

6 thoughts on “Arrêtez de nous tuer ! #8mars”

  1. merci pour ce texte, « piqure de rappel », pour ne pas oublier toutes les femmes victimes, en ce 8 mars.
    Céline (lyon)

  2. Comme l’écrivait une qui est toujours vivante mais qu’on a soigneusement oubliée (« L’odyssée d’une amazone »), Ti Grace Atkinson, cette forme sociale de dépendance institutionnelle et idéalisée qu’on appelle l’amour/la sexualité est un tissu de terreur, de violence et d’appropriation. Mais il paraît que c’est « naturel », « fatal », et que de toute façon dieu nous en donné l’exemple (quel aventure plus sadique que celle de ce créateur qui précipite sa créature dans le malheur et la mort, et lui en fait porter la faute ?!). A quand une possible société de réelle émancipation individuée et collective à la fois ? pensée amère en ce 8 mars où, en province tout au moins, les « rassemblements unitaires » sont souvent chapeautés par les groupes relativistes et régressifs, auprès desquels il ne faut pas trop insister sur la liberté des femmes…

  3. Question : et parmi ces assassins, combien se sont suicidés après?
    Plus de la moitié de ces assassins qui tuent des femmes dans un contexte de violences conjugales le font dans une démarche suicidaire (voir les chiffres du ministère de l’intérieur).
    Comment voulez vous qu’un homme qui ne se soucie plus de sa propre vie se soucie de celle des autres?

    1. Je pense que votre question conclusive est un non-sens. La plupart des suicidés n’emportent personne avec eux. Et le fait qu’ils ne se soucient plus de leur vie (mais quelle interprétation du suicide un peu hâtive) n’entraîne pas du tout forcément qu’ils ne se soucient plus de celle des autres. Ainsi,comment se fait-il que seul les maris « suicidaires » entraînent femmes et enfants dans leur geste, alors que les autres suicidés, ceux qui ne sont pas dans un délire de possession/dépossession, n’entraînent pas les autres avec elleux ? Les femmes elles, ne le font pas ou ultra-rarement ?
      Andreas Lubitz, est celui qui est allé le plus loin. Ne supportant pas la rupture avec sa compagne, il entraîne, grâce aux moyens dont il dispose -l’avion- 150 personnes avec lui. Combien d’hommes par ailleurs, se suicident « presque » mais survivent, le pseudo-suicide venant aider à obtenir une peine moins lourde. C’est une partie du processus de maintien de l’impunité.

  4. ils se suicident pour échapper aux conséquences de leurs actes. Ces bourreaux à la maison étaient souvent appréciés à l’extérieur, leurs collègues et amis proclament qu’ils étaient des types bien, généreux, etc. Ils ne peuvent tolérer d’être démasqués. La bonne question c’est comment repérer ces profils manipulateurs ?

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