Tu ne tueras point

Petit texte personnel après la tuerie homophobe d'Orlando

Capture d’écran 2016-06-13 à 12.03.36Tu ne tueras point

Tu as vu deux hommes s'embrasser. Tu ne le supportes pas ? 

Un homme aime un autre homme. Tu ne le supportes pas ?

UnE noirE aime unE blancHE tu ne le supportes pas ?

Une femme se promène, seule, dans la rue, la tête découverte. Tu ne le supportes pas ?

Une femme choisit qui elle veut aimer, femme ou homme, tu ne le supportes pas ?

Tu ne le supportes pas, alors tu les tues ? Et tu invoques Dieu ? Mais Dieu t'a dit de ne pas tuer. Qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Dieu n'y est pour rien. Dieu d'ailleurs, n'existe pas. C'est sûrement une invention de l'être humain pour désigner la vie. Pour la rendre précieuse, pour nous éviter de nous auto-détruire en détruisant tout autour de nous. Sauf qu'au nom de Dieu, depuis toujours, tu tues. 

Si Dieu n'y est pour rien, la religion des hommes et l'obscurantisme, y sont certainement pour quelque chose. Si tu ne supportes pas de voir deux hommes s'embrasser, c'est que tu as été élevé dans l'obscurantisme, c'est-à-dire dans la mort. Et que tu l'as embrassée.

Dans l'obscurantisme, tu trouves ta jouissance mortifère. L'obscurantisme, cette incapacité de distinguer entre ce qui te regarde et ce qui ne te regarde pas. Ta vie te regarde. La mienne, la sienne non. Dans l'obscurantisme, tu vénères plus la vie d'un fœtus – qui n'est pas encore un être humain, que celle d'une femme. 

Incapacité de discerner entre toi et l'autre. Depuis le plus jeune âge, on t'a dit : l'enfer, c'est les autres. L'enfer, c'est toi. Regarde toi en face. Tu ne tueras point.

Depuis le plus jeune âge, tu as appris à considérer tes priorités comme celles du monde, tes dégoûts et tes pulsions comme légitimes. Pour t'y aider, tu as trouvé la religion. La version obscurantiste de la spiritualité, celle qui au lieu de t'aider à vivre, t'encourage à la haine. Au lien de t'encourager à aimer, t'enjoins à aimer un concept abstrait : Dieu. Au lieu de t'aider à faire vivre la communauté des êtres embarqués sur la même galère -vivre sur terre, la religion désigne les uns comme les ennemis, les unes comme les impures, les autres comme moins dignes de vivre que toi. 

Tu ne tueras point. Mais tu es déjà mort. La haine des autres, ce n'est que ta haine de toi-même. Tu ne supportes pas que d'autres tentent d'être eux-mêmes, tu ne supportes pas de creuser en toi pour accepter tes contradictions, tu ne supportes pas de te regarder en face, de rester à la place qui est la tienne dans ce monde. Une vie, une toute petite vie, parmi d'autres. 

Tu fais allégeance au plus grand mouvement déclaré de haine consciente de notre temps, Daesh. Un mouvement qui ne supporte pas IMG_0809que des êtres humains vivent leur vie : femmes, lesbiennes, gay-bi-trans, mécréants, artistes...qu'ils et elles aiment, soient, en dehors de Dieu, en dehors de toi. Daesh ne supporte pas la vie. Comme ailleurs l'industrie qui marchandise 
la violence sexuelle et l'être humain -et dont Daesh s'accomode très bien. Un mouvement mondial de haine et de destruction, dont Daesh est le monstre émergé, engendre des armes de destruction massive : 
des êtres humains qui réfléchissent encore, mais ne réfléchissent que la mort, sont coupés des émotions qui engendrent la vie : la joie, l'amour, la rencontre, avec l'autre, cet inconnu qui te reflète. Des assassins, des violeurs, des tortionnaires : le terrorisme pornographique, comme l'industrie pornographique, jouissent de la torture et du viol, jouissent de la mort.



Tu ne tueras point. Tes neurones-miroirs et d'autres font que tu ressens en l'autre humain un autre toi-même. Tu ressens s'il ou elle souffre, tu ressens que ton plaisir ne peut passer par sa souffrance ou par sa mort, car sa souffrance est la tienne. 

Tu ne tueras point, parce que tu sais qui tu es, où tu es, d'où tu parles, quelle est ta place dans l'univers et que cela te rend humble. Tuer c'est un accident, pas une volonté, pas un choix : ça ne peut que se limiter à la légitime défense (individuelle ou collective), à la nécessité de la survie. 

Tu n'as pas le droit de décider de la vie des autres. Tu n'as pas besoin de tuer, tu n'as pas besoin de haïr. 

Tu ne tueras point. Nous vivrons, nous mourrons.

S.G

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