2019 : une année de lectures

Après ma liste de films, voici ma liste de livres remarquables en 2019…

D’emblée, quelques remarques. Je lis majoritairement des livres écrits par des femmes, surtout parmi les nouveautés. Parce que c’est une façon de contrer le sexisme persistant, en particulier dans la critique littéraire. Parce que, j’y reviendrai, les sujets qu’elles abordent n’existent pas forcément sans elles. Parce que la littérature a tellement servi la culture sexiste et la culture du viol (combien de temps aura-t-il fallu avant que chute entin Matzneff ?). Parce que la littérature, ne s’est tellement pas intéressée aux femmes réelles et à leur vécu spécifique et qu’il était temps que leurs récits sur elles-mêmes et leur vision du monde soient publiés.

Et de fait, les devantures des librairies proposent désormais de nombreuses oeuvres de femmes. Qu’ont-elles de particulier ? Pas un « style d’écriture féminine », je ne penche pas vers l’essentialisme. Mais des sujets qui sont abordés parce qu’ils sont l’expérience de tant de femmes jusque là peu abordée en littérature. Car jugés non dignes de cet art, parfois, ou simplement et parce qu’il faut en avoir fait et considéré l’expérience pour en parler d’un autre point de vue. La folie, le secret, les violences sexuelles, le rôle reproducteur, l’enfantement, l’exil des femmes arrachées à leur milieu d’origine aussi par le patriarcat, le conflit famille/liberté/identité, avoir « une vie à soi », ces sujets traversent quasiment tous les livres ci-dessous.

Avant de vous donner la liste, deux parenthèses. Cette année, j’ai découvert ou redécouvert deux grands auteurs hommes classiques, et ai très envie d’en parler.

J’ai lu pour la première fois Les Misérables en intégralité. Elles et ils m’ont accompagnée pendant 3 mois. J’ai apprécié chaque phrase, chaque chapitre, emprunts d’une grande humanité et d’une beauté littéraire époustouflantes. Qui fait que 100 pages sur le sort d’un évêque de campagne nous touche comme le sort de Cosette ou de Gavroche. Plaisir aussi de circuler dans les rues de Paris, pendant la lecture, et tomber par hasard sur les traces des événements décrits dans le roman, comme à l’angle du Faubourg Saint-Antoine et de la place de la Bastille, à propos des barricades.

Autre grand auteur, Zola. Par hasard, j’ai vu une série télé, inspirée de « Au bonheur des dames ». Etonnée par le ton féministe, j’ai eu envie de relire le roman (qui m’avait peu intéressée vers 18 ans). Le moins que l’on puisse dire, c’est que j’ai changé d’avis ! La description de la naissance du commerce moderne et de ce quartier autour de « 4 septembre » à Paris (où j’ai travaillé plusieurs années) m’ont fascinée. J’ai alors eu envie de lire tous les Rougon-Macquart. Aujourd’hui, j’en ai lu 9 et commence « Nana ». Chacun de ces 9 premiers tomes m’a passionnée. De la description du coup d’Etat de 1851 dans la ville de Plassans (ville imaginaire) dans La fortune des Rougon à Une page d’amour, sur les hauts de Passy, en passant par les classiques absolus L’Assommoir et Le ventre de Paris ou encore La curée, la force de description de Zola, l’élan qu’il donne à ses premiers chapitres, à un personnage, un quartier, un mouvement, sont fascinants. Objectif 2020, les 10 suivants !

Voici donc la liste des autres livres plus récents (mais pas tous de l’année, qui m’ont marquée cette année.

Rhapsodie des oubliés, de Sofia Alaouine. J’ai eu un peu de mal au début, mais l’écriture est vraiment puissante, l’hommage à Zola (cela se passe à la goutte d’or, la femme nigériane prostituée s’appelle Gervaise et sa fille restée au pays Nana) m’a forcément parlé, et l’émotion ne cesse de monter au fil du livre.

L’art de perdre d’Alice Zeniter un roman exceptionnel sur l’exil, et sur la complexité de l’identité, sur 3 générations : avant, pendant, après. De l’intelligence et de la grande littérature mêlées, ça fait du bien.

La nuit des béguines d’Aline Kiner Très beau roman sur ces femmes oubliées, qui parviennent -en se coupant des hommes et de leur violence et par la solidarité entre elles, à avoir une vie à elles, au XIIIè siècle. Evidemment, cela ne devait pas durer.

Filles de la mer, de Mary Lynn Bracht. L’horrible destin des femmes coréennes enfermées dans des bordels concentrationnaires pendant la deuxième guerre mondiale, le secret de famille, et la solidarité/sororité entre femmes qui traverse les générations.

Je cherche encore ton nom, de Patricia Loison. Très beau récit autobiographique de Patricia, adoptée à 6 mois, à la recherche de sa mère biologique. Très bien écrit, très émouvant, et pour qui l’a très bien connue, très évocateur. Bravo !

Les déracinés, de Catherine Bardon. Une histoire extraordinaire, la saga familiale d’un couple juif qui, fuyant l’Autriche sous le nazisme, fait partie des pionniers qui s’installe en République dominicaine sous le dictateur Trujillo, passant de l’espoir au désespoir, de l’utopie à la réalité.

Certaines n’avaient jamais vu la mer, de Julie Otsuka. Un chef d’oeuvre ! Des Japonaises mariées à des Japonais vivant aux Etats-Unis traversent l’océan et découvrent la vie aux Etats-Unis. Là encore, l’exil, le mariage forcé, la déception, le racisme. Le tout évoqué dans un long poème incantatoire. À lire absolument !

Les guerres de mon père, de Colombe Schneck. Encore une ex-camarade ! Ce récit m’a fortement touchée, pour les sujets qu’il aborde, l’héritage de la Shoah, du silence, du déni. La recherche de l’histoire familiale, de la compréhension du déni et du silence, ici caché sous la joie et la bonne humeur. Et les secrets à tiroir, leur complexité…

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux, de Martha Hall Kelly. Terrible destins croisés de femmes pendant la seconde guerre mondiale, en particulier de celles qui ont subi des expériences/mutilations à Ravensbrück. Et du combat pour la mémoire.

Suffragette Sally, de Gertrude Colmor, roman de 1911 inspiré de la vie des suffragettes. Un chef d’oeuvre, histoire extraordinaire de quand on enfermait les femmes pour avoir demandé le droit de vote dans une réunion publique, puis qu’on les nourrissait de force car elles faisaient la grève de la faim pour demander à être reconnues comme des prisonnières politiques. A noter aussi, une jolie solidarité entre femmes qui transcende les classes sociales.

Je suis Jeanne Hébuterne, d’Olivia Elkaïm. La vie de cette femme, qui aurait pu devenir une peintre reconnue, mais, devenue la compagne de Modigliani (avec des descriptions qui montrent la force de l’emprise), subit de plein fouet la violence conjugale, l’abandon, le mépris…et se suicide à la mort du peintre, dans l’indifférence totale.

A la demande d’un tiers, de Mathilde Forget. Très joli court roman, très bien construit, maîtrisé, dans lequel tous les thèmes de la littérature des femmes se retrouvent. Secrets de famille, folie des femmes vs patriarcat, stress post-traumatique. Et une héroïne lesbienne, sans s’apesantir sur le sujet, comme il y en a de plus en plus. (des fois c’est bien de s’apesantir, là c’est bien de ne pas…)

Le bal des folles, de Victoire Mas. Dans la veine du précédent, l’autrice décrit comment, du jour au lendemain, une jeune femme est enfermée à l’asile de Charcot, qui traitait les « hystériques ». Comment, grâce à la solidarité entre femmes, elle fait tout pour en sortir. Et comment, pour d’autres, l’asile est parfois un refuge face au patriarcat…

Le ciel par dessus le toit, de Natacha Appanah. Ecriture captivante toujours, ce nouveau roman de Natacha Appanah qui raconte l’histoire d’un jeune homme de 17 ans qui se retrouve en prison pour avoir provoqué un accident mortel à contresens sur l’autoroute, parle de l’enfance abandonnée, de l’incapacité de la société d’y répondre. De la violence, condamnée à se reproduire. Après le puissent Tropiques de la violence, un nouveau bel opus.

Une vie à soi, de Laurence Tardieu. Un de ces livres, où l’autrice s’interroge sur son enfance protégée, sur sa rencontre à travers le temps avec la photographe Diane Arbus et le choc qui s’en suit. Drôle de livre, qui, on ne sait pas toujours pourquoi, vous parle si intimement, fait tant de liens…

Abigaël, de Magda Szabo, l’autrice de « la porte ». Toujours aussi belle écriture, et étrange histoire que celle de cette jeune adolescente privilégiée qui se retrouve du jour au lendemain, pendant la seconde guerre mondiale, envoyée au pensionnat par son père, sans comprendre. Peu à peu, grâce à Abigaël la statue, les voiles vont se lever autour d’elle, la faisant passer de l’enfance à l’âge adulte.

Amours, de Leonor de Recondo. Dernier en date, toujours aussi bien écrit (que Pietra Viva). Ecriture fascinante, histoire fascinante, amour entre deux femmes, dépassement des classes sociales, trouver une vie à soi en dehors des codes patriarcaux, le temps d’une parenthèse. Difficile de ne pas penser que ce livre écrit en 2015 n’ait pas inspiré fortement « Portrait de la jeune fille en feu ».

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