Mères et filles à l’écran, femmes en résistance, culture essentielle, cinéma culte

Plus de 5 mois de fermeture des cinémas en 2020. Et j’y suis allée quand même 69 fois dans l’année. Alors, vous pensez que c’est essentiel pour moi ? La réponse est oui. Et bien sûr, pour celles et ceux qui font le cinéma. Voici une dizaine de films que j’ai beaucoup aimés en 2020. Et un trait commun : enfin, on montre, on parle des relations mères-filles à l’écran, de l’envie, ou pas, d’enfant. Du point de vue des filles, et des mères.

Cinéma culte, culture essentielle

D’abord, un petit détour par le cinéma classique et classiquement misogyne 😉 avec un mot sur la rétrospective Hitchcock à la cinémathèque. Pour moi, Hitchcock, c’est le cinéma culte. Misogyne, agresseur, peut être, au moins, je ne finance pas sa fortune puisqu’il est mort. C’est aussi la preuve par l’expérience que rien ne remplace d’aller dans un cinéma. J’ai revu tant de films que j’avais en DVD. Et le grand écran, ça change tout. Le talent de mise en scène n’apparaît que là. Aussi, j’ai vu Marnie (« pas de printemps pour Marnie » en français). Un chef d’oeuvre misogyne, mais un chef d’oeuvre dont je me rends compte qu’il m’a aussi rendue un peu plus féministe. Oui, il y a viol conjugal. Oui, il y a interprétation psychanalytique à la con de ce viol qui mettrait fin à la frigidité de Marnie. Mais il y a aussi et surtout, le mécanisme de la mémoire traumatique qui est admirablement montré, la violence sur les enfants, la violence prostitutionnelle des « clients », l’héroïsme de la mère de Marnie. Et ça, ce n’est pas parce que la critique n’en a jamais parlé, que cela n’existe pas dans le film. Et c’est cela que j’avais retenu en fait, une immense empathie pour Marnie et pour sa mère. Et l’évolution de leur relation, si longtemps brisée par la violence des hommes…

Mères et filles, maternité ou non maternité

Passons donc aux films qui m’ont le plus marquée en 2020. On dirait qu’une thématique y revient régulièrement.

Honeyland, de Tamara Kotevska et Ljubomir Stefanov avec Hatidze Muratova, Nazife Muratova.

Un documentaire d’une beauté fascinante qui se déroule en Serbie, et suit Haidtze, productrice de miel « à l’ancienne », écologique, délicieux, qui vit seule avec sa mère dans un village pas très loin de Belgrade. Leur relation, tendre et dure, traverse le film, un îlot d’humanité et de nature préservées face à un monde qui a perdu le sens. Le sens du temps, le sens de l’espace, le sens de l’amour.

Maternal, de Maura Delpero

Voici un nouveau film où on ne voit pas d’hommes. Le film se passe dans un couvent, en Argentine, à Buenos Aires. Un couvent où de jeunes adolescentes devenues mères, essaient de vivre malgré le passé (rupture familiale, viol incestuel), malgré l’enfermement -dans le couvent dont elles doivent demander l’autorisation pour s’échapper, dans la maternité qui empêche de vivre sa jeunesse. Un regard d’une grande tendresse, sans jugement, sur ces jeunes filles, sur l’envie de maternité ou non. Celle qui a le plus la fibre maternelle, est finalement la jeune apprentie bonne soeur italienne, qui n’est pas censée pouvoir devenir mère… Mais aussi sur les relations entre ces jeunes femmes, qui se débattent avec les interdits qui les entourent, et empêchent tant d’entre elles de s’accomplir…

Never Rarely Sometimes Always, de Eliza Hittman

Ce film est un voyage de quelques jours, de la Pennsylvanie à New York, celui de deux cousines adolescentes, l’une accompagnant l’autre pour qu’elle puisse avorter. L’atout du film est de ne pas être démonstratif et pourtant exceptionnel dans son féminisme. Un film états-unien, qui montre un avortement qui va à son terme, sans jugement, voilà qui est peu commun. Une scène est poignante, celle de l’interrogatoire par une femme du centre new-yorkais où l’héroïne va subir une IVG, qui permet de comprendre, sans que rien ne soit dit, qu’elle a été victime de son « copain » qui l’a mise enceinte…le viol n’est pas dit, mais évoqué par ces larmes qui coulent. Solidarité-sororité entre les deux cousines, démonstration de ce qu’est le choix et la liberté, et de l’obstacle des violences masculines sur le parcours, dans un récit tout en finesse. Un de mes musts.

Rocks, de Sarah Gavron

Plutôt que de parler de Mignonnes (j’ai écrit un article ici -> Mignonnes), je vais parler ici de Rocks. Un film encore une fois qui se déroule en un souffle, un souffle pendant lequel l’héroïne, Rocks, dont la mère est partie en lui laissant à peine d’argent, tente d’échapper avec son petit frère au destin des mineur·es isolés. L’absence de jugement sur l’abandon de la mère, et la solidarité des amies de Rocks, une fois que celle-ci n’est plus enfermée dans le secret, font le souffle de ce film, qui nous aide à respirer.

Adam, de Maryam Touzani

Pour illustrer le film, je choisis cette affiche en arabe, plutôt que la française qui montre la mère et l’enfant. Car si le film est titré sur l’enfant, ce qui fait ce film, c’est la relation entre Samia, la jeune femme enceinte rejetée, et Abla, veuve et mère d’une fillette de 8 ans. Une fillette qui va permettre aux deux femmes de connecter, et de dépasser la méfiance et la honte, le rejet et l’enfermement imposé aux femmes. Très émouvant et très beau film.

Little Women, de Greta Gerwig

Je le mets à cet endroit car la « couleur » du film m’évoque le précédent. On en a beaucoup parlé, le film de Greta Gerwig est une version féministe du roman, imaginant que l’autrice, Louise May Alcott, aurait probablement souhaité une fin moins conventionnelle, éloignée de l’obligation du happy end hétéro… dans tous les cas, quoi qu’un peu longue, cette adaptation de Little Women (je refuse catégoriquement de dire le titre en français et pour cause) est belle, et Saoirse Ronan fait une superbe Joe. Les relations de sororité (au sens le plus littéral) y sont également très belles.

Kajillionaire, de Miranda July

Celui là est un de mes préférés de l’année, une vraie belle surprise, un film un peu déjanté (normal avec la réalisatrice), un peu froid au début, qui évoque les relations parents-enfants (comment ont-ils pu appeler leur fille Old Dolio ?), les parents ont élevé leur fille en remplaçant l’amour par l’argent. Dotée d’un corps élastique doué pour les escroqueries mais incapable de contact, elle évolue pendant le film, aidée par l’apparition de Melanie, qui vient mettre un grain de sable dans la routine du trio (Selena Gomez). Et la très belle surprise de la fin. Sans la dévoiler, je dirais que le désir surgit quand l’autre survient 😉 Evan Rachel Woods est par ailleurs formidable en Old Dolio.

La femme qui s’est enfuie, de Hong Sang Soo

Ce film, un peu lent, sans beaucoup d’action, m’a finalement beaucoup marquée et plu. En Corée, un film sans violence, c’est bien. Un film avec presque que des femmes, c’est mieux. Je copie colle ici ce que j’avais mis sur facebook quand je l’ai vu.

La personnage principale, qui est éloignée pour la première fois de son mari depuis 5 ans (car lui pense qu’ils doivent se voir tous les jours) sort pour la première fois de l’emprise et rend visite successivement à trois amies dans ce qui est pour elle une échappée du quotidien. Selon moi, il est évident que la première, divorcée, qui vit avec une « colocataire » cheveux courts, jean et chaussures de marche, toutes deux en grande proximité, est lesbienne. D’ailleurs, elle garde cachée son dernier étage probablement pour que l’évidence n’apparaisse pas. Et que ce soient la deuxième, célibataire plus âgée qui a des aventures, ou la dernière, qui lui a « piqué » son copain devenu mari et lui demande pardon, toutes ces femmes, à la fin du film, sont plus proches les unes des autres, moins isolées par les hommes, et développent une formidable tendresse. Elles se tiennent la main, se touchent, se regardent. Et celle qui leur a rendu visite finit plus vivante et apaisée de ces quelques jours de sororité. Et je concluais : si le film avait été fait par une femme, ou par une lesbienne, on entendrait sûrement que c’est horrible cette façon d’écarter les hommes ( les 3 hommes qu’on aperçoit dans le film sont des nuisances )… 😉 mais là, c’est un mec qui a fait le film, alors…

L’adieu, de Lulu Wang

Film d’une réalisatrice chinoise, l’adieu évoque ici la grand-mère et non la mère, et la crainte de sa mort prochaine. La culture chinoise ne veut pas qu’elle sache qu’elle va mourir, mais la petite fille qui vit aux Etats-Unis n’est pas de cet avis. Un film beau et émouvant, et qui montre une relation grand-mère petite fille complexe et tendre, ce qui n’est pas si fréquent…

J’aurais aussi pu vous parler de Beloved, mais je l’ai déjà fait ici, des Enfants du temps ou Violet Evergarden (l’animation japonaise est merveilleuse), ou encore d’Histoire d’un regard de Mariana Otero, mais c’était plus hors sujet. N’hésitez pas à commenter et partagez vos moments de cinéma en commentaire ?

Femmes en résistance

Et pour finir, un mot pour dire mon sentiment de reconnaissance, que notre festival féministe de documentaires, Femmes en résistance, ait pu avoir lieu en septembre !

Que vivent la culture et le cinéma en salles en 2021 !

Sandrine Goldschmidt

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