Paris contre Trump en vidéo

Voici comme promis un petit montage de quelques moments dynamiques de la marche d’hier, en particulier de quelques jeunes états-uniennes !

Here are as announced a little edit of dynamic images of Pariswomensmarch, especially a groupe of young US of A women

Women against Trump

Wonderful weather and light in Paris for a great demonstration. To support the hundreds thousands of women who marched in The US of A.

Très beau temps et lumière à Paris ce samedi pour une belle manif’ de soutien aux dizaines, centaines de milliers de femmes ayant défilé contre le nouveau Président Donald Trump.

Galerie de photos  : vous pouvez cliquer sur chaque photo pour les voir en grand.

Les femmes victimes, responsables ?

Jacqueline Sauvage est libre. Mais l’affaire n’en finit pas d’être commentée. Et son éventuel « statut de super-victime » de créer la polémique. En effet, une partie des féministes seraient trop complaisantes avec elle, et leur féminisme serait « victimaire ». Oubliant que dans notre société, la « puissance paternelle » est ancrée dans les fondations de la famille.

xlesangdesfemmesLe « dénouement » de l’affaire Jacqueline Sauvage a eu lieu quelques jours avant la fin de 2016 avec la grâce présidentielle du reliquat de sa peine accordée par le Président de la République. Au total, cette femme a passé 4 ans en prison pour le meurtre de son mari violent avec elle et ses enfants depuis 47 ans. Je ne sais pas si elle est “sympathique”, ou pas – comme j’ai pu lire ici ou là. Je ne la connais pas, je n’ai pas assisté au procès, j’en ai entendu parler par d’autres, mais ne l’ai pas rencontrée, évidemment, je n’ai pas non plus échangé avec ses avocates. Et surtout, il ne me semble pas qu’il s’agisse là d’un propos pertinent quand il s’agit de juger un acte -ôter la vie à quelqu’un- d’une telle gravité dans notre société. De très nombreux hommes violents sont d’ailleurs considérés comme tout à fait sympathiques par une grande partie de leur entourage. 

400.000 personnes ont signé une pétition demandant la grâce de Jacqueline Sauvage, que la justice avait condamnée, à 2 reprises, à 10 ans de prison pour meurtre, lui reconnaissant des circonstances atténuantes et admettant qu’elle avait été victime de violences.  Mais elle a considéré que le fait qu’elle l’avait tué de trois balles dans le dos, avec une arme de chasse dont elle savait se servir, constituait des circonstances qui ne permettaient pas de caractériser la légitime défense, que ses avocates avaient choisi de plaider.

Aux récits publics du second procès, étalant dans le détail l’atmosphère familiale de terreur qui a régné pendant 47 ans dans cette famille, terreur instaurée par le père, s’est ajouté le soutien accordé par les filles de Jacqueline Sauvage, elles-mêmes victimes de la violence du père, de très nombreuses Françaises et Français ont estimé qu’il n’était pas juste de la maintenir en prison. A 68 ans, enfermée dans des violences depuis l’âge de 17 ans, puis en prison, il semblait qu’elle avait « assez payé », fut-ce ses propres erreurs. Sous la pression populaire et face au refus réitéré de la justice de lui accorder une libération anticipée après la première grâce (je ne me prononcerai pas sur l’action du PR ni de la justice en l’affaire ce n’est pas mon propos du jour), François Hollande a donc fini par la faire remettre en liberté juste avant la nouvelle année. Le procédé est ce qu’il est – ce n’est pas un déni de justice- c’est une des prérogatives régaliennes du Président. Depuis la révolution et jusqu’à maintenant.

Alors, pourquoi ce billet ? Parce que je pensais qu’après cette affaire, on aurait avancé sur la prise de conscience des phénomènes issus de l’héritage ou de la perpétuation du système familial fondé sur la « puissance paternelle » du code napoléonien…et du système patriarcal. En effet, l’exposition médiatique avait permis de pointer  la difficulté de traiter des violences conjugales et de leurs conséquences par une société où les institutions et la justice n’ont pas dans leur ADN la compréhension des mécanismes de cette violence. Des institutions qui reconnaissaient que les violences du mari-père étaient de notoriété publique.
Eh bien non, car suite à la décision du Président et à la libération de Jacqueline Sauvage, des voix du côté de la mouvance féministe, se sont fait entendre pour contester le « féminisme victimaire » qui aurait présidé à la lutte collective pour sa libération (voir références en bas de page).

Un sentiment permanent de danger de mort imminente 


Ainsi, les féministes auraient pris fait et cause pour la victime sans tenir compte de sa responsabilité dans les violences qu’elle – et ses enfants- avaient subi. Et la légitime défense invoquée ne serait « en aucun cas constituée » puisqu’elle n’aurait pas été en danger de mort imminente au moment où elle a tiré 3 balles dans le dos. Sur ce dernier sujet, je laisse la parole à Catherine Le Magueresse, juriste et ancienne présidente de l’Avft, qui elle, a assisté au procès et réfléchit à ces questions depuis plusieurs dizaines d’années. Elle explique en quoi selon elle il y avait danger de mort imminente.
https://blogs.mediapart.fr/catherine-le-magueresse/blog/271215/de-la-legitime-defense-des-femmes-victimes-de-violences-conjugales

Je dirais juste que ce sont ces mécanismes qui font que dans plusieurs Etats des Etats-Unis, des groupes se battent depuis des décennies pour faire appliquer cette forme de légitime défense obtenue dans la loi, en créant des commissions qui permettent aux accusées du meurtre de leur mari de prouver le climat de terreur permanent qui faisait qu’elles finissent par considérer à chaque instant leur mort imminente.


Mais je voudrais surtout revenir sur les reproches fait à un « soutien aveugle » aux victimes sans tenir compte de leur responsabilité, parce que Jacqueline Sauvage aurait une responsabilité dans les violences subies. Quels arguments sont employés ? 

-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir (a priori, c’est faux)
-Elle n’a pas dénoncé les violences envers ses enfants auprès des institutions publiques supposées capables de  la protéger (c’est vrai et faux) et elle en est complice.
-Elle n’a pas couru dans une des dizaines de refuges pour femmes battues qui existent en France (c’est vrai et faux)
-Elle n’aurait pas du avoir plusieurs enfants avec cet homme violent (sur ce point je ne m’étendrai pas au-delà du rappel des dates de naissance des enfants et de remise ne contexte…)

1-Elle n’est pas partie et n’a pas essayé de partir : c’est faux. Une fois ses filles adultes, elle est à plusieurs reprises allée chez celles-ci, où le mari violent est venu la chercher en la menaçant ou en menaçant –arme à la main – de tirer sur sa fille. (climat de terreur permanent). Depuis des années, nous essayons de sensibiliser l’opinion à la question de l’emprise, qui empêche de partir. Mais il n’y a pas que l’emprise qui empêche de partir : il y a la peur des représailles, le fait de ne pas savoir où aller, le fait -ici- d’avoir une entreprise familiale qui fait qu’on ne se « sépare » pas comme cela de tout contact avec l’homme violent. Or, on sait que la seule façon d’échapper à l’emprise est de pouvoir couper tout contact. Gérer un divorce familial et professionnel ne facilite pas la chose.

La puissance paternelle, une réalité persistante dans les faits
2-Elle n’a pas dénoncé les violences qu’elle a subi et celles subies par ses enfants. Pour bien comprendre ce qui se passe ici, il faut évoquer la question de la puissance paternelle et l’histoire des droits des femmes. Car parfois, il semble que l’enthousiasme lié à l’émergence du mouvement féministe laisse penser qu’il suffit d’un coup de baguette magique – ou de quelques années de lutte dans les années 1970, pour que tout change, même les mentalités, même l’ordre social qui perdure depuis des siècles !

Ainsi, la puissance paternelle est cette autorité du père que prévoit le code civil dit Code Napoléon. Elle fait de la femme une mineure, sous l’autorité de son mari, et qui n’a pas l’autorité sur ses enfants. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où l’autorité parentale est conjointe.  Mais depuis quand ? Depuis 1970 seulement ! Cela veut dire que de nombreuses femmes, dont ma mère pour son premier enfant, dont Jacqueline Sauvage, au moment où elles se sont mariées, au moment où elles ont eu leurs enfants, n’avaient pas l’autorité parentale ! Elles n’avaient pas le droit de prendre seules les décisions les concernant et concernant leurs enfants. Elles n’avaient donc guère de droits -et pas non plus les devoirs afférents- à l’égard des personnes que non seulement elles avaient portées en elles et mises au monde (ce qui, même avec les progrès médicaux, reste loin d’être anodin), mais qu’ensuite c’est elles qui quasi exclusivement les soignaient et aidaient dans leur parcours vers l’autonomie !

Et donc, Jacqueline Sauvage, mariée à 17 ans, ayant déjà eu l’exemple de la violence conjugale chez ses parents, a 4 enfants mais n’a pas l’autorité parentale avant  la troisième, en 1970. Mais aujourd’hui on voudrait faire fi des effets de cette puissance paternelle comme si elle n’avait jamais existé, comme si elle n’avait pas été élevée là-dedans, comme si du fait que la loi avait changé, du jour au lendemain, elle avait la solution miracle ?

L’auteure d’un des articles, Anne Zelensky, insiste sur le fait que « maintenant, il existe des dizaines de refuges pour femmes battues », maintenant, c’est-à-dire depuis qu’elle a créé le premier, en 1978 dit-elle. Bon, d’accord, il en existe quelques uns, mais existaient-ils pendant les 30 premières années du calvaire conjugal de Jacqueline Sauvage ? Et quand bien même il y en aurait eu 10, par quel moyen en aurait-elle eu connaissance ? Si elle était allée porter plainte au commissariat du coin ? Là où, d’ailleurs, sa fille, d’une autre génération donc, est allée, espérant être entendue et protégée, mais où on n’a pas trouvé de meilleure idée que de faire venir le père pour lui demander : c’est vrai monsieur, que vous violez votre fille ? Le maire, premier magistrat de la commune a reconnu à l’audience que “tout le monde savait”, y compris dans les institutions.

Jacqueline Sauvage n’a pas cru sa fille à ce moment là, lorsqu’elle a raconté ce qu’elle vivait. Néanmoins, elle aurait parlé avec elle au retour de la gendarmerie, lui demandant ce qui s’était passé. Celle-ci s’est rétractée pour protéger sa mère et parce qu’elle avait eu la preuve que dénoncer la mettait en danger. Savait-elle avant, du fait qu’elle vivait sous le même toit ? Elle a dit qu’elle ne pouvait croire qu’il serait violent “comme ça”. Du déni, il y en a sûrement, mais complicité ?

Une des filles témoigne que toutes les filles de la famille étaient victimes de viol sans savoir que les autres l’étaient. C’est en effet le parcours classique des femmes victimes de violence et de viol au sein du foyer. Une stratégie de l’agresseur qui est très bien décrite par les associations qui luttent depuis 40 ans : isoler la victime, l’empêcher de trouver de la solidarité, lui dire que c’est de sa faute et qu’elle ne doit surtout pas en parler… 

Protéger ses enfants

3-Mais pourquoi n’est-elle pas partie, au risque de sa vie, ne serait-ce que pour ses enfants ? Oui, certaines femmes le font, parfois, et de plus en plus, parce qu’elles pensent qu’elles veulent protéger leurs enfants, parce qu’elles pensent aussi qu’elles vont être aidées, parce qu’aujourd’hui, la parole sur le sujet est un peu plus libre.
Malheureusement, souvent, cela se termine mal pour elles : 120 à 140 femmes assassinées par an, des batailles pour l’autorité parentale et la justice qui souvent n’hésite pas à laisser la garde des enfants -même partielle, à des pères violents. Alors oui, aussi, tous les humains ne sont pas égaux devant les actes de survie. Tous les humains ne savent pas réagir « au mieux » face aux violences subies par leurs enfants et par eux-mêmes. Certains sont plus influencés par la puissance paternelle que d’autres. Certaines ont plus la capacité que d’autres de s’en sortir, peut-être.

Ce n’est pas une raison pour dire que celles qui ne le font pas sont responsables ou complices des violences. Pour ma part, je n’absous pas par principe (ni ne juge par principe) les mères qui « auraient su » pour le viol de leurs enfants par le père ou le beau-père. Mais le déni et l’emprise sont des mécanismes puissants qui font que je n’affirmerais pas non plus « par principe » qu’elles sont complices.

Lorsque tout sera mis en place dans la société (au-delà d’affiches souvent culpabilisantes :« osez parler ») ! pour que les femmes et les enfants qui souhaitent dénoncer les violences soient entendus, lorsque les témoignages arriveront par dizaines qu’elles ont été entendues par la police et par leur entourage, accueillies avec compréhension par le médecin, aidées dans leurs démarches auprès des services publics, dans leurs recherches de logements, qu’on aura suffisamment fait planer la menace de rétorsion judiciaire à l’homme violent pour que celui-ci n’ait pas un sentiment d’impunité ou de bon droit, lorsque la violence envers les femmes ne sera pas étalée partout dans les images de la culture pornographique qui nous envahissent, alors oui peut être, il sera temps de se poser cette question.

Pour l’instant, il faut encore travailler à changer le contexte social qui rend possible la perpétuation de l’emprise et réfléchir à la question de créer des circonstances atténuantes constitutives de légitime défense lorsqu’il y a emprise reconnue sur une victime de violences à répétition ; on peut faire confiance à la justice : si ces circonstances existaient, on serait à mon avis loin d’un « permis de tuer ».

Ce qui ne veut pas non plus dire encourager les femmes à se servir de leur reconnaissance en tant que victime pour « fuir leurs responsabilités », contrairement à ce qui est reproché, mais les aider à retrouver des ressources pour échapper à la violence et la dénoncer. L’accompagnement féministe des femmes victimes a au contraire pour but ce qu’on appelle « l’empouvoirement », c’est-à-dire faire que les femmes se sentent en capacité de reprendre une vie normale, où elles puissent être maîtresses de leur destin. Il est possible qu’il y ait parfois – à la marge- une tendance à l’héroïsation des victimes, jusqu’à leur interdire d’avoir du pouvoir sur elle même. Etre capable de se sentir responsable de ses actes, c’est un des sentiments les plus épanouissants qui soient. Mais pour pouvoir arriver à cela, il y a encore une fois quelques conditions indispensables : pouvoir avoir le sentiment que les violences subies ne sons ni normales ni justes, que la société reconnaisse, soigne et aide les victimes, que les agresseurs ne restent pas impunis, et encourage les hommes à ne pas tolérer les violences de leurs pairs.

Enfin, je voudrais ajouter ceci : même si certaines peuvent s’en sortir malgré la société telle qu’elle est, le fait que d’autres n’en aient pas à leur tour la capacité ne signifie pas pour autant qu’elles soient « un peu responsables ».  Les femmes qui s’en sont sorties peuvent constituer un exemple bénéfique pour les autres, à condition que cet exemple soit une aide bienveillante plutôt qu’une injonction culpabilisante.

Sandrine Goldschmidt

Merci à Catherine Le Magueresse pour les précisions qu’elle m’a permis d’apporter. 

Voici le lien vers un autre article qu’elle a écrit et est paru dans Libération : http://www.liberation.fr/debats/2016/02/09/catherine-le-magueresse-la-loi-a-ete-concue-pour-un-hypothetique-homme-raisonnable_1432176

Et un article paru hier en vue d’une proposition de loi sur le sujet : 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/01/11/creons-un-etat-de-legitime-defense-differee_4845003_3232.html

Et les articles qui ont provoqué ma réaction par ce billet :

https://christineld75.wordpress.com/2017/01/01/affaire-j-sauvage-du-grain-a-moudre/

http://www.causeur.fr/sauvage-hollande-feminisme-grace-victime-41959.html

 

 

Et 73 ans plus tard, Alep

Aujourd’hui, Melanie et moi avons écrit à 4 mains. Pour #Alep.

Les mots de Melanie

img_1641En 2016, je ne vous ai pas écrit. Moi, Melanie, dybbuk morte juste avant l’horreur de la grande guerre, j’ai traversé des épisodes difficiles et continue à errer parmi les vivants. Mais à quoi bon ? Aujourd’hui, 13 décembre 2016 alors que c’est le triste anniversaire de l’arrivée de mon fils et ma petite-fille au camp de Drancy, en 1943, je n’ai plus d’espoir d’un jour pouvoir trouver la paix d’entre les morts. Car en 2016, il semble qu’on est revenu des années en arrière, ces années où tout semble perdu pour l’humanité. Alors, je reste là, avec Sandrine, mon arrière-arrière-petite-fille, et nous écrivons aujourd’hui à 4 mains.

Aujourd’hui même, les rapports venus d’Alep, en Syrie, sont désespérants. Le régime du « boucher Assad », le président syrien, qui bombarde sa population en guerre civile depuis 5 ans (et face, en partie, à des forces obscurantistes, mais pas que), a réussi à…

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Tu ne tueras point

Petit texte personnel après la tuerie homophobe d'Orlando

Capture d’écran 2016-06-13 à 12.03.36Tu ne tueras point

Tu as vu deux hommes s'embrasser. Tu ne le supportes pas ? 

Un homme aime un autre homme. Tu ne le supportes pas ?

UnE noirE aime unE blancHE tu ne le supportes pas ?

Une femme se promène, seule, dans la rue, la tête découverte. Tu ne le supportes pas ?

Une femme choisit qui elle veut aimer, femme ou homme, tu ne le supportes pas ?

Tu ne le supportes pas, alors tu les tues ? Et tu invoques Dieu ? Mais Dieu t'a dit de ne pas tuer. Qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Dieu n'y est pour rien. Dieu d'ailleurs, n'existe pas. C'est sûrement une invention de l'être humain pour désigner la vie. Pour la rendre précieuse, pour nous éviter de nous auto-détruire en détruisant tout autour de nous. Sauf qu'au nom de Dieu, depuis toujours, tu tues. 

Si Dieu n'y est pour rien, la religion des hommes et l'obscurantisme, y sont certainement pour quelque chose. Si tu ne supportes pas de voir deux hommes s'embrasser, c'est que tu as été élevé dans l'obscurantisme, c'est-à-dire dans la mort. Et que tu l'as embrassée.

Dans l'obscurantisme, tu trouves ta jouissance mortifère. L'obscurantisme, cette incapacité de distinguer entre ce qui te regarde et ce qui ne te regarde pas. Ta vie te regarde. La mienne, la sienne non. Dans l'obscurantisme, tu vénères plus la vie d'un fœtus – qui n'est pas encore un être humain, que celle d'une femme. 

Incapacité de discerner entre toi et l'autre. Depuis le plus jeune âge, on t'a dit : l'enfer, c'est les autres. L'enfer, c'est toi. Regarde toi en face. Tu ne tueras point.

Depuis le plus jeune âge, tu as appris à considérer tes priorités comme celles du monde, tes dégoûts et tes pulsions comme légitimes. Pour t'y aider, tu as trouvé la religion. La version obscurantiste de la spiritualité, celle qui au lieu de t'aider à vivre, t'encourage à la haine. Au lien de t'encourager à aimer, t'enjoins à aimer un concept abstrait : Dieu. Au lieu de t'aider à faire vivre la communauté des êtres embarqués sur la même galère -vivre sur terre, la religion désigne les uns comme les ennemis, les unes comme les impures, les autres comme moins dignes de vivre que toi. 

Tu ne tueras point. Mais tu es déjà mort. La haine des autres, ce n'est que ta haine de toi-même. Tu ne supportes pas que d'autres tentent d'être eux-mêmes, tu ne supportes pas de creuser en toi pour accepter tes contradictions, tu ne supportes pas de te regarder en face, de rester à la place qui est la tienne dans ce monde. Une vie, une toute petite vie, parmi d'autres. 

Tu fais allégeance au plus grand mouvement déclaré de haine consciente de notre temps, Daesh. Un mouvement qui ne supporte pas IMG_0809que des êtres humains vivent leur vie : femmes, lesbiennes, gay-bi-trans, mécréants, artistes...qu'ils et elles aiment, soient, en dehors de Dieu, en dehors de toi. Daesh ne supporte pas la vie. Comme ailleurs l'industrie qui marchandise 
la violence sexuelle et l'être humain -et dont Daesh s'accomode très bien. Un mouvement mondial de haine et de destruction, dont Daesh est le monstre émergé, engendre des armes de destruction massive : 
des êtres humains qui réfléchissent encore, mais ne réfléchissent que la mort, sont coupés des émotions qui engendrent la vie : la joie, l'amour, la rencontre, avec l'autre, cet inconnu qui te reflète. Des assassins, des violeurs, des tortionnaires : le terrorisme pornographique, comme l'industrie pornographique, jouissent de la torture et du viol, jouissent de la mort.



Tu ne tueras point. Tes neurones-miroirs et d'autres font que tu ressens en l'autre humain un autre toi-même. Tu ressens s'il ou elle souffre, tu ressens que ton plaisir ne peut passer par sa souffrance ou par sa mort, car sa souffrance est la tienne. 

Tu ne tueras point, parce que tu sais qui tu es, où tu es, d'où tu parles, quelle est ta place dans l'univers et que cela te rend humble. Tuer c'est un accident, pas une volonté, pas un choix : ça ne peut que se limiter à la légitime défense (individuelle ou collective), à la nécessité de la survie. 

Tu n'as pas le droit de décider de la vie des autres. Tu n'as pas besoin de tuer, tu n'as pas besoin de haïr. 

Tu ne tueras point. Nous vivrons, nous mourrons.

S.G

W.Allen : 47 nuances de domination masculine

Ecrire sur Woody Allen. Dur. D’abord, quand on a été fan. Et qu’on se réjouissait tous les ans de la sortie de ses nouveaux films. Manhattan, Annie Hall, Stardust Memories, Radio Days, Zelig, La rose pourpre du Caire, Another Woman…mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, alors que sort sont 47e film, « Café Society » à Cannes, voilà pourquoi je ne veux plus m’intéresser à l’oeuvre du réalisateur, reflet d’un société qui n’aime pas les femmes et les enfants, une société dont -justement- je ne veux pas.

la rose pourpre du CaireA une époque où, le réalisateur new-yorkais n’avait pas encore la cinquantaine, et semblait être encore dans le doute existentiel, pas dans la célébration du « plaisir dû aux hommes ». De Woody Allen, j’aimais l’auto-dérision permanente. Il se moquait en permanence de lui-même. Et en face, il y avait des personnages de femmes qui, si visiblement il ne les comprenait pas, avaient souvent plus l’air de savoir où elles en étaient que lui. Bien sûr, si aujourd’hui, je revoyais ces films, je verrais probablement poindre sous la carapace, une vision à tendance masculiniste (d’ailleurs, l’affiche ci-contre n’est pas tendre pour Mia Farrow, que je n’aimais pas à l’époque) : les hommes étaient tellement perturbés par des femmes s’affirmant avec le féminisme…

De Crimes et délits

Je me souviens que, à la fin des années 1980, malgré les critiques dithyrambiques à l’égard de ce film, je n’avais pas « réussi à aimer » Crimes et délits, sans bien comprendre pourquoi. Je l’ai revu depuis, et j’ai de nouveau ressenti la même chose. Il me semble que c’est un film charnière, vers la veine des films les plus sexistes de Woody Allen. Aujourd’hui encore, il fait partie des références absolues pour les critiques du cinéaste : Crimes et délits, au départ appelé « Frères » (si, si !), est ainsi le chef d’oeuvre absolu selon Télérama. Il « passe devant » Manhattan et Annie Hall, et devant Hannah et ses soeurs (un de mes préférés). Alors, qu’est-ce donc qui ne me va pas dans cette façon de voir les films ?

Jeu, set et match point

Autre indication : en numéro 5 classement de Télérama, l’autre film que j’ai le plus détesté, mais alors franchement détesté, pour son regard sur les femmes : « Match Point », qui est un peu le pendant de « Crimes et délits ». Le film est remarquablement fait. Mais l’héroïne est sacrifiée. Elle est totalement objectifiée et méprisée avant d’être éliminée. C’est le deuxième tournant, où l’homme emporte le point décisif du match homme-femme.

Le réalisateur, qui pour moi célébrait l’intelligence à l’écran, a désormais décidé de regarder le monde d’une façon totalement désespérée et désespérante…pour les femmes. Alors, il est déjà un vieillard sûr de lui, qui explique qu’il « ne lit jamais rien de ce qu’on dit sur lui », et qui trouve que cette situation désespérée -qu’il critiquait peut être encore dans « Crimes et délits », il faut au moins en tirer du bénéfice. iLe monde est pourri, mais puisque les hommes y prennent du plaisir, pourquoi se priver ?

Scarlett Johannson sacrifiée

Alors il choisit les actrices les plus belles du moment, et les attire irrémédiablement dans son piège : Woody Allen, contrairement à Hitchcock, qui, même s’il y avait de la réification (et de la violence de sa part sur les tournages), se sent surtout tout petit face à ses actrices, ne magnifie pas les femmes à travers de belles actrices. Car elles sont uniquement représentées comme des objets du regard pornifiant du réalisateur, des objets de plaisir -mais quel plaisir- pour les hommes. A aucun moment on ne peut avoir envie d’être à leur place, ni d’être avec elles. Je pense à Cate Blanchett dans « Blue Jasmine ». Je n’en ai pas de souvenir particulier. Alors que pour sa prestation dans « Carol » , la simple esquisse d’un sourire sur son visage, réussit à me bouleverser. Parce que le regard sur elle est différent. C’est un regard qui la fait exister, qui la rend femme, être humaine, qui nous fait éprouver de l’empathie.

Le regard de Woody Allen sur les femmes depuis longtemps, ne me fait qu’éprouver de la peur pour elles.

Représentation de la sexualité : de la masturbation à la fellation et à la prostitution

C’est assez intéressant de se pencher sur la représentation -essentiellement parlée- de la sexualité dans ses films. Pendant longtemps, la masturbation -masculine- était au coeur de son discours, avec de l’auto-dérision, des interrogations sur ce qui pouvait procurer le désir. Depuis deux décennies, la fellation, représentée comme une prestation de service sexuel et pas un moment dans un échange sexuel réciproque, l’a emporté.

Il semblerait qu’Allen a ainsi dépassé, compris ce qui jusque-là le bloquait : un « puritanisme féministe »(2), qui reproche aux hommes de faire des femmes-objets, qui voudrait que la liberté sexuelle soit pour tout le monde, et qu’il y ait égalité et non domination dans les rencontres sexuelles et amoureuses. Les femmes, sujets de leur désir, c’est moins agréable apparemment que d’en faire des objets, des possessions, et des prestataires de services. Ainsi, je le montrais dans ma critique de To Rome with Love (To Rome with Rape !), où le réalisateur allait jusqu’au bout de la logique : le jeune vierge effarouché qui ne connaît rien à l’amour, s’en sort grâce au service d’une prostituée tombée du ciel qui va lui apprendre la vraie vie…

Les années 1990, années du backlash allenien

C’est donc en 1989, avec Crimes et délits, que se situe je pense la charnière de ce qui va devenir la « deuxième partie de l’oeuvre » du désormais presque sexagénaire.

Charnière entre un Woody Allen qui s’interroge sur l’équilibre du monde, sur l’équilibre entre les sexes et qui visiblement n’y trouve pas son compte, et un Woody Allen qui n’a plus rien à nous dire sur ce monde. Car il ne doute plus : il a trouvé. Il a trouvé quelle devait être la place des femmes. Et il a trouvé, dans la vraie vie, la femme de sa vie, qui correspond à tout cela (alors que Mia Farrow, avec qui il n’a jamais vécu, qui a adopté 14 enfants, et qui faisait beaucoup « comme elle l’entend », était tout autre).

Soon-Yi, Dylan et Woody

En 1991, éclate en effet une affaire qui fait scandale dans la vie de Woody Allen et nous amène jusqu’à aujourd’hui : il entretient -depuis combien  de temps ? -une relation sexuelle et amoureuse avec Soon-Yi la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow. Celle-ci le découvre par hasard, par le biais de Polaroïds de sa fille nue retrouvés chez son compagnon, photos « presque pornographiques ». Il pense à l’époque que ce ne sera qu’une aventure. Mais depuis le scandale, il a décidé de l’épouser, et est toujours avec elle.

Et en parle : « Et dans un sens, sans que cela vienne de moi ou d’elle, la dynamique était en marche. J’étais sa figure paternelle. […] J’aime sa jeunesse et son énergie. Elle est déférente envers moi et je suis heureux de lui offrir l’opportunité de prendre des décisions et de la laisser prendre en charge autant de choses. » 

Récemment, il disait même tout ce qu’il lui avait apporté, comment il avait changé sa vie, d’une enfant des rues en Corée à la femme d’un grand réalisateur…(ce n’est pas lui qui l’a adoptée, je rappelle…) « J’ai vraiment réussi à lui rendre la vie meilleure », dit-il. Bon et elle ? Que lui a-t-elle apporté ? « Beaucoup de plaisir », répond-il…

 La vie rejoignant la fiction, la femme retrouvant sa place, ou plutôt la fiction rejoignant la vie ?

Une histoire modèle

Bon, il y a Soon-Yi : j’aurai toujours du mal à penser que tout est normal dans le fait de sortir avec la fille de sa compagne, alors même qu’elle est adolescente, à peine adulte, et qu’on la connaît depuis dix ans. Mais il y a aussi Dylan, sa fille adoptive, qui a dénoncé l’agression sexuelle dont elle dit avoir été victime alors qu’elle avait 7 ans et qu’Allen était en plein divorce avec Mia Farrow. A ce moment là, le divorce était conflictuel, mais pas encore « guerrier ». Pour en savoir plus sur cette histoire, et les allégations qui poursuivent Allen jusqu’à aujourd’hui, voilà un article intéressant sur la vie de Mia Farrow.

Des faux-souvenirs ? 

Celle-ci, est typiquement accusée par Allen de folie destructrice liée à la déception d’être rejetée. C’est troublant, quand on sait qu’elle avait déjà divorcé deux fois (du grand chef d’orchestre André Prévin et de Frank Sinatra) et que cela ne s’était jusque là pas produit. C’est troublant, quand on sait que depuis, les seuls qui ont finalement souffert, c’est tout le monde sauf lui…qui explique que tout ça, il n’y pense plus depuis longtemps (c’est ce qu’il a dit à Cannes cette année après avoir expliqué qu’il ne lisait pas ce qu’on dit de lui, en référence à la lettre de son fils Ronan qui soutient sa soeur).

C’est troublant surtout, quand on sait que disqualifier la mère est en général l’arme préférée des prédateurs, des agresseurs sexuels, qui prétendent que les mères seraient capables d’installer des faux-souvenirs dans la tête de leurs enfants(1). Mais qu’aucune observation sérieuse et scientifique n’a jamais donné le moindre crédit à cette théorie. Bien au contraire.

Lire une réalité à travers l’oeuvre

Bref. Tous les faits de cette histoire, tels qu’ils sont connus via la presse, entrent dans la logique du déni des violences sexuelles commises contre les enfants. Et cela me suffirait déjà pour ne plus vouloir aller voir un film d’Allen.

Mais aussi, et c’est ici le propos principal, je trouve que l’analyse dans le temps des films eux-mêmes,  d’un point de vue féministe, suit étrangement  le fil de ce qui se passe dans la réalité. Comme si, le réalisateur, sans illusion sur le monde et la morale, avait fini par s’en accomoder, n’ayant plus grand chose à dire la plupart du temps, mais nous montrant tout de même comment les hommes y prennent du plaisir, et ne faisant plus que calquer sur la tendance pornifiante de l’industrie cinématographique, tournée vers ce plaisir masculin (obtenu par l’érotisation de la violence, évidemment).

Au delà donc même de la vie de l’artiste, que certains pensent devoir dissocier de l’oeuvre, je n’attendrai pas que l’oeuvre atteigne sa cinquantième nuance de domination masculine pour cesser de m’y intéresser.

Sandrine Goldschmidt

(1)Au fait, comment est-ce qu’on met des faux-souvenirs récents dans la tête d’un enfant ? Parce qu’il me semble que dans la théorie d’origine, on accusait certains psys d’implanter des faux souvenirs dans la tête de leur patients, en leur faisant accorder de la crédibilité à  leurs fantasmes enfantins d’agressions sexuelles par les adultes ?  Mais là, des faux-souvenirs alors qu’on a 7 ans ?

(2) Je fais bien sûr ici écho à l’hallucinante blague de Laurent Laffite, qui semble trouver que reprocher à Polanski le viol d’une jeune ado de 13 ans est du puritanisme américain !

Correctionnalisation du viol : l’éternel recommencement ?

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Depuis que je milite contre les violences faites aux femmes et contre le viol, deux sujets me sidèrent :

-la correctionnalisation du viol :

il s’agit de transformer le crime de viol (pénétration) en délit d’agression sexuelle sans pénétration. C’est une pratique illégale, qui concerne une majorité des plaintes pour viol, au double motif d’une « facilitation de la procédure » qui aiderait les victimes, et d’une « soi-disant plus grande sévérité des magistrats professionnels par comparaison avec le jury citoyen ». (1)  Face à la faiblesse des peines, la reconnaissance pour la victime de la réalité de ce qu’elle a subi est aussi juste qu’essentielle. La correctionnalisation le lui refuse.

-l’éternel recommencement de  la lutte féministe : je publiais en 2010 le manifeste féministe contre le viol, qui me semblait tellement juste, mais dont je soulignais alors surtout la radicalité : les enjeux du 1er manifeste contre le viol. 

Aujourd’hui, me voilà encore sidérée par la jonction des deux phénomènes, qui n’a rien de nouveau, mais qui n’apparaît pas au grand jour ! Sidérée, parce qu’il y a tout juste 40 ans, lorsque les féministes qu’on dit parfois « historiques », celles qui ont fait le mouvement de libération des femmes, se sont mobilisées pour faire reconnaître le crime de viol, que s’est-il passé ? Pourquoi le viol n’était-il pas un crime ?

En fait, il l’était…mais il était systématiquement correctionnalisé ! Le viol était un crime depuis 1810. Depuis la loi de 1832, il était même puni de peines de 10 à 20 ans, pouvant aller jusqu’à la perpétuité en cas de viol collectif. Le seul « hic » : il n’était pas défini. Ainsi, il était facile d’y échapper, de nier son existence. En conséquence, s’était développée une pratique censée favoriser la condamnation des hommes agresseurs : les juges requalifiaient les actes en coups et blessures ou attentats à la pudeur, comme l’explique Françoise Picq dans le chapitre « ras le viol »de son livre sur l’histoire du mouvement (2) :

« Il faut dire que le crime de viol n’est pas défini, et que le juge doit en rechercher « les éléments constitutifs, notamment dans la gravité des conséquences pour les victimes et « l’honneur des familles ». Il cherche à évaluer l’absence de consentement des victimes, ou même l’idée qu’en a pu se faire le violeur. Ainsi, la femme violée, présumée coupable ou du moins suspecte, devra prouver sa résistance : imprudence, provocation, attitude libre ou ambigüe, tout sera retenu contre elle ».

Après une lutte acharnée, pendant laquelle un partie de la gauche a jugé les féministes « radicales » liberticides -voulant envoyer les hommes en prison (voir l’article de Nadja Ringart les conseilleurs ne sont pas les payeurs ), le viol a finalement été défini comme un crime devant être jugé aux assises et défini ainsi : « (article 222-23) tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise ».

 

Les conséquences : l’histoire, un éternel recommmencement ? 

C’est donc sidérant. 40 ans après, les mêmes arguments sont avancés pour qu’à nouveau le viol soit correctionnalisé. Soi-disant les peines seraient plus lourdes, soi-disant ce serait moins dur pour les victimes. C’est sidérant, parce que cela montre l’exceptionnelle force du système patriarcal, sa capacité à perpétuellement se renouveler malgré les avancées obtenues par les féministes.

40 ans après, on croirait que tout est à recommencer alors que tout a déjà été dit… Et que l’on ne s’en rend même pas compte. La victime est toujours trop souvent la coupable, la correctionnalisation est toujours la règle très majoritaire, la criminalisation l’exception, les femmes ont toujours peur de porter plainte, et l’impunité des agresseurs a encore de beaux jours devant elle. Et, sans même savoir ce qui s’est fait avant (car la loi étant relativement bonne, on pense que l’égalité est acquise et que « le féminisme n’a plus de raison d’être »),nous refaisons un manifeste contre le viol, luttons pour que les femmes puissent porter plainte, disent stop au déni, nous insurgeons contre la correctionnalisation, nous répondons que ce n’est pas si grave, qu’on ne va quand même pas remplir les prisons….

Eternel recommencement ou long processus ?

Faut-il pour autant désespérer ? Se dire qu’on y arrivera jamais ? Non. Car en réalité, la lutte des féministes des années 1970 pour aboutir à la nouvelle loi contre le viol, a bien eu des conséquences positives pour les femmes. La première étant celle-ci  (3) :

« L’activisme des tenantes de la criminalisation du viol – que le viol soit effectivement reconnu et jugé comme un crime – finira toutefois par l’emporter. Aujourd’hui – même si les plaintes demeurent encore peu nombreuses au regard du nombre de viols effectivement commis et si la correctionnalisation demeure une pratique courante –, que le viol soit bel et bien un crime et qu’il doive être jugé comme tel n’est plus guère discuté par quiconque – sauf rares exceptions ».

Les progrès sont lents, mais existent. Et si les stéréotypes réactionnaires sur le viol ont encore cours, un autre discours, celui qui dénonce, est désormais entendu et entendable (cf la dernière campagne de « stop au déni »)

L’urgence de la « transmission ».

En revanche, il nous faut encore actionner un autre levier. La connaissance de notre histoire. Ecrire, écrire et encore raconter l’histoire des luttes des femmes d’un côté, la lire et l’écouter de l’autre. De nombreuses jeunes féministes, d’autres moins jeunes comme moi se sont investies depuis une dizaine d’années sur le sujet, mais nous ne sommes pas toujours au courant de ce qui s’est fait avant. De la même manière, des féministes qui ont lutté à l’époque ont espéré que certaines choses étaient acquises (et c’est bien normal) et ne réalisent pas toujours que tout recommence (Martine  Storti témoignait sa sidération sur le sujet à la librairie Violette & Co à propos de la sortie de son livre « sortir du manichéisme). Si bien qu’il est indispensable qu’elles attirent notre attention sur la nécessité que nous ne pensions pas que tout part de zéro.

C’est la seule façon aussi de tirer des enseignements de leur lutte et de trouver des idées de leviers d’action.  Car en lisant le livre de Françoise Picq, on trouve aussi le récit de comment elles ont réussi à obtenir la loi. Dans les années 1970, c’est en demandant systématiquement aux tribunaux correctionnels de se déclarer incompétents que les avocatEs des victimes ont obtenu peu à peu des victoires et la reconnaissance de ce que ce n’était pas des délits mais des viols, donc des crimes. Or aujourd’hui, souvent les avocatEs cherchent à convaincre leur cliente d’accepter la correctionnalisation. Il faut donc aussi aller raconter cette histoire aux étudiantEs en droit ! 

Et accepter de toujours remettre le métier sur la planche. Féministes, tant qu’il le faudra !

Sandrine GOLDSCHMIDT

(1)Résultat, si l’on en croit les chiffres de l’article que je cite en bas de cet article, en moyenne les viols aux assises sont condamnés de 8 ans, les agressions sexuelles (mais y compris celles qui ne sont pas des viols correctionnalisés, 1 an et 10 mois).

(2) Françoise Picq : « libération des femmes : quarante ans de mouvement », éditions dialogues.fr, 2010.

(3) Véronique Le Goaziou, ici :« lorsque le viol est devenu un crime »

Pour bien comprendre les enjeux de la correctionnalisation et pourquoi l’idée que la correctionnalisation serait bénéfique aux victimes est fausse :

Cet article d’Azhour parmi de nombreux autres sur le blog « la correctionnalisation du viol, la négation d’un crime »:

https://lacorrectionnalisationduviol.wordpress.com/ce-nest-pas-parce-quon-correctionnalise-quon-banalise/

Ce communiqué indispensable du CFCV : http://www.cfcv.asso.fr/communiques/c2,communique.php?id=101

Et sur la réalité des peines qui seraient plus lourdes en Correctionnelle :

http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/statistiques-de-la-police-et-de-la-55516

Contre le déni des violences sexuelles : http://stopaudeni.com

Manifeste « pas de justice, pas de paix » :https://sandrine70.wordpress.com/2011/08/24/3727/