Saint-Valentin, de la haine des juifs et de la haine des femmes



HorvilleurAujourd’hui, 14 février, c’est la Saint-Valentin. Je vais donc vous parler d’antisémitisme. Oui, car la Saint-Valentin symbolise l’antisémitisme. C’est en effet la triste date anniversaire du plus gros pogrom antisémite du Moyen-Age en France, à Strasbourg en 1349 (comme l’avait écrit Mélanie dans Mortelle Saint-Valentin)

Aujourd’hui, Saint-Valentin, je vais aussi vous parler de misogynie, et je dirais plutôt haine des femmes. Car la Saint-Valentin, c’est plus selon moi « la défaite de l’amour » et une manifestation de la haine des femmes de notre société, qui les objectifie, les transforme en marchandises.

Antisémitisme, haine des femmes. Deux sujets qui ont été malheureusement sur le devant de la scène de l’actualité, encore, cette semaine. Avec les tags sur les portraits de Simone Veil, à Paris, et la révélation du déchaînement de désamour des hommes envers les femmes avec l’affaire de « la ligue du LOL ».

Deux sujets qui sont plus étroitement liés encore qu’il n’y paraît. Liés par un même obscurantisme, qui reproche à l’autre d’exister. C’est une des réflexions de Delphine Horvilleur, femme et rabbin·e française, dans « Réflexions sur la question antisémite », le livre qu’elle vient de publier.

Elle y montre comment les haines des Juifs·ves et des femmes sont étroitement liées. Ainsi, on apprend dans cet ouvrage que souvent, ce que l’on reproche aux Juifs, c’est d’avoir plus, et que ce « plus » ferait que l’antisémite aurait « moins ». On apprend surtout que ce que l’on reproche aux hommes juifs, c’est de troubler le genre, d’être efféminés. On les accuse même des mêmes maux que les femmes : « La féminisation du Juif ne touche pas que son caractère, de nombreux textes antisémites suggèrent que la virilité fait biologiquement défaut au corps juif, et pas simplement à son esprit. Dès le Moyen-Age, fleurit une littérature antijuive qui affirme que le corps de l’homme juif saigne chaque mois, par l’un ou l’autre de ses organes, nez ou anus de préférence » (Je vous laisse découvrir à ce sujet dans le livre la blague juive sur les hémorroïdes qu’elle cite).

Au XXe siècle, l’antisémitisme crée une théorie pseudo-scientifique destinée à montrer que « l’homme juif est comme la femme ». « C’est ce qu’affirment des « recherches » scientifiques, qui énumèrent la longue liste des caractéristiques communes : l’hystérie, l’infiabilité, la manipulation ou même l’intérêt pour l’argent »,  (…) et plus loin, selon des écrits antisémites : « comme la femme, le juif serait dominé par le plaisir, les sens et la chair ».  

Ainsi, c’est bien la virilité, l’identité masculine que haine des femmes et des juifs s’imaginent défendre. C’est une identité statique, un TOUT qui n’existe pas, une complétude qu’on reproche à l’autre de vous empêcher d’avoir…  Masculinité toxique, dirait-on aujourd’hui, qu’incarnent entre autres les harceleurs du LOL.

Delphine Horvilleur aborde encore de nombreux sujets passionnants, dont la question de « l’élection des Juifs ». L’occasion d’en apprendre beaucoup ou peut-être rien ?, de ce que « Dieu » a révélé à ce « peuple élu » au Mont Sinaï (là encore, je n’en dis pas plus). Elle traite aussi de l’antisionisme, et de la façon dont, qu’on distingue ou non celui-ci de l’antisémitisme, il y a d’incontestables points communs entre une certaine fixation sur Israël et sur les Juifs·ves.

Le totalitarisme du « nous »

Et elle fait aussi un sort à la revendication identitaire contemporaine, qui parfois, transforme la lutte légitime pour la reconnaissance des discriminations faites à certains groupes, minorités ou parfois majorité (les femmes), en idéologie (c’est moi qui le dit).

Cette idéologie crée une hiérachie entre les victimes, et les statufie, les rendant à la fois incapables de se mouvoir, d’évoluer, donc d’être, et les exonère de toute forme de responsabilité. Elle menace aussi les droits individuels, poussant à juger l’individu non plus sur ses actes (ce qui est le fondement du droit humain), mais sur son appartenance à une identité.

J’ai enfin beaucoup apprécié ses réflexions sur le « nous », qui donnent aussi un élément de réponse à ce que j’appelle pour ma part  « la dictature des personnes concernées ».

Elle écrit, citant Résistances de la psychanalyse : « Nous est toujours le dit d’un seul. C’est toujours « moi » qui dit « nous », c’est toujours un « je » qui dit le « nous », supposant en somme par là, dans la structure disymétrique de l’énonciation, l’autre absent ou mort ou en tout cas incompétent, voire trop tard venu pour objecter. L’un signe pour l’autre » . (…)« la parole identitaire, même portée par un individu, est toujours celle qui signe pour l’autre, pour celui qui ne s’y reconnaît pas mais qui en devient malgré lui l’otage ».

Ou quand le « nous »  (ou nou·e·s) prend le pas sur le « je », il énonce la vérité d’un seul, et interdit la parole de tous/tes les autres.

Pour finir, en lisant le chapitre « l’antisémitisme est une guerre des sexes », je me suis dit à un  moment : « Mais alors, si l’antisémitisme a à voir avec la misogynie, cette dernière -contrairement à l’antisémitisme, ne se réduit pas aux antisémites, mais traverse toutes les sociétés patriarcales. Et côté patriarcat, le judaïsme n’est pas en reste, comme le montre le très beau film « Seder masochisme » de Nina Paley, Cela me donne donc très envie d’aller voir du côté du premier livre  de Delphine Horvilleur : « En tenue d’Ève : féminin, pudeur et judaïsme », pour voir comment elle tente de démêler cette question là.

 

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W.Allen : 47 nuances de domination masculine

Ecrire sur Woody Allen. Dur. D’abord, quand on a été fan. Et qu’on se réjouissait tous les ans de la sortie de ses nouveaux films. Manhattan, Annie Hall, Stardust Memories, Radio Days, Zelig, La rose pourpre du Caire, Another Woman…mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, alors que sort sont 47e film, « Café Society » à Cannes, voilà pourquoi je ne veux plus m’intéresser à l’oeuvre du réalisateur, reflet d’un société qui n’aime pas les femmes et les enfants, une société dont -justement- je ne veux pas.

la rose pourpre du CaireA une époque où, le réalisateur new-yorkais n’avait pas encore la cinquantaine, et semblait être encore dans le doute existentiel, pas dans la célébration du « plaisir dû aux hommes ». De Woody Allen, j’aimais l’auto-dérision permanente. Il se moquait en permanence de lui-même. Et en face, il y avait des personnages de femmes qui, si visiblement il ne les comprenait pas, avaient souvent plus l’air de savoir où elles en étaient que lui. Bien sûr, si aujourd’hui, je revoyais ces films, je verrais probablement poindre sous la carapace, une vision à tendance masculiniste (d’ailleurs, l’affiche ci-contre n’est pas tendre pour Mia Farrow, que je n’aimais pas à l’époque) : les hommes étaient tellement perturbés par des femmes s’affirmant avec le féminisme…

De Crimes et délits

Je me souviens que, à la fin des années 1980, malgré les critiques dithyrambiques à l’égard de ce film, je n’avais pas « réussi à aimer » Crimes et délits, sans bien comprendre pourquoi. Je l’ai revu depuis, et j’ai de nouveau ressenti la même chose. Il me semble que c’est un film charnière, vers la veine des films les plus sexistes de Woody Allen. Aujourd’hui encore, il fait partie des références absolues pour les critiques du cinéaste : Crimes et délits, au départ appelé « Frères » (si, si !), est ainsi le chef d’oeuvre absolu selon Télérama. Il « passe devant » Manhattan et Annie Hall, et devant Hannah et ses soeurs (un de mes préférés). Alors, qu’est-ce donc qui ne me va pas dans cette façon de voir les films ?

Jeu, set et match point

Autre indication : en numéro 5 classement de Télérama, l’autre film que j’ai le plus détesté, mais alors franchement détesté, pour son regard sur les femmes : « Match Point », qui est un peu le pendant de « Crimes et délits ». Le film est remarquablement fait. Mais l’héroïne est sacrifiée. Elle est totalement objectifiée et méprisée avant d’être éliminée. C’est le deuxième tournant, où l’homme emporte le point décisif du match homme-femme.

Le réalisateur, qui pour moi célébrait l’intelligence à l’écran, a désormais décidé de regarder le monde d’une façon totalement désespérée et désespérante…pour les femmes. Alors, il est déjà un vieillard sûr de lui, qui explique qu’il « ne lit jamais rien de ce qu’on dit sur lui », et qui trouve que cette situation désespérée -qu’il critiquait peut être encore dans « Crimes et délits », il faut au moins en tirer du bénéfice. iLe monde est pourri, mais puisque les hommes y prennent du plaisir, pourquoi se priver ?

Scarlett Johannson sacrifiée

Alors il choisit les actrices les plus belles du moment, et les attire irrémédiablement dans son piège : Woody Allen, contrairement à Hitchcock, qui, même s’il y avait de la réification (et de la violence de sa part sur les tournages), se sent surtout tout petit face à ses actrices, ne magnifie pas les femmes à travers de belles actrices. Car elles sont uniquement représentées comme des objets du regard pornifiant du réalisateur, des objets de plaisir -mais quel plaisir- pour les hommes. A aucun moment on ne peut avoir envie d’être à leur place, ni d’être avec elles. Je pense à Cate Blanchett dans « Blue Jasmine ». Je n’en ai pas de souvenir particulier. Alors que pour sa prestation dans « Carol » , la simple esquisse d’un sourire sur son visage, réussit à me bouleverser. Parce que le regard sur elle est différent. C’est un regard qui la fait exister, qui la rend femme, être humaine, qui nous fait éprouver de l’empathie.

Le regard de Woody Allen sur les femmes depuis longtemps, ne me fait qu’éprouver de la peur pour elles.

Représentation de la sexualité : de la masturbation à la fellation et à la prostitution

C’est assez intéressant de se pencher sur la représentation -essentiellement parlée- de la sexualité dans ses films. Pendant longtemps, la masturbation -masculine- était au coeur de son discours, avec de l’auto-dérision, des interrogations sur ce qui pouvait procurer le désir. Depuis deux décennies, la fellation, représentée comme une prestation de service sexuel et pas un moment dans un échange sexuel réciproque, l’a emporté.

Il semblerait qu’Allen a ainsi dépassé, compris ce qui jusque-là le bloquait : un « puritanisme féministe »(2), qui reproche aux hommes de faire des femmes-objets, qui voudrait que la liberté sexuelle soit pour tout le monde, et qu’il y ait égalité et non domination dans les rencontres sexuelles et amoureuses. Les femmes, sujets de leur désir, c’est moins agréable apparemment que d’en faire des objets, des possessions, et des prestataires de services. Ainsi, je le montrais dans ma critique de To Rome with Love (To Rome with Rape !), où le réalisateur allait jusqu’au bout de la logique : le jeune vierge effarouché qui ne connaît rien à l’amour, s’en sort grâce au service d’une prostituée tombée du ciel qui va lui apprendre la vraie vie…

Les années 1990, années du backlash allenien

C’est donc en 1989, avec Crimes et délits, que se situe je pense la charnière de ce qui va devenir la « deuxième partie de l’oeuvre » du désormais presque sexagénaire.

Charnière entre un Woody Allen qui s’interroge sur l’équilibre du monde, sur l’équilibre entre les sexes et qui visiblement n’y trouve pas son compte, et un Woody Allen qui n’a plus rien à nous dire sur ce monde. Car il ne doute plus : il a trouvé. Il a trouvé quelle devait être la place des femmes. Et il a trouvé, dans la vraie vie, la femme de sa vie, qui correspond à tout cela (alors que Mia Farrow, avec qui il n’a jamais vécu, qui a adopté 14 enfants, et qui faisait beaucoup « comme elle l’entend », était tout autre).

Soon-Yi, Dylan et Woody

En 1991, éclate en effet une affaire qui fait scandale dans la vie de Woody Allen et nous amène jusqu’à aujourd’hui : il entretient -depuis combien  de temps ? -une relation sexuelle et amoureuse avec Soon-Yi la fille adoptive de sa compagne Mia Farrow. Celle-ci le découvre par hasard, par le biais de Polaroïds de sa fille nue retrouvés chez son compagnon, photos « presque pornographiques ». Il pense à l’époque que ce ne sera qu’une aventure. Mais depuis le scandale, il a décidé de l’épouser, et est toujours avec elle.

Et en parle : « Et dans un sens, sans que cela vienne de moi ou d’elle, la dynamique était en marche. J’étais sa figure paternelle. […] J’aime sa jeunesse et son énergie. Elle est déférente envers moi et je suis heureux de lui offrir l’opportunité de prendre des décisions et de la laisser prendre en charge autant de choses. » 

Récemment, il disait même tout ce qu’il lui avait apporté, comment il avait changé sa vie, d’une enfant des rues en Corée à la femme d’un grand réalisateur…(ce n’est pas lui qui l’a adoptée, je rappelle…) « J’ai vraiment réussi à lui rendre la vie meilleure », dit-il. Bon et elle ? Que lui a-t-elle apporté ? « Beaucoup de plaisir », répond-il…

 La vie rejoignant la fiction, la femme retrouvant sa place, ou plutôt la fiction rejoignant la vie ?

Une histoire modèle

Bon, il y a Soon-Yi : j’aurai toujours du mal à penser que tout est normal dans le fait de sortir avec la fille de sa compagne, alors même qu’elle est adolescente, à peine adulte, et qu’on la connaît depuis dix ans. Mais il y a aussi Dylan, sa fille adoptive, qui a dénoncé l’agression sexuelle dont elle dit avoir été victime alors qu’elle avait 7 ans et qu’Allen était en plein divorce avec Mia Farrow. A ce moment là, le divorce était conflictuel, mais pas encore « guerrier ». Pour en savoir plus sur cette histoire, et les allégations qui poursuivent Allen jusqu’à aujourd’hui, voilà un article intéressant sur la vie de Mia Farrow.

Des faux-souvenirs ? 

Celle-ci, est typiquement accusée par Allen de folie destructrice liée à la déception d’être rejetée. C’est troublant, quand on sait qu’elle avait déjà divorcé deux fois (du grand chef d’orchestre André Prévin et de Frank Sinatra) et que cela ne s’était jusque là pas produit. C’est troublant, quand on sait que depuis, les seuls qui ont finalement souffert, c’est tout le monde sauf lui…qui explique que tout ça, il n’y pense plus depuis longtemps (c’est ce qu’il a dit à Cannes cette année après avoir expliqué qu’il ne lisait pas ce qu’on dit de lui, en référence à la lettre de son fils Ronan qui soutient sa soeur).

C’est troublant surtout, quand on sait que disqualifier la mère est en général l’arme préférée des prédateurs, des agresseurs sexuels, qui prétendent que les mères seraient capables d’installer des faux-souvenirs dans la tête de leurs enfants(1). Mais qu’aucune observation sérieuse et scientifique n’a jamais donné le moindre crédit à cette théorie. Bien au contraire.

Lire une réalité à travers l’oeuvre

Bref. Tous les faits de cette histoire, tels qu’ils sont connus via la presse, entrent dans la logique du déni des violences sexuelles commises contre les enfants. Et cela me suffirait déjà pour ne plus vouloir aller voir un film d’Allen.

Mais aussi, et c’est ici le propos principal, je trouve que l’analyse dans le temps des films eux-mêmes,  d’un point de vue féministe, suit étrangement  le fil de ce qui se passe dans la réalité. Comme si, le réalisateur, sans illusion sur le monde et la morale, avait fini par s’en accomoder, n’ayant plus grand chose à dire la plupart du temps, mais nous montrant tout de même comment les hommes y prennent du plaisir, et ne faisant plus que calquer sur la tendance pornifiante de l’industrie cinématographique, tournée vers ce plaisir masculin (obtenu par l’érotisation de la violence, évidemment).

Au delà donc même de la vie de l’artiste, que certains pensent devoir dissocier de l’oeuvre, je n’attendrai pas que l’oeuvre atteigne sa cinquantième nuance de domination masculine pour cesser de m’y intéresser.

Sandrine Goldschmidt

(1)Au fait, comment est-ce qu’on met des faux-souvenirs récents dans la tête d’un enfant ? Parce qu’il me semble que dans la théorie d’origine, on accusait certains psys d’implanter des faux souvenirs dans la tête de leur patients, en leur faisant accorder de la crédibilité à  leurs fantasmes enfantins d’agressions sexuelles par les adultes ?  Mais là, des faux-souvenirs alors qu’on a 7 ans ?

(2) Je fais bien sûr ici écho à l’hallucinante blague de Laurent Laffite, qui semble trouver que reprocher à Polanski le viol d’une jeune ado de 13 ans est du puritanisme américain !

Pauvres hommes chinois !

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NB, si jamais ce n’était pas clair : ce texte n’attaque pas particulièrement la réalisatrice qui a fait un gros travail de reportage et espère certainement dénoncer une situation, ce que les dix dernières minutes font en partie. Mais c’est la « recette » de ce que, pour rendre un docu visible en patriarcat, il faut surtout qu’il présente le monde à l’envers. C’est le point de vue qu’il faut adopter pour faire accepter qu’on en parle  ou être « original ».

Vous voulez la recette d’un « bon documentaire » ?

Regardez : « la peine des hommes », en replay sur Arte. 

Un sujet vous intéresse : le déficit de femmes en Chine. Un bon sujet direz-vous ? Faire une vraie enquête de terrain, mettre à jour les violences faites aux femmes que cela entraîne (ce qui existe en vrai dans le film) ? Mais non, cela ne suffit pas. Comment le traiter pour que cela ne soit pas trop tarte à la crème, ni trop féministe, c’est-à-dire vraiment pas fun ? Il vous faut réfléchir encore un peu.

Réfléchissons donc. Ce « déficit » de femmes est dû, bien sûr, à l’avortement sélectif pratiqué au moment de la politique de l’enfant unique (1979-2015). Cette politique + la tradition qui veut qu’une famille ait un héritier mâle qui puisse aussi nourrir les parents pour les vieux jours, voici un cocktail détonant pour éliminer les femmes (1).

Donc, en bonne logique (mais apparemment, personne n’y avait pensé au départ !!!), au moment où 25 ans plus tard, les jeunes garçons nés de ces familles, arrivent en âge de se marier, oh choc : il manque de femmes ! Or, vous le savez, les hommes ont des besoins irrépressibles. Ils ont besoin de posséder une femme. Cela fait partie de leur virilité.

Je vous imagine, vous auriez pu penser que cela allait « donner plus de valeur ou de respect » aux femmes, qu’il faudrait conquérir. Mais dans ce cas, c’est que vous seriez très naïf ou naïve, ou vous croiriez que la domination masculine et le patriarcat n’existent pas…Donc, la vraie conséquence, que ce soit en Inde ou en Chine (1), est bien la suivante : on vole, viole ou achète des femmes en développant un trafic international. Des millions de femmes qui ne naissent pas, des millions de femmes violentées, exploitées, marchandisées, qui souffrent. C’est tellement banal. Rien de nouveau sous le ciel patriarcal. Pas de quoi faire un film !

Continuez à chercher une bonne idée.  Ah, ça y est ? vous avez trouvé ? Il suffit de mettre le monde à l’envers. S’il manque de femmes, alors, on l’a dit, les hommes sont seuls. Mais c’est terrible ! Que n’y avions-nous pensé plus tôt? On les a laissé naître, mais on ne leur donne pas leur dû ! Une femme à posséder ! Alors forcément, ces pauvres hommes sont bien malheureux ! Désespérés, même, nous explique en ouverture spectaculaire de ce film exceptionnel, un industriel bien malin qui a décidé d’apaiser les souffrances de ces pauvres célibataires chinois en leur fabriquant des poupées grandeur nature.

Car il faut faire quelque chose. Ce désespoir des hommes est, dit-il, à l’origine d’une crise qui menace la stabilité du pays. Et le commentaire de nous dire : « les chiffres donnent raison à l’industriel ».

Comprenez bien. C’est la surenchère. Nos pauvres hommes, qui ont de la peine, donc. Oui le documentaire s’appelle très justement « la peine des hommes » c’est quand même beaucoup plus intéressant que l’élimination systématique des femmes, qui ne serait pas fun. Peine des hommes – male tears, c’est ça ? -les féministes comprendront(1).

Ecoutez les :

« à force de ne pas trouver de femme, je sens mon coeur…vide ».

A propos de ses co-villageois qui ont acheté une femme à l’étranger : « Ils ont mon âge. Eux vivent, et moi, je cherche toujours une femme ». 

Et le commentaire : ces hommes sans femmes, les Chinois les appellent les branches mortes, qui ne porteront jamais de fruits.

J’espère que vous pleurez, là.

Donc, nos pauvres hommes montrés ici, doivent travailler dur, et même quitter leur village, pour espérer un jour gagner assez d’argent pour qu’une femme les accepte. Les PAUVRES !!!

Mais ce n’est pas fini : ils doivent donc travailler à l’usine, et pensez-vous qu’ils sont plus heureux ? Mais non, car les femmes ne veulent pas toujours d’eux, s’ils n’ont pas assez d’argent. Bien sûr, cela doit être pour cela que le nombre d’agressions sexuelles augmente sur les lieux de travail,  La violence des hommes contre les femmes n’y est pour rien…

Et la direction de regretter que les femmes y soient moins majoritaires (à l’usine, pour bosser comme des bêtes), qu’avant.« les hommes sont moins précis, ils apprennent moins vite. on a de plus en plus de problèmes de discipline. ils se battent tout le temps » (sic)

Ce n’est pas parce qu’on est dans un système qui encourage les hommes à ne pas se sentir mâles si ils ne possèdent pas une femme, mais non, c’est parce que leur coeur est vide, nous vous l’avons dit.

« Leur frustration et leur solitude, il les comblent avec leurs téléphones portables ». 

Et pas qu’avec les téléphones portables (en regardant de la pornographie, summum des violences contre les femmes ?). D’autres hommes pleurent, eux, parce qu’une femme, ils en avaient une. Mais on leur a volée. Il y a des trafics de femmes de plus en  plus importants. La police chinoise s’emploie, bien sûr, à empêcher cela, nous montrent des images. On nous montre même que parfois ils arrêtent des trafiquants. Ou peut être des maris voleurs ? Des hommes criminels ? Mais non, ce ne serait pas une bonne recette. On nous montre deux femmes, intermédiaires trafiquantes arrêtées, c’est beaucoup plus intéressant (là, le docu n’est pas en cause ce sont peut être les seules images données par la police chinoise mais ça revient au même).

Mais j’exagère : le documentaire dénonce incontestablement le trafic, il faut le reconnaître. Il est même un peu trop direct je trouve. On pourrait croire que les femmes sont les victimes. En tout cas, c’est ce que ceux qui ont rédigé le résumé qu’on trouve sur le replay ont du penser, car il est tout de même un peu plus proche de la réalité :

« De désespoir, certains kidnappent des femmes. »

Vous comprenez, c’est pas de leur faute, c’est le désespoir…

« Je me sens moins seul. Ca y est, je suis heureux »

Dernière partie du documentaire, la « love story », le « happy end ». Un jeune homme,  qui était donc désespéré de ne pouvoir donner d’héritier à sa famille, car il habite dans un village de célibataires, a économisé avec sa famille pendant plusieurs années. Enfin, il a amassé assez d’argent pour s’acheter une femme en Indonésie. Cette jeune fille, c’est Lai. Aux grand maux les grands remèdes, et vous n’allez pas nous embêter avec des idées comme « les humains ne s’achètent pas » . C’est beau de voir son regard amoureux. A lui. Son émerveillement, quand, alors qu’il allait la chercher et avait promis de l’argent aux trafiquants et au père de Lai, « elle a dit oui ». Quel formidable preuve de consentement et d’amour qui met fin à son calvaire ! Il conclut donc : « je me sens moins seul. Ca y est, je suis heureux ».

Et elle ? Encore une question mal placée. Même si, là, le documentaire ne l’esquive pas. Elle, nous dit-on, on l’a convaincue que ce serait une vie moins dure qu’en Indonésie. Et puis, comme ça, son père a reçu de l’argent, alors en plus, elle fait une double bonne action:  mettre fin au désespoir du célibataire, et nourrir son père.

Evidemment, elle n’a jamais quitté son pays, elle parle un peu chinois mais pas le patois local, et on ne la laissera certainement jamais revoir sa famille, nous dit-on, alors qu’on la voit, le regard perdu. On verrait presque à cet instant la perle d’une larme dans ses yeux.Le commentaire alors, laisse poindre une critique vaguement féministe :

« combien de femmes achetées, de vies volées, avant que ces campagnes mettent fin à la tradition, laissent vivre les filles » ? (…) et de finir , pour commenter la fin de la politique de l’enfant unique :

« peut-être se souviendront-ils alors de cet autre proverbe chinois : les femmes portent la moitié du ciel »

Ah mais non, vous allez gâcher le happy end ! Ca ne va pas du tout cette fin… c’est le féminisme qui envahit nos écrans, là ! Non mais pas grave. De toutes façons, le résumé (3) et le titre sont là pour bien vous rappeler ce que vous devez retenir d’une bonne propagande patriarcale. Ne pas développer de l’empathie pour la souffrance des femmes, mais bien se soucier de  « la peine des hommes ». N’oubliez pas !

S.G

(1) NB c’est la même chose « à l’envers en Inde » : en Chine, on ne fait pas de filles car on a besoin d’un garçon pour ses vieux jours. En Inde, on ne fait pas de filles car il faudra payer la dot pour qu’elle aille à la famille d’un autre…

(2) male tears est une expression qu’on utilise pour souligner quand les hommes (sans par ailleurs se préoccuper de plaindre les femmes) se plaignent d’être eux mêmes des pauvres victimes, du patriarcat, des féministes, etc…

(3) » Des millions de jeunes célibataires affluent vers le sud du pays, et travaillent nuit et jour dans les usines du Delta des Perles, l’atelier du monde, tout en tentant de trouver l’âme soeur. Mais, là aussi, les filles se font de plus en plus rares. De désespoir, certains kidnappent des femmes. D’autres partent s’en acheter une à l’étranger. Des Birmanes, des Vietnamiennes, des Indonésiennes « importées » en Chine. Alors que la Chine vient de mettre fin officiellement à 35 ans de politique de l’enfant unique — grandement responsable de ce déséquilibre entre les sexes — des célibataires, broyés par cette impossibilité mathématique de trouver une femme, témoignent et nous emmènent au coeur du trafic, prêts à tout pour ne pas rejoindre les rangs des célibataires endurcis. Ceux que les Chinois appellent « guang gun », les branches mortes, qui ne porteront jamais de fruits ».

BABY vs Babysitting ou la propagande des affiches de cinéma

Cela fait quinze jours qu’à chaque fois que je passe l’entrée de la gare RER où j’habite, je me fais la même réflexion en me retrouvant nez à nez avec deux affiches de cinéma qui se font face : le parallèle est saisissant, et nous montre ce que sont les images des femmes et des hommes vues par la propagande cinématographique.

Je tourne la tête à droite, et voici une affiche du film « Baby » : on y voit une femme, en plongée, les yeux révulsés, possédée par un démon, par la terreur en réalité, agenouillée bien sûr, presque dénudée, la tête levée vers ce ou celui qui la terrorise ou l’a rendue folle.

Je tourne la tête à gauche, affiche du film « Babysitting », un homme avec un enfant, il a des pansements partout sur le visage, est débraillé, dépassé par les événements, mais il est debout.

Que nous disent ces deux affiches ?
Un mot en commun : Baby. Deux façons de voir l’homme et la femme qui y sont confrontés diamétralement opposées.

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1er cas : Baby

-L’affiche qui montre une femme, donc à genoux, écrasée sous l’angle de la plongée de la caméra, est montrée terrorisée par un danger de mort. Elle ne peut qu’être possédée, folle pour qui regarde sans faire lecture féministe. Mais possédée, pour une femme, cela veut dire terrorisée par les violences subies. Car les femmes ne sont pas folles, mais victimes de violences traumatisantes. Voilà une image typique de la représentation des femmes dans la fiction, qui nous parle très vite : car s’identifier au personnage n’est pas difficile : cette terreur, tant de femmes l’ont connue, pour avoir vécu la violence, parfois depuis l’enfance, et passent pour folles ensuite lorsqu’elles ont des conséquences traumatiques. En outre, cette terreur, la société de culture du viol passe son temps à leur montrer et remontrer (c’est pourquoi je ne peux pas publier la photo de trop près pour éviter de reproduire). En revanche, à bien y réfléchir, on n’imagine pas une seconde possible qu’un homme soit dans cette position avec ce regard sur une affiche d’un film de ce genre (l’horreur). On imagine donc bien que regarder cette image ne peut pas leur faire peur de la même manière : on ne les montre jamais ainsi..

Les hommes, pour eux, et je pense que c’est plutôt eux la cible, et qu’ils emmènent leurs compagnes voir le film…pour eux donc, c’est de l' »entertainment » . Ca n’a pas de raison de leur faire peur non plus, parce que cela ne correspond pas à leur vécu quotidien. Au pire, même, cela peut être excitant, tant ils sont de plus en plus nombreux à regarder de la pornographie qui rend excitante la terreur infligée aux femmes.

-L’affiche qui montre un homme, Babysitting, le présente donc debout, l’air d’avoir passé une nuit difficile, mais plutôt « bonenfant », avec de vagues pansements sur le visage, mais pas de peur.  Plutôt style affiche de film destiné à un public féminin. Il ne s’agit bien évidemment pas de les montrer terrorisés, mais dépassés par l’événement : car « baby sitter », cela n’est pas pour eux ! Ils seront maladroits, pas à leur place, voire un peu ridicules, ou se retrouveront emportés par un tourbillon d’événements.
Et les femmes, en voyant cela, seront confortées dans leur bon sens patriarcal : quand même, pour faire du babysitting, il vaut mieux être une femme, plus maternelle et responsable !

Ainsi, en deux regards, symétriques, toute la propagande cinématographique qui sert le maintien du système (violence contre les femmes pour pouvoir les exploiter) est ainsi résumée. Les publicitaires savent si bien s’y  prendre d’ailleurs, qu’ils mettent ces grandes affiches toutes en largeur au niveau des yeux des enfants, qu’on voit tourner la tête vers ces affiches…

S.G

PS : je précise que cette analyse vient uniquement des ressentis à la vue des ces affiches et non des histoires des films que je ne connais pas et ne juge donc  pas ici. Cela se justifie par le fait que les enfants qui passent devant ces affiches, n’ont eux non plus aucune raison de savoir les histoires. Ils ne reçoivent donc que les messages bruts exposés ici.

 

Le Gorafi en vrai : sexisme quand tu nous tiens

DSCF6528En l’espace de 2 heures, ce matin, j’ai trouvé sur Facebook 2 informations qui -dans un monde que j’imagine à l’endroit- auraient dû figurer sur le site legorafi.fr

Vous connaissez le Gorafi ? Figaro mélangé, c’est un site satirique suffisamment subtil pour que nous nous fassions tous et toutes avoir à un moment ou à un autre. Criant des « non, mais c’est pas vrai » à la lecture d’une info…suffisamment proche de la limite pour qu’on ne se rende pas de suite compte que « eh bien non, ce n’est pas vrai » !

Or ces deux informations trouvées dans mon réseau justifient à elles seules que nous nous fassions avoir. Car ici encore, à n’en pas douter, la réalité dépasse la fiction !

-Première info, elle est de taille et son seul titre mériterait les félicitations du site satirique :

Houellebecq présente un projet politique dans « Lui », nous disent Le Parisien ou encore Libération

Oui, oui, vous avez bien lu, c’est le magazine Lui de Beigbeder, opus largement sexiste désigné aux seuls hommes qui sert désormais de lieu pour développer une plateforme politique !. Alors je sais bien que le monde de la pornographie et de « l’érotisme » machiste a un poids fondamental sur ceux qui détiennent le pouvoir, mais tout de même…

Ah, le contenu maintenant. C’est du même ordre de pantalonnade que le titre. Houelletruc défend d’abord le fait de présenter son projet dans « Lui  »

« Il est assez inhabituel de lancer une campagne politique dans Lui, mais je ne dispose pas de beaucoup de relais d’opinion sérieux, et puis il faut changer les habitudes anciennes », explique Michel Houellebecq, « qui redoute une guerre civile ».

Ben voyons.

 Il faut dire que son projet politique qui se repaît du mot « démocratie directe » que tant aiment à galvauder ces jours-ci vaut le déplacement ! Réaliste à souhait, pas populiste pour deux sous :

Il veut semble-t-il supprimer le Parlement et faire élire à vie le Président : » mais instantanément révocable sur simple référendum d’initiative populaire ».

Quant au budget, citoyens au boulot, ce sera à vous de le faire !

« Enfin, dans le projet de l’écrivain, le budget de l’Etat est décidé par les citoyens « qui devront chaque année remplir une feuille avec des cases à cocher. Le peuple décidera ainsi quelle dépenses il juge prioritaires ». Cela nous promet de belles heures devant nous !

 

On imagine bien qu’il y a là surtout coup de pub et délire littéraire, à la fois pour l’écrivain qui a besoin d’exister, et pour le magazine « Lui » qui a aussi besoin de faire parler de lui…

Toutefois, l’égo de l’individu a de belles plumes :

« Si l’on n’adopte pas mes mesures, on court à la catastrophe », dit Michel Houellebecq à Frédéric Beigbeder.

La clé de compréhension de ce chef d’oeuvre d’imposture nous vient pourtant à la fin. Il y a en effet un vrai projet politique derrière tous ses écrits, il est androcentré (centré sur le mâle, masculiniste si vous voulez), et penser qu’il lui a été confié de post-facer « SCUM Manifesto » de Valerie Solanas me donne encore des sueurs froides…

 Le Parisien nous dit en effet :

« l’écrivain qualifie de « saloperie pure et simple » le projet de loi pénalisant les clients de prostituées. « Elles adorent leur métier et empêcher ces filles d’exercer est une première saloperie considérable », dit-il.
Elles adorent leur métier. Ah. Celle-là, même le STRASS ne va pas si loin ! Cela doit être pour cela que 90% d’entre elles rêvent d’en sortir !

A peu près chaque phrase pourrait être mise au négatif et nous remettrions ainsi le monde à l’endroit. On dirait alors que la saloperie pure et simple est celle de l’homme qui paie ne plus se préoccuper de l’être humain en face de lui et le violer, et cela serait certainement beaucoup moins littéraire, mais nettement plus juste…

Image 9-Deuxième info Gorafi-esque :

« Appli sur les règles : SOS PMS, le gadget sexiste de Sanofi pour « survivre » aux humeur des femmes
Des fausses applications mobiles, Le Gorafi nous en a déjà servies. Mais celle-là, elle est vraie ! Vous avez bien lu, une appli destinée à aider les hommes à savoir quoi faire pour éviter la mauvaise humeur de leurs femmes lorsqu’elles ont leurs règles…

(si vous comprenez l’italien, vous apprécierez la vidéo ci-dessous)

L’idée est donc d’associer à la vente d’un produit contre le syndrôme prémenstruel pour les femmes (des compresses effervescentes de Sanofi si je comprends bien) une appli mobile pour prévenir les hommes de l’arrivée des règles de la femme :

« Survivre au syndrome prémenstruel des femmes? Aujourd’hui, il existe enfin une solution pour vous: SOS PMS, l’application qui vous permet d’éviter la tragédie qui s’abat chaque mois sur tous les hommes », peut-on lire dans les premières phrases de la description de l’Apple Store.

Donc, une tragédie s’abat chaque mois sur tous les hommes lorsque les femmes ont leurs règles ! Voici à nouveau une belle illustration du monde à l’envers, quand c’est tous les jours que tant d’hommes sont pour tant de femmes une tragédie, avec des humeurs misogynes pour lesquelles ils n’ont pas besoin de règles…sinon celles d’un patriarcat bien compris !

Je ne sais encore pas me décider si ces infos sont sérieuses tant j’aurais apprécié de les lire dans Le Gorafi se moquant de notre monde. Et pourtant, elles sont diffusées dans des médias par ailleurs sérieux…

 

 

 

En 2014, s’inspirer des justes pour lutter contre la morosité

2014J’ai du retard cette année pour les voeux. Il m’a fallu plus de temps pour me « remettre » dans le bain de l’écriture, après un mois de décembre réservé à Melanie et une petite pause militante. En outre il s’est passé tellement de choses depuis le vote à l’Assemblée de la loi pour l’abolition de la prostitution, et le moins qu’on puisse dire, pas toutes réjouissantes, il n’est pas simple de tout rattraper, tout dire, et surtout, d’appliquer une « résolution » qui n’est pas que de nouvelle année, celle de lutter contre la morosité.

En effet, en Inde, les luttes des militantEs féministes contre le viol et lesbiennes et gays contre l’obscurantisme homophobe (la cour suprême influencée par des religieux a annulé la loi dépénalisant l’homosexualité, obtenue de haute lutte il y a deux ans), qui ressemblent au combat de Sisyphe. A peine a-t-on l’impression que le caillou arrive en haut de la montagne, que l’obscurantisme l’a déjà fait redescendre tout en bas d’un coup de pied…mais il n’y a pas qu’en Inde où la lutte contre le viol des femmes et des enfants peine : c’est aussi notre lot, ici, et nous devons sans cesse lutter contre le découragement, surtout quand les avancées en ce sens, sont mises en cause par les tenants du pouvoir, ou jugées inutiles par d’autres…et les militantes indiennes sont à cet effet exemplaires de courage et de refus de la résignation.

Il y a aussi cette lutte de Sisyphe autour d’un caillou qu’on a un temps cru bien installé en haut de la montagne (même si les alertes se multipliaient depuis des années et que nous avions considéré le sujet l’an dernier à Femmes en résistance, lors de la séance « tu n’auras d’enfant que désiré ») je parle bien sûr de la lutte pour le droit à l’avortement, avec l’Espagne qui est revenue 30 ans en arrière, le gouvernement modifiant la loi et ne le rendant autorisé qu’en cas de viol et de problèmes de santé de la mère, le président du gouvernement espagnol allant jusqu’à affirmer qu’on ne pouvait laisser aux femmes la possibilité de décider seules. Il y a aussi le texte que n’a pas voté en décembre le parlement européen, et qui aurait pu garantir à l’échelle des 28 ce droit fondamental, et qui a préféré en laisser la souveraineté aux Etats, laissant les obscurantismes marquer un pas décisif.

Il y a encore la bêtise raciste et antisémite qui s’exprime de plus en plus ouvertement (affaire de la quenelle). Toutes ces nouvelles sont bien mauvaises, auxquelles il faut ajouter le manque d’attention encore porté aux soins aux victimes, dès lors qu’on est dans le champ des violences sexuelles patriarcales, et le manque d’énergie mis à lutter contre l’impunité des agresseurs, en particulier lorsque les enfants sont les victimes. Sans parler des offensives des lobbies masculinistes en France (ouf, l’amendement sur la résidence alternée a été retiré de la loi famille) ou en Italie (où la complaisance envers les pères pédocriminels dans la loi est l’objet de leur combat)

Et pourtant, je n’ai ni la conviction ni l’envie de me morfondre ou de me complaire dans la morosité.

Face à tous ces obscurantismes, il y a deux choix que je refuse : celui de la résignation et celui de la résignation 😉

12654_1264391579233_1513075356_738436_3356570_nLa résignation telle que je l’ai entendue le 1er janvier, qui consiste à dire « de toutes façons rien ne change » et surtout « je ne peux pas changer alors je vais déclarer partout que je suis quand même dans l’endroit le moins pire possible (le moins raciste, le moins sexiste, le moins antisémite), et m’assurer à moi un petit univers sécurisé si j’ai suffisamment d’espace pour le faire (argent, travail, sécurité physique). Je continuerai donc -évidemment- à participer aux luttes féministes, à m’en faire l’avocate et à publier les informations qui les concernent. Ainsi, début janvier dans plusieurs villes de France, sont organisées des manifestations de soutien aux espagnoles (après celles organisée par plusieurs assos fin décembre à Paris). Et l’association Osez le féminisme a lancé pendant les fêtes une campagne pour essayer de faire bouger les femmes (car trop souvent il n’y a que les militantes qui se manifestent).

Je ne me résignerai pas non plus à penser que le système patriarcal est trop fort et que je ne peux rien à titre individuel parce que la conscience collective est trop loin d’un monde juste. Bien sûr qu’il est trop fort, bien sûr que la conscience collective, pétrie d’individualisme économique et de culture du viol est très loin d’un monde à l’endroit. Mais ce n’est pas une raison. Je ne me résignerai pas à penser qu’il est vain de tendre la main à une victime, d’obtenir une modification législative pour faire reconnaître les victimes comme telles et désigner les coupables, même si leur pénalisation est bien faible (abolition/clients prostitueurs), je ne penserai jamais que l’expression de son ressenti par une victime n’est pas digne d’écoute ou d’intérêt, je ne me résignerai pas à considérer que femmes et petites filles n’ont aucune latitude et qu’elles ne seraient donc pas redevables de leur choix, ce qui reviendrait d’ailleurs in fine à mettre dans le même sac victimes et bourreaux.

A cet égard, j’ai envie de vous parler d’une des choses que j’ai retenues de l’intervention d’Hélène Romano, docteure en psychopathologie, psychologue clinicienne et psychothérapeute au colloque de l’Association mémoire traumatique et victimologie en novembre à propos des violences commises contre les enfants et les bébés, et qui m’a paru essentielle. En tant que féministe, en tant qu’aidante, en tant que personne qui veut remettre à l’endroit, nous devons avoir une vigilance et une remise en cause de nos pratiques de tous les instants, pour essayer d’être toujours (ou aussi souvent que nous y parvenons), au plus juste : ainsi, lorsqu’un enfant, disait-elle, exprime que ça ne va pas, s’il s’estime n’être rien et ne rien faire de bien, alors qu’à l’évidence la personne en face ne pense pas cela, il ne suffit pas de lui dire : « ça va aller », l’effet risque d’être sidérant : il s’évertue à vous dire que ça ne va pas et vous voudriez lui dire ça va aller sans rien changer, d’autant plus qu’il vit ou a vécu des choses intolérables. Mais il ne suffit pas non plus seulement de dire : « mais non, tu n’es pas rien ou nul ». Car le ressenti qu’il ou elle exprime est bien tel, et il ne peut que ne pas comprendre pourquoi on lui dit le contraire. En revanche, l’aidant professionnel peut alors essayer de demander à l’enfant d’expliquer pourquoi il ressent cela, de creuser l’origine du ressenti, c’est-à-dire vraiment écouter la personne qui est en face de lui à ce moment là.

Pour moi, il y a dans cette simple démarche, de quelques professionnels engagés au quotidien et sur le terrain aux côtés des victimes, même si parfois elles n’ont pas le « discours féministe » le plus orthodoxe, toutes les raisons de l’espoir, toutes les graines de la force pour lutter contre l’obscurantisme et la morosité. Elles et ils (etPatagonie2013 je pourrais prendre d’autres exemples dans plein d’autres organisations, au sein du féminisme ou ailleurs)  sont les justes d’aujourd’hui, et font la même chose que celles et ceux qui pendant les guerres ont risqué leur vie, la risquent encore ou risquent bien-être ou carrière pour sauver un enfant, une femme, un être humain. Leur action vaut tous les discours et est un guide, en espérant que les graines de justice qu’elles plantent puissent, à un moment donné, grandir et se développer, servir de référence pour redonner au monde sa cohérence. Il faut aussi qu’elles et ils se protègent, trouvent des moments de répit, et reçoivent reconnaissance et soutien. En 2014, je ne sais pas à quelle fréquence je vais écrire sur ce blog, mais je sais que j’aurai envie de parler des personnes qui oeuvrent dans tant de domaines (violences faites aux femmes et aux enfants, aide aux personnes en difficulté et âgées, …), parce que ce sont elles qui nous permettent, au quotidien, de lutter contre la morosité, et de porter l’espoir.Sandrine GOLDSCHMIDT

PS : Pour finir, je mets en lien les voeux d’Ariane Mnouchkine, qui nous offre l’espoir d’ouvrir un grand chantier, de lutte contre la morosité..

Merci à L. pour la photo des nuages

Mon choix, mon désir, ma liberté, vous dis-je !

Aujourd’hui je publie un texte de Claudie Lesselier sur la question du choix et de la marchandisation des êtres humains, des femmes.

 Compassion, subversion, consommation… et libre choix : de quelques récents télescopages

Compassion : mères, épouses ou infirmières, une tradition qui a défini longtemps leur rôles et leurs vertus. Aides à domicile et femmes de ménages s’inscrivent dans le « travail du care », les prostituées sont « sexothérapeutes » et les mères porteuses, dans la « GPA éthique » offrent leur grossesses et leur accouchement…

Mais cet argument tout de même c’est pas très branché et moderne. Alors voilà l’argument de la « subversion ». Des femmes sont enceintes, portent un enfant, accouchent, mais cèdent l’enfant… subvertissant ainsi les stéréotypes sur la mère et la maternité (C.Mecary, Prochoix n°59, p.51). Subversives, cela fut dit aussi des prostituées (thème très à la mode dans les années post 68, cf Recherches, n°26, mars 1977 « Folles femmes de leur corps »), alors que le système prostituteur est totalement inséré dans l’organisation patriarcale de la sexualité.

Et puis il y a bien sûr le « choix » ! Ah le choix ! Un conflit social actuel attire l’attention à nouveau sur ce sujet. Les syndicats du commerce luttent, au nom de l’intérêt collectif des travailleurs-ses, contre l’ouverture des magasins la nuit et le dimanche. Des salarié-e-s (quelle proportion exactement, je ne sais, mais en tout cas la presse répercute largement leur voix) protestent contre ces fermetures et veulent défendre « leur droit », « leur choix » de travailler la nuit et le dimanche… Certes le salaires de ces heures là est un peu plus élevé… Mais l’enjeu n’est il pas d’exiger l’augmentation des salaires pour les heures habituelles de travail ?

Et il y a bien sur les « consommateurs »…. Besoin irrépressible de pousser un caddie dans un supermarché le dimanche, ou, argument plus « populaire » ces pauvres gens travaillent toute la journée et donc ne peuvent faire leurs courses que le soir ou le dimanche…

Et un dernier exemple du choc de l’intérêt collectif et du prétendu choix individuel : pour lutter contre la construction des femmes et des petites filles comme des objets et l’hypersexualisation des petites filles, sont interdits les concours des « mini miss ». Des gamines et leurs mères protestent…

Mon choix, mon désir, ma liberté, vous dis-je !

Claudie Lesselier, 2/10/13

Note de la bloggeuse : ce texte me fait penser à cette alerte sur un titre d’article du Monde sur sondage travail le dimanche. Une femme qui dit : Oui. Je veux pouvoir acheter mon rouge à lèvres le dimanche. Pour moi, ça résume tout…

RMC et prostitution : l’imposture dévoilée !

Il y a un an, j’écrivais ceci : https://sandrine70.wordpress.com/2012/09/03/abolition-de-la-prostitution-limposture-mediatique/.

Capture d’écran 2013-09-19 à 18.12.24Aujourd’hui, alors que deux députées ont déposé un rapport sur une proposition de loi à inscrire au calendrier législatif, qui propose une très timide pénalisation du client (au regard des violences subies par les personnes prostituées du fait que ces hommes paient pour disposer d’êtres humainEs), une grande chaîne de radio nationale lance une pétition contre cette pénalisation.

Affirmant que Brigitte Lahaie, animatrice, s’oppose à la pétition, ils invitent à la signer en ajoutant « nous nous opposons à cette proposition de loi ». Qui sont-ils pour le faire ? Des spécialistes de la question ? Des militantEs qui ont travaillé des années au plus proche de la réalité de la prostitution ? Non, simplement des hommes et quelques femmes instrumentalisées pour défendre ce scandaleux « droit de l’homme ».

Le droit de quoi ? Avoir des fantasmes, comme le disait il y a quelques jours une militante pro-prostitution? Non, il ne s’agit pas de cela. Ce droit qu’ils ont, c’est celui de détruire des femmes par une violence sans nom.

Alors tous les jours, à nous, féministes, on nous reproche notre « partialité » lorsque nous dénonçons les violences masculines. On nous censure lorsque nous voulons exprimer notre libre opinion. Les tribunes des abolitionnistes sont régulièrement rejetées de journaux comme Le Monde, même signées par 55 associations…On nous reproche de vouloir censurer les « artistes » lorsque ceux-ci lancent de véritables appels au viol, ou, sous couvert de « ne surtout pas avoir de message », se font le jeu des pro-prostitution (#Ozon).

Et là, une grande chaîne de radio nationale se fait le porte-voix d’une pétition contre la pénalisation des clients ?

Enfin, la partialité des médias éclate donc au grand jour. L’imposture est dévoilée. Alors merci, RMC, au moins maintenant les choses sont claires !

PS : ah oui, et j’aime bien le (e) entre parenthèse, pour faire croire qu’il y a aussi des clientes…

Sacrées sorcières du patriarcat !

sacréessorcièresHier, nous décidions ma fille et moi de lire ensemble un livre de Roald Dahl qu’elle connaît déjà par coeur : « sacrée sorcières ».

Je commençais donc ma lecture à haute voix, pensant à un moment de détente sans trop de politique, m’imaginant, sous les effets trompeurs de quelques années de féminisme intensif, que les sorcières étaient des êtres ô combien sympathiques, exemples pour noues de femmes affirmant leur indépendance et de prendre en main leur destin.

Les sorcières en effet, que l’histoire avaient punies de leur velleité d’agir en être humains, à une époque obscurantiste, avaient cédé la place à l’image de ce qu’elles étaient ; des femmes punies pour avoir voulu vivre leur vie. Et voilà que je tombais face à face avec cette forme d’obscurantisme patriarcal déguisé en littérature que je m’emploie régulièrement à décortiquer. Un vrai monde à l’envers, en quelques paragraphes pour semer chez les enfants la peur des femmes et dissimuler aux petites filles les vrais dangers qu’elles courent et courront femmes : les violences masculines.

1/ Installer la peur

Et du coup, ma lecture devait s’arrêter presque à chaque phrase pour remettre le monde à l’endroit. Je vais faire pareil ici, en deux temps. D’abord, le texte tel qu’il est écrit par l’homme écrivain.

Cela commence de cette façon : pour dire que les contes de fées qui présentent les sorcières avec des robes noires et chapeaux pointus se trompent. « Nous allons parler des vraies sorcières, qui vivent encore de nos jours ». C’est le préambule. Attention la vérité arrive : »les vraies sorcières s’habillent normalement, et ressemblent à la plupart des femmes. Elles vivent dans des maisons, qui n’ont rien d’extraordinaire, et exercent des métiers tout à fait courants ».

Vous auriez donc pu trouver rigolotes et exotiques les sorcières et ne pas en avoir peur, parce que jamais on n’en voit, mais non, il vous faut avoir peur.

Dès le 4e paragraphe, le ton est donné, et commence à apparaître le monde à l’envers, le contraire de la réalité.

« une vraie sorcière déteste les enfants d’une haine cuisante, brûlante et bouilonnante, qu’il est impossible d’imaginer. Elle passe sont temps à comploter contre les enfants qui se trouvent sur son chemin. Etc. »

L’auteur dit alors le processus de prédation de la sorcière : « Mais la victime est souvent choisie avec soin. Voilà pourquoi une sorcière traque un enfant comme un chasseur traque un petit oiseau dans la forêt. (…)Mais une sorcière n’est jamais jetée en prison. N’oubliez pas qu’elle a la magie au bout des doigts, et le diable dans la tête ».

La terreur est donc instalée, on a dit qu’on ne pouvait pas identifier la sorcière facilement, qu’elle nourrissait haine et volonté de destruction envers les enfants. Maintenant, il faut passer à l’expression pure du patriarcat :

« Une sorcière, c’est toujours une femme.

Je ne veux pas dire du mal des femmes. La plupart sont adorables. Mais le fait est que les sorcières sont toujours des femmes et jamais des hommes ».

Voila qui est clair : le danger, ce sont les femmes. Pas toutes les femmes, bien sûr (sinon ce serait misogyne, or c’est bien connu, les hommes ne sont pas misogynes). Mais par un magnifique tout de passe passe, l’écrivain dit bien aux petits garçons « c’est de toutes les femmes qu’il faut avoir peur ». Et d’insister, quelques lignes plus loin, dessin à l’appui : « si un tigre pouvait se transformer en gros chien qui remue la queue, vous iriez sûrement lui caresser le museau et…vous seriez le festin du tigre ! C’est pareil avec les sorcières, parce qu’elles ressemblent toutes à des femmes gentilles ». (…) maintenant, vous savez que votre voisine de palier peut être une sorcière. (suivent plein d’autres exemples).

 

2/ Cacher la vérité par le retournement de la culpabilité : c’est le monde à l’envers (discours de l’agresseur, culture du viol). Donc, en 4 pages, toute la haine des femmes est distillée aux petits garçons.

Mais il y a pire. Parce qu’il y a là un parfait retournement.

Si vous reprenez les phrases citées ci-dessus et remplacez le mot « vraie sorcière » par agresseur, femme par homme et enfant par victime ou opprimée alors vous dîtes cette fois la « vraie vérité ». Si vous remplacez le petit garçon cible du livre par la petite fille, alors vous obtenez ce qui pourrait être une mise en garde aux petites filles qui un jour seront des femmes terrorisées sur les vrais dangers qu’elles courent. Mais qui ne sera jamais dit.

En voici la démonstration :

« Les agresseurs détestent les enfants (ou les femmes) d’une haine cuisante, brûlante et bouillonnante, qu’il est impossible d’imaginer. »

« Un agresseur, c’est toujours un homme ». On n’est pas loin de la vérité : envers les enfants, c’est majoritairement des hommes, les violeurs sont toujours des hommes (ultra-majoritairement), les prostitueurs aussi.

« Un agresseur déteste les enfants d’une haine cuisante, brûlante et bouilonnante, qu’il est impossible d’imaginer. Il passe son temps à comploter contre les enfants qui se trouvent sur son chemin. Etc. »

Oui, comme le dit Muriel Salmona dans le livre noir des violences sexuelles, on n’imagine jamais que les hommes agresseurs veulent détruire : « un autre point aveugle, « est l’absence de reconnaissance de l’intentionnalité de l’agresseur. Sa volonté de nuire, de détruire, de faire souffrir le plus possible, d’opprimer, de réduire sa victime à une chose, de la déshumaniser pour son intérêt et son plaisir, et même, comble de la cruauté, d’en jouir, est escamotée ».

« Mais la victime est souvent choisie avec soin. Voilà pourquoi un agresseur traque sa victime comme un chasseur traque un petit oiseau dans la forêt. (…). C’est exactement le processus de prédation du dominant qui est décrit ici. L’agresseur est bien un prédateur qui choisit ses victimes.

« Mais un agresseur n’est jamais jeté en prison. N’oubliez pas qu’il a la magie au bout des doigts, et le diable dans la tête ».

Il a la magie au bout des doigts, c’est très clairement : « c’est lui qui a le pouvoir ».  Et « il a le diable dans la tête » c’est : il a perdu tout sens de l’empathie au point d’agir de façon inhumaine (caractéristique de l’agresseur décrite par M.Salmona)

« Il n’est jamais jeté en prison », est-il besoin ici de rappeler que moins de 1,5% des viols donnent lieu à condamnations, et moins de 10% des agresseurs poursuivis ?

« Je ne veux pas dire du mal des hommes. La plupart sont adorables. Mais le fait est que les agresseurs sont toujours des hommes et jamais des femmes ». Comme dit plus haut, on n’est pas loin de la vérité (en particulier pour les viols)

« si un tigre pouvait se transformer en gros chien qui remue la queue, vous iriez sûrement lui caresser le museau et…vous seriez le festin du tigre ! C’est pareil avec les agresseurs, parce qu’ils ressemblent tous à des hommes gentils ». (…) maintenant, vous savez que votre voisin de palier peut être un agresseur. (suivent plein d’autres exemples).

Voilà exactement une mise en garde raisonnable. Oui les agresseurs ressemblent à des hommes gentils et sont des hommes normaux. Oui ils peuvent être le voisin de palier ou même le conjoint, le père ou le frère. Oui les enfants et les femmes sont le festin de ces tigres ignorés et impunis. Seulement ça, on ne le dit jamais aux petites filles et aux femmes. A la place, on dit lorsqu’il y a assassinat de femme « c’était une querelle familiale ou un drame passionnel », les voisins s’étonnent « il était si gentil »… Quand il y a viol, on dit c’est elle qui l’a cherché…

Voici donc l’exemple le plus parfait le plus pur et à peine voilé du retournement opéré par le patriarcat.
La semaine dernière, à la librairie Violette and Co, nous parlions de cela avec Muriel Salmona et les AmiEs de Femmes en résistance : il est nécessaire et vital de décortiquer à la fois le discours des agresseurs qui repose vis-à-vis de la victime sur le retournement de culpabilité et le mensonge éhonté, il est nécessaire aussi de décortiquer la culture du viol, la culture patriarcale, qui prend les enfants au berceau de la lecture pour bien leur faire peur et leur décrire un monde à l’envers.

Il est vital pour nous de le dénoncer et de le remettre à l’endroit. Pas de justice, Pas de paix !

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

 

 

 

#Cantat COMMUNIQUE DE PRESSE de Maître Yaël Mellul

La nouvelle intervenue en plein été a eu peu d’écho. Maitre Yael Mellul, avocate, a sollicité pour un client la communication de la totalité de l’enquête préliminaire diligentée en suite du suicide de Kristina Rady et le rapport d’autopsie et un entretien au parquet de Bordeaux. Elle estime qu’au moment du suicide de l’ex-femme de Bertrand Cantat, l’enquête n’a pas été menée avec suffisamment de sérieux. L’assassin de Marie Trintignant était en effet sur place ce jour-là, et alors en liberté conditionnelle. En outre, de nombreux éléments portent à croire depuis qu’il était violent avec Kristina Rady. L’avocate demande donc à la ministre de la justice Christine Taubira un entretien.

1/ En ma qualité de conseil de Monsieur François SAUBADU, j’ai sollicité un entretien à Madame le Ministre de la Justice afin de lui signaler ce qu’il me semble être un dysfonctionnement des services du Parquet de Bordeaux au moment du suicide de Kristina RADY, l’ex-femme de Bertrand CANTAT.

Par courrier en date du 19 août dernier, nous avons sollicité du Parquet de Bordeaux la communication de la totalité de l’enquête préliminaire diligentée en suite du suicide, et le rapport d’autopsie, documents qui n’ont jamais été portés à la connaissance d’aucun membre de la famille, ou proche.

Le 10 janvier 2010, Kristina Rady, 41 ans, se suicide à Bordeaux, seul Bertrand Cantat est présent. Dès le lendemain, le 11 janvier 2010, un magistrat du Parquet de Bordeaux entérine la thèse du suicide. A la question posée par un journaliste « Bertrand Cantat a été auditionné hier, n’est-ce-pas ? « , le magistrat répondra : « Exactement. Comme d’autres proches de son ex-femme. Ni plus, ni moins. Il a fourni les éléments qu’il devait fournir ». Il est fondamental de rappeler qu’au moment où Bertrand Cantat est auditionné, il est toujours en liberté conditionnelle, susceptible d’être incarcéré au moindre faux pas. Alors même que Bertrand Cantat a été condamné le 29 mars 2004 à Vilnius, pour un « meurtre commis en cas d’intention indirecte indéterminée », pour avoir infligé au total dix-neuf blessures à Marie Trintignant, sept résultant de coups à la tête ayant entraîné l’irréversible coma, il sera auditionné ni plus, ni moins Il aura donc fallu 24 heures au Parquet pour exclure toute autre hypothèse que le suicide, et ce alors même que Bertrand Cantat est encore sous contrôle judiciaire pour avoir tué une femme de ses poings, et qu’à la lumière de toutes les révélations qui ont été faites depuis ce drame, tout porte à croire que Kristina Rady a été victime de violences tant psychologiques que physiques, thèse, qu’une simple enquête de voisinage aurait permis de confirmer.

De plus fort, dès le 24 juillet 2010, les parents de Kristina Rady évoquent pour la première fois le message laissé par leur fille (juillet 2009), six mois avant son suicide, et la terreur psychologique que Bertrand Cantat exerçait sur leur fille. En novembre 2012, le père de Kristina Rady évoquera un fait précis :  » Bertrand avait fait tomber Cini (surnom de Kristina) en la poussant contre une fenêtre ». En juin 2013, les parents de Kristina affirmeront cette fois que leur fille leur avait avoué que Bertrand l’avait giflée à l’époque où elle était tombée enceinte de sa fille Alice. Au même moment, le contenu du message laissé par Kristina Rady, six mois avant son suicide, est diffusé en intégralité : (Extrait du livre du Stéphane Bouchet et Frédéric Vézard « L’amour à mort ») « Hier, j’ai failli y laisser une dent » « A plusieurs reprises déjà, j’ai échappé au pire » « Bertrand est fou » « J’espère qu’on va pouvoir s’en sortir et que vous pourrez encore entendre ma voix. Sinon, vous aurez au moins une preuve que … des preuves, il y en a. Les gens dans la rue et nos amis ont vu, hier, quand Bertrand a tout cassé » « Mais comment s’en sortir saine et sauve? »

Force est donc de constater une passivité des services du Parquet pour le moins surprenante, eu égard aux mesures de contrôle judiciaire auxquelles était encore soumis Bertrand Cantat, et au vu des éléments nouveaux qui ont pu être révélés par la suite, éléments qui ne peuvent que confirmer un réel dysfonctionnement. Il nous semble également fondamental de s’interroger sur le rôle joué par Monsieur LAFLAQUIERE, Vice-Président du Tribunal de Grande Instance de Toulouse, en charge de l’application des peines, qui avait décidé en 2007 de la liberté conditionnelle de Bertrand Cantat, aux termes d’une longue décision qui décrit Bertrand Cantat comme une victime de son amour passionnel pour Marie. C’est une décision qui a été prise alors même que Monsieur LAFLAQUIERE ne s’est jamais fait remettre aucun élément du dossier pénal. Monsieur LAFLAQUIERE qui, dans son ouvrage, « Longues peines = le pari de la réinsertion » n’hésitait pas à écrire que « depuis sa sortie, comme tout au long de son incarcération, Bertrand Cantat a affiché une discrétion et une décence dont pourraient utilement s’inspirer certains condamnés, vrais assassins pour le coup ». Monsieur LAFLAQUIERE qui n’hésite pas non plus à comprendre, même, que « sous l’effet de la douleur, les parents de leur fille disparue aillent jusqu’à qualifier d’assassin un homme qui a porté la mort sans l’avoir voulu ».

Donc, selon Monsieur LAFLAQUIERE, Bertrand Cantat aurait porté la mort sans l’avoir voulu. Pour conclure, en évoquant le suicide de Kristina RADY, Monsieur LAFLAQUIERE écrit « Après l’exposition infamante de leur père en place médiatique, A et M ont perdu leur mère dans des circonstances d’une violence inouïe. Eux aussi. La barque sur laquelle ils naviguent est déjà lourde, très lourde. Est-il besoin de la charger un peu plus, au risque de la faire sombrer ? ». Une nouvelle mise en examen de Bertrand Cantat au moment du suicide de Kristina Rady aurait clairement décrédibilisé, voire discrédité la décision du Juge d’application des peines qui, n’aurait pas pris la mesure de la dangerosité de Bertrand Cantat qu’il jugeait comme un prisonnier exemplaire, et un faux assassin. Le Juge d’Application des Peines a-t-il joué un rôle au moment de l’enquête express concernant le suicide, justement, « pour ne pas charger un peu plus » ? A-t-il eu connaissance du rapport d’autopsie ? Autant de questions, qui à ce jour, sont sans réponse.

2/ En outre, mon client et moi-même avons sollicité, un entretien au Parquet de Bordeaux, afin que mon client puisse relater la relation qu’il a eue avec Kristina Rady, ainsi que les évènements qui ont précédé son suicide. A cette occasion, Monsieur François Saubadu remettra des documents, notamment l’enregistrement du message laissé par Kristina Rady qu’il détient, ainsi que des courriers rédigés à son intention par la mère de Kristina RADY, et évoquera les témoins qu’il conviendrait d’entendre dans le cadre de la manifestation de la vérité.

Et pour finir, Bertrand Cantat a indiqué par l’intermédiaire de son avocat que la démarche de François Saubadu n’était qu’une opération de communication… Mais qui s’inscrit dans une opération de communication? Universal qui annonce la sortie prochaine de l’album de Bertrand Cantat.