Grandir : un spectacle à soutenir

Dès 2010, je vous parlais ici de La nébuleuse du crabe, compagnie dont fait partie Rebecca Bonnet, une amie artiste, comédienne et féministe, qui inteprétait « récits de femmes et autres histoires », avant ensuite d’interpréter le « monologue de Médée » sur la scène de Femmes en résistance (l’extrait est à la salle Olympe de Gouges) :

Aujourd’hui, Rebecca Bonnet écrit un spectacle, intitulé « grandir ». C’est sa première écriture, sa première création, qu’elle interprétera très bientôt. Pour aider à boucler le budget, elle lance un appel à soutien ici. 

En donnant, ne serait-ce que 10 ou 20 euros, ou plus (que vous pouvez défiscaliser), vous lui apporterez un grand soutien. Il reste 45 jours pour réunir en tout 2700 euros (tout sur l’utilisation de l’argent donné est expliqué sur le site).

Sa pièce, « GRANDIR », est pour tout public à partir de 7 ans :

Jeanne a sept ans. Enfin huit puisqu’aujourd’hui c’est son anniversaire. Petite fille insouciante sa vie coule en douceur. Un jour, au détour d’un écran allumé sur le monde, elle va en découvrir la part sombre, celle faite de guerres et de violence.

Et quand l’enfance rencontre la peur, la première s’en sort comme elle peut. Jeanne va chercher à se protéger de ce qu’elle découvre et ne comprend pas.

Être grande ? Un danger à éviter à tout prix. Alors elle va prendre la plus importante décision de sa courte vie de 2 520 jours : arrêter de grandir.

Mais les saisons défilent, et les inconvénients de cette décision radicale ne tardent pas se faire à sentir, l

e fossé se creuse et la solitude après avoir été supportable devient étouffante.

Alors ? Se risquer au monde. Grandir de nouveau. Accepter le mouvement de la vie. Que si les arcs en ciel sont si beaux c’est parce qu’ils sont faits de soleil, oui, mais aussi de pluie. Et que sans cette dernière leur beauté nous est invisible.

Rebecca explique la genèse de la pièce ici :

« J’ai commencé a écrire cette histoire, il y a deux ans. En Tunisie commençait la révolu- tion du Jasmin suivie de toutes les révoltes du monde arabe. elle m’a été inspirée par un conte de Paul Eluard. j’ai donc décidé de mêler sa poésie à l’histoire ».

Des représentations sont d’ores et déjà prévues, et j’ai hâte d’y être, pour vous reparler plus longuement de la pièce elle-même !

Les 10 et 13 mai 2013 à Poitiers

Les 6 ,7, 8, 11 et 12 juin 2013 à Viry-Châtillon

Pour celles et ceux qui pourront participer à la collecte, toutes les explications sur l’utilisation de l’argent sont données sur le site cité ci-dessus.

 

Femmes en résistance se prolonge à La Parole errante !

Le festival féministe de documentaires Femmes en résistance, qui fêtait son 10e anniversaire ce week-end, c’est terminé…mais pas tout à fait.
Les 10 ans vont se prolonger lors du festival « Elles résistent » aux violences masculines faites aux femmes qui vont se dérouler du 8 au 15 octobre à La Parole errante à Montreuil : http://ellesresistent.tk/

Avec en premier lieu une projection le mardi 9 à partir de 21 heures organisée par Femmes en résistance, de 3 films fondamentaux de la lutte contre les violences faites aux femmes : la leçon de cinéma de Carole Roussopoulos lors du festival de Créteil, qui sera l’occasion de saluer l’immense apport de la vidéaste à cette lutte : sa façon de filmer, de donner la parole aux sans voix, d’être souvent la seule à aborder certains sujets, sont essentielles.

Nous projetterons ensuite son court métrage « La conspiration des oreilles bouchées », réalisé pour le Collectif féministe contre le viol et qui traite du viol par inceste et de la nécessité de briser le silence autour de ce crime contre l’humanité. A relire à ce propos la préface de Sandrine Apers au livre de Melody Moore « la force d’avancer » ici : https://sandrine70.wordpress.com/2011/10/10/le-silence-detruit-il-est-politique/

Enfin, nous rediffuserons « Pas à vendre », de Marie Vermerein, qui était passé au festival en 2010, film essentiel pour comprendre la nécessité de faire voter l’an prochain une loi en faveur de l’abolition de la prostitution, pour les personnes prostituées, contre les prostitueurs.

La séance sera présentée par Hélène Fleckinger, Nadja Ringart et moi-même. Muriel Salmona, Présidente de l’association mémoire traumatique et victimologie, sera notre invitée.

La soirée sera également l’occasion du lancement d’un projet participatif qui s’annonce passionnant, intitulé « Histoire, mémoire et bobines féministes », initié par l’Association Carole Roussopoulos, Cinecast et la Bibliothèque nationale de France. Grâce à un outil informatique novateur, vous serez invité-e-s à venir annoter, commenter des films des manifestations des années 1970. Vous pourrez l’expérimenter à Montreuil à partir du 9 octobre. Un projet destiné à conserver la mémoire et à écrire l’histoire de nos luttes, en faisant participer toutes les femmes qui se reconnaîtront ou en reconnaîtront d’autres, et permettront de recuillir des témoignages.

Enfin, l’association Carole Roussopoulos et Femmes en résistance proposeront toute la semaine des films videos à la demande.

Le festival s’annonce par ailleurs extraordinairement riche en créations, des plasticiennes aux comédiennes et créations théatrals, en passant par les videos et la musique, je vous invite à consulter le programme complet !

Gouttes de poésie

Pour vous parler de l’émotion de Gouttes dans l’océan, de Fassbinder, vu en bande féministe au théatre de verre, pour vous parler de notre lumineuse représentante qui y jouait le rôle d’Anna, j’ai nommé Typhaine Duch, magnifique…alors plutôt que de disserter, et parce qu’il est tard, voici un diaporama de gouttes de pluie sur des feuilles à Rueil, de gouttes dans l’océan et de gouttes de poésie. Bravo à tous les acteurs et actrices et au metteur en scène. Très très beau moment.

 

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Gouttes dans l’océan, de Fassbinder, à partir de jeudi !

Voilà, j’arrive trop tard pour que vous puissiez avoir des places pour les représentations de jeudi et vendredi, qui sont complètes.
Est-ce l’effet des féministes qui vont soutenir l’une des leurs,  Typhaine Duch ?
En tout cas, nous y serons, nous femmes en résistance, jeudi ou vendredi ou samedi.
Car il reste des places pour samedi et pour le dimanche 22 avril, pour en savoir plus, voici toutes les infos ci-dessous ! Et puis quand je l’aurais vu, je vous parlera de la pièce, il paraît qu’elle est féministe…et puis c’est Fassbinder, qui a fait « les larmes amères de Petra Von Kant », alors… et le metteur en scène a vu L’imposture d’Eve Lamont…donc…

cela mérite ce petit coup de pub !

Gouttes dans l’océan

     Mise en scène
Sylvain Martin
Leopold, trente-cinq ans, a ramené chez lui Franz, vingt ans, dans le but de coucher avec lui. Franz est fiancé à Anna. Leopold, après avoir vécu avec Vera pendant sept ans, a découvert que la seule chose qui lui procurait du plaisir était le sexe, particulièrement avec les garçons. Franz s’ennuie avec Anna, mais il croit toutefois être heureux. A vrai dire, cette question ne le trouble pas trop. Car qu’est-ce que le bonheur ? Et en a-t-on vraiment besoin pour vivre ? Fassbinder nous offre ici une expérience à la fois de la comédie (de l’amour) et de la tragédie (de la mort). Rien de tout cela n’est grave semble-t-il vouloir nous dire. Peut-être, dans cette vie, ne peut-on saisir que quelques instants de bonheur ? Peut-être, le vrai bonheur ne se vit-il qu’en rêve ? Voilà le questionnement que nous tentons ici de poser.

4 personnages.
Durée : 1h45.

au Théâtre de Verre (17 rue de la Chapelle 18ème, métro Marx Dormois) / code du portail d’entrée : A2546
les 12 et 13 avril à 20h ; et 14 avril à 18h00
Réservations : theastrecontact@gmail.com
Tarif : 10€ non-adhérantEs, 7€ adhérantEs – possibilité d’1 exo pour 5 plein tarifs (si vous comptez venir à plusieurs)
et à l’Art Studio Théâtre (120 bis rue Haxo 19ème, métro Télégraphe), à l’occasion Festival Un Printemps de la Création
le 22 avril à 17h (attention : jour du premier tour des élections présidentielles !)
Réservations : theastrecontact@gmail.com
Tarif : 12€ plein tarif, 10€ pour les chômeuses-rs, moins de 25 – possibilité d’1 exo pour 5 plein tarifs (si vous comptez venir à plusieurs)

Merci aux petites filles au bout du chemin

Semaine compliquée qui se termine…avec quelques lumières -des étoiles- qui se sont allumées dans le ciel. Au théatre de mes ancêtres, mais aussi sur la scène de vrais théatres, vendredi soir, avec « la grande Anne », Anne Sylvestre, à Ivry-sur-seine, ville qui est un peu ce « bout du chemin »…

Et hier soir, à l’Odéon, avec Lola Lafon et sa « petite fille au bout du chemin ». Une petite salle, très classique, pleine, deux musiciens, et Lola, pour une lecture-chansons dans le prolongement de toute son euvre et de son dernier roman « Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce ». C’est difficile d’en parler bien, mais juste : tout ce qu’elle dit, ce qu’elle fait, comment elle le dit, me touche – et a touché toute la salle-, avec une immense justesse et émotion. Qu’elle parle (de) Marylin, Voltairine de Clayre, Joyce Carol Oates ou de sa petite fille au bout du chemin…c’est de nous qu’elle parle.

C’est une expression artistique, esthétique et politique à la fois, qui nous parle. C’est de nous qu’elle parle, toutes les femmes, et c’est universel.

Enfin, quand elle, avec ses longs cheveux blonds, et sa frange, entonne « la solitude », c’est une longue dame brune qui revit en nous, Lola qui chante Barbara et toutes nos étoiles se rejoignent. Comme une évidence…

S.G

« Auschwitz et après », d’après « une connaissance inutile » de Charlotte Delbo

Le spectacle se termine par ce texte (voir ci-dessous) : « prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants ». Quelques phrases, une intensité boulversante, une émotion devant « ce point noir sur la carte c’est Auschwitz. on sait cela et pour le reste on croit savoir », comme a écrit Charlotte Delbo.

Les vivants ont cru savoir, les survivants ont cru qu’ils pourraient dire. Mais il est rare qu’on ait voulu les entendre, qu’on ait pu les écouter. Les textes de quelques uns, Primo Levi en tête, ont permis tout de même que leur mémoire nous parvienne. Ceux de Charlotte Delbo, résistante française, déportée en 1943 à Auschwitz, puis transférée à Ravensbrück, jusqu’à la libération du camp par la Croix Rouge en en sont aussi. Bouleversants, concrets, sensoriels, parfois poétiques, ils ont été mis en scène par Laure Compain-Tregouët dans la pièce « Auschwitz et après », tirée du livre de Charlotte Delbo, « une connaissance inutile ».

Joués par trois comédiennes qui sont des portes voix des mots de l’auteure, ils nous disent comment elle a vécu en enfer, comment elle a survécu, comment son  amour des textes et du théatre -elle se récitait le misanthrope en entier pendant l’appel- l’ont accompagnée au camp.

Un spectacle fort, presque trop court, (1h05), joué jusqu’au 14 mai les mardi et dimanche au théatre de Nesles à Paris.

Prière aux vivants pour leur pardonner d’être vivants
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d’être habillé de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.
Je reviens
d’au-delà de la connaissance
il faut maintenant désapprendre
je vois bien qu’autrement
je ne pourrais plus vivre.
Et puis
mieux vaut ne pas y croire
à ces histoires
de revenants
plus jamais vous ne dormirez
si jamais vous les croyez
ces spectres revenants
ces revenants
qui reviennent
sans pouvoir même
expliquer comment.
Charlotte DELBO

Les lois de la gravité

Comment parler des « Lois de la gravité » sans vous raconter l’histoire ? Allez, j’en dis le strict minimum, ce qu’on apprend dans les 5 premières minutes. Il est 21 heures au commissariat, le lieutenant attend minuit pour être en repos…arrive une femme, valise à la main, qui vient se dénoncer : elle a tué son mari, il y a des années. C’était un mari violent, et spécialiste des tentatives de suicide, elle n’a eu qu’à le pousser légèrement pour qu’il tombe, debout sur le congélateur près de la fenêtre.

La pièce se passe donc dans ce commissariat où le lieutenant doit prendre la plainte, mais ne veut vraiment pas l’arrêter. Parce qu’outre le fait qu’il espérait être tranquille, il a du mal à trouver que cette femme qu’il a devant lui est bien coupable, et ne comprend pas qu’elle veuille à tout prix se dénoncer, risquant de son plein gré 20 ans de réclusion. Peu à peu, la situation révèle le mal-être du policier et met en lumière celui de cette société qui crée tant de culpabilité, en particulier chez les femmes, et chez les femmes victimes de violence. Mais le sujet de la pièce, ce n’est pas directement la violence à l’encontre des femmes, qui finalement n’est qu’une toile de fond. Cette femme qui doit devenir l’accusée d’un meurtre et celle qui va être condamnée, semble au policier bien innocente, lui qui s’est souvent arrangé avec sa conscience, sa propre culpabilité, et qui est le premier témoin d’une société malade.

C’est lui le véritable sujet de la pièce, tout est vu par ses yeux, c’est lui dont Jean Teulé a raconté l’histoire. C’est très réussi, c’est bien écrit, joué, mis en scène…j’aurais, forcément, aimé que le personnage de la femme qui se livre à la police, se livre un peu plus justement, soit plus présent par moments…et il serait très intéressant d’avoir le même récit, écrit aussi avec le point de vue de la femme, avec un regard de genre, et pourquoi pas, un regard féministe..mais alors ce serait une autre pièce…

S.G

« Les lois de la gravité », de Jean Teulé, mise en scène Elizabeth Sender, adaptation Marc brunet, avec Marc Brunet, Christian Neupont, Hélène Vauquois.

Les vendredi et samedi à 21 heures, le dimanche à 17h

A la manufacture des Abbesses, 7, rue Véron, Paris 18ème Métro Abbesses ou Blanche.