Rien ne justifie la violence

Aujourd’hui, vous verrez sur Twitter une campagne d’action avec la diffusion d’une lettre ouverte sous le hashtag (mot-dièse) #StopVEO.
Qu’est-ce que la VEO ? La violence éducative ordinaire. La fessée, oui mais pas que et je vous renvoie pour tous les arguments de fond à mon article de ce début d’année Interdire la fessée, oui mais pas que.

StopVEO est un mouvement qui demande que les Etats prennent des mesures contre la violence éducative ordinaire, car elle fait des millions de victimes, mais aussi parce qu’elle est source  de la violence qui ensuite dévaste l’humanité, jusqu’aux plus extrêmes (qui bien sûr ont une responsabilité humaine entière dans leurs actes et que nous n’excuserons ô grand jamais). L’idée, qui vient notamment des recherches les plus sérieuses sur le sujet, est la suivante : « la première condition pour qu’un être humain ne devienne pas violent, c’est de ne pas lui enseigner la violence par l’éducation qu’il subit, de ne pas le laisser dans l’abandon affectif, de ne pas lui donner l’exemple de la violence, de ne la justifier d’aucune façon ». Si vous voulez en savoir plus, visitez le site mis en place à l’occasion de cette campagne : http://stop-veo.fr/la-violence-educative-ordinaire/

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Rien ne justifie donc la violence, quelle qu’elle soit, et nous devons favoriser une éducation bienveillante. C’est non seulement possible, mais indispensable et facile…

Voici la lettre que vous pouvez partager avec ce tweet sur les réseaux sociaux : lettre ouverte à demandant l’interdiction des VEO !

Madame la Secrétaire d’État,

À l’occasion du 26e anniversaire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant, nous vous interpellons de nouveau sur la nécessité d’adopter une loi interdisant toutes les violences envers les enfants, qu’elles soient physiques, verbales ou psychologiques, et ce quelles qu’en soient les circonstances.

Cette loi, qui serait insérée dans le code civil, par sa valeur éducative et dissuasive, constituerait un marqueur fort, signifiant qu’il est désormais interdit de frapper les enfants dans notre pays.

Vous persistez cependant à nier la nécessité d’une telle loi.

Et ce, malgré le coût faramineux des violences sur enfants pour notre société, malgré l’avis de plusieurs institutions françaises et étrangères, qui estiment que notre législation ne protège pas suffisamment les enfants des châtiments corporels et ne respecte pas certaines conventions et chartes internationales auxquelles la France a adhéré.

Pour ne citer que les rapports et décisions rendus en 2015 :

  • Dans son rapport au Comité des Droits de l’Enfant du 27 février, le Défenseur des droits recommandait d’inscrire dans la loi la prohibition des châtiments corporels [1] ;
  • Dans une décision rendue publique le 4 mars, le Conseil de l’Europe estimait que la France ne respectait pas l’article 17 de la Charte européenne des droits sociaux [2] ;
  • Le 15 avril, le Comité des ministres du Conseil de l’Europe adoptait une résolution selon laquelle la France violait la Charte sociale européenne en n’ayant pas interdit par la loi toute forme de punition corporelle des enfants [3] ;
  • Enfin, le rapport de la commission Enfance et adolescence, pour le développement complet de chaque enfant et adolescent, réalisé dans le cadre de France Stratégie et remis au Président de la République le 30 septembre, appelait explicitement au vote d’une loi, insérée dans le code civil, condamnant les châtiments corporels [4].

Madame la Secrétaire d’État, malgré votre position défavorable à une évolution législative, vous vous êtes engagée à promouvoir une éducation non-violente. Une nouvelle fois, nous souhaitons connaître les démarches que vous avez prévu de mettre en place en 2016.

À titre d’exemple, les pistes suivantes pourraient être retenues :

  • La formation obligatoire de tous les personnels travaillant avec des enfants sur les conséquences scientifiquement démontrées, et désormais indéniables, des violences sur les enfants (violences même “minimes” et aujourd’hui encore acceptées car prétendument éducatives : fessées, gifles, humiliations verbales…). Pour mémoire, les conséquences sont, à court terme, développement de l’agressivité, promotion de la violence comme solution acceptable pour résoudre les conflits et, à long terme, dépression, perte de confiance en soi, etc.
  • Un encart dans les carnets de santé des enfants, informant très clairement des conséquences des violences éducatives (cf. ci-dessus) et donnant quelques pistes pour une éducation non-violente et respectueuse des droits de l’enfant.
  • Des campagnes d’information, pour informer et répéter que la fessée n’est pas un outil éducatif contrairement aux idées reçues. Et que toute violence grave démarre par des “petites” violences.

Il vous appartient, Madame la Secrétaire d’État, de faire respecter le Droit des Enfants pleinement en légiférant et en accompagnant les parents pour qu’ils éduquent leurs enfants sans violence physique, psychologique ou humiliation.

Comme 47 pays l’ont déjà fait depuis 1979 [5] (l’Irlande étant le dernier en date [6]), interdisez les châtiments corporels et faites, enfin, du pays des Droits de l’Homme le pays des Droits de l’Enfant.

Madame la Secrétaire d’État, devenez la porte-parole des enfants, impulsez rapidement un projet de loi courageux et ambitieux contre les châtiments corporels et les violences psychologiques envers les enfants.


Interdire la fessée, oui, mais pas que !

annéeslumièresJe suis bien sûr pour l’interdiction beaucoup plus claire de tous les châtiments corporels envers les enfants. Et la condamnation de la France par le Conseil de l’Europe est en ce sens une évidence. Le respect de l’intégrité physique de l’enfant doit être un droit fondamental. Je pourrais argumenter sur la question pendant des heures, le problème, c’est que cela empêcherait d’aborder un sujet sous-jacent dont on ne parle pas : l’éducation bienveillante. Car oui, interdire les châtiments corporels c’est juste normal, mais il faut révolutionner l’éducation parentale pour la rendre bienveillante. Et là encore, on est très loin du compte.

1/ Retournement de culpabilité et menaces

En observant régulièrement les parents avec leurs enfants, je n’ai pas souvent vu un parent taper son enfant (cela se passe probablement à l’abri des regards). En revanche, combien de fois l’ai-je entendu menacer son enfant, souvent simplement parce qu’il avait ouvert la bouche ? Exemple : un enfant appelle 6 fois de suite sa mère, qui ne réagit pas. L’appel devient plus pressant. Et alors : « oh mais tu vas te taire à la fin » ? L’enfant se met alors à pleurer, de plus en plus fort. « Mais tu vas arrêter de pleurer ou je t’en colle une » ? Ca, je l’ai entendu en vrai de multiples fois. Pourquoi l’enfant pleure-t-il à ce moment là ? Parce qu’il ne peut rien comprendre : il n’a rien fait d’autre que  tenter de s’exprimer.

Admettons que le parent en reste au stade de la menace. Il n’a donc pas infligé de violence physique, et ne sera sanctionné ni contredit par personne. En revanche, la violence psychologique et ses conséquences sont là. Il a en effet énoncé un interdit : celui d’être, d’exister, de s’exprimer (vive la liberté d’expression !). Il a ensuite menacé de violences, et terrorisé l’enfant.

En effet il lui a d’abord été dit qu’il n’a que le droit que de se taire. Ne pas se taire est un acte qui a autorisé de la part de son parent la menace d’un châtiment corporel (je vous laisse à nouveau faire le parallèle avec Charlie Hebdo et la liberté d’expression). Donc même si l’enfant n’a pas été frappé, l’effet est extrêmement délétère : il est terrorisé, ne comprend rien, et va donc continuer à pleurer, hurler, ou faire quelque chose qui cette fois sera violent, ou hors-cadre, pour justifier la menace reçue.

Quand ce n’est pas le simple fait qu’un enfant se permette d’exister en s’exprimant en dehors de l’autorisation du parent qui pose problème, que se passe-t-il ? Il est fort possible que le parent n’était pas disponible pour répondre à l’enfant au moment de sa première intervention pour x ou y raison. Cela peut arriver. Mais le problème, c’est que ce qui gêne le parent à ce moment là n’a en général rien à voir avec l’enfant. Pour une raison qui vient probablement de siècles d’éducation « à l’envers », et du principe de domination (je subis quelque chose donc je le fais subir à plus faible), ce qui contrarie l’adulte se retourne contre l’enfant qui est là et s’exprime et est alors jugé comme responsable du malaise.

S’avouer faillible

Je pense que tout parent s’est déjà retrouvé dans cette « injuste posture ». Seulement au lieu de poursuivre l’injustice en sanctionnant l’enfant pour notre fatigue, notre énervement parce que notre conjoint-e, patron-ne nous a mal parlé (ou pire), parce qu’on a passé 3 heures dans le RER et qu’on est épuisé, parce qu’on a des soucis, peut-être graves, nous avons alors une autre possibilité. Nous, adultes, avons le choix.  Celui de nous dire que la personne en face de nous n’est pas notre prolongement, notre chose, notre souffre-douleur, mais est bien une personne. Nous pouvons alors, si nous avons déjà manifesté notre énervement, faire un pas de côté et revenir en arrière. Nous pouvons dire, par exemple :  « Bon là je suis fatiguée, attends que je sois plus calme, je n’arrive pas à répondre, je suis désolée de m’être énervée, etc ». Si je ne suis pas en état d’être à ce moment-là « le parent qu’il faut » alors pas la peine de prétendre autre chose et de faire porter la faute à l’enfant.

S’avouer faillible, quel soulagement ! Car en faisant cela, non seulement on fait baisser la tension, on rend de la cohérence à l’enfant, on lui permet de se sentir bien, et d’avoir une place en tant qu’individu. Et il va certainement finir par écouter et donner le temps au parent de revenir dans son rôle.  Au lieu de quoi, si on veut rester « le parent en position de maître infaillible et dominant », on n’a d’autre choix que de faire de l’enfant le déversoir de ses frustrations (ce qui est un des mécanismes de base de tous les systèmes de domination, les enfants étant tout en bas de l’échelle), de reporter sur lui toute culpabilité, et donc de s’assurer la répétition du problème.

2/ La dévalorisation systématique de l’enfant

CSUne autre caractéristique qui saute aux oreilles dès lors qu’on aborde l’éducation sur le mode bienveillant, c’est le plaisir que semblent prendre de nombreux parents à dévaloriser leurs enfants. « T’es moche », « t’es nul-le », tu n’est même pas capable de…t’es une fille, tu n’y arriveras pas.. t’as encore cassé quelque chose ? « Qu’elle est maladroite » ! Alors le Français ça va mais les maths, faut rien lui demander !  « C’est fou, tu ne peux pas boire sans en renverser » ? Tu peux pas lever ton c… de ta chaise ?

Ca vous viendrait à l’idée, dans un contexte non-violent, de dire des choses pareilles à un-e ami-e ? Vous imaginez l’effet de s’entendre dire en permanence qu’on ne vaut rien ? Pas besoin de coups là pour être dans la maltraitance…Des milliers d’enfants entendent cela tous les jours. Souvent parce que leurs parents ont entendu ces choses avant eux. Mais n’est-ce pas justement une raison de faire autrement ?

Perpétuer la domination

Il est donc évident que toute forme de violence physique doit être interdite à l’encontre des enfants, comme à l’encontre de qui que ce soit. Il n’y a pas de « violence éducative » qui tienne. On peut très bien donner des repères aux enfants, ne pas les laisser tout faire tout en les laissant s’exprimer et avoir un espace sécurisé, sans peur, et un espace où ils peuvent développer leur estime de soi. Cela demande juste un peu plus de remise en cause, un peu de bienveillance, et un petit effort. Mais cela sera d’autant plus facile que les choses seront dites et encouragée par le reste de la société.  Promouvoir la bienveillance dans l’éducation, en plus d’interdire les violences physiques et morales et de lutter vraiment contre les violences sexuelles envers les enfants et leur déni, c’est un continuum. C’est crucial, pas seulement par simple humanité, mais aussi parce que si on ne le fait pas, on pourra toujours interdire les violences faites aux femmes, en laissant se perpétuer la domination sur les enfants, jusque dans les petits mots de tous les jours, on continuera à construire un monde à l’envers…

Il y a fort à parier que le discours présenté ici mettra encore des années-lumières à être entendu, sera contesté, raillé, mais il faut commencer à le dire, si on veut qu’un jour les années d’enfance puissent être des années lumières !

Sandrine GOLDSCHMIDT

 

Sur l’interdiction de la fessée : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/03/02/la-france-condamnee-pour-ne-pas-avoir-interdit-gifles-et-fessees_4585986_3224.html

Sur les violences sexuelles sur les mineurs : http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/03/02/les-violences-sexuelles-touchent-en-majorite-les-enfants_4585599_3224.html

 

« Et tu n’es pas revenu », avec Marceline

10991282_10205801176817956_394205419842315534_nMarceline est revenue d’Auschwitz :

« Je suis l’une des 160 qui vivent encore sur les 2500 qui sont revenus. Nous étions 76.500 juifs de France partis pour Auschwitz-Birkenau. Six millions et demi sont morts dans les camps ».

Marceline est revenue. Comme pour donner raison à son père, dont la « prophétie » dite à Drancy avant le départ rythme le bouleversant livre intime et politique qu’elle vient de publier à 85 ans : « Toi tu reviendras peut-être parce que tu es jeune. Moi je ne reviendrai pas ».

Marceline Loridan-Ivens, née Rozenberg, a survécu à Auschwitz, et c’est peut-être justement grâce à cette prophétie. Ce livre est bel et bien écrit par « celle qui a survécu », portée par l’amour de ce père qui a réussi à lui écrire et faire passer une lettre dans le camp. Une lettre dont elle a oublié presque tous les mots, à part les premiers : « ma petite fille chérie » (elle a alors 16 ans, s’est fait passer pour majeure pour survivre). Quelques mots, signes d’un amour qui forme comme un bouclier, et une force qu’elle brandit à son tour en écrivant ce livre, déclaration d’amour à son père.

La description de ce qu’elle a vécu, ressenti dans les camps, est d’une pudeur exceptionnelle tout en nous touchant au plus profond de l’âme, et les larmes n’ont pas quitté mes yeux pendant toute la première partie du livre. Elle a tenu, refusant à chaque instant dans le camp de se laisser aller à une mort qui aurait été plus facile. Si elle a survécu -elle ne se glorifie évidemment jamais de cela ni de rien et bien au contraire se juge durement, c’est qu’elle a pu ne pas céder à la pulsion de mort, et conserver sa dignité à tout moment. Car ce n’est pas la mort qui est à craindre, nous dit-elle, mais bien le néant de l’amour qu’incarne le système nazi d’extermination de la vie, un néant qui dure bien après sa disparition :

« Mais ce n’est pas la mort qui t’a emporté. C’est un grand trou noir, dont j’ai vu le fond et la fumée. Il n’avait pas encore fini sa sale besogne. La guerre terminée, il semblait nous aspirer encore ».

 

Changer ce monde ? 

Mémorial de Drancy

Après la guerre, Marceline a pensé à mourir. Probablement parce que tout d’un coup, ce qui lui avait permis de survivre dans le camp n’était plus possible, avec le retour de la mémoire : « Il fallait que la mémoire se brise. sans cela je n’aurais pas pu vivre ». Aussi parce que personne ne voulait entendre les survivantEs, ni sa mère, ni la société.

Et parce que ce pays qu’aimait son père, la France, avait bien du mal à faire de lui l’un des siens (il fallut attendre 5 ans de plus pour que sa mort soit « officielle », parce qu’il n’était pas français). Il y a 20 ans encore, elle dut batailler avec le maire de sa ville, Bollène, qui ne voulait pas mettre sur le monument aux morts qu’il avait été à Auschwitz, mais le mettre aux côtés des  « morts pour la France ».

« Tu n’étais pourtant pas mort pour la France. La France t’a envoyé vers la mort. Tu t’étais trompé sur elle. 

Pour le reste, tu avais vu juste. Je suis revenue ». 

La mémoire revenue avec elle, elle a choisi de vivre, parce qu’elle a pensé pouvoir influer sur le monde.

« Je n’étais pas devenue optimiste. Je tremblais dans un hall de gare. Je refusais toute salle de bains avec douche à l’hôtel. Je ne supportais pas la vue des cheminées d’usine. On le sent toute sa vie qu’on est revenu. Mais pour vivre, je n’avais pas trouvé mieux que de croire, comme mes oncles avant moi, et jusqu’à la déraison, qu’on peut changer le monde« .

Changer le monde, en aidant la lutte des peuples colonisés, c’est ce qu’elle a tenté de faire, aux côtés de son mari Joris Ivens, communiste mais pas elle, pour créer un monde meilleur, aussi pour les juifs.

« Je pensais qu’à travers la libération des peuples, qu’ils soient algérien, vietnamien, chinois, le problème juif se règlerait de lui-même. C’était une terrible erreur, l’avenir l’a prouvé, mais j’y croyais fermement« .

L’antisémitisme est une donnée fixe

Et c’est là que le livre prend la tournure cruelle d’une chronique de notre monde actuel, et du peu d’espoir que le retour cyclique de la barbarie -celle de la pulsion de mort et de la négation de l’âme nous offre en ce moment. Ce monde d’aujourd’hui, est-il donc le même qui a emmené son père vers la mort, un monde qui s’enfonce dans l’obscurantisme ? Elle décrit en quelques mots comment cette barbarie n’a ni religion ni barrière, mais seulement des époques et des manifestations différentes.

« Aujourd’hui j’ai la gorge serrée. Je m’emporte souvent. Je ne sais pas me détacher du monde extérieur, il m’a enlevé lorsque j’avais quinze ans. C’est une mosaïque hideuse de communautés et de religions poussées à l’extrême. Et plus il s’échauffe, plus l’obscurantisme avance, plus il est question de nous, les juifs. Je sais maintenant que l’antisémitisme est une donnée fixe, qui vient par vague avec les tempêtes du monde, les monstres et les moyens de chaque époque. Les sionistes dont tu étais l’avaient prédit, il ne disparaîtra jamais, il est trop profondément ancré dans les sociétés ».

« Et tu n’es pas revenu » est donc aussi une cruelle interrogation du « fallait-il » revenir si le monde est voué à un éternel recommencement, celui de la mort, si les hommes sont dans un cycle sans fin de destruction de la vie qui leur a été donnée, et si cela signifie encore et toujours la destruction pour les juifs*.

Dans les dernières phrases de ce livre à la fois simple et essentiel, Marceline espère – et nous avec elle-  que si on lui pose la question qu’elle a posé il y a peu à Marie, sa belle-soeur :

« Maintenant que la vie se termine, tu penses qu’on a bien fait de revenir des camps« , elle ne répondra pas « je ne pense pas »  comme celle-ci, mais qu’elle « saura dire oui, ça valait le coup ».

Sandrine GOLDSCHMIDT

*Cette interrogation que Marceline Loridan-Ivens a pour les juifs, éternelles victimes, on peut certainement aussi l’avoir pour les crimes commis sur les femmes et sur les enfants, qui relèvent du même obscurantisme et du délire de mort.

 

#STOPaudéni ! dénonçons la culture du viol, aidons les victimes !

« Imaginons que vous croisiez une femme s’agrippant désespérément au bord d’un précipice. Sous elle, le vide — sans aide elle ne pourra pas remonter, elle finira par tomber et s’écraser au sol.
Que faites-vous ?
Vous l’aidez bien sûr, vous lui tendez la main pour la secourir. A aucun moment il ne vous viendrait à l’idée de passer votre chemin en la laissant se débrouiller, ou pire de lui écraser les mains d’un coup de talon pour lui faire lâcher prise.
Pourtant c’est exactement ce qui se produit pour une immense majorité de victimes de viol et d’agressions sexuelles.
Car ignorer la parole de la victime, la mettre en cause, lui demander si « elle ne l’a pas un peu cherché », si « elle est sûre que c’était un viol » ou « pourquoi elle ne s’est pas débattue », ne pas lui tendre la main pour l’écouter, l’aider, la soutenir et reconnaître la gravité de ce qu’elle a subi, c’est se conduire exactement comme si l’on refusait de tendre la main à quelqu’un qui risque de tomber dans le vide. »

A l’occasion du 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, l’association Mémoire traumatique et victimologie présidée par Muriel Salmona lance une campagne « Stop au déni«  destinée à remettre le monde à l’endroit : les coupables à leur place, celle d’agresseurs et criminels, et les victimes à la leur, celles de victimes pour lesquelles la solidarité nationale et humaine doit s’exercer.

L’association lance donc une campagne de communication avec un dossier de presse explicatif très bien fait et très complet que vous pouvez télécharger ici : StopAuDéni_DossierDePresse

A partir de ce soir 22h, vous pourrez voir sur la page Facebook de l’événement un clip vidéo de la campagne à diffuser largement : https://www.facebook.com/events/443980902400341/?ref=ts&fref=ts

Et une campagne Twitter #stopaudeni où vous pouvez vous exprimer pour remettre le monde à l’endroit !

Aujourd’hui, ce crime qu’on ne dénonce trop souvent que lorsqu’il est une arme destinée à atteindre les hommes pendant les guerres, est une guerre quotidienne faite aux femmes et aux enfants. Le déni qui l’entoure et l’absence de reconnaissance et de soutien aux victimes qui est encore la règle sont à la mesure de la gravité des actes, et aussi la condition de leur reproduction. En ne soignant pas les victimes, on prépare une société d’hommes violents/violeurs et de femmes victimes, condamnées à revivre, dans leur mémoire ou parfois dans la réalité, les traumatismes subis. (Pour comprendre les mécanismes qui provoquent cela, lire « Le livre noir des violences sexuelles » de Muriel Salmona et ici et )
C’est donc massivement qu’il faut retourner la culpabilité et la responsabilité collectives. Les victimes ne sont pas les coupables, ce n’est pas à elles de changer la société. C’est aux coupables d’arrêter, et à la société de l’exiger d’eux. C’est à la société d’aider les victimes, pour qu’elles puissent mener une vie digne qui sorte de la survie. Ainsi, on peut mener toutes les politiques d’égalité professionnelle qu’on veut, de lutte contre les stéréotypes, tant que la famille sera le premier lieu où s’exerce la violence contre les personnes, contre les femmes massivement, contre les enfants peut être encore plus massivement, il ne faut pas espérer qu’un jour les filles puissent s’épanouir à leurs justes capacités. Mettre fin au déni, c’est donc le préalable à toute volonté d’établir une société juste, de liberté, égalité et de « Care », de solidarité envers les personnes vulnérables. Ainsi l’article premier de la déclaration universelle des droits humains dit : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité ». Il est temps de moderniser ce dernier mot et de dire que TOUS les êtres humains, doivent agir, toujours, envers les autres humains, (et aussi la plupart du temps envers les êtres vivants en général), dans un esprit de respect de leur liberté, égalité, dignité, et d’empathie réciproque, que cette dernière ne soit plus réservée à une moitié de l’humanité. Pas de justice, pas de paix ! #Stopaudéni Sandrine GOLDSCHMIDT

Un enfant n’est jamais consentant

pdjpdpx.pngAujourd’hui, le Collectif féministe contre le viol a lancé une campagne importante pour la lutte contre l’impunité de l’inceste, en insistant sur ses ravages et sur les insuffisances de la loi.

Avec des arguments percutants :

-un enfant n’est jamais consentant

-Le viol par inceste est toujours (au sens de dans tous les cas) un crime 

-Il faut donc que la loi soit changée et ne prenne plus en compte la définition traditionnelle du viol qui affirme que le viol est un acte de pénétration « par force, surprise, menace, contrainte ». Il faut que ces 4 notions n’entrent pas en compte. Que tout simplement, toujours, le viol par inceste soit un crime.

En ce qui concerne ce dernier point, une petite explication du pourquoi oui, c’est indispensable, et devrait d’ailleurs à mon avis être étendu plus largement à tous les viols sur mineurEs, me semble nécessaire.

1/ Que dit la loi ?

En ce qui concerne les mineurEs, le code pénal ne définit la majorité sexuelle que dans un article sur l’atteinte sexuelle (227-3)et de la façon suivante :

« Le fait, par un majeur, d’exercer sans violence, contrainte, menace ni surprise une atteinte sexuelle sur la personne d’un mineur de quinze ans est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 euros d’amende

Et rien de plus. Il n’y a pas de définition du viol sur mineur. On pourrait donc, s’il n’y avait QUE cet article, conclure qu’un viol sur enfant serait puni comme une atteinte sexuelle, donc de 5 ans d’emprisonnement…

Heureusement, cela n’est -en théorie- pas tout à fait comme cela que ça se passe : car il existe un crime de viol défini comme « tout acte de pénétration sexuelle obtenu par violence, contrainte, menace ou surprise », et pour lequel il existe des circonstances aggravantes :

  • lorsqu’il est commis sur un mineur de quinze ans ;
  • lorsqu’il est commis sur une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de l’auteur ;
  • lorsqu’il est commis par un ascendant naturel ou adoptif ou par toute autre personne ayant autorité sur la victime-
  • (et d’autres cas mais je ne prends que ceux ici qui concernent les mineurEs)

Il est alors puni de la peine maximale pour crime de viol, soit 20 ans de prison. Pourquoi demander plus ?

2/ Dans les faits

En réalité, et c’est là que le CFCV a raison, le viol sur mineur est donc dans ce cas défini comme « sans violence, contrainte, menace ni surprise ». Il laisse donc la possibilité de plaider le consentement de la victime, puisque le viol est défini à part des atteintes sexuelles (alors que l’agression sexuelle est définie comme une atteinte sexuelle).
C’est donc là qu’il y a un manque flagrant qui laisse la porte ouverte à trop de ces faits d’in-justice qui nous révoltent si souvent, où les peines sont soit incroyablement faibles quand il s’agit d’enfant de moins de 12 ans, ou quand lorsqu’il s’agit d’une jeune fille de 13 ans, on invoque « qu’elle en a exprimé le désir » (enfin, c’est le criminel qui le dit en général et c’est parfois suivi par les juges), invoquant le consentement là où il n’y a pas de sujet.

Donc, oui, évidemment, il faudrait une définition du crime de viol sur mineur de 15 ans !

Mais suffit-il de parler d’inceste ?

En effet, une loi en 2011 avait inscrit une définition de l’inceste et en faisant un crime aggravé. Sa définition en a été jugée trop imprécise par le Conseil constitutionnel : elle ne limitait pas l’inceste à la famille de sang, et par exemple une personne qui avait l’autorité temporaire sur l’enfant (concubin d’une tante par exemple) rentrait dans cette définition, ce qui a fait polémique. Et depuis, rien n’a été fait.

Alors certes, cette enquête met un focus sur l’inceste, et c’est fondamental, puisque c’est ce crime qui reste le plus tabou, le moins puni et le plus fréquent, et celui qui fait le plus de ravage, et détruit des vies avant même qu’elles n’aient commencé (voir les chiffres dans le dossier de presse). Mais c’est sur l’ensemble des atteintes, agressions sexuelles et viols sur mineurEs qu’il faut changer les choses. On ne peut à mon avis seulement mettre en avant l’inceste, car on écarte le voisin, l’inconnu, « l’ami de la famille »…qui lui reste sous le coup de la définition du viol aggravé, alors qu’il n’y a pas plus consentement.

Pourquoi alors ne pas créer une définition du viol sur mineur qui précise l’évidence : puisqu’il n’y a pas consentement avant 15 ans, il y a donc viol dans tous les cas, et c’est donc un crime qui doit être jugé aux assises dans tous les cas et puni de 20 ans ! Et on enlève les notions ici sans objet de violence, surprise, menace ou contrainte.

Et y ajouter -peut-être- (je soumets ceci à la réflexion) une circonstance aggravante d’inceste, quand le criminel a non seulement autorité mais devoir de protection parental et familial, en en rédigeant une définition suffisante (je ne suis pas spécialiste de la question, du coup ma définition ici n’est pas à prendre au mot près mais comme un élément, parmi d’autres certainement) ? Mais plus que la circonstance aggravante, c’est l’impossibilité de maintien de toute forme d’autorité parentale qui doit être décidée (ce que demande d’ailleurs le CFCV), ainsi que la prise en charge à vie des soins aux victimes.

Je rejoins par ailleurs le CFCV dans sa demande d’imprescriptibilité des crimes sexuels contre les mineurEs, et ses autres revendications.

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Un mot encore sur une formule qui peut malheureusement prêter à confusion au sein d’une campagne si importante. L’inceste est toujours un crime/ Changeons la loi. Certains au premier regard comprennent qu’il faut changer la loi pour que l’inceste ne soit plus un crime. Alors que bien sûr il faut comprendre changeons la loi pour que l’inceste soit toujours jugé pour ce qu’il est, un crime ! Encore une fois, on se fait souvent piéger par nos campagnes de communication.

Et enfin, une note un peu pessimiste…malheureusement, si seulement la justice avait l’heur d’entendre la réalité de ce qu’est le crime de viol, et de ce qu’il provoque comme souffrance souvent toute la vie aux enfants, aux femmes, à tous les humains qui les subissent, cela serait une évidence. Mais aux enfants encore plus, oui, lorsqu’ils sont à la fois enfants et victimes de bourreaux. Si la société dans son ensemble remettait en question la façon si répandue d’élever les enfants à l’envers, en retournant systématiquement la culpabilité sur eux et en mettant sur leur chemin tant de souffrances, on n’aurait pas besoin de toujours, changer les lois…

Le travail de sensibilisation est donc bien ici aussi très important, en faisant connaître et reconnaître cette réalité, cette souffrance, pour qu’à un moment donné, on, la société dans son entier, et ses institutions, cesse de la tolérer, de fermer les yeux. Il faut donc changer la loi, mais aussi les pratiques patriarcales d’un monde où l’on préfère les dominants -hommes et pères violeurs de femmes et enfants- aux victimes.

Pas de justice, pas de paix !

Sandrine Goldschmidt

4 septembre : Les AmiEs de Femmes en résistance invitent Muriel Salmona à Violette and Co

4 septembre 2013 à 19h à la Librairie Violette and Co

Rencontre avec Muriel Salmona organisée par Les AmiEs de Femmes en résistance

Voilà c’est la rentrée. Après le Panthéon hier, cap sur le festival féministe de documentaires que je co-organise depuis 8 ans maintenant et dont c’est la 11e édition, Femmes en résistance à l’obscurantisme !  Vous pouvez découvrir le programme ici et je vous en reparlerai bien sûr.

Mais cette année, nous innovons en créant le groupe « Les AmiEs de Femmes en résistance », auquel vous pouvez adhérer (voir modalités ici) et ainsi nous aider à enrichir notre programmation (rémunération des artistes, financement de déplacements de personnalités). Pour animer le groupe, nous organiserons des rencontres réservées aux membres pour discuter de la programmation passée et future du festival.

Et pour inaugurer sa création, nous avons, avec notre partenaire depuis 11 ans, la librairie Violette and Co, décidé d’organiser une « rencontre du mercredi » à la librairie féministe de la rue de Charonne, et avons invité Muriel Salmona, psychiatre psychotraumatologue, meilleures spécialiste de la mémoire traumatique en France, Présidente de l’association Mémoire traumatique et Victimologie. Elle viendra parler de l’indispensable livre qu’elle a écrit et est sorti au printemps:  « le livre noir des violences sexuelles », paru aux Editions Dunod.

La rencontre se déroulera en 2 temps : présentation du groupe « les AmiEs de Femmes en résistance » et présentation du programme (la plaquette de la 11e édition sera disponible) puis discussion avec Muriel autour de son livre.

Elle le dédicacera ensuite et vous pourrez adhérer également adhérer sur place aux AmiEs de Femmes en résistance !

Voici deux liens à propos du travail de Muriel Salmona d’articles parus sur mon blog :

Redonner au monde sa cohérence pour éliminer les violences

Evénement : sortie du Livre noir des violences sexuelles

 

Petit pas ABCDEFGHIJKMNOPQRSTUVWXYZ

Au moins une année sur deux, je boude un peu cette date du 24/25 décembre, où s’étalent sur nos écrans d’hypocrites symboles de pseudos-amoures-familiales-mielleuses. Alors oui, moi, il m’arrive d’aimer cette fête, quand elle permet de se retrouver, gentiment et simplement, en famille, pour voir le sourire d’une petite enfant qui imagine qu’un inconnu  va se glisser dans la cheminée pour lui apporter des cadeaux, mais qui malgré tout ne perd pas une minute de sommeil, ce qui fait qu’à 10 heures le matin on attend encore qu’elle daigne se réveiller…

Oui, j’aime les repas exquis de certaine cuisinière de talent prépare à tous points de vue, le jour même et ceux qui précèdent, et les souvenirs de certains moments bien au chaud à l’intérieur et de rigolades entre cousin-e-s.

Capture d’écran 2012-12-24 à 11.39.41Mais non, je n’aime pas tout ce qui se déverse à ce moment là sur les écrans de nos vies, sur l’esprit de Noël ou autres balivernes. Parce que c’est encore un peu plus un moment de propagande mercantile, d’injonction à la débauche chosifiante, de multiplication de publicités sexistes, de catalogues sexistes de jouets, de chansons qui dégoulinent d’hypocrisie.

Mais surtout parce que pour certaines et certains, Noël n’est qu’un moment où c’est encore pire que d’habitude. Parce que certains enfants redoutent encore plus cette date là, parce que certaines personnes s’y retrouvent encore plus seules, parce que la famille n’y est pas un refuge, ou parce qu’elles sont malades, et qu’on n’a pas envie de les voir…

Alors, aujourd’hui, je vous laisse avec l’énigme du titre, mes meilleures pensées de douceur pour toutes les personnes qui en ont besoin, et des images au Clair de Lune, pour s’envoler vers les nuages :

S.G